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·27 septembre 2026

Billet d’humeur – Le paradoxe Fabian Ruiz, champion partout mais star nulle part

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Fabian Ruiz (30 ans) ne réclame aucune campagne : pour le Ballon d’Or, il préfère « la laisser aux autres », expliquait-il cette semaine à Onda Cero. Le milieu du Paris Saint-Germain est pourtant nommé parmi les 30 après deux Ligues des champions consécutives et un Mondial. Et s’il incarnait surtout un problème plus large : notre football adore les stars, mais sait beaucoup moins raconter ceux qui les rendent possibles.

Le foot adore ce qui tient dans un highlight.

Reconnu, mais rarement au centre.

Fabian Ruiz n’est plus vraiment sous-coté. Ce serait même un peu gonflé de continuer à le présenter ainsi. Il est titulaire au PSG, titulaire avec l’Espagne, champion du monde, double champion d’Europe avec Paris et candidat au Ballon d’Or. On a connu anonymat plus sévère. Le problème se situe ailleurs : Fabian est reconnu, oui, mais il reste rarement au centre de la conversation. Il faut souvent commencer par rappeler son palmarès pour convaincre qu’il devrait y être.


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Le geste spectaculaire gagne presque toujours.

C’est peut-être parce que le football moderne adore ce qui se découpe facilement. Un but ? Parfait. Un dribble ? Encore mieux. Une accélération, une roulette ou une frappe de 25 mètres ? Voilà de quoi alimenter les réseaux, les émissions et quelques débats pendant deux jours. Le déplacement qui libère une zone, la passe qui permet la suivante, le pressing qui oblige l’adversaire à ressortir du mauvais côté ou le joueur qui équilibre toute une équipe pendant que les autres prennent des risques, c’est déjà moins vendeur. Essayez de faire un montage TikTok de huit minutes sur les compensations défensives, normalement vous perdez quelques abonnés en route.

Et c’est précisément là que Fabian est intéressant. Luis Enrique (56 ans) l’a notamment poussé à devenir plus agressif défensivement, comme le joueur l’a lui-même raconté à AS. Ce Fabian-là n’est plus seulement le grand gaucher élégant arrivé de Naples. Il court, ferme, récupère, se projette, donne une solution et accepte surtout de ne pas transformer chaque ballon touché en candidature au prochain best-of. Ça semble presque banal. Ça ne l’est pas.

Le PSG lui-même n’échappe pas au jeu.

Quand il faut choisir ceux qu’on met sur l’affiche.

Le plus amusant, c’est que le PSG sait évidemment ce qu’il possède. Sans Fabian, son milieu n’aurait pas le même équilibre. Ses entraîneurs le savent, ses partenaires aussi. Pourtant, au moment de lancer la petite bataille médiatique du Ballon d’Or, le club avait d’abord choisi de soutenir trois candidatures avant de recentrer sa communication autour d’Ousmane Dembélé (29 ans) et Khvicha Kvaratskhelia (25 ans).

On peut le comprendre. Une campagne individuelle fonctionne aussi avec de l’image, des récits simples, des joueurs capables d’incarner immédiatement une saison. Dembélé et Kvaratskhelia attaquent, dribblent, marquent et produisent naturellement ces moments qui restent en tête. Si l’objectif est de convaincre des votants, disperser les voix n’est probablement pas la stratégie du siècle.

Le symbole est quand même assez savoureux.

Même le club qui connaît mieux que quiconque l’importance de Fabian Ruiz finit donc par obéir aux codes du football qu’on raconte. Quand il faut mettre quelqu’un sur l’affiche, on commence par ceux qui font lever les tribunes. Rien de scandaleux là-dedans. Mais difficile de trouver une meilleure illustration du problème : entre celui qui rend une équipe meilleure et celui qui produit l’image forte du week-end, on sait encore très bien lequel gagnera la bataille de l’attention.

Être essentiel ne suffit pas toujours à être central.

Fabian n’est plus invisible, heureusement.

Il faut aussi reconnaître que les choses évoluent. Fabian lui-même estime recevoir la reconnaissance qui compte le plus à ses yeux, celle de ses entraîneurs et de ses coéquipiers. Et sa présence parmi les candidats au Ballon d’Or montre bien qu’il n’est plus invisible. Les sacres de Luka Modric ou Rodri ont également rappelé qu’un trophée individuel n’est pas juridiquement réservé à celui qui termine avec 47 buts et une célébration signature.

Mais il lui faut presque tout gagner pour qu’on le remarque.

Reste une drôle d’impression : pour qu’un joueur comme Fabian entre réellement dans ces discussions, il lui faut presque accumuler un dossier qu’on jugerait obscène chez d’autres. Deux Ligue des Champions consécutives, un Euro, une Coupe du monde, une place centrale dans deux des meilleures équipes du moment… et malgré tout, sa candidature ressemble encore à celle qu’on glisse en fin de débat avec un petit « oui, lui aussi mérite qu’on en parle ».

Fabian Ruiz n’a pas besoin qu’on invente une injustice pour le rendre intéressant. Il raconte quelque chose de plus profond. Dans un sport collectif devenu de plus en plus obsédé par les trajectoires individuelles, nous continuons à mieux voir celui qui termine l’action que celui qui lui permet d’exister. Le paradoxe est presque parfait : Fabian passe son temps à rendre le football des autres plus beau, et c’est justement ce qui le rend moins facile à vendre. Peut-être que ce n’est plus lui qu’il faut apprendre à regarder. C’est le jeu qu’il faudrait parfois regarder autrement.

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