Entretien – Damien Ott : « À Cannes, je me suis permis d’oser, de proposer un football différent » | OneFootball

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·22 janvier 2026

Entretien – Damien Ott : « À Cannes, je me suis permis d’oser, de proposer un football différent »

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Il est l’un si ce n’est le grand artisan de la saison 2024-2025 exceptionnelle de l’AS Cannes. Celle durant laquelle le club des Alpes-Maritimes a quasiment tout raflé sur son passage. Intronisé sur son banc en octobre 2024, Damien Ott a tout d’abord redressé la barre en championnat de National 2. De relégable et moribond, le rouleau-compresseur cannois est devenu un sérieux candidat à la montée en National, son objectif suprême. Mais outre cette remontada au classement et sa série de vingt matchs consécutifs sans défaite toutes compétitions confondues, le Bâlois d’origine a mené les Dragons jusqu’en demi-finale de la Coupe de France. Le tout, en prônant un football alléchant et reconnu. Mais dès l’entame de l’exercice en cours, le souffle est retombé. Reparti au quatrième échelon après avoir été devancé d’une courte tête par Le Puy quelques mois plus tôt, l’ex-coach d’Avranches, Colmar et Mulhouse a payé cher de premières semaines de compétition décevantes. Début octobre, le technicien de 60 ans est alors remercié. Pour Foot National, le principal concerné est revenu sur cette éviction. Mais pas que … Entretien !

Damien, première question très simple : comment ça va depuis le début du mois d’octobre et ton éviction de l’AS Cannes ?


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Ça va comme tout entraîneur qui n’entraîne plus, ce n’est pas une période facile. C’est un peu délicat, mais on essaye de se maintenir en forme physique et mentale. C’est une période difficile, mais ça fait partie du métier.

Comment expliques-tu ton départ ?

Je vais rester très succin, je ne vais pas m’épancher dans les médias. On va dire qu’il y a deux paramètres. Le premier est politique. Car c’était très politique comme décision. Le second est le paramètre dynamique, qui n’était pas très favorable. Ça s’est passé, et voilà. Je n’ai pas de compte à régler. Le sport, c’est une dynamique : quand elle est positive il faut surfer dessus, quand elle est négative il faut admettre qu’on soit en difficulté.

Tu as été remercié quelques semaines après le début de saison. Avec toute ton expérience dans le football, ça t’étonne toujours que ça aille aussi vite pour les entraîneurs ?

Ce n’est pas que ça m’étonne, c’est dans l’air du temps. À mes débuts, nous étions beaucoup plus fidèles et nous avions beaucoup plus de temps pour travailler sur un projet. Aujourd’hui, avec les enjeux, les volontés et les objectifs, il y a beaucoup moins de patience et d’accompagnement dans la difficulté. C’est surtout ça que je regrette. On peut se retrouver dans la difficulté, mais ça reste un projet collectif. Et on oublie trop souvent que c’est collectif. Quand je parle de « collectif », c’est tout un club. On tombe souvent sur l’entraîneur qui a beaucoup d'autres problèmes à régler et d’autres problématiques à soulever. C’est à l’image de la société qui zappe rapidement, finalement. Il faut s’y faire.

« J’étais en accord avec mes convictions et mes conceptions du football »

On revient sur la saison passée. Outre la deuxième place en National 2 après une folle remontée, Cannes se hisse jusqu’en demi-finale de la Coupe de France. As-tu eu l’impression que ce parcours en Coupe t’a fait changer de dimension ? 

En termes de visibilité, c’est sûr ! Quand on fait une remontada comme ça en championnat en passant de l’avant-dernière place à la deuxième, en ne perdant que quatre matchs sur quarante et en enchaînant une série de vingt matchs consécutifs sans perdre, ça marque. Mais le plus marquant et le plus valorisant pour mon staff et moi, c’est d’avoir pu proposer une certaine façon de jouer, une certaine idée de jeu différente, qui cassait des codes et qui réussissait à ce moment-là.

Au-delà des résultats, c’est ta plus grande fierté d’avoir pu mettre ça en place à l’AS Cannes ?

Oui ! C’est une fierté immense, parce que je me suis permis d’oser, de proposer un football différent, avec d’autres valeurs que celles prônées actuellement. Ce n’est pas pour critiquer, mais j’étais en accord avec mes convictions et mes conceptions du football. Ce football généreux, offensif. Je remercie encore les joueurs d’avoir adhéré à un projet fou, d’avoir cru en quelque chose de tout à fait … (Il coupe) « Novateur », ce n’est pas le mot parce que le football n’est que cyclique. On est revenus à une certaine forme de football qui ne s’appuie pas que sur des données individuelles. C’était un football fou, mais pour lequel j’ai un maximum de plaisir de coacher et les joueurs ont totalement adhéré. Ce n’est pas la fierté mais une satisfaction d’avoir pu proposer le football qu’on aime.

La satisfaction, elle est aussi de le faire avec un club comme Cannes, dont on attend beaucoup en raison de son passé et de ses grosses ambitions ?

Tout à fait. J’avais bien conscience de la ferveur et de l’engouement des supporters, mais surtout de leur attente. De l’avoir fait à l’AS Cannes mais aussi dans cette compétition qu’est la Coupe de France, qui permet de révéler certains joueurs et une certaine façon de penser du football, ça a été très valorisant.

Tu parlais de projet « fou », qu’entends-tu par-là ?

