Lucarne Opposée
·1 août 2026
Diego Forlán ou l'éternelle poursuite du passé

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·1 août 2026

En nommant officiellement Diego Forlán pour assurer l’intérim à la tête de la sélection, la fédération uruguayenne semble vouloir s’accrocher au passé pour préparer l’avenir. Une approche qui colle également à l’histoire récente du nouveau sélectionneur.
Personne n’a oublié l’incroyable épopée uruguayenne lors de la Coupe du Monde 2010 quand, emmenée par les frappes improbables d’un numéro 10 aux longs cheveux blonds, la Celeste se hissait au pied du podium. Un an plus tard, élu meilleur joueur de l’épreuve, Diego Forlán s’offrait un doublé en finale de la Copa América et permettait à l’Uruguay de décrocher son quinzième et dernier titre dans l’épreuve, devenant alors la sélection la plus titrée de l’histoire.
Seize ans plus tard, alors que l’Uruguay sort traumatisé d’une Coupe du Monde totalement ratée, embourbé dans une période compliquée vécu sous Marcelo Bielsa, Cachavacha a enfin été annoncé pour assurer la suite. Si nul ne sait pour combien de temps Diego Forlán sera à la tête de la sélection, le désormais entraîneur continue d’écrire son histoire en s’appuyant sur un lien unique qu’il tisse au pays avec un club et une sélection.
En juillet 2015, Diego Forlán rentre d'une pige au Japon et atterrit à Montevideo pour réaliser une vieille promesse : signer à Peñarol, « le seul blason, avec celui de la Celeste, que je pourrais embrasser », comme il l’avait indiqué quatre ans plus tôt lorsqu’il était devenu le socio n°40000 du club aurinegro. Son arrivée coïncide avec la volonté du club d’entrer dans une nouvelle ère. Peñarol se préparait alors à entrer dans son nouveau stade, le Campeón del Siglo fut inauguré un an plus tard lors d’un match face à River Plate auquel Forlán a pris part, et cherchait à raviver une histoire familiale pour retrouver le succès.
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Car si Cachavacha n’avait jusqu’alors jamais joué en pro à Peñarol, débutant chez le voisin argentin, Independiente, avant de migrer en Europe, son arrivée au club venait perpétuer l’histoire du clan initiée au début des années soixante, lorsque Roque Máspoli, gardien international entré dans la légende lors du Maracanazo de 1950 (voir 1950 : la Céleste endeuille le Brésil) avait pris les commandes d’un Peñarol à reconstruire et dans lequel a débuté un jeune latéral droit nommé Pablo Forlán. Aux côtés de Ladislao Mazurkiewicz, Juan Lezcano et autres Luis Varela, le papa Forlán fait partie d’une redoutable défense bâtie pour faire briller les Spencer et autres Juan Joya.

Peñarol 1966 avec Pablo Forlán (debout, dernier joueur à droite)
Champions en 1964 et 1965, les Carboneros s’inclinent en finale de la Libertadores 1965 après avoir pourtant fait enfin tomber le Santos de Pelé. L’année suivante, malgré deux défaites en ouverture de la Libertadores, Peñarol remporte son groupe, son 4-2-4 gagne ensuite sa place pour la finale en prenant notamment sa revanche sur le Nacional lors de la seconde phase. En finale, Pablo Forlán se montre décisif, il est le centreur sur le troisième but de Peñarol inscrit en prolongation lors du match d’appui face au River Plate de Jorge Solari (l’oncle de Santiago) que le club aurinegro remporte (lire 20 mai 1966 : La naissance des Gallinas de River). Quelques mois plus tard, Peñarol retrouve le Real Madrid six ans après avoir été balayé à Santiago Bernabéu en Coupe Intercontinentale. Avec Pablo toujours dans son couloir droit, il prend une revanche éclatante, s’imposant au Centenario (2-0) et à Madrid, sur le même score. Après de nouveaux titres nationaux en 1967 et 1968 et une Supercopa de Campeones Intercontinentales de 1969, l’ère Pablo Forlán s’achève en même temps que celle du club.
Plus de quatre décennies plus tard, c’est à la recherche de ce passé que Diego débarque au club. S’il fait l’étalage de son talent, continue de régaler les amoureux de football et du club aurinegro, il ne parvient cependant guère à ramener véritablement le club dans les rails de son histoire dorée, ne restant que le temps d’une saison, disputant trente-et-un matchs et remportant le championnat en s’imposant face à Plaza Colonia. L’histoire n’est cependant pas encore terminée.
Après quelques piges en Asie, Forlán met fin à sa carrière de joueur en 2019 et revient en Uruguay, à Peñarol. En décembre 2019, il est ainsi nommé à la tête de son club de toujours. Au pire des moments. Avec le club carbonero, Cachavacha dirige les jeunes Facundo Pellistri, Joaquín Piquerez, qu’il replace au poste de latéral gauche, ou encore Facundo Torres, mais son passage ne dure que onze matchs, percuté par la pandémie et par des résultats qui tardent à venir (douze points pris sur vingt-sept en championnat, une défaite et une victoire en Libertadores) et qui mettent à mal une nomination voulue seulement par le dirigeant principal du club, Jorge Barrera, sans consultation avec les autres membres de la commission. Une combinaison d’événements qui fragilise rapidement le projet et le jette rapidement à la poubelle. Et qui laisse un goût amer à Forlán. « Nous n’avons pas remporté deux matchs d’affilée, mais nous n’en avons pas perdu deux non plus. Nous étions toujours dans la course. Les arguments avancés lors de mon départ n’étaient pas solides. Les responsables du football devraient faire preuve d’une autre forme de compétence », explique-t-il quelques temps plus tard. Reste que sur le terrain, en onze matchs, Forlán n’a pas montré une idée claire de jeu et son management des joueurs a rapidement été remis en question.

On le retrouve l’année suivante avec Atenas de San Carlos, la SAD contrôlée par Andrés Fassi et le Grupo Pachuca et dirigée par le fils, Juan Pablo Fassi, luttant pour la montée, réalisant un bon Apertura. Mais, refusant de céder aux pressions sur les compositions d’équipe, il est demis de ses fonctions dès le début du Clausura. Depuis, la relation entre Diego Forlán et le football s’est mise entre parenthèse, Cachavacha participant même à des tournois de tennis, son autre sport. Il retrouve le football par l’intermédiaire de son groupe d’investisseurs, Grupo Forlán, pour prendre le contrôle de Durazno Fútbol Club, petit club amateur du département du même nom, qui pense alors vivre un rêve. Celui de l'arrivée d'une légende qui doit l'aider à sortir de l'anonymat. Le conte de fée ne dure quelques mois. Le temps de voir le club être déménagé à Montevideo alors que son complexe sportif est placé à Neptunia, loin de ses terres d’origine. Depuis, le club a changé de nom, a pris les initiales de son propriétaire, DFC, et végète encore en Primera C, la troisième division.
C’est donc désormais la fédération uruguayenne de football qui offre à Diego Forlán une nouvelle possibilité de revenir sur le terrain. Là encore, nul ne sait quel est le véritable projet, l’affaire semblant avant tout n'être qu'un intérim. Une chose est sûre, en nommant Diego Forlán, l’AUF fait ce que d’autres, en particulier Peñarol, ont tenté dans un passé récent : raviver un souvenir pour renouer avec une glorieuse histoire. Ce que Diego Forlán semble aussi chercher au fil de ses projets, sans jusqu'ici y être parvenu.
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