AS Saint-Étienne
·30 avril 2026
Dominique Rocheteau ou l'apparition d'un Ange Vert

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« Le jeu avant le je » est un des chapitres qui entament « Foot sentimental », l’autobiographie de Dominique Rocheteau parue en 2023. Référence directe à son idole, Johan Cruyff, pour quoi l’idée collective passait avant l’objectif personnel. Une philosophie que le Charentais s’appliquera toute sa vie. « Rapide, vif, intelligent et offensif : il symbolisait le football que j’aimais. » Et qu’il appliquait, au sein d’un club qui l’aura à la fois marqué et révélé.
On ne change pas une équipe qui gagne. Champions de France, vainqueurs de la Coupe, auteurs d’un sans-faute à domicile (19 victoires en autant de rencontres) et demi-finalistes de la Coupe d’Europe, uniquement battus par le Bayern Munich qui remportera l’épreuve : à l’été 1975, l’ASSE sort d’une saison pleine et réussie. Afin de bien préparer la suivante, le président Rocher et ses troupes ont opté pour des matches amicaux de haut-niveau. Cologne, Leeds et le Peñarol seront les adversaires estivaux des Stéphanois.La réception des Anglais, finaliste malheureux de la dernière édition de la Coupe d’Europe, est un petit évènement. Le 28 juillet, les Anglais débarquent dans un Chaudron bien rempli. Dépassés en première mi-temps, les Verts accusent un retard d’un but à la pause. Robert Herbin lance alors un jeune numéro 13 pour renverser la vapeur. Dominique Rocheteau, pour sa première dans le Chaudron, laisse une belle carte de visite. En sept minutes, de la 62e à la 69e, le Charentais inscrit un doublé, dont un premier but magnifique d’une frappe sous la barre. Victoire finale 4-1. Une star est née.
Après ce coup d’éclat, le phénomène confirme rapidement son talent. En huitièmes de finale de la Coupe d’Europe, il est le meilleur Stéphanois à Glasgow. Un but, d’une frappe du droit après avoir repiqué dans l’axe depuis le côté gauche, puis une offrande, pour Hervé Revelli ; les Rangers ne peuvent contenir ses qualités. Virevoltant, provoquant sans cesse balle au pied, il semble aller plus vite que les autres, rouler avec une marche en plus, des jambes de feu et des pieds de soie. En-dehors du terrain, la « Rocheteau mania » gronde, vibre, chante et crie, parfois, après son passage en ville.En quarts de finale, retour il est titulaire alors que les Verts sont condamnés à l’exploit pour remonter les deux buts de retard de l’aller. Perclus de crampes, au bout de l’effort et certainement de lui-même, il signe le but qui change tout. Vainqueurs 3-0, tombeurs du favori soviétique, les Verts sont de nouveau en demi-finales. Qualifiés à Eindhoven pour la grande finale de Glasgow, ils voient pourtant Dominique Rocheteau se claquer à l’ischio. Pendant quatre semaines, l’incertitude de sa présence en finale tient un pays en haleine.
Pour l’extraire de la pression stéphanoise, il est envoyé chez lui, à Étaules. Bateau, pêche, tranquilité et repos, l’ailier se repose et entame une course contre-la-montre. « Je ne démarrerais pas mais je serais dans le groupe, je serais infiltré pour que je puisse entrer en cours de match » expliquerait-il à Vincent Duluc, quarante ans après la finale. Trop juste, trop court, trop tout, en fait, pour espérer débuter à Glasgow.Christian Sarramagna, côté gauche, sera sans doute le meilleur Vert de la rencontre mais les regrets augmenteront après les huit minutes et trente-deux secondes que Dominique Rocheteau sera en mesure de disputer. À quatre reprises, il domine son adversaire direct et fait reculer le Bayern de vingt mètres. Il offre même le ballon de l’égalisation à Patrick Revelli, qui loupe le coche. En pleurs, comme tous ses coéquipiers, il devra vivre le reste de sa carrière, brillante, avec ce « et si » douloureux.
Cheveux long et bouclés, démarche gracieuse, jambes de feu et talent unique. Sur un terrain, Dominique Rocheteau était iconique, capable d’éliminer à peu près qui il voulait. Dans une équipe qui ne lâchait rien, il apportait sa touche technique, sa vitesse d’exécution et une certaine beauté du geste, lui dont l’esthétique épousait parfaitement l’époque, et vice-versa.









































