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·6 mai 2026

Droits TV : Le football français joue sa survie

Image de l'article :Droits TV : Le football français joue sa survie

Les droits TV de la Ligue 1, c’est le sujet que tout le monde évite d’aborder parce que les chiffres font mal et que les responsabilités sont partagées. Pendant des années, on a cru que le football français allait décoller : de grands diffuseurs, des contrats records, un championnat enfin compétitif à l’échelle européenne. La réalité de 2025-2026 est bien plus sombre.

Derrière les querelles entre la LFP, les diffuseurs et les clubs, c’est l’avenir de tout un championnat qui se joue et avec lui, celui de notre club. Car la crise des droits télévisuels ne touche pas tout le monde de la même façon. Pour Monaco, comme pour les rares clubs capables de jouer l’Europe, les règles du jeu ont changé en profondeur. Pour les autres, la question n’est plus de grandir c’est de ne pas disparaître.


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Une chute libre qui ne date pas d’hier

On aurait pu éviter ça. En 2018, la LFP tenait entre les mains un contrat Mediapro à plus d’un milliard d’euros. Le jackpot. Sauf que Mediapro s’est effondré en 2020, et avec lui l’illusion que les droits TV de la Ligue 1 allaient enfin rivaliser avec les grands championnats européens.

La réalité des droits télévisuels du football français depuis, c’est une succession de rustines sur une coque qui prend l’eau. Pour la saison 2024-2025, le total des droits domestiques s’établit à environ 500M€ bruts :

  • DAZN (400M€)
  • beIN Sports (78,5M€)
  • Ligue 2 incluse (40M€)

On est très loin du milliard initialement espéré par la LFP.

Et ce n’est pas fini. Avec la création de LFP Média et sa chaîne Ligue 1+, une fois déduites taxes, charges et contributions diverses, la somme réellement distribuée aux clubs se contracte encore. Pour la saison 2025-2026, le champion de France pourrait toucher moins qu’un relégué il y a deux ans. Bienvenue dans le football français.

Monaco dans ce tout ça : une exception

Dans ce contexte de crise des droits télévisuels, on s’en sort pas trop mal et ce n’est pas un hasard. Le rapport DNCG 2024-2025 le confirme : l’AS Monaco affiche un bénéfice de +3M€, là où Lyon creuse un déficit abyssal de 208M€ et l’OM de 105M€. Parmi les 20 clubs de Ligue 1, seulement sept terminent dans le vert. Nous en faisons partie.

Notre modèle tient pour une raison simple et brutale : sans qualification européenne, le château de cartes s’effondre. Hors transferts, nous perdons déjà 35M€ par saison. Ce sont les primes UEFA qui rééquilibrent la balance — plus de 50M€ encaissés la saison dernière, soit une somme largement supérieure à ce que les droits TV domestiques nous rapportent. Ces derniers, en chute libre, ne couvrent pas notre masse salariale de 109M€.

Pour comprendre l’ampleur du déséquilibre, nos principales sources de revenus parlent d’elles-mêmes :

  • Droits TV : 81M€ (contre 39M€ la saison précédente, mais toujours insuffisants)
  • Sponsoring : 22M€
  • Billetterie : 5M€ (un handicap structurel bien connu du Rocher)

La Ligue des Champions n’est donc pas un objectif sportif pour nous. C’est une nécessité économique. Et dans un championnat où les droits TV domestiques s’effritent saison après saison, cette dépendance à l’Europe ne va faire que s’accentuer pour nous, comme pour les cinq ou six autres clubs français capables de s’y qualifier.

Ligue 1+ : la solution ou le sparadrap ?

Face à la débâcle des droits télévisuels, la LFP a sorti son joker : créer sa propre plateforme de diffusion. L’idée n’était pas absurde car aucun diffuseur ne se bousculait au portillon. Ligue 1+ compte aujourd’hui 1,1 million d’abonnés, dont 80% avec engagement. Nicolas de Tavernost parlait de plan respecté. Soit.

