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·27 March 2025
Dissolution des ultras : « En France, suivre son équipe n’est pas considéré comme fondamental »

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Le monde du supportérisme français est à un tournant. Depuis début mars, le ministère de l’Intérieur a lancé une procédure de dissolution contre cinq groupes ultras, dont les Magic Fans et les Green Angels. Interrogé par Ouest-France, le sociologue spécialiste des supporters de football Nicolas Hourcade a tenter d’analyser la situation actuelle. Extraits.
Visés par une procédure de dissolution, les Magic Fans et les Green Angels, les deux principaux groupes de supporters stéphanois, sont en danger. Depuis la notification du ministère de l’intérieur, les réactions, des acteurs locaux ou d’autres groupes d’ultras, se multiplient. Sociologue spécialiste des supporters de football, Nicolas Hourcade a été interrogé par Ouest-France sur la situation actuelle, et les conséquences que ces dissolutions pourraient entrainer.
Sociologue du sport spécialiste des supporters de football et membre de l’Instance nationale du supportérisme, un organisme consultatif rattaché au ministère des Sports, Nicolas Hourcade connaît le monde du supportérisme français sur le bout des doigts. Pourtant, le spécialiste peine encore à voir clair dans les procédures lancées par le ministère de l’Intérieur à l’encontre de certains groupes d’ultras.
« À l’instant T, nous avons encore beaucoup d’incertitudes. Parce qu’on ne sait pas vraiment quels groupes seront concernés, à part les Stéphanois. Sur le fond, on ne peut que partager les objectifs du ministère de l’Intérieur, explique-t-il. Le vrai problème, c’est qu’une dissolution n’est pas une mesure auto-suffisante. » Élément central selon Nicolas Hourcade, l’ambivalence des groupes ultras est une notion complexe : « D’un côté, ils peuvent entretenir la violence, du fait de leurs conflits avec d’autres groupes. Mais en même temps, ils ont tendance à la réguler. Parce qu’en étant violents trop souvent, ils seraient discrédités en tant que groupe de supporters. »
Alors qu’une dissolution entraînerait la perte d’interlocuteurs entre les autorités et les tribunes, la finalité positive d’une telle mesure semble difficile à percevoir. Un point de vue que partage le sociologue. « La finalité est avant tout symbolique, et la mesure surtout politique pour montrer qu’une action ferme est menée. L’expérience des pays étrangers (Angleterre, Allemagne) montre que le principal levier est d’identifier les individus violents et de les écarter des stades. Mais le problème, c’est que cela coûte beaucoup plus cher qu’une dissolution, rappelle Nicolas Hourcade. C’est pour ça que la France a aussi tendance à préférer des mesures collectives. »
Mais alors, comment expliquer que la France ait tant de difficultés à gérer ses tribunes ? « Le statut du football n’est pas le même. En France, le fait de pouvoir suivre son équipe n’est pas considéré comme quelque chose de fondamental, pointe le spécialiste. Quand on met des forces de l’ordre autour des matches, tout le monde estime qu’il vaudrait mieux qu’elles soient déployées ailleurs. » Et si à l’étranger, les sanctions individuelles sont plébiscitées, la situation française est bien différente : « En France, on a plutôt l’idée que, comme ça coûte beaucoup de surveiller les supporters, il vaut mieux passer par des mesures collectives. C’est une solution de facilité, parce qu’on considère que l’enjeu autour des matches de football n’est pas suffisamment fort. »
De quoi comprendre un peu mieux les procédures en cours qui touchent de plein fouet l’ASSE et ses supporters. Prochaine étape, le 26 mars, avec l’audition des Green Angels et des Magic Fans par la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives.
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