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·24 juin 2026
Batlles : "Les gens ont vite oublié mais c'est normal à Saint-Étienne"

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·24 juin 2026

Revenons un peu sur ton aventure à l’ASSE, avec du recul, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?
J’assume ma part de responsabilité notamment sur la fin d’aventure lors de la deuxième saison où on fait dix matchs sans défaite et derrière je perds cinq matchs de suite, avec des blessés, mais ça arrive (...) Quand je vois aujourd’hui les finances de Saint-Étienne, j’aurais bien aimé avoir les moyens qu’ils ont eus par rapport à ce que j’ai eu. Quand je suis arrivé à Saint-Étienne, je suis arrivé avec trois points en moins, quatre matchs à huis clos, 17 départs, plus personne ne voulait rester et on m’a dit : « tu ne recruteras que des joueurs à 0€ ». Quand tu ne recrutes que des joueurs à 0€, tu ne peux pas avoir une équipe de suite optimale. Il a fallu faire comprendre que ce n’était pas possible. S’il n'y avait pas eu la Coupe du Monde 2022 (ndlr, en pleine saison), ça aurait été très compliqué. On n’avait que sept points avant ça, on a fait une grosse réunion, et quand on a eu les joueurs au mercato d’hiver (ndlr, Appiah, Larsonneur, Nkounkou, Charbonnier, Fomba, Bamba), on n’a perdu que deux matchs sur la phase retour. À la fin du championnat, s’il y avait eu les barrages cette année-là, on aurait peut-être pu se mêler à la lutte.
On avait l’équipe à tout poste programmée pour monter. La deuxième année, je leur dis que si on garde la même équipe, on monte. Au final, on perd Krasso notre meilleur buteur et passeur, Nkounkou qui avait marqué 6 buts et fait 7 passes décisives en 4 mois. Dans le club de maintenant, Nkounkou il ne serait jamais vendu. J’aurais vraiment aimé travailler avec la nouvelle direction, qu’on me dise que même s’il y a une offre, le mec il reste.
Y-a-t-il un peu d’amertume par rapport à ton passage à l’ASSE et en veux-tu à certains ?Ce n'est pas que j’en veux à qui que ce soit. Ce qui m’a le plus dérangé c’est que les choses n’ont pas été remises dans le contexte. J’avais dit quand je suis arrivé que les gens allaient vite oublier et les gens ont vite oublié. Les gens ont vite oublié que je suis arrivé après Auxerre, avec un groupe totalement meurtri, certains avaient été atteints physiquement, leurs familles… Certains ne voulaient plus entendre parler du fait de porter le maillot, tu rencontres les joueurs et la plupart ne voulaient pas rester. Ensuite tu apprends les sanctions, c’est du jamais vu : trois points en moins et quatre huis clos, sauf que moi entre-temps, j’avais accepté de venir.
Avec ce que j’avais fait chez les jeunes ici, mon expérience réussie à Troyes et l’amour que je portais pour ce club-là, je ne me voyais pas dire non. Peut-être que d’autres avaient refusé avant moi. Moi j’étais d’ici, j’ai tout fait dans ce club, recruteur, adjoint, formation. Je savais tout ce qu’il se passait, je savais que ça allait être compliqué de reconstruire, j’ai quand même accepté. Je leur avais dit que je voulais bien venir mais que le problème c’est que tout le monde allait oublier. Je leur ai dit qu’il fallait faire une équipe parce que si ce n’était pas le cas et qu’on ne remontait pas rapidement, on allait se faire défoncer. Ça n’a pas manqué. Que je sois arrivé avec moins trois points, quatre matchs à huis clos, pas de recrutement, tout le monde a oublié ça. Sauf que quand je suis arrivé à L’Étrat, il y avait des bureaux par terre, des trucs cassés au plafond, il a fallu que je refasse tout un vestiaire, que je fasse des travaux.Je me suis battu à l’époque avec la direction pour éviter que le club ne descende pas plus bas. C’était dur après Auxerre de reconstruire sans moyen. Le seul joueur que j’ai recruté, c’est Bouchouari. Les jeunes qu’on avait n’étaient pas prêts. Jamais un entraineur de l’ASSE n’avait connu ça, mais ça a été oublié et c’est normal parce que dans un club comme Saint-Étienne, tu as besoin de résultats. Ici, si tu as des résultats ça va mais si tu n’en as pas, ça ne va pas. Pour autant, à chaque fois que j’ai rencontré tous les groupes de supporters et ils ont été nickels avec moi, que ce soient les Magic, les Green, il n’y a jamais eu quoique ce soit.
