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·4 avril 2025
Chamois Niortais : l'anatomie d'une brusque chute

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·4 avril 2025
Après Tours, c'est au tour des Chamois Niortais de s'éteindre. Abandonné par son propriétaire, le club des Deux-Sèvres disparaît à quelques semaines de son centenaire, emporté par une décision du tribunal de commerce. Du commencement à la fin, en passant par ses heures de gloire dans les années 80 et ses figures marquantes, retour sur l’histoire d’un club peu titré, mais profondément ancré dans le cœur des fans de football.
Les Chamois Niortais voient le jour en 1925 sous l'impulsion de Charles Boinot. Son père, Théophile Boinot, avait déjà initié la pratique du football dans la ville en fondant l'ES Niort quelques années auparavant. Mais alors, pourquoi "Chamois" et non un simple US ou FC ? La famille Boinot possédait une chamoiserie, une usine de fabrication de cuir, et la majorité des membres du club étaient eux-mêmes issus de cette industrie locale. Aucun rapport donc avec l’animal.
À l'origine, Charles Boinot voyait son club comme une simple équipe d'entreprise, sans imaginer qu'il deviendrait un jour un acteur du football français. Dès sa première saison, le club participe au championnat régional du Centre-Ouest, naviguant entre différents terrains avant de s'installer au Stade de Genève, situé au bord de la Sèvre Niortaise. Pendant ses premières décennies, le club effectue l’ascenseur entre les divisions régionales et le Championnat de France Amateur (CFA), où ils accèdent pour la première fois en 1948.
Entre 1950 et 1980, les Chamois Niortais montent à cinq reprises et connaissent autant de relégations. Mais au-delà de ces années d'instabilité, certains choix sportifs marquent la récente histoire du club, à commencer par le recrutement de Ferdinand Faczinek, international tchécoslovaque en 1939. Il jouera une seule saison… avant de revenir avec la double casquette entraîneur-joueur en 1943. Avec Faczinek, Niort remporte le championnat du Centre-Ouest en 1946, 1947 et 1948.
En 1974, le Chamois Niortais FC évolue en troisième division. C'est surtout l'année à laquelle le club fait son entrée au stade de la Venise-Verte, inauguré à l'époque par un certain René Gaillard, maire de la ville. Quelques années plus tard, le stade de la Venise-Verte prendra d’ailleurs son nom, devenant le stade René-Gaillard. Malheureusement pour les Niortais, le club redescend en quatrième division et y reste jusqu'en 1984. C'est alors le début d'une belle épopée.
Dès la saison suivante, en D3, le CNFC ne perd que trois matchs et remporte son groupe. Pour la première fois de son histoire, le club évoluera en Division 2 lors de la saison 1985-1986 et devient alors professionnel. Pour ses débuts en D2, le Chamois Niortais n'est pas loin d'accrocher les barrages d'accession à l'élite en terminant à la 5e place de sa poule.
Un an plus tard, le Graal est atteint. Niort accède à la Division 1, notamment grâce à une série de 17 matchs sans défaite. À Niort et dans les Deux-Sèvres, cette saison restera exceptionnelle, malgré la relégation. Lors de cette unique saison en première division, les Chamois tiennent tête au futur champion de France, l'AS Monaco, restant invaincus face aux Monégasques. Sans surprise, le stade René-Gaillard connait sa meilleure affluence, en rassemblant plus de 10.000 spectateurs en moyenne. Après la relégation, le club finira la décennie en deuxième division.
Les succès des années 80 portent la marque de Patrick Parizon. Arrivé en 1984 comme entraîneur-joueur, il se consacre rapidement à son rôle de coach et mène les Chamois à leur âge d’or. Il reste à la tête de l'équipe jusqu'en 1988 et la relégation en Division 2. Il a écrit les plus belles heures de l'histoire du football à Niort sur le terrain, puis sur le banc de touche. Il y compte plus de 150 matchs.
La fin des années 80 a permis l'émergence de Franck Azzopardi. Natif de Châtellerault, l'ancien milieu de terrain est un pur produit du club. Formé à Niort, il y a ensuite effectué toute sa carrière jouant un total de 439 rencontres, la majorité en Ligue 2. Dès sa retraite en 2005, il devient l'entraîneur de la section U16 avant de gravir les échelons et d'être l'entraîneur adjoint d'un certain Pascal Gastien.
