Le Journal du Real
·18 janvier 2026
Au Real Madrid, la victoire ne suffit plus

In partnership with
Yahoo sportsLe Journal du Real
·18 janvier 2026

Le Real Madrid a pris les trois points ce samedi soir face à Levante, mais il est loin d'avoir reconquis les cœurs meurtris de ses supporters. Si le tableau d'affichage du Santiago Bernabéu indiquait une victoire nette (2-0) au coup de sifflet final, l'atmosphère lourde et électrique qui régnait dans l'enceinte mythique racontait une tout autre histoire. Ce succès, pourtant vital comptablement pour les débuts d'Álvaro Arbeloa à domicile, n'a pas suffi à éteindre l'incendie qui ravage le Real Madrid depuis une semaine.
L'accueil hostile réservé à la direction et à une partie du vestiaire témoigne d'une rupture profonde, peut-être l'une des plus graves de la décennie, entre le public et ses idoles. Le Real Madrid est plongé dans une crise de nerfs que le résultat sportif, perçu comme un simple minimum syndical, ne parvient plus à masquer. Les sourires étaient absents au coup de sifflet final, remplacés par des visages fermés, conscients que la bataille de l'opinion est loin d'être gagnée.
Le fait le plus marquant et le plus symbolique de cette soirée restera sans doute la contestation directe et virulente visant Florentino Pérez. En poste depuis 2009 pour son second mandat et reconduit sans opposition en janvier 2025, le président du Real Madrid jouissait jusqu'ici d'une aura d'intouchable. Pourtant, il a été confronté hier à une fronde populaire d'une rareté absolue au Bernabéu.
La colère ne s'est pas limitée aux travées du stade : des banderoles appelant à sa démission avaient été déployées dans divers points stratégiques de la capitale espagnole avant même la rencontre, témoignant d'une organisation certaine de la contestation. À l'intérieur de l'enceinte, la tension est montée d'un cran. Dès la cinquième minute du match, des chants hostiles et des sifflets nourris ont dégringolé des tribunes, ciblant directement la loge présidentielle.
Cette contestation s'est intensifiée à la mi-temps, créant un malaise palpable parmi les officiels. Les caméras de télévision ont capté la réaction du dirigeant dans la loge VIP, affichant un "sourire forcé" et crispé, comme le rapporte le média The Athletic. Pour un homme habitué à l'adulation ou au respect silencieux de ses socios, voir son autorité ainsi défiée publiquement marque un tournant majeur dans cette crise institutionnelle.
L’accueil réservé aux joueurs du Real Madrid a également été glacial, révélant une fracture au sein même de la perception des supporters. Le bus de l’équipe a été copieusement sifflé à son arrivée au stade, donnant le ton de la soirée. Mais sur la pelouse, tous les joueurs n'ont pas été logés à la même enseigne. Une véritable liste noire semble avoir été établie par les socios. Des cadres comme Vinícius Jr, Jude Bellingham et Fede Valverde ont été particulièrement ciblés par les sifflets lors de la présentation des équipes et à chaque touche de balle en début de match.
Ces joueurs paient le prix fort des tensions internes ayant conduit au licenciement brutal de Xabi Alonso. Aux yeux d'une partie du public, ils incarnent le "pouvoir des joueurs" capricieux qui a eu raison de l'entraîneur basque. À l'inverse, Thibaut Courtois, irréprochable dans les cages, et Kylian Mbappé, auteur de l'ouverture du score et perçu comme le seul tentant de sauver le navire par ses efforts, ont été les rares à être épargnés, voire applaudis. Ce traitement différencié ajoute une couche de complexité à la gestion du groupe pour le nouveau staff, qui doit gérer des égos meurtris.
Malgré la victoire du Real Madrid, il n'y a eu ni tour d'honneur, ni communion, ni soulagement visible. Le vestiaire reste conscient que le lien de confiance est brisé. Les trois points permettent de rester en vie en Liga, mais ils ne résolvent rien sur le fond du problème. Le Real Madrid navigue désormais dans des eaux troubles où l'exigence du public s'est transformée en défiance systématique.
Pour Álvaro Arbeloa, le défi dépasse largement le cadre tactique ou technique. Il doit désormais souder un groupe psychologiquement atteint, où certains joueurs se sentent injustement persécutés par leurs propres supporters. Restaurer une ambiance positive au Bernabéu ne se fera pas en un soir.
Il faudra une série de victoires probantes et, surtout, une attitude irréprochable dans l'engagement pour que le "madridisme" accepte de pardonner cette semaine noire. La victoire contre Levante est un premier pas nécessaire, mais le chemin vers la rédemption s'annonce long et semé d'embûches.









































