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·23 septembre 2026

ASSE : Gazidis dévoile la feuille de route de Kilmer

Image de l'article :ASSE : Gazidis dévoile la feuille de route de Kilmer

Ivan Gazidis parle peu. Dans un long entretien accordé à L’Équipe, réalisé le 15 septembre à L’Étrat et publié ce mercredi matin, le président de l’ASSE détaille beaucoup plus précisément la méthode de Kilmer Sports Ventures. Investissements, montée en Ligue 1, modèle économique, Ian Cathro, formation, supporters ou encore gouvernance : Gazidis assume une construction progressive et refuse de sacrifier l’avenir du club à l’urgence du résultat.

Un peu plus de deux ans après le rachat de l’ASSE par Kilmer Sports Ventures, la parole est suffisamment rare pour être remarquée. Cette fois, Ivan Gazidis s’est longuement expliqué. Et derrière la formule déjà reprise sur le « PSG de la Ligue 2 », l’entretien publié par L’Équipe permet surtout de mieux comprendre la logique suivie par l’actionnaire canadien.


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Gazidis : "Nous ne voulons pas tout sacrifier pour être promus cette année"

Le message le plus important concerne peut-être la frontière que Kilmer refuse de franchir malgré l’objectif évident d’une remontée. Larry Tanenbaum offre à l’ASSE une sécurité financière que peu de clubs français possèdent actuellement. Gazidis assure toutefois que cette puissance doit avant tout permettre d’éviter les décisions dictées par l’urgence.

"Nous avons déjà beaucoup investi. Nous avons la chance d'avoir Larry. Cela nous permet de ne pas prendre dans l'urgence des décisions que nous savons mauvaises à long terme : ne pas être obligés de vendre un joueur, pouvoir en recruter un si nous pensons qu'il est spécial, investir dans les terrains, la salle de gym, le staff ou la nutrition. Nous ne voulons pas tout sacrifier pour être promus cette année. Puis oublier ce qui se passera ensuite."

L’ASSE possède l’un des budgets les plus importants de Ligue 2 et sa capacité d’investissement nourrit depuis plusieurs mois la comparaison avec un club destiné à dominer financièrement sa division. Peuple Vert s’était d’ailleurs déjà penché sur la réalité derrière cette étiquette de « PSG de la Ligue 2 ».

Gazidis la récuse clairement, tout en précisant ce que Kilmer cherche à construire.

"J'ai vu que nous étions décrits comme le PSG de la L2. Ce n'est pas vrai. Ce club avait besoin d'investissements justes. Nous n'y injectons pas simplement de l'argent. Nous voulons construire un club financièrement pérenne, capable de tenir sur ses propres pieds, de produire sa propre réussite et d'être fort par lui-même."

Le choix des mots est révélateur. Kilmer ne veut pas seulement financer une équipe capable de remonter. Le propriétaire cherche à augmenter les revenus propres de l’ASSE, moderniser ses structures et réduire sa dépendance aux aléas du football français. Gazidis livre d’ailleurs deux indicateurs très concrets : selon lui, les revenus commerciaux ont fortement augmenté et les ventes de maillots ont triplé depuis l’arrivée de Kilmer.

Tanenbaum, "gardien" d'une ASSE à transmettre

Le discours plaît aussi lorsque Gazidis décrit la manière dont Larry Tanenbaum considère sa position. Le milliardaire canadien n’entendrait pas se comporter comme le propriétaire d’un actif destiné à lui appartenir indéfiniment.

"Larry ne se voit pas comme propriétaire de l'ASSE mais comme gardien. Nous ne serons pas là pour toujours. Le club et les supporters, eux, le seront. Arsène Wenger me disait toujours à Arsenal que son objectif était de laisser le club mieux qu'il ne l'avait trouvé à son arrivée. C'est aussi le nôtre."

Gazidis estime surtout que Kilmer entre désormais dans une nouvelle phase. Les deux premières années ont été consacrées en partie à transformer une organisation héritée de l’ancienne direction. Pour le président stéphanois, l’exercice actuel constitue véritablement le premier avec une équipe et une structure choisies par les nouveaux décideurs.

