AS Saint-Étienne
·17 de marzo de 2026
Quand les Verts tutoient les étoiles, Oleg Blokhine descend de son piédestal

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·17 de marzo de 2026

Lors du match aller disputé en Crimée, les Verts avaient souffert. Logiquement d'ailleurs eu égard au potentiel d'une équipe faisant figure d'épouvantail et dont la réputation flatteuse n'était en rien usurpée. Les Stéphanois, avec foi, abnégation et talent à l'instar d'un Ivan Curkovic, auteur de parades exceptionnelles, avaient bataillé avec leurs armes, plié certes à deux reprises mais n'avaient pas hypothéqué leurs chances de qualification (2-0).
Ils demeuraient ainsi "dans le game", prêts à saisir la moindre opportunité, à pousser leur glorieux rival dans ses ultimes retranchements, à insinuer le doute, à déjouer les pronostics et à bouter le grandissime favori hors de la plus prestigieuse des épreuves sur la scène continentale. La Coupe aux grandes oreilles. Le Graal absolu. Cet obscur objet de tous les désirs. Le casting donnait le tournis. L'affiche vous invitait à monter les marches vers des sommets d'émotion. Le scénario se révélera à la hauteur de l'événement. Épique. Étourdissant. Définitivement entré dans la mémoire collective. Une soirée magique, celles qui façonnent un mythe et tourne encore et encore, sur l'écran noir de nos nuits blanches. En dix fois plus gros que n'importe qui, Oleg Blokhine se voyait déjà, en haut, tout en haut. Le tsar, suffisant jusqu'au bout des crampons, perdit de sa superbe et un duel de légende avec Christian Lopez. La star, ce soir-là, entre autres, c'était cette équipe tout de vert vêtue, où l'abnégation le disputait au talent pur. Cette équipe, adulée par le peuple de France se reconnaissant en elle, écrirait, en ce mercredi 17 mars 1976, "une page glorieuse du football français en lettres d'or", selon les propos du sélectionneur des Bleus, Michel Hidalgo.

La veille, le Dynamo, jouant l'intox, distillait l'info selon laquelle Vladimir Onitchenko serait forfait quand ses coéquipiers découvraient une recette d'un genre nouveau : le sarasson au... caviar. Oleg Blokhine, très, trop (?) de son fait, se projetait déjà, toute prétention dehors, sur le dernier carré. "J'espère que le sort ne nous réservera pas une confrontation avec le Real." Vingt-quatre heures plus tard, Oleg fut rassuré au terme d'une soirée d'anthologie : il ne croiserait pas la route de la "casa blanca" et pour cause, elle s'interrompit dans un Chaudron ivre de joie, communiant avec ce groupe dans lequel ses supporters aimaient à s'identifier.
Tour à tour, Hervé Revelli, au terme d'un contre gravé dans les mémoires, Jean-Michel Larqué, de l'une de ses frappes rectilignes, tendues, cliniques dont il avait le secret et Dominique Rocheteau, lors de la prolongation, magnifièrent pas ces coups de patte, ces coups de génie, une œuvre accomplie, aboutie, au plus-que-parfait, imaginée par Robert Herbin.
"Le Sphynx" avait remarquablement préparé son affaire, non sans répondre, l'après-midi même, aux questions de Jacques Chancel lors d'un entretien culte, une radioscopie bluffante de l'avis même de son animateur, invitant les auditeurs à écouter cette interview. "C'est formidable. À la réflexion : "le football, c'est parfois du commerce...", Robert Herbin me répondit tout de go et avec tranquillité : "Dans certains cas, oui mais en revanche pas à Sainté !" Tout était dit et bien dit. Une synthèse d'une justesse implacable. Une soirée magique. Un passeport pour la gloire et la reconnaissance générale. Valéry Giscard d'Estaing, le président de la République française himself, se fendit d'un télégramme de félicitations.
La France était verte, Sainté, le cœur vibrant d'un pays à l'unisson. Le Dynamo l'avait appris à ses dépens : la mécanique de précision, une spécialité locale, peut se dérégler pour peu qu'on la bouscule, la sorte de sa zone de confort. "Leurs automatismes de laboratoire leur valent d'exercer leur pouvoir hypnotisant. Il nous faudra ne leur laisser aucun répit, les harceler sans cesse, jouer libérés tout en demeurant extrêmement concentrés", avaient jugé Robert Herbin et Ivan Curkovic avec pertinence et froideur dans l'analyse et leur façon bien à eux d'appréhender un événement. La route vers Glasgow se rapprochait...
Mercredi 17 mars 1976
À Saint-Étienne (Stade Geoffroy-Guichard), AS Saint-Étienne bat Dynamo Kiev : 3-0, a.p. (0-0).
Arbitre : Sergio Gonella (Italie); 37 737 spectateurs.
Buts pour Saint-Étienne : H. Revelli (65e), Larqué (73e), Rocheteau (113e).
ASSE. Curkovic - Janvion, Piazza, Lopez, Farison - Larqué (cap., Santini, 79e), Bathenay, Synaeghel - Rocheteau, H. Revelli, Sarramagna (P. Revelli, 46e). Entraîneur : Robert Herbin.
KIEV. Rudakov - Troshkine, Fomenko, Rechko, Matvienko - Konkov, Burjak (Damine, 82e), Kolotov (cap.), Veremeev - Onitchenko, Blokhine. Entraîneur : Valeri Lobanovski.









































