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Lucarne Opposée

·23 juillet 2026

ASEAN Championship 2026 : guide du tournoi

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Ce vendredi débute l’ASEAN Championship, une compétition opposant les équipes de la zone AFF, c’est à dire l’Asie du Sud-Est. Présentation des forces en présence.

Ce tournoi a connu de nombreuses nomenclatures par le passé : Tiger Cup, Suzuki Cup, ou encore entre autres AFF Cup. Mais si les noms changent, le spectacle reste le même, notamment en tribune, alimenté par beaucoup de rivalités, parfois violentes, comme celle entre la Thaïlande et l’Indonésie.


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Depuis 2018, il n’y a pas de pays hôte. Les sélections jouent donc une partie des matchs à domicile, tout comme la demi-finale et la finale, qui se disputent en matchs aller-retour. Le Vietnam a remporté l’édition 2024, qui succédera aux hommes de Kim Sang-sik ?

Une nouvelle régularité pour les timorais

La zone AFF compte actuellement onze pays. Embêtant pour une compétition limitée à dix places. Pour chaque édition depuis 2018, un barrage oppose les deux sélections les plus « faibles », le Timor-Leste et le Brunei. Même si, en 2026, difficile d’affirmer que ces deux équipes sont plus petites que le Cambodge ou le Laos par exemple. Pour la deuxième fois consécutive, le Timor-Leste en est sorti vainqueur, avec la manière. Six buts à un en cumulé, grâce notamment à João Rangel, attaquant de septième division anglaise. La petite sélection, membre de l’AFC depuis 2002 seulement, est favorite pour errer à la dernière place d’un groupe A très relevé, mais a quelques arguments. Et notamment devant avec João Pedro, qui sort d’une bonne saison à Kuching City en Malaisie, et Vabio Canavaro, qui évoluait à Singapour et dont le nom sonne familier. En trois participations à l’ASEAN Championship, le Timor-Leste n’a jamais gagné le moindre point. Néanmoins, cet effectif, composé de joueurs locaux et de binationaux évoluant surtout au Portugal et au Royaume-Uni, n’a jamais été aussi fort. Pour la première fois, les hommes du sélectionneur portugais João Pedro auront une petite pression du résultat. Et ce malgré la non-convocation de l’attaquants star Paulo Gali Freitas, dont les raisons de l’absence sont floues. Comme le reste du football timorais.

Le Cambodge peut-il se relever ?

Si le Timor-Leste peut espérer prendre son premier point en ASEAN Championship, c’est aussi grâce à la participation d’un Cambodge cadavérique, en lente agonie depuis le départ de Keisuke Honda. En 2024, les Cambodgiens ont réussi l’exploit de sortir dès le premier tour des qualifications à la Coupe du Monde 2026 face au Sri Lanka, qui est à ce moment-là la pire équipe d’Asie, de loin. La dernière trêve, en juin, a permis de regagner un peu de confiance, grâce à deux belles victoires en matchs amicaux face au Bhoutan et à l’équipe B de Hong-Kong. Ce Championnat d’Asie du Sud-Est permet aussi aux Guerriers d’Angkor de poursuivre la nouvelle stratégie sportive, qu’on pourrait résumer à « naturaliser tous les joueurs étrangers du championnat ». Après Yudai Ogawa en 2023, ainsi qu’Abdel Kader Coulibaly, Andres Nieto et Hikaru Mizuno en 2024, c’est au tour d’Alisher Mirzaev de rejoindre ce projet douteux, emmené par l’expérimenté sélectionneur japonais Koji Gyotoku. Oui, un japonais à la tête du Cambodge, peu de surprises quand on sait à quel point la fédération japonaise a du poids sur son homologue locale. L’objectif pour cette équipe sera en tout cas de ne pas finir dernière, et de lancer enfin dans le grand bain le prometteur Samuel Bong au milieu de terrain.

Qu’attendre de Singapour ?