Quand je parle de projet « fou », on se comprend : c’est un projet hors code. Les gens croient en toi, ont confiance en toi, toi t’as confiance en les joueurs … C’est cette alchimie-là qui s’est mise en place et qui était le plus satisfaisant. Je me souviens très bien de la causerie avant la demi-finale contre Reims : ce n’était pas la finale au Stade de France qui m’intéressait, c’était de jouer comme on avait décidé de jouer, en étant généreux et enthousiaste. Même en championnat, on s’était dégagé de l’enjeu juste pour rester dans notre façon de faire, de jouer.

Comment on fait pour créer cette alchimie ?

Le football, comme tout autre sport collectif, se joue d’abord et surtout au mental. Le but, c’est de faire confiance et de donner confiance, mais surtout de prendre du plaisir. Il faut faire prendre conscience aux joueurs que nous sommes-là pour les faire progresser. À partir du moment où ils sentent qu’ils progressent et qu’on leur propose autre chose qui fonctionne, ils adhèrent. C’est un travail au quotidien. C’est donner du crédit à ce qu’on dit.

« Quand je l’ai appris, j’ai d’abord cru que c’était un gag »

Avec le recul, ce parcours en Coupe de France justement, est-ce qu’il n’a pas coûté la montée en National à l’AS Cannes la saison passée ?

Cette question, on me l’a posé mille fois (sourire). Et je réponds pas du tout. Nous n’avons pas été contre-performants après l’épisode Coupe de France. Ce qui s’est passé, c’est que Le Puy, tout à son honneur, a fait une série de dix matchs sans défaite pour réussir à rester devant. Ce n’est pas nous qui avons fait des contre-performances. D’ailleurs après la Coupe de France, nous n’avons pas perdu de match. Mais Le Puy a fait un final époustouflant, qui ne nous a pas permis de les rejoindre. Voilà, c’est surtout ça. C’est un concours de circonstances.

Ce parcours en Coupe de France, il t’a récemment permis d’intégrer le top 10 des entraîneurs français de l’année 2025 chez nos confrères de France Football. Qu’est-ce que ça fait de voir son nom à côté de ceux de Didier Deschamps, Bruno Genesio ou Franck Haise, pour ne citer qu’eux ?

C’est irréel, tout à fait incroyable ! C’est à l’image du parcours qu’on a eu l’année dernière, c’est exceptionnel ! C’est gratifiant de provenir du football amateur et de faire partie de cette liste. Quand je l’ai appris, j’ai d’abord cru que c’était un gag (rires). Et puis finalement non… J’ai même obtenu une voix, celle de Franck Haise, que je remercie. C’est quelque chose d’hors du commun pour l’entraîneur que je suis. Ça montre aussi que dans le football amateur, il y a plein de talent. Ce n’est pas que moi, je représente tout le football amateur. Il s’agit parfois juste de croire en soi, en ses capacités et d’aller au bout des choses.

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Tu le prends aussi pour une forme de reconnaissance pour l’ensemble de ta carrière ? 

De la reconnaissance je ne sais pas, mais ça donne du crédit. C’est la preuve qu’on est légitime à ce niveau-là, dans le football de haut niveau. On l’a fait avec Cannes, on a fait d’autres aventures avec Avranches, Mulhouse et Colmar. J’ai été l’adjoint de Laurent Battles à Troyes lors de la montée de Ligue 2 à Ligue 1 (2019-2021). J’ai un vécu qui fait que je suis légitime à ce niveau. Ce classement, c’est un peu la cerise sur le gâteau finalement.

Ça redonne aussi un coup de fouet après l’éviction à Cannes ?

Effectivement ! Ça donne de la confiance en ce qu’on fait. Ça permet de se dire que finalement, on peut encore s’intéresser à nous.

« Je suis à la recherche d’un projet »

Comment vois-tu la suite désormais ? Quelles sont tes attentes ?

Je suis à la recherche d’un projet. Un projet qui m’offrirait la possibilité de proposer ce football généreux, ce football qui casse les codes. J’ai eu des contacts avancés avec un club, j’ai refusé deux clubs d’un niveau inférieur. J’attends de trouver le bon projet.

Un projet avec l’idée, comme tu l’as beaucoup dit à Cannes, de donner du plaisir au public aussi.

Tout à fait. Donner du plaisir au public, au club et aux joueurs. Nous sommes là pour ça. Nous sommes une entreprise de divertissement en quelque sorte, il faut l’assumer.

On entend souvent qu’un fossé se creuse entre les nouvelles générations de joueurs et les entraîneurs plus chevronnés. Comment fait-on pour rester connecté avec son groupe ?

C’est tout un travail, une adaptation. Je ne suis pas le même entraîneur qu’il y a vingt ans, ni le même qu’il y a dix ans. Il faut évoluer avec son temps, avec les nouvelles stratégies, de nouvelles connaissances. Cannes m’a servi de laboratoire pour montrer qu’il n’y pas qu’un seul chemin dans la réussite, il y en a plusieurs. Mais il ne s’agit pas de copier non plus, il faut rester soi-même. Je disais ça souvent à mes joueurs, « be yourself » : jouez et travaillez avec vos convictions, c’est votre foi qui va donner de la force. Les nouvelles générations sont très intéressantes dans ce qu’elles proposent, mais c’est aussi à moi de m’adapter et de montrer que toutes les voies et toutes les orientations sont intéressantes.

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