Revenons sur ton arrivée, dans quel état retrouves-tu le club ?
Tout le monde voulait partir et il a fallu attendre avant de construire l’équipe de voir ce qu’il se passait avec des joueurs comme Bouanga, Camara, Aouchiche, Youssouf, Neyou, etc… Si j’avais pu en garder un, ça aurait été Mahdi, j’avais travaillé avec lui sur la N3, je m’étais dit avec l’amour du maillot, ça aurait pu être quelque chose de cohérent, à la Loïc Perrin en restant et en faisant remonter le club. Ça aurait pu être quelqu’un d’important pour moi au milieu de terrain de part son jeu, sa hargne mais également dans ce qu’il représentait.Le chantier était la pour nous : reconstruire dans un contexte instable. C’est ce que j’expliquais tout à l’heure, ce chantier, il a été vite oublié au bout de trois semaines, mais c’est normal. À Saint-Étienne, peu importe ce qu’il se passe pour toi, ce qui compte pour les supporters à la reprise du championnat, c’est les résultats que tu vas avoir mais personne n’a vécu ce que j’ai vécu. Quatre matchs à huis clos pour démarrer l’année et trois points en moins au classement. Pas un entraineur de Saint-Étienne n’a vécu cela. Quand tu recommences ta saison sans personne au stade, que tu essayes de tenir la baraque mais que tu n’avances pas, avec une équipe très jeune, tu prends un point par ci, un point par là. Nos jeunes n’étaient pas prêts, ils n’avaient pas le niveau pour pouvoir jouer à Saint-Étienne et remonter. Je ne dis pas qu’ils ne pouvaient pas jouer en Ligue 2 mais dans un club comme le nôtre, avec la pression que ça sous entendait, impossible. Cette expérience a été très formatrice pour moi.Les observateurs disaient de moi que je ne réagissais pas sur la banc. La finalité pour moi c’était de monter. Gagner un match et s’envoyer en l’air pour que le match d’après tu ne sois pas cohérent et qu’à la fin de saison tu ne montes pas, ça ne m’intéressait pas. Quand j’étais dans le vestiaire, je sautais partout mais je voulais montrer à l’extérieur de la stabilité et de l’humilité. Montrer que pour monter, il ne fallait pas dire qu’on allait écraser le championnat et donc j’ai essayé d’être le plus posé possible dans ma façon d’être pour avancer tranquillement et sereinement.Médiatiquement, ce passage à la tête de l’équipe, tu en retiens quoi ?J’ai beaucoup appris. Ici j’ai préparé toutes mes conférences de presse déjà. À Troyes je le faisais aussi mais différemment car à Saint-Étienne, tu as une quinzaine de personnes face à toi minimum chaque semaine. J’avais deux présidents aussi… ça a son importance. Je savais que certains messages pouvaient passer par le biais des questions en conférence de presse, mais, je ne parle pas de vous (rires). J’ai vécu dans ce club, dans les bureaux aussi donc je savais ce qu’il se passait et ce qui était dit donc je savais ce qu’il allait se passer en conférence de presse par moment. Je suis quelqu’un d’ici, donc je savais.