"Nous avançons étape par étape. Cela prend du temps. C'est la première saison où nous pouvons dire que le club et l'équipe sont vraiment les nôtres : les joueurs, le staff, ce sont nos choix."

L’actionnaire ne peut plus réellement présenter les difficultés sportives comme les conséquences d’un héritage qu’il n’aurait pas eu le temps de transformer. L’effectif a profondément évolué, Ian Cathro a été choisi cet été et son staff a été recomposé. Lors de sa nomination, le club avait déjà insisté sur sa capacité à développer les joueurs et à installer une identité stable.

Gazidis confirme aujourd’hui que l’Écossais correspond exactement au profil recherché.

"Ian correspond à notre philosophie, à notre effectif, nos valeurs. Nous voulions aussi quelqu'un investi dans le club à 120 %. Il s'adapte et comprend différentes cultures. Au niveau du jeu, c'est très fluide. Les joueurs permutent et peuvent évoluer à différents postes. Dans un effectif plus réduit, chacun sent qu'il a un rôle à jouer. Cela donne de l'oxygène à la formation. Nous avons de bons jeunes. Je veux qu'ils aient la possibilité de jouer."

L'ASSE veut grandir sans se couper de son identité

L’entretien va également au-delà de l’équipe professionnelle. Gazidis revient longuement sur ce que représente Saint-Étienne et assure que le développement économique ne doit pas se faire au détriment de l’identité populaire du club.

"Notre travail est de générer la fierté. Ce club représente une ville, une région. Avec des gens chaleureux qui travaillent dur, peut-être pas les plus riches de France, mais convaincus des vertus de l'engagement et du courage. Notre souhait est d'être à la hauteur de ces valeurs, de nous comporter d'une manière qui ne heurte pas ce en quoi croient nos supporters."

Gazidis reprend également une formule de son entraîneur pour résumer la singularité du club : "Ian Cathro a dit que Saint-Étienne n'était pas un club normal. Il a raison."

Cette dimension locale n’empêche pas Kilmer de revendiquer une gouvernance internationale. Gazidis répond notamment aux critiques sur une direction parfois perçue comme lointaine. Il assure avoir assisté à 14 des 17 rencontres disputées à Saint-Étienne la saison dernière et insiste sur la présence régulière de Huss Fahmy et Jaeson Rosenfeld : "Nous ne sommes pas des propriétaires absents : il y a toujours quelqu'un de notre équipe sur place. Saint-Étienne bénéficie à la fois d'une présence locale et d'une perspective internationale."

Gazidis critique aussi le modèle du football français

Le président de l’ASSE profite enfin de cette prise de parole pour livrer son diagnostic sur la crise française. Il estime que la répartition des ressources fragilise excessivement les clubs disposant des revenus les plus faibles et les enferme dans une gestion à court terme.

"Le principal problème vient de la considération accordée aux équipes les plus faibles. Sur les droits TV, l'écart entre le club le mieux et le moins rémunéré est de 8 à 9 en France, contre 3 à 3,5 en Allemagne ou en Italie et 1,7 en Angleterre. Cette situation place les petits dans une urgence permanente."

Selon Gazidis, cette urgence pousse ensuite les clubs comme les instances à privilégier les recettes immédiates plutôt qu’une construction durable. Cela épouse la philosophie affichée depuis le rachat de Saint-Étienne : disposer d’un actionnaire capable d’absorber les périodes difficiles doit justement permettre de ne pas vendre dans l’urgence ou sacrifier un projet pour équilibrer une saison.

Larry Tanenbaum avait tenu un discours très proche au printemps, après l’échec de l’ASSE dans sa tentative de remontée, en réaffirmant que Kilmer était engagé dans une construction de long terme à Saint-Étienne. Il évoquait alors stabilité, patience et investissement comme les piliers du projet.

La montée reste l’objectif sportif immédiat, mais Kilmer refuse qu’elle devienne la justification de toutes les dépenses. Après deux années de transformation, le président considère désormais que les joueurs, le staff et l’organisation correspondent réellement aux choix de la nouvelle direction. Le temps de la construction n’est donc pas terminé. Mais celui de l’évaluation du projet Kilmer, lui, a clairement commencé.

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