Tribune Nantaise
·8 février 2026
Chirivella « indispensable », Lafont sur la bonne pente… quel bilan pour les anciens cadres du FC Nantes après six mois au Panathinaïkós ?

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·8 février 2026

Quoi de mieux qu’une étape en Grèce pour retrouver une forme olympique ? Pour Pedro Chirivella et Alban Lafont, la solution miracle est validée. Leur renaissance n’a certainement rien d’homérique, mais le milieu de terrain espagnol et le gardien ivoirien montent assurément en puissance sous la tunique du « Pana ».
En six mois seulement, les deux vainqueurs de la Coupe de France 2022 avec le FC Nantes ont gagné leur place dans le onze titulaire de la formation athénienne. Certes, les ambitions du club ne sont pas les mêmes que lors de la précédente décennie (le Panathinaïkós n’a plus remporté le championnat grec depuis 2010), mais elles suffisent à redonner le sourire aux anciennes gloires du FCN… et c’est bien là l’essentiel.
Pourtant, l’histoire ne démarrait pas sous les meilleurs auspices pour les ex-Canaris. En particulier pour Alban Lafont. Envoyé en prêt par le club Jaune-et-Vert après avoir été mis à l’écart du groupe professionnel durant huit mois, le portier de 27 ans n’était pas le premier choix de l’entraîneur du Panathinaïkós, Rui Vitória. À son arrivée, il comprend qu’il sera la doublure de Bartolomiej Dragowski — qu’il avait déjà croisé lors de son passage à la Fiorentina en 2018 — dans les plans du technicien portugais. Premier coup dur pour Lafont, qui misait sur son départ en Grèce pour donner un nouvel élan à sa carrière après une période cauchemardesque sur les bords de l’Erdre. Et pour ne rien arranger, son recrutement peinait également à convaincre parmi les supporters du club grec.
Suiveur du Panathinaïkós depuis plus d’un quart de siècle, Nick Tsambouniaris fait part des doutes qui entouraient la venue d’Alban Lafont, comme de vieux fantômes. « Il a été accueilli relativement froidement. L’équipe avait désespérément besoin d’un gardien supplémentaire pour concurrencer Dragowski, mais beaucoup doutaient que Lafont soient capable d’endosser ce rôle… et encore moins de s’imposer comme titulaire », détaille cet chroniqueur régulier des podcasts anglophones « Hellas Footy » et « PAO Fans International ». Alors, sans surprise, le portier formé au TFC doit prendre son mal en patience et se contenter de sa fonction de remplaçant. Dans un premier temps, du moins.
« Chirivella possède les qualités qui ont cruellement manqué au Panathinaïkós la saison dernière » – Nick Tsambouniaris
Du côté de Pedro Chirivella, le récit est plus simple : recruté pour deux millions d’euros début juillet 2025, l’Espagnol séduit immédiatement son nouvel entraîneur. Comptant sur l’ancien capitaine du FC Nantes pour apporter davantage de contrôle dans son entrejeu, le Portugais de 55 ans en fait d’office la pointe basse de son système en 4-3-3. Un coup tactique qu’il tente de mettre en place dès la fin du mois de juillet face aux Rangers de Glasgow (Écosse), à l’occasion du deuxième tour de qualification pour la Ligue des Champions… soit une vingtaine de jours seulement après l’arrivée du milieu espagnol.
« Chirivella a fait d’excellents débuts au contre les Rangers, où sa présence s’est immédiatement fait sentir au cœur du jeu, se souvient Nick Tsambouniaris. Il possède les qualités qui nous ont cruellement manqué au milieu la saison dernière : il peut jouer comme meneur de jeu reculé, avec une très bonne qualité de passe pour nous faire progresser et créer plus d’occasions. »
Des atouts précieux qui n’ont toutefois pas été suffisants pour porter le club athénien à la qualification pour la phase finale de la Ligue des Champions. Reversé dans les tours préliminaires de la Ligue Europa, le Panathinaïkós parvient finalement à décrocher son billet pour la C3. Une maigre consolation pour la formation grecque, contrainte, une fois de plus, de revoir ses ambitions à la baisse. Trois ans après l’épopée nantaise en Europa League, les deux anciens Canaris retrouvent, eux, la scène européenne, pour leur plus grand plaisir.
Débarqués au FC Nantes à une année d’intervalle (2019 et 2020), l’Ivoirien et l’Espagnol sont passés ensemble par toutes les émotions. Du sacre en Coupe de France au maintien à la dernière journée en Ligue 1, en passant par la gifle toulousaine au Stade de France et la Beaujoire volcanique les soirs d’Europe, les deux hommes forts de l’ère Kombouaré ont tout vu à Nantes.
Leaders dans le vestiaire Jaune-et-Vert, tous deux ont porté le brassard de capitaine du FCN. Malgré cela, pas de concurrence entre eux. Au contraire, les deux hommes sont très proches. « Ils ont une très bonne relation. Ils ont noué une grande amitié à Nantes et, évidemment, elle ne va pas se briser du jour au lendemain. Ils s’entendent vraiment très bien », assure le père du milieu de terrain originaire de Valence, au cours d’un entretien accordé Tribune Nantaise. Une complicité qui a joué un rôle fondamental dans leur adaptation réussie à cette nouvelle vie en Grèce, nous glisse-t-on dans l’entourage des deux joueurs.
