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·17 mai 2026
Et maintenant on fait quoi ? (épisode 3)

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·17 mai 2026

C’est désormais officiel depuis quelques jours, il n’y aura pas de salut pour notre diagonale ni quelconque folle espérance de voir la LDC, par un barrage, nous revenir aux yeux. 7ème ou 6ème voici les deux seules voies auxquelles notre club peut s’abonner. Ceci ne pouvant avoir d’autre vocation que de perpétrer le constat établi lors des épisodes précédent (épisode 1 ici, épisode 2 ici). 2025/2026 est bel et bien la saison d’un échec lourd, suffisamment cuisant pour nourrir notre colère légitime. Notre exercice précédent, en pur trompe l’oeil, nous imposait de voir qu’un cycle s’achevait, mais nous offrait la chance d’en amorcer un nouveau en douceur. L’été prochain, à la différence du précédent, ce sont les cadres qui partiront et c’est bel et bien dans un esprit de rupture que devra être bâtie notre politique de recrutement. Au risque de sombrer cette fois ci… et pour de bon !
Polybe, théoricien politique grec du 2ème siècle avant notre ère, déduisait des successions de régimes une fatalité cyclique. « Anacyclosis » ou éternel retour à l’âge de pierre. Après deux exercices convaincants en 2021 et 2022, l’ASM se vautrait en 2023, le (très) peu rassurant Philippe Clement prenait la porte, deux exercices convaincants s’en suivaient en 2024 et 2025 (en trompe l’oeil celui-ci), l’ASM se vautre en 2026…. tiens tiens tiens !
Polybe a-t-il raison ? Notre penseur grec avait les yeux tournés vers Rome dont il admirait la puissance et la sophistication politique. Mais chaque spirale ascensionnelle creusait les propres causes de son déclin, la rupture en devient un corollaire inéluctable et tout recommence. Est-ce donc à croire, à s’en fier aux plus anciens, qu’après deux saisons convaincantes s’en vient celle qui rompt pour en amorcer deux plus illustres ? 2026/2027 un grand cru ? L’année du génial renouveau ?
Mais voilà il y a toutefois un ver dans le fruit. Polybe était historien, le passé des régimes servait de substrat à son divin savoir. Il n’était pas mage pour prédire l’avenir et l’annonce d’un futur à nouveau radieux passe par l’initiative des bâtisseurs.
Pour l’an prochain, et les années futures, il nous faudra bâtir. Le défi en est d’autant plus grand ! Interéssons nous désormais aux postes de ceux qui devront le relever : aujourd’hui celui de directeur sportif !
En mars 2023, notre directeur sportif P.Mitchell, après avoir décliné des offres de prolongation de son bail monégasque, annonçait que sa mission était terminé. Il lui restait un an de contrat et, en contrepartie d’un départ anticipé, charge lui était confiée de choisir et former son successeur au poste. C’est un illustre inconnu du grand public à qui fut dévolu la charge de DS, Thiago Scuro, l’homme qui parlait 4 langues mais ne prononce toujours pas un mot de français, ex directeur exécutif du club de Brangantino (Red Bull) au Brésil. Incongruité ou indication révélatrice, Scuro et Mitchell se sont connus en 2019, à cette époque c’est l’anglais qui était sous la direction du brésilien.
Qu’on se le dise les deux hommes n’ont définitivement pas la même épaisseur. Paul Mitchell, qu’on le critique ou non, est à ce jour considéré comme l’un des DS d’Europe les plus influents, son recrutement en 2020, à une époque de crise profonde aura tant permis un dégraissage massif et salvateur qu’une impulsion de grande qualité en matière de recrutement. Avant même qu’il ne rejoigne l’ASM, le CV du britannique en matière de pépites dénichées est proprement impressionnant. Celui du brésilien n’est garni lui que d’un obscur titre de meilleur directeur du football sud-américain en 2022.
