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·10. Mai 2026

Robert Herbin, le Sphinx révolutionnaire

Artikelbild:Robert Herbin, le Sphinx révolutionnaire

Sphinx : nom masculin. Créature légendaire avec la tête d’un humain et le corps d’un lion gardant les lieux sacrés, les temples et les tombeaux. Dit comme ça, difficile de trouver un lien entre cet animal mythologique et Robert Herbin, né à Paris, le 30 mars 1939. En revanche, le lien avec Saint-Étienne est vite fait : dans la capitale, « Roby » habite au 99 quai de la Loire.Malgré ce clin d’œil du destin, ce n’est pas pour découvrir de plus près le département ligérien qu’il débarque à Saint-Étienne depuis Nice, où il a grandi, à l’été 1957. Pierre Garonnaire l’a repéré et, comme souvent, l’œil du recruteur s’est montré avisé. Quinze ans après ses débuts, au moment de quitter la scène, Robert Herbin totalisera 491 matches officiels sous la tunique stéphanoise. Il inscrira également 98 buts ce qui, pour un milieu défensif reconverti en tant que libéro, n’a rien d’infamant, bien au contraire.

Joueur un jour, entraîneur le lendemain

Coaché par Albert Batteux, arrivé à l’ASSE en 1967, Robert Herbin lui succède cinq ans plus tard. À ce sujet, il s’est montré prévoyant, comme à son habitude : dès 1970, il a entamé l’étude du métier et a veillé à valider ses diplômes en amont. À trente-trois ans, et alors qu’il a en a encore sous les crampons, il les raccroche définitivement. Il troque le short pour le survêtement et ses coéquipiers sont désormais ses joueurs. Tout change mais rien ne s’efface. En comparaison du Roby joueur, le Roby entraîneur ne variera pas d’un iota, ou plutôt d’une octave, serait-on tenté de dire pour ce féru de musique classique. À tel point qu’on ne saurait déterminer si, pour lui, le trident Curkovic-Larqué-Rocheteau était plus important que celui composé par Chopin, Mahler et Wagner.


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Remplacer Albert Batteux, triple-champion de France et deux fois vainqueur de la Coupe de France, n’a toutefois rien d’une chanson douce. Le Rémois reste une figure, un gagnant, aussi. Il a permis au Stade de Reims de tutoyer les sommets continentaux, avec deux finales de Coupe d’Europe en 1956 et 1959, et à l’Équipe de France de briller à la Coupe du Monde de 1958. En 1960, c’est lui qui mène les Bleus lors du premier Championnat d’Europe des nations. Il y a donc beaucoup à faire pour continuer le travail entrepris par le meilleur technicien français de son époque.

Une patte, une vision

« Hurler ne rime à rien. Moi, je reste assis ». Calme. Presque impassible. La méthode Herbin, c’est d’abord une attitude. En match, le Sphinx ne galvaude pas son surnom. À l’entraînement, il ne ménage toutefois pas ses hommes. La séance du mardi, dite « des piquets », est redoutée par son groupe de joueurs. Elle se répète d’une semaine sur l’autre. Les Verts enchaînent les courses, les sprints, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. D’un regard perçant, la silhouette toujours svelte, il observe ses hommes sans broncher. Il n’aime pas voir ses joueurs dépasser la limite. À Glasgow, avant la finale, « pas un mot à l’arbitre » sera la seule consigne qu’il donnera à son groupe.

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Mais le technicien est aussi conscient d’une chose. Pour continuer à gagner, l’ASSE doit se moderniser. Dans son jeu, d’abord. Son inspiration se situera principalement à Amsterdam, où, à la tête de l’Ajax, Rinus Michels révolutionne l’aspect tactique du ballon rond. Le « football total », pour lequel les joueurs doivent être capables de savoir (presque) tout faire, est né. Pour le pratiquer, une condition physique irréprochable est demandée. Herbin en fera l’un de ses crédos, et ses joueurs l’en remercieront très vite. Les Verts prendront ainsi l’habitude de finir les matches en boulet de canon, plus fringants que l’adversaire, mais aussi plus lucides. Les fruits du travail entrepris la semaine en séances.

Un club total

L’esprit collectif et le dépassement de soi sont également de mise. Ils permettent de renverser des montagnes aussi hautes que l’Hajduk Split, le Dynamo Kiev ou le PSV Eindhoven, au prix, parfois, de scénarii qui permettront aux spectateurs présents de dire, pendant au moins cinquante ans, « j’y étais ». Elles subliment aussi des joueurs qui viennent du cru, repérés par Pierre Garonnaire, engagés par Roger Rocher et lancés dans le grand bain par Robert Herbin. Du travail d’équipe, en somme, sur le terrain comme dans les bureaux et un club à l’unisson pour performer sur la scène nationale comme sur la scène européenne.

Si cette dernière se refusera aux Verts, elle ne fut pas loin de succomber au charme stéphanois. « Elle ne nous a pas fait les yeux doux », dira Jean-Michel Larqué au lendemain de la défaite de Glasgow, même si l’attirance entre la coupe aux grandes oreilles et les Verts était réciproque. Pour battre des équipes plus prestigieuses, et se placer trois saisons de suite parmi les huit meilleures équipes du continent, Robert Herbin avait entrepris un travail de fond. La vidéo allait notamment faire son apparition dans le quotidien des joueurs, avec des séances hebdomadaires et de précieuses informations glanées ici ou là pour mieux appréhender les grands rendez-vous. Kiev dispute un match amical à Nantes avant le quart de finale ? Tout le club ralliait Marcel-Saupin et observait la bande à Blokhine in situ.

La récupération et le traitement des blessures allaient également être un des chevaux de bataille de la direction, avec des vestiaires du stade Geoffroy-Guichard repensés afin que les joueurs soient dans les meilleures conditions. Les déplacements en avion, en championnat comme en coupe d’Europe, permettraient d’éviter les longs voyages et l’accumulation inutile de fatigue. Deux heures après le coup de sifflet final de leurs matches à Angers, Lille ou Strasbourg, les Verts étaient déjà de retour dans le Forez, généralement au « P’tit coq », un restaurant qui baissait la persienne le plus tard possible afin de les faire dîner. Les commerçants stéphanois, eux aussi, avaient leur part de responsabilité dans la vie de groupe.

Et au fait, comment « Le Sphinx » est arrivé ?

Homme de mystères, au verbe rare et aux émotions puissantes mais enfouies, Robert Herbin dit un jour qu’il avait découvert la signification de son surnom en complétant une série de mots-croisés. C’est Jacques Vendroux, déjà journaliste à l’époque, qui l’avait trouvé presque par hasard, après avoir interrogé celui qui venait d’être tout juste d’être nommé entraîneur de l’ASSE, en 1972. Face au micro de Radio France ce dernier se montre alors distant, répond par monosyllabes et ne souhaite pas trop s’étendre.« J’ai coupé le micro et je lui ai dit : ''Écoute, tu commences à me casser les pieds, même un sphinx ne m'a jamais fait ça !'' Et là, Roby réplique : ''Quoi, j'ai une tête de sphinx ?'' (…) Voilà, c'est venu comme ça et c'est resté ! » avait expliqué Jacques Vendroux au journal L’ÉQUIPE, en 2020

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