Entretien - Didier Santini, l'entraîneur de Rodez invaincu en 2026 : "Je ne pense pas à perdre" | OneFootball

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·2 avril 2026

Entretien - Didier Santini, l'entraîneur de Rodez invaincu en 2026 : "Je ne pense pas à perdre"

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Avant la reprise du championnat de Ligue 2 par un déplacement à Dunkerque ce vendredi 3 avril (20h), l'entraîneur de Rodez (6e, 44 pts) Didier Santini s'est confié auprès de Foot National concernant son invincibilité depuis le début d'année 2026 ainsi que ses ambitions de fin de saison. Entretien.

Propos recueillis par Désiré Camara


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Didier, vous êtes sur une série d'invincibilité impressionnante en 2026 (11 matchs de Ligue 2, 6 victoires et 5 nuls). Une performance unique parmi les cinq grands championnats européens (1ère et 2e divisions confondues). Est-ce que vous vous en rendez compte ou vous ne vous attardez pas là-dessus ?

Honnêtement, je ne m'attarde pas là-dessus. Je pense que ce n'est pas un hasard si on arrive à faire ça. On a de la qualité, mais on joue chaque match après match. À chaque fois, on prend du plaisir lors des matchs. Il se passe ce qu’il se passe et on repart pour le match suivant.

Est-ce qu'il y a un moment où vous vous êtes dit que là, il est en train de se passer quelque chose avec cette équipe ?

Oui, mais déjà un peu avant, quand vous avez commencé avec une équipe et que vous reprenez un groupe qui a changé à 90%. Le premier match, il y avait un seul joueur qui jouait avant avec nous. En plus, j'ai beaucoup de jeunes joueurs, beaucoup n’ont jamais joué en Ligue 2, ils jouaient plutôt en National. Et tu te dis toujours que… tu vois l'évolution aux entraînements, tu vois les choses qui changent, donc tu attends un moment, car il faut être patient. Il faut aussi savoir leur donneraussi beaucoup de confiance. Toujours positiver, même dans les moments où ça peut être un peu compliqué. Vraiment toujours positiver et leur faire confiance. C'est ce qu'on est arrivé à faire avec Emerick Darbelet (coach adjoint) et tout le staff.

Cette série, vous l’a trouvée logique au vu de vos performances ou il y a une part de réussite aussi ?

Je pense qu'il y a toujours une part de réussite dans toutes les choses. Il y a des matchs de la première partie de saison, par exemple contre Clermont (le 19 septembre), on perd 0-1, alors qu’on devait gagner cent fois. Parfois, tu gagnes des matchs sans aucune logique comme à Reims (2-1), où tu perds 1-0, alors que t’as fait un bon match. Mais tu restes dans tes principes, tu restes dans ce que tu sais faire, tu attends le faux pas comme face à Reims (le 14 mars) et puis tu saisis le bon moment pour renverser la situation. Après, il faut de la réussite pour marquer le second but victorieux. Il faut toujours de la réussite quand même.

C'est vrai que le match contre Reims était incroyable, vous avez égalisé à la 87e minute de jeu et inscrit le but de la victoire à la 97e minute, alors que vous étiez menés au score depuis la 43e minute. Qui plus est à Reims, donc à l’extérieur ...

Ouais exact ! C'est une équipe au top (5e) qui est supérieure à nous dans tout : dans le budget, dans tous les domaines ... Mais on est restés soudés et concentrés jusqu'au bout. On essaie de provoquer la réussite aussi. Le plus important, c'était qu’il ne fallait pas prendre de deuxième but. Bien tenir. Et saisir le moment opportun. C'est ça, pour moi, la qualité de cette équipe. C'est de rester dans ce qu'elle sait faire tout le temps et ne pas changer.

"Il n'y a pas de recette miracle"

Est-ce qu'il y a eu un déclic en 2026 ? Et sinon, qu'est-ce qui a changé en fait dans la méthode Santini ?

Rien n'a changé. Il y a deux ans, on a fait les barrages. Ce qui change, c'est qu'avec Emerick et moi, on travaille bien depuis plus de trois ans et demi ensemble. À chaque fois, on se connaît mieux et on sait avec nos principes ce qu’on veut mettre en place. On sait donc faire évoluer l’effectif, même quand ça change. Mais s’il y a eu un déclic, c'est certainement du côté des joueurs. Nous (le staff), on ne change pas. On perd un match, on perd deux matchs, on perd même trois matchs, il n'y a pas de recette miracle à la maison. On ne change pas de tactique, on ne change pas de façon de jouer, on change vraiment rien. On essaie juste de s'améliorer, de positiver et de leur montrer ce qu'ils sont capables de faire, qu'ils aient confiance en nous, mais surtout en eux. Il ne faut pas qu’ils aient cette peur de rater des choses. Ce sont eux, les joueurs, qui sont sur le terrain et qui passent un cap à l'entraînement, qui passent un niveau en match. Il y a plus de maturité, on s’en aperçoit... Parfois vous savez, ce n'est pas grand-chose, ça se joue comme en Formule 1, vous passez à un millimètre du mur et il y en a qui passent à trois, mais il faut passer un millimètre. Quelquefois, ça se joue à un centimètre. Sinon vous voyez que leurs niveaux changent aux entraînements, techniquement et tactiquement, de 2-3 % et ça évolue bien.

