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·1 juillet 2026
EXCLU : « À 24 ans, j’en ai déjà 35 dans la tête », dans l’intimité d’Amadou Onana, entretien croisé avec son préparateur mental

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·1 juillet 2026

À 24 ans, Amadou Onana s'est imposé comme l'un des cadres de la Belgique et de la Premier League. Avant le huitième de finale de Coupe du monde face au Sénégal, le milieu d'Aston Villa se confie à Onze Mondial, aux côtés de son préparateur mental Anthony Mette, sur les coulisses d'une collaboration entamée il y a six ans.
Ce mecredi soir, la Belgique affronte le Sénégal pour un 16e de finale électrique à la Coupe du Monde. Avant cette affiche de gala, Amadou Onana, le milieu de terrain des Diables Rouges, nous a accordé un entretien croisé avec Anthony Mette ("La Psychologie des champions", aux éditions De Boeck Supérieur), avec qui il collabore pour sa préparation mentale. L'occasion d'entrer dans l'intimité de la préparation d'une des stars de ce Mondial.
Annthony, avant de débuter l'interview croisée, peux-tu nous raconter ton parcours ?
Anthony Mette : Je suis docteur en psychologie de formation. J'ai réalisé ma thèse en France et en partie en Allemagne. J'occupe aujourd'hui plusieurs fonctions : préparateur mental, psychologue, formateur, enseignant, conférencier et écrivain. Mon travail s'articule principalement autour de la thématique de la performance en général et des liens qu'elle entretient avec la psychologie et le mental.
Amadou, comment en es-tu venu à choisir de travailler avec un préparateur mental ? Qu'est-ce qui t'a poussé à faire cette démarche ?
Amadou Onana : Il faut savoir que je travaille avec ma sœur, qui est mon agent, et nous cherchons constamment des axes de progression. Au début, c'était simplement quelque chose dont j'avais besoin, un domaine dans lequel je sentais que je pouvais encore évoluer. Aujourd'hui, nous travaillons sur énormément d'aspects, mais à l'origine, ma sœur a fait des recherches et elle est tombée sur Anthony.
Cela fait combien de temps que vous collaborez ensemble ?
Amadou Onana : Cela doit faire cinq ou six ans maintenant.
Tu as donc commencé très tôt.
Amadou Onana : Oui, tout à fait. Les premiers pas se sont faits à Hambourg, et même un peu avant en Allemagne.
Anthony, comment était Amadou lorsqu'il est venu te voir pour la première fois, il y a cinq ou six ans ?
Anthony Mette : Il possédait déjà toutes les qualités naturelles d'un champion. Il y avait simplement de petits manques, par-ci par-là, que nous avons essayé de rééquilibrer. Pour moi, il était évident qu'il avait le profil d'un champion naturel.
Amadou, est-ce que cela t'a paru surprenant de faire appel à un coach mental si jeune, vers 18 ou 19 ans, ou cela s'est-il fait naturellement ?
Amadou Onana : Non, cela s'est fait très naturellement. Je voyais beaucoup d'exemples dans le football moderne. Les joueurs que je regardais et dont je m'inspirais accordaient une importance capitale à la psychologie et à la préparation mentale pour optimiser leurs performances. Pour moi, c'était une démarche logique.
Amadou, au sein des vestiaires, est-ce que la préparation mentale était un sujet tabou auparavant, et s'est-il normalisé au fil des années ?
Amadou Onana : En ce qui me concerne, oui, c'était un peu tabou dans les vestiaires à mes débuts. Aujourd'hui, la santé mentale est beaucoup mais alors beaucoup plus présente dans le monde du sport et du football en particulier. Le sujet s'est normalisé. C'est une dimension essentielle de la performance qu'il ne faut en aucun cas négliger.
Amadou Onana avec Aston Villa - Icon Sport
Et toi Anthony, avec tes autres clients, as-tu le sentiment que certains viennent en se cachant, sans forcément le partager avec le reste du vestiaire ?