Promu DS officiellement en juin 2023,puis fait curieux, directeur général en octobre de la même année, T.Scuro a officiellement opéré au recrutement pour trois mercatos successifs (2023,2024,2025). Mais ceci n’est que le conte d’un organigramme, la réalité apparaissant nettement plus têtue. Le mercato 2023, qui vaudra l’arrivée de Zakaria et Balogun et, entre autre la vente d’Axel Disasi à Chelsea pour 45 M€, n’est pas le fait du brésilien promu à peine un mois avant l’ouverture du marché. Scuro s’est assis dans un fauteuil bénéficiant d’un travail qui s’engage de longs mois avant le coup d’envoi d’un mercato. L’exercice 2024 interroge aussi nécessairement quant à la liberté d’action du brésilien rappelant que si notre ex directeur sportif avait rompu son bail avant la fin de son terme, celui-ci demeurait échu à juillet 2024. On ne lui imputera pas non plus, la nomination d’Adi Hütter promu en même temps que lui au poste d’entraîneur, pour qui le bilan quoique discutable, demeure de nous avoir qualifiés deux fois de suite en LDC. En d’autres termes, sur ses deux premières années de mandature, la marge d’action de Thiago Scuro, le pouvoir réel et l’influence dont il dispose semblent avoir tenu sur un mégot de clope.
2025 sera l’année d’une empreinte, un substrat que l’on peut enfin analyser de lui, de son action. Premier choix confortable que de renouveler pour deux ans en début d’année, le mandat du coach Hütter. L’autrichien perpétuellement en ballotage hivernal, prolongera de deux ans son bail précaire. Le niveau de performance affiché par ses hommes sept mois plus tard dès la reprise confirmera sans détour l’erreur que fut cette décision. Facile à dire une fois que le bal a sifflé sa dernière note me direz vous, mais telle est la notion de responsabilité et des conséquences qu’elle doit induire logiquement. En prolongeant un coach qui avait perdu ses joueurs dès l’entame du championnat, le brésilien demeure comptable d’un choix foireux. L’erreur ne se mesure qu’à sa portée, celle-ci fut sa première aux conséquences déjà lourdes.
Affairé à répondre d’un contexte particulier en cette fin de saison 2025 (lire les épisodes précédents), la tâche de notre directeur sportif n’apparaissait pas d’une complexité abyssale. Lille, Lens, Lyon contraints à une soupe grimaçante d’austérité, notre qualification en LDC nous donnait une once de mou appréciable pour imprimer une stratégie d’habile distanciation de rivaux désargentés. L’ASM disposant, alors que le mercato de l’an dernier allait démarrer, d’un effectif particulièrement solide par ailleurs.
Pour ce qui aura été de vendre, le brésilien aura admirablement vendu. Cher d’une part, l’ASM affichant une balance commerciale excédentaire de plus de 130 millions d’euros sur l’exercice. Si la somme des ventes et le bénéfice engrangée ne constituent pas des records (l’année 2018/2019 demeurera imbattable), le ratio entre vente et achat (à plus de 14 fois) est quant à lui historique. Excessivement bien vendu d’autre part. En nous séparant de Magassa, Ben Seghir, Bouabré, Illenikhena, Jakobs ou Matsima, ceci pour une somme particulièrement rondelette, nous ne perdions que des joueurs à l’impact mineur voire nul sur le temps de jeu et la performance. Nous conservions nos cadres, disposons toujours d’une Academy généreuse à charrier ses talents et de scouts toujours aussi réputés pour leurs facultés de détection. En bref le brésilien avait un boulevard.
Un boulevard que notre DS n’a pas cru bon de prendre, lui préférant d’incompréhensibles chemins de traverses pour se vautrer en beauté. Du point de vue des achats de joueurs, du renforcement impérieux de notre effectif, le bilan est catastrophique. Des 13 petits millions déboursés ne demeurent qu’une rotule fragile (Hradecky) et une opération qui ressemble à une fraude immonde en la personne de S.Idumbo, recruté 10M€ pour un rendement inférieur à celui d’un chasuble. Opération fin de contrat ensuite avec l’immense statue de plâtre E.Dier, projet qui sur le papier apparaissait crédible, vite demeuré lettre morte pour quelques rares apparitions cette saison, toutes mauvaises bien entendu.