Au fond du gouffre il y a trois ans, la sélection singapourienne s’est bien relevée depuis, se qualifiant pour la Coupe d’Asie 2027 sans trembler. Une véritable union populaire s’est formée dans la petite cité-État autour de son équipe nationale, avec des affluences record à chaque match à domicile. Ce regain d’espoir chez un peuple de nature très pessimiste est en partie dû à Gavin Lee, le jeune coach local de trente-cinq ans qui a repris la sélection l’été dernier et qui commence à bâtir un projet très cohérent où la performance prime désormais sur les statuts. L’équipe est construite autour de l’ossature du club de Lion City Sailors, double champion en titre, avec quelques éléments très expérimentés comme le défenseur Hariss Harun et l’avant-centre Shawal Anuar, au pic de sa carrière à trente-cinq ans. Deux jeunes de dix-huit ans ont été convoqués : le latéral Luth Harith Fathi, et le très prometteur ailier Nathan Mao, qui sort déjà d’une belle saison en Singapore Premier League. Quelques absences viennent handicaper les Merlions, notamment en défense, qui ne les empêcheront pas de viser la deuxième-place du groupe A, qualificative pour la demi-finale.

Un espoir pour l’Indonésie ?

D’un beau projet en 2022, la sélection indonésienne est depuis un an et demi engluée dans sa politique sportive de naturalisation massive de binationaux. Et ce, au détriment d’une formation locale toujours aussi pauvre, malgré l’immense vivier potentiel. La sélection est organisée autour des deux clubs majeurs du pays : le PERSIB Bandung et le Persija Jakarta, qui se lancent cet été dans la course à celui qui recrutera le plus d’internationaux. Arrivé en janvier pour succéder au passage catastrophique de Patrick Kluivert, l’anglais John Herdman a des résultats pour l’instant très satisfaisants, rajeunissant au passage l’équipe avec les convocations de Mathew Baker, Mauro Zijlstra et Rayhan Hannan. La Tim Garuda reste un des favoris pour atteindre la finale.

Le Vietnam ultra-favori ?

Déceptions, frustrations, le football vietnamien moderne a souvent traversé des moments compliqués. Le développement footballistique très tardif du pays est encore un poids, pas aidé non plus par une fédération qui préfère les projets grandiloquents et les binationaux au détriment du développement de la formation locale, qui pourtant se porte de mieux en mieux. Les infrastructures manquent, pas le talent des joueurs et des éducateurs. Le sud-coréen Kim Sang-sik, déjà là en 2024, a continué de faire progresser sa sélection, qui s’est renforcée sur le plan offensif grâce à trois brésiliens naturalisés : Hêndrio, Geovane Magno, et la star Rafaelson, onze pions en neuf capes. Ils sont soutenus au milieu par l’ancien palois Nguyễn Quang Hải, qui dicte le jeu. Cette édition doit être celle de la confirmation pour le jeune Nguyễn Đình Bắc, talent précoce, qui vient enfin de sortir une saison référence en VLeague. Le Vietnam est en tout cas grand favori de cette compétition, et l’a confirmé en match de préparation en écrasant le Myanmar quatre à zéro. En cas de victoire, la sélection deviendrait la deuxième plus titrée de la compétition, à égalité avec Singapour.

Que joue la Thaïlande ?

Privée de tous ses meilleurs éléments, bloqués par les clubs du championnat, dont certains sont en guerre avec la fédération, la Thaïlande arrive très diminuée pour cette compétition. Thanawat Suengchitthawon, Jonathan Khemdee, Patiwat Khammai, Suphachai Chaided, Theerathon Bunmathan, Chanathip Songkrasin… la liste d’absents est démentielle. L’Anglais Anthony Hudson a donc dû bricoler avec des anciens sortis de leur retraite internationale, et des jeunes sortant de belles saisons en Thai League, à l’image de Kakana Khamyok, Chaiyaphon Otton ou Waris Choolthong. Deux profils sortent du lot. Oussama Thiangkham d’abord, né et formé au Maroc, qui possède une double nationalité. Il évolue depuis l’été dernier en Thai League, et a déjà plusieurs capes avec les U23. Chawanwit Saelao ensuite, qui arrive en sélecion alors qu’il évoluait pour l’exercice 2025/2026 en Thai League 3 ! Ce mélange étrange de joueurs qui n’ont pas l’habitude de jouer ensemble ne va pas espérer grand-chose. L’expérimenté milieu Sarach Yooyen est le seul rescapé du onze titulaire habituel, et aura du travail pour faire performer cette Thaïlande.

