La direction du Real Madrid pointée du doigt : Florentino Pérez a-t-il commis la même erreur, 20 ans après ? | OneFootball

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·15 January 2026

La direction du Real Madrid pointée du doigt : Florentino Pérez a-t-il commis la même erreur, 20 ans après ?

Article image:La direction du Real Madrid pointée du doigt : Florentino Pérez a-t-il commis la même erreur, 20 ans après ?

C’était il y a exactement deux décennies. Février 2006. Le visage fermé, la voix grave, Florentino Pérez annonçait sa démission du Real Madrid après une défaite contre Majorque et une élimination honteuse en Coupe du Roi face à Saragosse. Ses mots de l’époque résonnent aujourd’hui avec une violence prophétique : « J'ai mal éduqué les joueurs, ils se sont trompés. » À l’époque, le président merengue avouait son impuissance face à un vestiaire de stars ingérables et à une équipe déséquilibrée.

Janvier 2026. Le décor a changé, le stade est devenu un vaisseau spatial futuriste, les revenus ont explosé, mais sur le rectangle vert, le diagnostic est effrayant de similitude. L'élimination grotesque contre Albacete (3-2) n'est pas un accident ; c'est l'aboutissement logique d'une dérive planifiée. Comme au début des années 2000, la direction du Real Madrid a cru que l'empilement des Ballons d'Or suffisait à créer une équipe invincible. Une arrogance managériale qui plonge aujourd'hui le plus grand club du monde dans l'incertitude la plus totale.


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Au Real Madrid, le syndrome de la "Bentley sans moteur" : De Makelele à Kroos

Le premier point de convergence entre la chute de la première ère des Galactiques et la crise actuelle est le mépris affiché pour l'équilibre tactique. En 2003, Florentino Pérez laissait partir Claude Makelele, le poumon du Real Madrid, jugeant qu'il ne « vendait pas assez de maillots », pour le remplacer par David Beckham. Zinédine Zidane avait alors eu cette phrase légendaire : « Pourquoi rajouter une couche de peinture dorée sur la Bentley si vous enlevez le moteur ? »

En 2025-2026, l'histoire bégaye. Le départ à la retraite de Toni Kroos a laissé un vide sidéral que la direction a choisi d'ignorer. Plutôt que de chercher un architecte capable de dicter le tempo, le club a continué d'empiler les attaquants de classe mondiale (Mbappé, Vinicius, Bellingham, Rodrygo, Endrick...). Le résultat est une cacophonie offensive sans chef d'orchestre. Comme le soulignait récemment Marca, le milieu de terrain du Real Madrid est devenu une zone de transit sans contrôle, exposant une défense aux abois à chaque transition adverse.

L'erreur est structurelle. Florentino Pérez, dans sa quête d'hégémonie médiatique, a oublié une règle d'or du football : les talents s'additionnent, mais les égos se soustraient s'ils ne sont pas connectés par un projet de jeu cohérent. L'équipe actuelle, coupée en deux, rappelle cruellement celle de la saison 2003-2004, qui s'était effondrée physiquement et mentalement après avoir illusionné le monde pendant six mois. Le "modèle économique" a, une fois de plus, pris le pas sur la réalité du terrain.

Le cimetière des entraîneurs

L'autre symptôme alarmant de ce retour vers le passé est l'instabilité chronique sur le banc. Entre 2003 et 2006, le Real Madrid avait consumé les entraîneurs à une vitesse folle : Carlos Queiroz, José Antonio Camacho, Mariano García Remón, Vanderlei Luxemburgo, puis Juan Ramón López Caro. Le banc du Bernabéu était devenu un siège éjectable où aucun technicien ne parvenait à imposer son autorité face à la direction et au vestiaire.

La saison 2025-2026 emprunte le même chemin sinueux. Le licenciement brutal de Xabi Alonso, après seulement six mois, et la nomination en urgence d'Álvaro Arbeloa – perçu comme un simple soldat de la direction – rappellent les heures sombres de l'instabilité post-Del Bosque. Comme le rapportait la Cadena SER ce matin, le fait que la direction cherche déjà un successeur à Arbeloa prouve que le club navigue à vue, sans véritable plan sportif à long terme.

Florentino Pérez a-t-il sous-estimé la complexité de gérer ce vestiaire du Real Madrid ? C'est probable. En nommant Xabi Alonso, il espérait un clone de Xabi le joueur : intelligent et ordonné. Mais il lui a donné un effectif construit pour le chaos et l'exploit individuel. L'entraîneur devient alors le fusible idéal pour masquer les carences de la planification sportive. Arbeloa, aujourd'hui dans le rôle de López Caro (l'intérimaire de 2006), semble condamné à gérer les affaires courantes en attendant la « révolution » promise pour l'été.

L'aveuglement face à la réalité

Mais la différence majeure entre 2006 et 2026 réside peut-être dans la capacité de remise en question. Il y a 20 ans, Florentino Pérez avait eu l'élégance et la lucidité de dire "stop" quand il a senti qu'il était devenu le problème, affirmant qu'il fallait « changer de cap » pour ne pas nuire à l'institution. Aujourd'hui, le boss est tout-puissant, blindé par les succès de la dernière décennie et la réussite économique du nouveau stade.

Pourtant, les signaux sont au rouge vif. Le silence de la direction après la débâcle d'Albacete est assourdissant. Les socios, bien que reconnaissants pour les 6 Ligues des champions gagnées par le Real Madrid récemment, commencent à gronder. Ils voient une équipe sans âme, des stars qui semblent choisir leurs matchs, et une absence totale de réaction collective.

Le parallèle historique suggère que nous sommes à la fin d'un cycle. La politique des "Zidanesy Pavones" avait mené à trois années sans titre majeur. La politique actuelle risque de mener au même désert sportif. Florentino Pérez se retrouve face à son propre miroir : saura-t-il corriger le tir en acceptant de reconstruire une équipe (avec des travailleurs de l'ombre) plutôt qu'une sélection mondiale, ou s'enfermera-t-il dans son obsession des grands noms jusqu'à la rupture ?

Luca Schenatto-Meynadier

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