Le 11 Amiénois
·22 août 2026
Amiens SC – Alain Pochat : « On sent une chape de plomb autour du club »

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·22 août 2026

Battu au Puy et toujours en quête d’un premier succès cette saison, l’Amiens SC s’enfonce dans le doute. Entre l’incapacité à se défaire du poids de la saison dernière, le manque d’efficacité offensive et la blessure d’Alvin Doucet, Alain Pochat livre un constat sans concession mais veut croire au déclic. Entretien.
Alain, les matchs se suivent et les scénarios frustrants s’accumulent pour l’Amiens SC…
C’est vrai. On a l’impression de revivre un peu la même chose en termes de contenu, même si je trouve qu’on a plutôt bien démarré la première mi-temps au Puy. Après, encore une fois, sur nos temps forts, on doit être capables de faire mieux dans la dernière zone, dans la finition. On est rentrés plusieurs fois dans la surface, on avait un peu plus de monde, et je trouve que le jeune Lassina Diakité a amené du peps sur le côté. Malheureusement, on perd aussi rapidement Alvin Doucet, qui s’est fait les croisés. C’est une énorme tuile.
Après, on fait des erreurs bêtes sur le penalty. Je pense qu’il n’y a pas le feu pour aller se jeter comme ça dans les pieds de l’attaquant. Il y a (Adrien) Julloux qui contrôle le joueur et, malheureusement, Lucas (Llort) fait une erreur au plus mauvais moment, avant la mi-temps, ce qui permet à l’adversaire de mener 1-0. Pourtant, c’était vraiment sur des situations de jeu long qu’ils pouvaient nous mettre en difficulté, parce qu’il y a forcément un rapport de force qui s’installe sur des duels. On en a perdu un ou deux, ce qui fait qu’ils ont eu deux situations de frappe, notamment une où Yannick (Pandor) fait un double arrêt.
Après, on a voulu changer de système à la mi-temps pour essayer de varier un peu et de mettre encore plus de poids devant avec Mavin et Mathis, mais cela n’a pas suffi. Même avant la mi-temps, on a une superbe occasion avec Rémy Boissier, sur une action plutôt bien construite, puis le poteau avec Dan Sinaté. Ce sont des scénarios qui ne veulent pas tourner, même si je pense qu’il manque encore des ingrédients. Mais c’est frustrant parce qu’on est dans une spirale négative et que, forcément, ça joue dans les têtes, dans la confiance, dans le fait de se lâcher un peu plus offensivement ou dans les derniers gestes. Ce qu’on a vu en préparation, on ne le retrouve pas toujours dans les matchs.
J’imagine que la question tourne en boucle dans votre tête depuis des heures : comment expliquez-vous cette situation ? Est-ce que vous arrivez à avoir des pistes pour expliquer ce début de saison galère ?
C’est vrai. D’ailleurs, on a fait une réunion avec les joueurs en arrivant au stade hier (vendredi). On a échangé et c’était intéressant de connaître leur avis. Eux aussi sont frustrés de cela. En préparation, il y avait peut-être un peu d’insouciance, pas la pression du résultat. Là, on sent qu’il y a une chape de plomb autour du club parce que le club n’a pas gagné depuis le mois de février, que tout le monde est en attente, que ça stresse tout le monde et que ça rajoute une pression supplémentaire.
Après, ce sont toujours des facteurs très compliqués à identifier et à corriger. La confiance, c’est un aspect mental. Je leur ai dit : il faut arriver à l’entraînement à tenter des choses simples pour retrouver cette confiance, la capacité à prendre des risques. Mais ce n’est pas si simple de trouver les solutions. On essaie, même à l’entraînement, de vraiment travailler dans ce secteur offensif, de répéter des circuits, de la finition, des associations.
Au niveau des systèmes, je pense que la première mi-temps est cohérente dans le jeu par rapport à ce qu’on voulait mettre en place et ce qu’on avait identifié du Puy pour trouver des décalages. Dans le jeu, on a eu la maîtrise sur un terrain très compliqué. Mais le plus dur en football, c’est de marquer des buts. Là, on a des joueurs qui ne sont pas encore assez tranchants dans les 30 derniers mètres.
Quand je vois Versailles aller gagner à Bastia sur deux coups de pied arrêtés… Nous aussi, dans ce domaine, on doit faire mieux parce que c’est une option pour marquer. Il y a du travail au quotidien pour inverser la tendance.
L’Amiens SC est reparti d’une feuille blanche pendant l’été, mais vous traînez encore cette descente comme un boulet, même si très peu de joueurs sont concernés par celle-ci ?
C’est un peu le constat qu’on a fait hier en discutant. On sent que, quelque part, c’est comme s’ils étaient eux aussi responsables de ce qu’il s’est passé la saison dernière. On a du mal à tourner la page par rapport à ça. Tout le monde resasse un peu cela à l’extérieur du club et ça rejaillit forcément au quotidien. On le sait, pour le staff, pour moi, pour les joueurs… C’est sûr qu’il y a cette attente parce que c’est un grand club, qu’il était longtemps en Ligue 2. On le voit sur les saisons passées : tous les clubs qui ont le même parcours et doivent repartir en National 1, ce n’est pas simple.
Il faut qu’il y ait un déclic qui fasse tourner la roue et enclenche une série positive.