Le Pogback évidemment ! Cette interminable simagrée médiatique, cette opération de communication forcée, plus amplement conduite à mesure que son retour était encore repoussé. Le joueur n’est absolument pas à blâmer. Ecarté des terrains, bouleversé par de rudes évènements qui s’en iraient meurtrir les coeurs les plus froids, il n’ambitionnait que de revenir, nous avons tous pu constater du résultat. Qu’il ait pu faire tous les efforts ou non de la terre pour le résultat que tous ont (enfin) pu voir à Metz n’est pas la question. Ce qui demeure impardonnable est d’avoir considéré Pogba comme une solution de rotation prioritaire au milieu de terrain en juillet dernier, devant revenir pleine bourre en octobre 2025, après avoir vendu Magassa, que Bamba et Coulibaly n’étaient pas encore prêts et que seuls Zakaria Camara étaient disponibles à ces postes. En août dernier l’effectif comptait quatre 9 (Biereth, Balogun, Ilenikhena, Embolo) et deux milieux axiaux (Zakaria, Camara) disponibles ! Une stupidité que l’on paiera très très chère. L’option Pogba ne devait être réservée que comme unique bonus postérieur à une politique de recrutement établie (milieux et arrières latéraux devaient être prioritairement recrutés). En manquant à des objectifs de recrutement pourtant identifiés et seul misant sur le malheureux Pogba, substituant le marketing de footix à une politique sportive d’un club en LDC, le brésilien s’est lourdement vautré.
Fati pour compléter la liste des « gratuits » et surement se targuer de recruter des grands noms sans débourser la moindre indemnité. Encore un joueur à risque maximal de blessure (après Dier et Pobga), lui aussi longtemps écarté des pelouses, qui, en dépit de statistiques flatteuses, ne retrouvera un niveau de compétitivité, et depuis le banc, qu’à compter de fin février 2026. Preuve que le réseau de notre DS n’est pas lourd, totalement insuffisant, pour se résoudre à cocher la case de grands noms aux perspectives de retour ultra-incertaines. Un passe, mais trois …. Du suicide !
Peut-il s’exonérer de responsabilité en arguant qu’il n’avait pas la main ? Voire qu’il ne l’a jamais eu ? Dans ce cas il ne sert strictement à rien. Peut-on l’excuser en constatant qu’il était bridé, confiné aux coups « gratuits » et à une enveloppe ultra-mince ? Certainement pas … La stratégie de recrutement de Lens, Lille, Lyon bien davantage contraints que nous autres à l’austérité démontre que des DS agiles, à l’écoute de leurs scouts et activant leurs réseaux ont réussi là où lui a intégralement échoué.
Hütter prolongé en janvier, une entame de saison qui confirme que l’Autrichien n’a franchi aucun cap, un projet sportif en pleine regression et le voici sacrifié en octobre. T.Scuro jette son dévolu sur E.Terzic pour lui succéder, c’est finalement S.Pocognoli qui rejoindra la Principauté. Le choix du belge n’était pas le sien, une nouvelle déconvenue pour le brésilien, visiblement celle de trop. En janvier 2026, alors que le club voit rouge partout, les « descentes » de Rybo nous informent d’un changement tacite de règles managériales au sein du club. Plusieurs salariés du centre de performance sont informés qu’il leur faut désormais rendre compte à Carlos Avina. Le mexicain, 35 ans, ex club America (Mexique), pourtant collaborateur de Scuro depuis son arrivée, semble avoir permis l’arrivée du successeur d’A.Hütter, là où son directeur sportif se viandait encore dans une impuissance manifeste.
Dans un club où le conditionnel reste de mise, tant l’information circulant est opaque voire contradictoire, T.Scuro semble vivre ses dernières heures en Principauté. Son bilan 2025/2026 est littéralement cataclysmique du point de vue sportif. Certes positif du point de vue économique, mais telle est la cruauté de notre football, les millions d’excédents commerciaux n’avaient une valeur que si le club recouvrait à nouveau le podium. Cet échec sportif n’est pas le seul fait de sa responsabilité, mais il en est l’artificier principal. Un bouchon qui doit désormais sauter. C.Avina, trop proche de Scuro et aux épaules bien minces, apparaît comme peu crédible au poste. Sauf à ce qu’on lui connaisse en interne les ressources suffisantes, il semble préférable et impératif de faire souffler sur le Rocher un vent de fraîcheur. L’air y est actuellement vicié !
Et notre coach, et les joueurs ? A suivre pour notre ultime épisode à paraître !
Photo by Johnny Fidelin/Icon Sport
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