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·14 juin 2026
Entretien - Fulgency Kimbembé : « La situation était lourde, j’en ai profité pour passer du temps avec ma famille et me ressourcer »

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·14 juin 2026

Une facette du football bien trop éloignée des projecteurs. Parti à Granville l’été dernier après deux saisons réussies à Jura Sud, Fulgency Kimbembé n’est pas parvenu à monter en puissance comme initialement attendu. La faute à un virus contracté dès son arrivée en Normandie, avant une grosse entorse de la cheville subie lors d’un match de préparation avec la réserve. L’hiver dernier, touché par des problèmes personnels, le milieu de terrain de 27 ans a pris la décision de quitter l’US Granville d’un commun accord avec sa direction. L’occasion pour le natif de Kinshasa (Congo Brazzaville) de revenir sur ces six derniers mois sans club et éloigné du football.
Fulgency, comment te sens-tu physiquement ?
Physiquement, je me sens bien. Je fais des séances de kiné et je mets tout en œuvre pour revenir au top sur les terrains.
Tu es sans club depuis le début d’année désormais. Pourquoi ?
Quand je suis arrivé à Granville, j'avais un peu de retard sur la préparation. Les autres avaient repris le 3 juillet, tandis que j'ai recommencé le 16 juillet. Le coach comptait me faire débuter pour le premier match de championnat, mais j'ai attrapé un virus. J'ai fait des prises de sang qui n'ont rien révélé de grave, mais je n'étais pas apte pour la reprise. Pour me donner du temps de jeu, on m'a envoyé faire un match avec la réserve contre Caen. Malheureusement, lors de cette première rencontre, j'ai pris un coup à la cheville qui a entraîné une entorse.
Je suis revenu progressivement. Le coach de l'époque était Matthias Jouan. On s'entendait très bien car il cherchait un joueur de ballon et estimait que je correspondais parfaitement à son projet de jeu.
Tu as donc décidé de quitter Granville dès ton retour de blessure ?
À mon retour de blessure, le club a enchaîné les mauvais résultats. Le coach subissait la pression de la direction car il jouait sa place. Il a donc changé de style de jeu, passant d'un 4-4-2 à un 3-4-3, pour s'orienter vers un jeu beaucoup plus direct au lieu d'un jeu de possession. Cela n'a pas suffi et il s'est fait licencier. Le nouveau coach, Sylvain Didot, est arrivé avec ses propres principes. Il a tout de suite annoncé qu'il voulait des joueurs besogneux, des "guerriers", car il était là pour jouer le maintien et sauver sa place.
Étant plutôt un joueur de possession, j'ai compris que mon profil ne correspondait plus. Le directeur sportif est ensuite venu me voir pour faire le point. Il m'a expliqué que le plan de jeu avait changé, que le nouvel entraîneur cherchait d'autres profils et que la situation du club imposait de jouer le maintien. Il m'a fait comprendre que je n'étais pas un joueur taillé pour cela, mais plutôt pour une équipe de haut de tableau qui produit du jeu. Comme j'avais également des soucis familiaux à régler à ce moment-là, nous nous sommes mis d'accord pour une résiliation à l'amiable. Après mon départ, j'ai eu quelques touches en N3 et en N2, mais j'avais besoin de m'aérer l'esprit après cette expérience difficile à Granville, où la vie était assez calme. Tout cela avait fini par m'affecter mentalement, c'est pourquoi j'ai passé six mois sans club.
Tu n’as donc passé que six mois à Granville. Avec le recul, était-ce un bon choix de quitter Jura Sud après deux belles saisons là-bas ?
Après notre descente avec Jura Sud, je me suis focalisé sur l'idée de retrouver absolument un club de National 2. C'est une réaction classique de joueur. Si tout s'était bien passé à Granville, je ne verrais pas les choses ainsi, mais la tournure des événements me fait réfléchir. J'ai essayé de revenir à Jura Sud, j'ai d'ailleurs été en contact avec eux. Le club souhaitait que je reste au départ, mais au même salaire, ce que j'avais refusé. Quand je les ai recontactés par la suite, ils se sont retrouvés en position de force et ne m'ont rien proposé de concret.
Avec le recul, je me dis que j'aurais peut-être dû y faire une troisième saison. J'ai eu d'autres sollicitations en N2 qui ne se sont pas concrétisées car, au dernier moment, les directeurs sportifs me voulaient mais les entraîneurs préféraient des profils plus "bagarreurs". Je constate que de plus en plus d'entraîneurs délaissent les profils de joueurs de ballon comme le mien, ce qui rend les choses plus complexes. Après, quand une équipe joue sa survie, certains techniciens n'ont pas le choix car ils jouent leur place. Je le comprends tout à fait, c'est pour cela que je suis parti sans animosité, sachant que je n'entrais pas dans ces plans.