Seulement voilà, l’atmosphère est traditionnellement électrique autour du Panathinaïkós, deuxième club le plus titré de l’histoire du pays (vingt championnats et vingt coupes de Grèce), bien loin derrière son éternel rival, l’Olympiakos. « Ces dernières années ont été particulièrement turbulentes en raison des nombreux problèmes liés à la direction du club : cela fait maintenant 15 ans que nous n’avons pas remporté le championnat. Il y a 8 ans, nous avons même frôlé la relégation, subi une exclusion des compétitions européennes ainsi que plusieurs retraits de points car les joueurs n’étaient pas payés », déplore Nick Tsambouniaris. En bref, sur la dernière décennie, « les bas ont largement éclipsé les hauts ».
Alors dans ce contexte explosif, le moindre revers peut avoir de lourdes conséquences. Rui Vitória en a fait les frais le 15 septembre dernier : au lendemain de la défaite contre l’AE Kifisias (3-2), l’ancien sélectionneur de Mostafa Mohamed en sélection égyptienne est limogé par les dirigeants du Pana. Entraîneur des U19 du club grec, Dimitrios Koropoulis prend alors la relève en intérim pour un match (victoire 1-0 contre Kallithea), le temps de trouver un successeur au Portugais. L’heureux élu se nomme finalement Christos Kontis, déjà brièvement passé sur le banc du club grec en mai 2024.
L’entraîneur de 50 ans débute son mandat par un match nul encourageant face à l’Olympiakos (1-1), lors duquel il tente de mettre en place un 4-2-3-1. Sur les matchs suivants, il rétablit le 4-3-3 utilisé par son prédécesseur… et semble faire d’Alban Lafont son numéro 1 dans les buts. Utilisé une fois seulement par Rui Vitória, à l’occasion de la deuxième journée de championnat face à l’APO Levadiakos (1-1), l’ancien Toulousain enchaîne cette fois quatre titularisations. Coïncidence ou pas, le Panathinaïkós reste invaincu lors de ses quatre premiers matchs de Super League grecque sous les ordres de Christos Kontis.
« Même dans les mauvais moments, Chirivella n’a jamais fait partie des pires joueurs » – Nick Tsambouniaris
Après avoir réalisé de fantastiques débuts, Pedro Chirivella, lui, « a sombré lors de plusieurs défaites embarrassantes, tout comme le reste de l’équipe ». Cela n’enlève toutefois rien à son importance fondamentale dans l’effectif grec. « Même durant les mauvais moments, il n’a jamais fait partie des pires joueurs, juge Tsambouniaris. Il a simplement été victime l’instabilité générale du club et des problèmes au poste de numéro 8 : le départ de Nemanja Maksimović et les blessures à répétition de Renato Sanches. »
Problème, l’équipe concède deux défaites consécutives en Europa League (1-2 face aux Go Ahead Eagles, puis 3-1 contre le Feyenoord). Des résultats jugés insuffisants par la direction du club athénien, qui remercie Kontis après sept matchs seulement, malgré un bilan relativement positif (quatre victoires pour trois nuls et deux défaites). Une décision forte, justifiée par la nécessité immédiate de performer sur le plan européen pour sauver une nouvelle saison quasiment déjà vouée à l’échec au niveau national. Dans l’obligation de nommer un quatrième coach en moins de deux mois, le Pana sort l’artillerie lourde : l’expérimenté Rafael Benítez (65 ans) débarque pour remettre le club sur pied.
Vainqueur de la Ligue des Champions en 2005 avec Liverpool et sacré à deux reprises en C3 (2004 avec Valence, puis 2013 avec Chelsea), le mythique tacticien espagnol a également dirigé les plus prestigieux des cadors européens : Inter Milan (2010), Napoli (2013-2015), ou encore Real Madrid (2015-2016). A priori, rien de mieux pour relever le Panathinaïkós, un véritable monument au bord de l’effondrement. De quoi installer encore davantage Pedro Chirivella et Alban Lafont dans le onze de départ des Trèfles.
Huitième entraîneur depuis décembre 2023 sur le banc du club grec (soit une moyenne d’un changement tous les trois mois !), l’illustre Rafa Benítez vit pourtant des débuts contrastés sur le plan domestique. Avec quatre revers sur ses douze premiers matchs de championnat, dont deux face aux voisins de l’AEK Athènes, l’Espagnol aurait certainement hérité d’un traitement bien moins clément s’il portait un autre patronyme. Mais voilà, Benítez c’est Benítez… et surtout, l’essentiel a été acquis en Coupe d’Europe : invaincu sur ses cinq sorties en Europa League (deux victoires et trois nuls), le Pana de Rafa a accroché la 19ème place dans la phase de ligue et, par conséquent validé son billet pour les barrages de C3. Du travail d’expert.
