Le Journal du Real
·30 janvier 2026
Ce que les joueurs oublient d'être en portant le maillot du Real Madrid

In partnership with
Yahoo sportsLe Journal du Real
·30 janvier 2026

C’est un malaise profond, une forme de désenchantement, presque la sensation de voir vaciller un monument. Les mots peuvent sembler forts, mais le constat s’impose progressivement : l’identité du Real Madrid paraît aujourd’hui fragilisée. Sans pointer l’ensemble de l’effectif, force est de constater qu’une partie importante des joueurs ne semble pas encore disposer du niveau, du charisme ou de la mentalité nécessaires pour s’imposer durablement à la Maison Blanche. Dans cette situation, la responsabilité de la direction apparaît difficile à éluder.
La génération dite « next-gen » – Vinicius Jr, Fede Valverde, Rodrygo – appelée à incarner l’avenir du club, n’a pas su, jusqu’ici, reprendre pleinement le flambeau laissé par la décennie dorée 2014-2024. Désignés comme les nouveaux leaders du vestiaire, ces joueurs peinent à s’affirmer dans les moments de tension, restant trop souvent silencieux lorsque l’équipe vacille ou que les critiques se multiplient.
Pourtant, la transition leur a laissé du temps. Rarement une passation de pouvoir aura été aussi progressive au Real Madrid. Et malgré cela, les joueurs désormais confirmés n’ont pas su prendre les devants, à la différence d’un Kylian Mbappé, arrivé depuis à peine dix-huit mois et déjà capable d’assumer un rôle central. Le véritable problème ne se résume donc pas aux départs de Luka Modrić ou Toni Kroos, aussi symboliques soient-ils, mais à l’incapacité d’une génération entière à se renouveler et à s’imposer comme un socle solide.
Vingt ans après une première tentative similaire, Florentino Pérez semble ne pas avoir totalement tiré les leçons du passé. Après une décennie au sommet du football mondial, le Real Madrid a voulu anticiper l’avenir en construisant une équipe pensée pour durer. Vinicius Jr, Rodrygo et Fede Valverde incarnaient ce projet, leur progression ayant été favorisée par un environnement stable et victorieux. Mais depuis la saison 2024-2025, lorsque les responsabilités leur ont réellement été confiées, le rythme n’a pas été maintenu.
Défaites répétées lors des Clasicos, absence de titres majeurs, parcours européens décevants : depuis l’été 2024, le Real Madrid a perdu une partie de son aura, mais aussi de son identité. Les figures structurantes du vestiaire – Modrić, Kroos, Benzema, Marcelo, Casemiro ou Nacho – ne sont plus là. Malgré l’arrivée de joueurs majeurs comme Kylian Mbappé ou Jude Bellingham, la nouvelle génération n’a pas su assurer la continuité. Le projet de « Galactiques 2.0 », pensé pour dominer à nouveau l’Europe, rappelle aujourd’hui les limites déjà observées lors de sa première version.
À l’exception de quelques individualités, peu de joueurs semblent réellement incarner le Madridismo. Porter l’écusson du Real Madrid implique un sens aigu de la responsabilité, une mémoire collective et une exigence permanente envers l’institution. Des valeurs qui ont façonné la grandeur du club et qui apparaissent aujourd’hui moins incarnées sur le terrain.
La réussite du Real Madrid sur plusieurs décennies repose sur un équilibre subtil entre modernité et respect de ses valeurs fondatrices. Or, cette transition semble aujourd’hui mal maîtrisée. Des choix discutables, parfois mal anticipés, ont conduit à une situation où se mêlent joueurs peu concernés, entraîneurs en difficulté et une direction hésitante à intervenir. Les résultats récents en sont le reflet.
Trois défaites lors des trois dernières finales de coupe disputées, toutes face au FC Barcelone, et un esprit de combat en net recul. La campagne héroïque de Ligue des champions 2021-2022 paraît lointaine, celle où l’équipe se battait jusqu’à la dernière seconde, portée par des joueurs prêts à tout donner pour le maillot blanc.
Aujourd’hui, une grande partie de l’effectif semble ne pas mesurer pleinement le privilège et l’honneur de défendre les couleurs du plus grand club du monde. Le risque, à force de laisser perdurer cette situation, serait de voir le Real Madrid glisser vers le statut de gloire du passé — une perspective que les Madridistas ne sauraient accepter.
Le temps des discours touche désormais à sa fin. La Maison Blanche n’a plus qu’une demi-saison pour redresser la barre, et les erreurs accumulées ne seront oubliées qu’en cas de trophée au mois de mai. Les leaders désignés doivent rapidement légitimer leur statut, sous peine de voir la direction opter pour une refonte profonde de l’effectif. Xabi Alonso n’a pas su canaliser ce groupe, et les joueurs ont fini par imposer leur loi.
Avec l’arrivée d’Álvaro Arbeloa, davantage dans un rôle de manager proche de ses joueurs, un semblant de cohésion semble renaître. Mais la prestation face à Benfica, marquée par une grande pauvreté collective, a ravivé la colère de la direction comme celle du public. Les comportements des stars ne sont pas à la hauteur des attentes, et une nouvelle saison blanche serait difficilement acceptable.
La prise de conscience doit être rapide. Certains joueurs sont désormais face à leurs responsabilités et pourraient être amenés à quitter le club dès l’été prochain si le sursaut attendu ne se produit pas.
Écrire une page de la grande histoire du Real Madrid n’est pas donné à tout le monde. Cet effectif en a les capacités, à condition de comprendre, respecter et incarner pleinement les valeurs du Madridismo — des exigences qui auraient dû s’imposer dès le premier jour.








