Il faut bosser, mais il faut essayer de trouver un climat de travail serein. Au quotidien, il est très bon, les mecs bossent, ils ont envie de bien faire. Après, bien vivre ensemble est une chose, mais il faut le retranscrire sur le terrain. Ils ont vraiment envie de faire les choses ensemble. Maintenant, il faut des points, parce que dans le foot, le juge de paix, ce sont les victoires. Les joueurs ont beaucoup parlé de déclic. Il faut qu’il y ait un déclic qui fasse tourner la roue et enclenche une série positive.
Vous n’avez aucun doute sur la qualité de votre groupe aujourd’hui ?
Non, parce que si on prenait la foudre de partout, si on prenait des fessées dans le jeu et qu’on était largués complets, on se dirait qu’il y a un problème. En l’occurrence, on prend deux buts sur deux penalties, sur deux petites erreurs évitables et pas très compliquées à corriger. C’est l’aspect offensif qui pose plus problème pour le moment, mais on doit trouver les bonnes associations. Là, il manquait encore Zourab (Sopromadze), d’autres garçons comme Anthony (Ribelin) sur son couloir.
Sur les jeunes, on a vu que Lassina (Diakité) a apporté de la percussion. Enzo (Somon) découvre ce niveau et s’aperçoit que ce n’est pas plus facile que la Ligue 2, qu’il faut du répondant et de l’impact athlétique. On nous demande aussi d’exposer les jeunes du centre, mais il y a cette étape à franchir et cet apprentissage. Chacun doit grandir vite à ce niveau-là, mais je suis persuadé qu’ils ont les qualités pour s’imposer dans ce championnat.
Personnellement, comment vous vivez cette période délicate, sachant que les critiques s’accumulent à votre égard ?
Ce n’est pas simple, c’est la première fois que je vis ça. Ça fait 30 ans que j’entraîne, j’entraîne depuis l’âge de 18 ans, et en N1 ça fait 15 ans que j’y suis : je n’ai jamais vécu une série aussi noire. On est tous responsables, moi le premier. C’est sûr que ça ne fait pas plaisir de vivre des séries comme ça. On a tous envie de vivre des émotions comme j’en ai connu auparavant, c’est-à-dire un vestiaire joyeux, un public content. On sait que tout ça est éphémère parce que dès le match suivant il faut tout remettre en question, mais là ça fait un moment que ça dure.
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On fait l’amalgamme entre la saison dernière et cette année, ce qui laisse encore moins de temps à la patience. Maintenant, on travaille dur au quotidien avec le staff, tout le matin, on étudie tout ce qu’on peut étudier pour poser des problèmes à l’adversaire. On met des choses en place à l’entraînement, on essaie d’associer différents joueurs pour trouver les bonnes formules. Mais le foot est tellement complexe que ce serait trop simple d’avoir une solution miracle pour faire gagner l’équipe dès qu’on le souhaite.
Vous avez récemment demandé du temps. Avez-vous le sentiment qu’on oublie que l’Amiens SC est reparti de zéro cet été, même si vous étiez déjà là en fin de saison dernière ?
C’est ça, ce sont deux histoires complètement différentes. Je ne vais pas revenir sur le passé constamment, mais on oublie aussi le contenu de certains matchs l’année dernière malgré les défaites. Contre Le Mans qui est monté en Ligue 1, on fait un super match, on est à 3-3, on prend un carton rouge sévère alors qu’eux devaient en prendre un en première mi-temps, et on prend un but à la 97e qui nous fait perdre le match. À Rodez, qui était 2e ou 3e, on mène 2-0 à la mi-temps, on prend un penalty sévère sur un corner, on a la balle du 3-2 qu’on loupe et eux mettent la leur pour gagner 3-2.
Il y a des matchs où on n’a pas été vernis non plus. L’histoire de la saison dernière était différente, avec un groupe et un staff différents, dans un contexte assez lourd. Il y a deux ans, Le Mans, quand ils sont montés de National en Ligue 2, ils n’avaient gagné qu’un seul match sur les six premiers (3 points en 6 matchs). Ils ont fait une deuxième partie de saison extraordinaire. Là, on n’est qu’à trois journées. Je comprends que tout le monde soit frustré et en colère par rapport aux résultats, mais il faudrait arriver à dissocier les deux histoires.
Vous avez déjà utilisé trois onze de départs différents, testé plusieurs schéma de jeu, procédé à des changements à la mi-temps…
On cherche des solutions. On essaie de secouer le cocotier. À l’entraînement, les joueurs bossent. Et encore une fois, dans le contenu, quand on regarde ce qui est frustrant, c’est que La Roche qui est en haut de classement a réussi à marquer avec très peu de situations contre nous. Nous, dans la construction, on pose des problèmes à l’adversaire, on met des choses en place dans la première partie du jeu, mais c’est la finition qui nous fait défaut.
Il faut faire attention : à force d’insister là-dessus dans nos messages, ça peut inhiber les joueurs et leur mettre une pression supplémentaire. Il faut en parler, mais être mesuré pour ne pas mettre le focus uniquement sur les offensifs. C’est ce que j’ai dit hier aux défenseurs : les gars, vous avez aussi le droit de marquer sur coup de pied arrêté, ça pourrait nous aider ! Tout le monde est concerné.
Propos recueillis par Romain PECHON
Crédits photo : Philippe Lecoeur/Icon Sport












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