Attention aux Philippines...ou pas

Dans ce groupe B très étrange et assez faible, les Philippins pourraient tirer leur épingle du jeu ? Après des années d’instabilité, et une fédération qui naturalisait littéralement des dizaines de binationaux venant des quatre coins du monde chaque année, la sélection de l’archipel semble avoir trouvé un rythme de croisière. C’était sans compter la liste pour cet ASEAN Championship, composée presque littéralement des U23. Cette compétition étant hors dates FIFA, et les Azkals évoluant beaucoup à l’étranger, seuls quelques-uns ont été libérés par leurs clubs. Difficile donc d’espérer grand-chose, même si l’on pourra suivre quelques jeunes talents comme Aarran Long, tout juste dix-sept ans, et petit phénomène dans son académie à Manille. Il est le benjamin de cette édition.

Une porte ouverte pour la Malaisie ?

Avec le fort remaniement des sélections thaïlandaise et philippine, la Malaisie fait office de potentiel favori à la première place du groupe B. Engluée dans ses scandales de faux papier, la FAM a envoyé une équipe correcte. Des habitués comme Paulo Josué, Endrick ou Sergio Aguero côtoient des nouveaux sortant d’une belle saison de Malaysian Super League. Des belles histoires comme celle de Rodney Celvin, vingt-neuf ans, qui va découvrir l’équipe nationale après un exercice 2025/2026 héroïque à Kuching City, conclu par une deuxième place historique. Malgré un effectif faible sur le papier, les Harimau Malaya restent assez cohérents et devraient normalement finir dans le top deux de ce groupe B.

Une surprise laotienne ?

Risée du football asiatique pendant longtemps, à cause notamment du haut niveau de corruption de son championnat, le Laos redresse la barre depuis 2024. Notamment en équipe nationale, où la belle jeune génération du dernier ASEAN Championship est encore là. Chony Wenpaserth, Bounphachan Bounkong, Photthavong Sangvilay et Peeter Phantavong sont encore là et assurent enfin ce qu’il manquait au football laotien pendant des années : la stabilité. Quelques nouveaux font leur apparition, et notamment le très jeune ailier Kadam Koneyer, dix-sept ans. La liste des vingt-trois reste bien évidemment faible, mais progresse, et pourrait peut-être arracher quelques bons points. Le nouveau sélectionneur Vladica Grujic a en tout cas bien débuté sa mission en battant le Népal en amical.

Enfin la bonne pour le Myanmar ?

Après des années de progrès malgré une situation nationale intenable à cause de la dictature militaire et de la guerre civile, le Myanmar tient peut-être sa chance de briller. Dans un groupe B terriblement faible, les Chinthe arrivent avec beaucoup de certitudes. Non qualifiés pour la Coupe d’Asie, ils ont tout de même terminé deuxième de leur groupe, juste derrière une Syrie intouchable, et devant le Pakistan et l’Afghanistan. Pour l’ASEAN Championship, tous les cadres de la sélection sont là, notamment Lwin Maung Maung, légende du football birman et toujours performant de cette compétition. Le Norvégien Jørn Andersen, qui a repris la sélection, connaît très bien le football asiatique. De quoi créer l’exploit et se qualifier pour la demi-finale ?

Cet ASEAN Championship s’annonce donc très spécial. Son organisation catastrophique hors du calendrier de la FIFA vient affaiblir certaines sélections dont une majorité de joueurs jouent à l’étranger, ou qui dépendent de bons rapports avec les équipes locales. Les deux groupes sont donc terriblement déséquilibrés, puisque les trois sélections les plus sérieuses, le Vietnam, l’Indonésie et Singapour, sont dans le même groupe. Malgré cela, les attentes restent fortes autour de cette compétition incontournable du football asiatique, qui révèlera comme souvent d’excellents jeunes joueurs, futurs héros locaux.

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