Vous sentez donc votre groupe aujourd'hui avec plus de confiance, plus de maturité dans la gestion des matchs ? 

C'est exactement ça. Vous savez, beaucoup au départ n'avait jamais joué en Ligue 2. Je crois que le premier match (le 9 août, contre Nancy, 0-0), on devait avoir qu’un joueur qui n’avait que 30 matchs de Ligue 2 sur le le terrain. Il a fallu donc dire à nos joueurs : 'Vous avez le niveau, faites-nous confiance, si on vous a pris, c’est que vous avez le niveau, travaillez, apprenez les principes, apprenez tout ce qu'on veut mettre en place, après mettez aussi vos qualités au service de l'équipe. Au fur et à mesure, ça va matcher.' Mais surtout, quand tu perds, il faut continuer là-dessus, positiver et surtout pas changer. Parfois, on voit beaucoup de choses ... Dès que ça ne va pas, il faut jouer à cinq derrière, on joue comme ceci, on met un mur ... Non, on ne change pas ! On peut aller presser, on n'attend jamais en bloc bas, on n'est jamais dix joueurs à 16 mètres. Alors, on joue avec nos qualités, notre ADN aussi, c'est l’ADN du club, du président. Faut être positif et toujours aller de l’avant.

Vos joueurs ne parlent pas entre eux de cette série ?

Peut-être. Peut-être qu'il fallait perdre un match et en gagner cinq au lieu de faire trois nuls et trois victoires. On préfère faire cinq victoires et une défaite. Mais comptablement, ça te met de la confiance, surtout que c'est sur 14 matchs de Ligue 2, 14 équipes différentes (la série d’invincibilité a véritablement commencé le 21 novembre 2025 en Ligue 2 face à Dunkerque pour un résultat nul, 1-1). En plus de ça, ce n'est pas des matchs aller-retour. Donc c'est 14 équipes différentes. Ça montre quand même que dans ce championnat, tu as certaines valeurs et le niveau pour y être. Ça, ça leur a mis beaucoup de confiance. Mais il ne faut pas que cette confiance devienne de la facilité, il faut toujours se remettre en question, tous les jours. C'est fini, on repart à zéro, respect, humilité, on repart à zéro, en semaine on travaille. Là, c'est Dunkerque qui arrive vendredi (20h). Il faut oublier tout ce qu’il y a eu avant. Il faut switcher dans tous les sports, au golf, au tennis… dans tous les sports, il faut switcher sur ce que tu as fait avant.

"Il ne faut pas se prendre pour d'autres"

Quand la série va s'arrêter, qu'est-ce que vous allez dire à vos joueurs pour ne pas qu'ils se démobilisent ?

Déjà, je n'y pense pas parce que je ne pense pas à perdre. Que ce soit à Dunkerque ou ailleurs. Si nous devions jouer le Paris Saint-Germain, Emerick dirait aux joueurs : 'Vous allez gagner.' Puis après, si ça arrive (une défaite), peut-être qu'on va à nouveau lancer une série de victoires. C'est comme ça, c’est la vie. Il faut savoir aussi perdre. Parfois, vous avez des défaites qui vous apprennent beaucoup, qui donnent pas mal d’enseignements par rapport à certaines choses. Je ne pense pas à perdre, car je sais que ça arrivera. Je fais un beau métier, il y a plus grave dans la vie que de perdre un match de foot et peut-être que par la suite, si ça arrive, on fera une nouvelle série.

Au regard du classement et grâce aux bons résultats dernièrement, quels sont vos objectifs d'ici la fin de saison ?

Beaucoup de gens en parlent, journalistes, supporters, ... Moi mon objectif, c'est Dunkerque. Dunkerque m'amènera à notre objectif d’après, si on gagne des matchs et on continue à faire ce qu'on fait, on verra si ceux de devant baissent de régime ou pas. S'ils ne baissent pas de régime, on finira sixièmes ou septièmes. S’ils baissent de régime et que nous on tient, peut-être qu'on arrivera à attraper la cinquième voire la quatrième place, je ne sais pas. Mais vraiment, on ne peut pas aujourd'hui dire qu’on joue ceci ou cela. Notre objectif en début de saison c'était le maintien, donc aujourd’hui on veut continuer à faire progresser les joueurs, de prendre en confiance. Ensuite, si tu gagnes des matchs, peut-être que des choses superbes vont arriver, mais il ne faut pas se prendre pour d'autres. Tout peut aller très vite dans un sens comme dans un autre.