À Niort, Gastien a d'ailleurs réussi une performance rare : jouer et entraîner plus de 100 matchs. En tant que joueur, il y a connu les montées consécutives des années 80. Il revient au club en 2005 pour entraîner la réserve avant de prendre les rênes de l'équipe fanion en 2009. En cinq ans, Pascal Gastien devient le deuxième entraîneur le plus capé du club avec 164 rencontres. Il dépasse alors Patrick Parizon, son ancien coach. Son départ en 2014 fâche les supporters qui ne comprennent pas sa non-prolongation par la direction.
Enfin, le meilleur buteur des Chamois Niortais n'est pas le plus connu, mais reste un nom dans l'histoire récente de Niort. Auteur de 65 buts, Andé Dona Ndoh est resté cinq ans au club. Au classement des scoreurs, il dépasse Joël Bossis, petit frère de l'ancien international français Maxime. Dès sa retraite en 2021, le Camerounais intègre le staff niortais. Signe qu’à Niort, le Chamois, on l’a dans la peau. Il compte même quelques matchs sur le banc en tant qu’entraîneur intérimaire.
Lors de la saison 86/87, celle de la montée en D1, Niort est porté par un jeune attaquant ghanéen : Abedi Pelé. Il ne reste qu’un an dans les Deux-Sèvres, mais inscrit 14 buts. Être le meilleur buteur d’une équipe promue en Division 1, une première et une dernière dans l’histoire du club. Pelé s'y révèle à la France du football. Quelques années plus tard, il remportera la Ligue des Champions avec l'OM.
Abedi Pelé n'est pas le seul joueur marquant n'ayant fait qu'une année aux Chamois. En 2013/2014, un jeune Argentin nommé Emiliano Sala est prêté à Niort. En Ligue 2, il inscrit 18 buts et laisse une trace indélébile aux supporters. Sur une seule saison, personne n'a plus marqué que lui dans l'histoire niortaise.
S'il sait repérer des talents, le club des Deux-Sèvres sait aussi les façonner. Christophe Jallet et Philippe Violeau, tous deux champions de France dans leurs carrières, ont été formés au stade René-Gaillard.
Ces dernières années, Jimmy Roye incarne l’âme des Chamois, malgré une fin de parcours délicate. Buteur décisif lors de la remontée en Ligue 2 en 2012, il dispute 275 matchs avec Niort, faisant de lui le 4e joueur le plus utilisé de l’histoire du club
Il fut un temps où les Chamois Niortais incarnaient un petit miracle du football français. Un club de province capable de défier les grands, de révéler des talents et de se maintenir parmi les équipes solides de Ligue 2. Historiquement, seulement deux clubs ont pris de plus points que Niort dans l’histoire de la deuxième division. Mais comme dans toute tragédie bien écrite, la chute fut aussi brutale qu’inévitable.
D’abord, la déroute sportive. Après une descente en National en 2023, conséquence d’une saison catastrophique en Ligue 2, Niort tente de rebondir immédiatement. La saison 2023-2024 est celle de l’espoir, celle du renouveau possible. L’équipe frôle la remontée mais échoue d’un souffle, à un point près derrière Martigues. Un coup dur, mais pas encore une sentence définitive.
Car le véritable désastre s’opère en coulisses. Une gestion hasardeuse, voire calamiteuse, orchestrée par les frères Hanouna. Un club sous-investi, un centre de formation laissé à l’abandon, des finances exsangues... La dette explose et dépasse les trois millions d’euros. Les relations avec la mairie et les instances du football deviennent exécrables.
La DNCG, le gendarme financier du football français, ne tarde pas à sévir. D’abord une rétrogradation en National 2. Puis, face à l’impossibilité de redresser la situation financière, c’est l’exclusion pure et simple de toute compétition nationale qui est prononcée le 1er août 2024. Un dernier recours est tenté, sans succès. Le 10 septembre, le tribunal de commerce officialise la liquidation judiciaire du club. Les Chamois Niortais, institution vieille de presque un siècle, sont rayés de la carte du football professionnel. L'association, quant à elle, repart en Régional 3, portée par une bande de gamins exemplaire et dévouée.
Mais le 8 avril 2025, le coup de grâce sera donné. Le tribunal de commerce de Niort entérinera la disparition du club, incapable de trouver un repreneur. En soutien à son club, les ultras niortais ont décidé d’auto-dissoudre leur groupe qui n’a plus de raison d’exister. Le dernier match du club au stade René Gaillard s’est joué contre Saint-André-de-Cubzac (0-3).
Une rencontre ordinaire pour une fin extraordinaire. Ainsi s’éteint un club qui aura marqué l’histoire du football français, non pas par des trophées, mais par son identité, sa résilience et, hélas, par la tragédie de sa chute.
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