L’objectif affiché est de 2 millions d’abonnés d’ici 2029. À 14,99€/mois (bientôt 19,99€) et après déduction des taxes, frais de production, contribution CVC et autres charges, il ne resterait que 5 à 7€ nets par abonné à redistribuer aux clubs. Deux millions d’abonnés placeraient la Ligue 1 au niveau financier de la Belgique ou des Pays-Bas. Pas vraiment le podium européen promis.

Pour atteindre cet objectif, Ligue 1+ devra convaincre des utilisateurs réticents à s’engager financièrement et c’est précisément là que le modèle d’acquisition devient important. Dans d’autres secteurs du divertissement numérique, ce problème est résolu par une logique d’essai sans risque : l’utilisateur teste avant de s’engager. Les plateformes de casino en ligne ont codifié cette approche avec les bonus sans dépôt encaissable, qui permettent à un nouvel utilisateur de découvrir la plateforme sans sortir un centime. Le mécanisme est identique : réduire le frein initial pour convertir un curieux en abonné payant. Ligue 1+ devra trouver son équivalent (période d’essai gratuite, match en clair, offre de lancement) si elle veut réellement franchir le cap des 2 millions.

Les signaux inquiétants s’accumulent : beIN Sports ne renouvellera pas son contrat à 78,5M€, la FIFA a attribué les droits du Mondial 2026 à beIN Sports au détriment de Ligue 1+, et Nicolas de Tavernost lui-même a annoncé son départ. Un homme qui monte une plateforme rentable dès sa première année et qui part quand même : ça en dit long sur ce qui se passe en coulisses (ego, luttes d’influence, désunion des clubs).

La saison 2026-2027 s’annonce comme le vrai test : Ligue 1+ diffusera 100% des matches, sans filet de sécurité beIN ni indemnité DAZN. Le sparadrap devra tenir tout seul.

La fracture pour clubs UEFA-dépendants vs clubs TV-dépendants

La crise des droits télévisuels du football français n’a pas créé cette fracture, elle l’a simplement rendue impossible à ignorer. Deux modèles économiques coexistent désormais en Ligue 1, et ils n’ont plus grand-chose en commun.

D’un côté, six à sept clubs (dont nous) qui tirent l’essentiel de leurs revenus des compétitions européennes. Pour cette saison, les primes UEFA des clubs français qualifiés ont dépassé les 50M€ chacun, quand le PSG frôlait les 140M€ rien qu’en Ligue des Champions. Des sommes qui n’ont aucune commune mesure avec ce que les droits TV domestiques peuvent encore offrir.

De l’autre, une majorité de clubs structurellement dépendants d’une manne télévisuelle qui rétrécit chaque saison. Pour eux, la question n’est plus de progresser c’est de survivre. Réduction des masses salariales, ventes forcées, recherche désespérée de sponsors : le tableau n’est pas glorieux.

La répartition des droits TV internationaux illustre parfaitement ce déséquilibre : environ 122M€ sur 129M€ disponibles sont fléchés vers les clubs disposant d’un indice UEFA (source : LFP). Les autres se partagent les miettes, 7% du gâteau, soit environ 9M€ au total.

Ce dualisme n’est pas conjoncturel. C’est le symptôme d’un football français qui n’a jamais réussi à se vendre collectivement, ni à l’échelle domestique ni à l’international.

Et maintenant, on fait quoi ?

La LFP a deux options sur la table. Soit elle trouve un nouveau diffuseur solide, capable de revaloriser les droits télévisuels de la Ligue 1 à un niveau crédible. Soit elle accepte que le football français se scinde définitivement en deux : une poignée de clubs viables grâce à l’Europe, et les autres qui survivent comme ils peuvent.

La crise des droits TV n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’années de désunion, de mauvais calculs et de guerres d’ego internes. Les clubs ont les cartes en main pour changer ça. Mais ils doivent d’abord arrêter de se tirer dessus.

Pour nous, le message est clair depuis longtemps : l’Europe n’est pas un luxe, c’est notre modèle économique. Chaque point en Ligue 1 compte donc deux fois : sportivement et financièrement. Ce n’est pas un hasard si la qualification européenne est devenue notre obsession collective en fin de saison.

Photo : Sandra Ruhaut – Icon Sport

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