Fulgency Kimbembé (@Philippe Trias)
Cette situation, et le fait de ne disputer que quatre matchs, ne t’a-t-elle pas frustré ?
Il y a une part de frustration car je voyais ce projet comme une opportunité de me focaliser uniquement sur le football. N'ayant pas pu jouer à cause de ces choix et de mes obligations familiales, j'ai décidé de mettre à profit ces six mois pour me reconcentrer sur moi-même. Cela m’a tout de même permis de souffler mentalement pour aborder au mieux les saisons à venir.
As-tu été sollicité par d’autres clubs des niveaux nationaux depuis ?
Je travaille avec des agents qui ont eu des contacts. Cependant, lorsqu'un joueur n'a pas joué pendant six mois, les clubs se montrent réticents, même s'ils connaissent mes qualités. Ils privilégient des éléments qui sortent d'une saison complète. Récemment, un club devait me recontacter mais a finalement choisi un milieu de terrain qui sortait d'une saison pleine. Je comprends la démarche. Aujourd'hui, je ne suis pas fermé à la N3 si le projet est solide et me permet de me relancer efficacement. Le marché est saturé, l'essentiel pour moi est de retrouver du temps de jeu sur une saison complète.
Depuis plusieurs semaines désormais, la DNCG fait souffrir de nombreux clubs. Est-ce un élément à prendre en compte lors des négociations avec les dirigeants ?
Je préfère attendre un club qui a validé son passage devant la DNCG. Il y a trois ans, avant de signer à Jura Sud, j'étais sur le point de m'engager avec Béziers qui montait en National 2. Le club a finalement été exclu des championnats nationaux. Ils ont fait appel, ce qui m'a obligé à attendre, pour être définitivement exclus par la suite. J'ai fini par signer à Jura Sud le 15 juillet après une très longue période d'incertitude.
Comment l’as-tu vécu ?
C'est une situation stressante. Quand on a une vie de famille et qu'il faut envisager un déménagement sans savoir de quoi demain sera fait, cela génère beaucoup d'incertitudes. C'est d'autant plus difficile si l'on a refusé d'autres propositions sérieuses pour privilégier un club qui se retrouve sanctionné. On perd également de précieuses semaines de préparation athlétique en restant ainsi dans l'attente. À Jura Sud, j'avais repris une semaine après le groupe. Heureusement, j'avais été très bien accueilli par le coach de l'époque. Malgré notre descente la saison dernière, nous avions une très bonne équipe, mais c'est la dure réalité du football.
Comment t'es-tu occupé ces six derniers mois ?
J'ai complètement coupé avec le football à mon départ de Granville. Comme j'y avais contracté une blessure, j'ai d'abord travaillé avec un kiné pour me soigner correctement, faire du renforcement et éliminer toutes les gênes physiques en vue de la saison prochaine. Sur le plan psychologique, la situation était lourde. Je ne regardais plus les matchs, je me suis recentré sur ma vie personnelle, ma famille et mes proches. Le quotidien d'un footballeur impose de fréquents changements de ville, on est rarement chez soi. J'en ai donc profité pour passer du temps avec mes parents et me ressourcer.
Quel regard portes-tu sur la refonte des championnats, toi qui es désormais habitué aux joutes du niveau National ?
Le maintien est devenu beaucoup plus difficile à aller chercher. Quand on regarde la composition des poules de National 2, on y trouve des clubs historiques et de grosses structures. En National 1, des équipes comme Dijon ou Sochaux sont remontées. En N2, des clubs comme Fleury disposent de moyens financiers importants, tandis que Le Puy a conservé une ossature solide avec de très bons joueurs qui se connaissent parfaitement. Le niveau global est très élevé.
La poule C (Sud) de National 2 est particulièrement compétitive. La lutte pour la montée entre Cannes, Saint-Maur et Nîmes s'est jouée jusqu'à la dernière journée. C'est un championnat très relevé où des clubs de qualité comme Thonon Évian, Fréjus Saint-Raphaël, Créteil ou Toulon se retrouvent parfois à jouer le maintien alors qu'ils ont le profil pour le haut de tableau. La poule Sud me semble supérieure aux deux autres cette saison.
Tu as déjà joué une cinquantaine de matchs en National 3. Est-ce qu’il ne serait pas plus judicieux de redescendre d’un étage pour retrouver du temps de jeu ?
Ces six mois m'ont permis de bien me ressourcer. Je suis désormais prêt à accepter un nouveau défi, peu importe la situation géographique. L'objectif premier est de trouver un projet sérieux qui me permettra de me relancer, tout en préservant ma santé. J'ai été touché par un virus à l'estomac (Helicobacter pylori), ce qui est souvent lié à l'alimentation. La santé reste la priorité absolue. Aujourd'hui, je cherche de la stabilité. Si je m'épanouis dans un club stable et que des opportunités supérieures se présentent par la suite, nous verrons bien. Pour le moment, je privilégie un projet pérenne et je ne ferme aucune porte.
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