En ce sens, je préparais mes conférences de presse et ça m’a fait énormément de bien. Quelqu’un m’aidait à mettre en place les choses, c’était un apprentissage pour évoluer plus sereinement et différemment dans mon métier. Au début tu te dis non, tu parles pas trop mal et tu vas t’en sortir mais par moment il valait mieux le faire face à l’odeur du sang de certains. Ça fait partie de ton métier en tant que joueur, mais aussi en tant qu’entraineur. Les réseaux sociaux aujourd’hui font que lorsque tu n’es pas trop mauvais en communication, ça se passe mieux pour toi par moment. À l’ASSE j’ai essayé de faire ce que j’avais à faire, parfois en direct parce que ça faisait partie de ma façon d’être et je n’avais pas grand chose à cacher.
Que retiens-tu de cette expérience à la tête des Verts ?C’était enrichissant, valorisant mais c’est dommage. Je pense qu’on aurait pu faire quelque chose de bien. On est venu me chercher car j’étais d’ici, je connaissais le club, c’était un gain de temps. Ce n’était pas illogique à la base mais c’est après une fois que j’ai signé, j’ai vu que j’y étais... Quand je suis parti à Troyes, Roland Romeyer voulait que je prolonge au centre de formation, on avait discuté et j’avais dit qu’il ne me manquait plus qu’une chose à Sainté c’était d’entraîner les professionnels, c’était logique que je revienne.
Franchement à la sortie de la première année quand on termine la deuxième partie de saison en ne perdant que deux matchs, je me suis dit, ça va être une formalité et là… plus personne. Tu te dis qu’est-ce qu’on fait ? Finalement, fin octobre tu es deuxième, tu as l’impression qu’il ne peut rien t’arriver, tu perds Larsonneur sur blessure mais tu gagnes sans lui face à Angers. J’étais pragmatique, je jouais en 4-3-3, je n'avais plus personne dans les couloirs. Et puis la semaine avant la rencontre face au Paris FC, je perds à nouveau quatre joueurs, on va perdre 1-0 et ensuite c’est la débandade avec trois nouveaux joueurs blessés. On t’annonce que Gautier en a pour trois mois et demis. Là où je n’ai pas été bon c’est là.
Mon regret principal est à ce moment-là. J’aurais dû cadenasser le truc, vraiment. On perd nos deux premiers matchs, et sur le troisième tu te retrouves enfermé. J’aurais dû enrayer le truc, me dire, on passe à cinq, on joue bloc bas, on fait match nul. Ce n’était pas mon truc, pas ma façon de jouer mais on aurait dû faire ça : faire le dos rond quelques matchs, attendre que les blessés reviennent et ça te laisse du temps. Je ne l’ai pas fait. C’est mon regret. Avec le recul, j’aurais dû avoir cette idée. Je perds cinq matchs d’affilée, je suis quatrième, tu ne peux pas à Saint-Étienne, tu ne peux pas. Je saute au moment où je sais que le mercato arrive et que je vais pouvoir me renforcer. Il restait Nîmes en Coupe de France et deux matchs face à Bordeaux et Bastia. J’ai demandé qu’on me laisse les deux derniers matchs et ensuite je leur ai dit qu'on récupérait du monde. C’est ce que j’avais dit à Jean-François Soucasse et Loïc Perrin. Après Guingamp, ça a été tranché. Malheureusement. Cette soirée de Guingamp, elle a été très difficile à vivre pour moi, pour mon staff, pour certaines personnes au club et pour quelques joueurs. Certains d’entre-eux sont venus pour que je reste. Ils sont pas mal à avoir essayé de me sauver, d’autres non. Ça a pas mal tergiversé. On avait fait vivre les choses dans l’humain avec toutes les personnes intégrantes du club. C’est comme ça, ça fait partie de la vie. Que ce soit Samuel Rustem, Jean-François Soucasse ou Loïc Perrin, ils ont été très corrects avec moi.
Hier, Laurent Batlles revenait avec nous sur son actualité et sur son métier d’entraîneur. Demain, toujours sur le site, vous retrouverez la troisième et dernière partie de ce long entretien. Le technicien de 50 ans évoque à nouveau l’AS Saint-Étienne et le projet du club avec un nouvel entraineur à sa tête : Ian Cathro.







