« Chirivella s’impose déjà comme le joueur le plus important du système de Benítez » – Nick Tsambouniaris
« Les choses se sont nettement améliorées depuis l’arrivée de Rafael Benítez. Pedro Chirivella s’impose déjà comme le joueur plus important de son système et justifie désormais pleinement son statut de maître à jouer. Alban Lafont, lui, est progressivement monté en puissance, jusqu’à ces dernières semaines, où il a été excellent », encense Nick Tsambouniaris.
Évidemment, tout n’est pas parfait : le portier ivoirien se laisse parfois rattraper par ses vieux démons, à l’image de sa grossière erreur de placement lors du large succès face aux Young Boys de Berne (1-4). Mais dans l’ensemble, Alban Lafont est sur les bons rails : 2 pénaltys sauvés et 8 clean sheets pour 15 buts encaissés en 19 apparitions. Pas mal, après ses déboires à la Beaujoire ! Et ses grands débuts à la CAN avec la Côte d’Ivoire lui ont redonné foi en ses capacités et, surtout, la joie de jouer au football. Une sensation essentielle qui semblait pourtant peine perdue, il y a un an de cela.
Fort heureusement, ni sa blessure aux ischio-jambiers fin novembre, ni son départ temporaire pour la Coupe d’Afrique des nations n’ont été des obstacles pour le gardien prêté par le FCN, qui a visiblement séduit Rafael Benítez. Quatre jours seulement après l’élimination des Éléphants en quart de finale de la CAN (défaite 3-2 face à l’Égypte), Alban Lafont faisait déjà son retour en tant que titulaire au Panathinaïkós, à l’occasion du quart de finale de la Coupe de Grèce contre l’Aris Salonique (victoire 3-0).
Après avoir assuré le minimum syndical en accédant aux barrages en Europa League, le club de la capitale grecque entre désormais dans un mois de février charnière, déjà décisif pour l’issue de sa saison. Super League, coupe, parcours européen… tout se jouera dans les trois prochaines semaines.
Cinquième du championnat, le Pana se déplacera ce dimanche soir sur la pelouse de l’actuel leader, l’Olympiakos. Un derby de la plus haute importance, si les Verts veulent préserver leurs chances de remonter dans le top 4 (qualificatif pour la phase finale de la Super League grecque), avant d’enchaîner mercredi soir sur la demi-finale retour de la Coupe nationale contre le PAOK Salonique (défaite 0-1 à l’aller). Une véritable odyssée qui se poursuivra avec la double confrontation face aux Tchèques du Viktoria Plzen en C3 (19 et 26 février).
« Maintenant, chaque match sera une finale » – Rafael Benítez
Dans ce marathon, le Panathinaïkós sera malheureusement privé de Pedro Chirivella, touché au mollet depuis la rencontre de championnat face à l’Atromitos de Samuel Moutoussamy. L’Espagnol ne devrait pas faire son retour avant début mars. Un handicap conséquent pour l’effectif de Rafael Benítez, dont il était devenu le chef d’orchestre. « Il a une présence constante au poste de milieu défensif, où il aime recevoir le ballon des défenseurs centraux pour faire progresser le jeu grâce à sa qualité de passe. Je suis aussi impressionné par ses efforts défensifs, car il ne rechigne pas au travail sans ballon », souligne Nick Tsambouniaris. Sacrée perte.
S’il parvient à surmonter ses pépins physiques récurrents, le milieu de terrain espagnol devrait donc s’imposer sans difficulté au Pana et s’installer durablement devant la défense. Un secteur renforcé cet hiver par l’arrivée de l’ex-Nantais Moussa Sissoko. « Chirivella restera l’un des premiers noms cochés sur la feuille de match, il est devenu indispensable. Cela ne me surprendrait pas du tout s’il héritait du brassard de capitaine en cas de blessure de Tasos Bakasetas ou si ce dernier ne parvenait pas à conserver sa place de titulaire », analyse le supporter du club athénien.
Pour Alban Lafont, le futur est plus incertain. Malgré ses bonnes performances récentes, l’ancien capitaine de l’équipe de France Espoirs pourrait ne pas être conservé par le Panathinaïkós au terme de son prêt. « C’est plus difficile de savoir s’il conservera sa place à long terme. Avec son début un peu poussif, il a été accueilli avec pas mal de scepticisme. Il lui reste encore plusieurs mois pour marquer les esprits et ses dernières apparitions sont encourageantes… mais sa situation est incertaine, prévient Nick Tsambouniaris. Sur le long terme, je préfèrerais que nous recrutions un vrai numéro 1 indiscutable. »
Difficile cependant de faire son trou dans un club remué en permanence par son instabilité institutionnelle. « Le propriétaire Giannis Alafouzos est extrêmement impopulaire et a montré qu’il n’était pas capable de gérer un géant du football grec. Dans ces conditions, un titre de champion semble très lointain et les problèmes extra-sportifs éclipsent malheureusement tout le positif que l’on peut voir sur le terrain », regrette le chroniqueur basé à Sydney, en Australie. Au moins, les anciens Canaris ne sont pas dépaysés !
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