Il y a deux ans, Rodez s'était hissé jusqu'au deuxième barrage d'accession (battu par Saint-Étienne, 0-2) après avoir terminé quatrième au classement final. C'est une expérience qui peut compter ?

Oui, il y a deux ans, on a fait les barrages pour la montée en Ligue 1. La saison dernière aussi, on a fait une bonne saison (14e), même si je pense qu'on aurait dû faire mieux. On avait une très, très belle équipe. On aurait dû faire beaucoup mieux, sauf qu’on a eu un passage à vide au mois de janvier et février, tout le contraire de cette année. Voilà ce qui nous avait un peu handicapé. On s'est sauvés de la relégation à cinq journées de la fin donc c’est déjà bien et en vérité, c’était avant tout l’objectif premier, le plus important.

C’est ça qui a changé par rapport à la saison dernière, c'est ce passage à vide alors que là, vous êtes en "pleine bourre" ...

Oui, mais on l’a eu un peu au mois novembre par moment. Mais c'est vrai que les mois de janvier et février ont été importants. Donc, l'idée était de travailler un peu là-dessus et d'essayer de mieux faire... Ce n'était pas qu'on faisait des mauvais matchs, mais d'avoir un peu plus de réussite. Je pense qu'on n'a pas eu de réussite aux mois de janvier et février de la saison dernière, lors de certains matchs. On ne devait pas travailler différemment, mais être meilleurs de 2-3 %.

Pour conclure, si vous deviez aujourd'hui définir la méthode Santini, son projet de jeu, sa philosophie : comment la résumeriez vous ? 

Déjà, la confiance. J’ai un staff en qui j’ai une totale confiance et qui travaille sans avoir besoin de me demander certaines choses. Ils font ce qu'ils savent faire. J'aime leurs compétences. Après, ce sont mes principes, c'est un peu l’ADN du club... C'est un système 3-5-2 avec des pistons très hauts, c'est essayer de créer du danger avec nos qualités, de ne pas changer. C'est aussi un privilège d'avoir - que ce soit mon président Pierre-Olivier Murat, Gégory Ursule (directeur général), Guillaume Laurens (directeur du développement) - ces trois personnes au-dessus et qui me font confiance, qui chaque fois vont me permettre de trouver des joueurs dans nos projets, dans nos valeurs, dans ce que j'aime. Parce que malheureusement, on est obligé chaque fois de trouver des joueurs qui sont pas chers et qu'il faut qu'on rende meilleurs.

Avez-vous eu des discussions avec votre président sur la suite du projet du RAF ?

Je pense que tu n'as pas besoin d'argent pour finir dans le haut du classement. Il faut avoir de bonnes idées, travailler, faire bosser ses joueurs. Après, c'est sûr que l'argent amènera toujours plus de joueurs, mais quoi qu'il en soit, même si on avait plus d'argent, on ne paierait pas des joueurs avec des sommes folles. Je pense qu'on a des quotas qu’on ne dépassera jamais. Ce sont aussi les valeurs de l'Aveyron. On s’aperçoit aussi dans le football français qu'avec tous les problèmes qu'on a eus, dont les droits TV,  beaucoup ont misé là-dessus. C'est dangereux, donc il faut faire une économie différente. L'idée, c'est aussi de trouver des bons joueurs, des jeunes joueurs ou des joueurs qui ont raté une marche un jour, qui t’écoutent, qui te font confiance. Quand je prends un joueur, c'est un peu comme au tennis : Novak Djokovic et Rafael Nadal, ce sont eux qui payent leurs coachs, qui les engueulent pour travailler plus. Moi, je fais ça. Les joueurs ne me paient pas moi, c'est le club qui me paye avec mon staff. Nous, on est là pour les joueurs, pour les faire progresser, mais il faut vraiment qu'ils nous fassent confiance. La confiance à 90-95%, ça a toujours marché. Après, parfois, il y a des joueurs qui font moins confiance, qui écoutent d'autres personnes, ça ne matche pas. Pour certains joueurs passés au RAF, ça a fonctionné. Je prends les exemples de Waniss Taïbi (Hanovre 96), de Giovanni Haag (Düsseldorf, prêté au Red Star), d'Andréas Hountondji (Burnley, prêté à Saint Pauli), de Killian Corredor (Darmstadt 98) et tant d'autres…

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