Anthony Mette : On voit de tout. J'ai 42 ans et cela fait 15 ans que d'exerce ce métier, j'ai donc pu observer une réelle évolution. Quand j'ai démarré, il n'y avait quasiment rien dans le football. Aujourd'hui, des initiatives sont prises au niveau de la Fédération. Dans les clubs anglais ou allemands, il y a pas mal de structures en place. En France, certains clubs exceptionnels intègrent directement des psychologues et des préparateurs mentaux au sein de leurs staffs. Après, les joueurs n'aiment pas forcément en parler, car ils gardent généralement leurs secrets et leurs intervenants pour eux. Il y a tout de même un changement visible, même s'il n'est pas encore total.
La présence de psychologues dans les clubs permet aussi de rappeler que les footballeurs ont le droit de parler et que, malgré leur statut, tout ne se passe pas toujours pour le mieux dans leur quotidien ?
Amadou Onana : Exactement. Cela rappelle que nous restons avant tout des êtres humains, avec des besoins, des difficultés et des failles, comme n'importe qui d'autre.
Comment se déroulent les premiers rendez-vous ? Qu'est-ce que vous en attendez chacun de votre côté ?
Amadou Onana : Pour ma part, l'objectif était d'abord de créer une connexion. Je fonctionne énormément au feeling : si le courant n'était pas passé dès le premier rendez-vous, nous ne serions pas allés plus loin. Il s'agissait de lui exposer mes difficultés ou les aspects sur lesquels je pensais pouvoir m'améliorer, afin qu'il me prenne par la main et me guide.
Et de ton côté, Anthony ?
Anthony Mette : Il existe deux types de clients : les sportifs et les champions. Avec les champions, vous avez deux minutes pour plaire. Il faut les convaincre, sans chercher à les convaincre, que vous êtes au niveau et que la connexion va se faire rapidement. Si cela ne prend pas tout de suite, c'est terminé. Avec les autres clients, on met en place un protocole classique et des outils traditionnels. Mais avec un champion, on n'a pas le droit à l'erreur. Il faut qu'ils ressentent de manière presque instinctive que vous saurez traiter avec eux, et inversement.
Amadou, quels étaient les axes ou les problématiques que tu cherchais à développer à cette époque pour devenir un champion ?
Anthony Mette : (Il coupe) J'avais bien vu qu'il avait tout d'un champion, c'est pour ça que je suis son préparateur !
Amadou Onana : Je ressentais beaucoup de frustration lorsque je ne jouais pas ou quand les choses ne tournaient pas en ma faveur. Par ailleurs, j'avais besoin de concurrence pour avancer. Avant, il fallait qu'on me dise que j'étais mauvais dans un domaine ou que je n'allais pas y arriver pour que je m'active. J'avais besoin d'un coup de pied aux fesses pour me mettre en "mode champion". C'est un aspect sur lequel nous avons énormément travaillé et qui est beaucoup mieux géré aujourd'hui.
Comment s'articule votre collaboration au quotidien après toutes ces années ? Vous vous voyez toutes les semaines, tous les mois ?
Amadou Onana : Cela se fait principalement au besoin. Anthony vient parfois en présentiel chez moi pour faire le point sur tout, mais c'est surtout à la demande. Il y a des périodes plus intenses où le besoin s'en fait davantage ressentir, comme les fins de saison actuellement. Toute une saison vient de se jouer et la Coupe du monde va suivre. Ce sont beaucoup de paramètres à gérer, et c'est souvent à ce moment-là que j'ai le plus besoin de lui. Cela varie selon les périodes.
Anthony, constates-tu qu'Amadou a un besoin accru en fin de saison ? Il est probablement essoré physiquement, mais aussi mentalement en raison des enjeux.
Anthony Mette : Oui, tout à fait. J'anticipe ces moments en m'appuyant sur ce que je sais de lui et sur ma connaissance du haut niveau. Je connais les périodes clés où il peut potentiellement se retrouver en difficulté : surcharge de matchs, météo difficile, changements dans la vie personnelle ou familiale, et bien sûr, les fins de saison. Je maîtrise les facteurs qui génèrent de la fatigue ou de la lassitude, voire qui peuvent mener à la blessure. Nous planifions et anticipons ces phases ensemble. Ensuite, j'interviens à sa demande lorsqu'il exprime un besoin précis. C'est vraiment lui qui dicte le rythme en fonction de ses nécessités réelles.
Amadou Onana avec Aston Villa - Icon Sport
Amadou, avais-tu l'impression que la force mentale était innée ? Te sentais-tu fort mentalement avant cela ? On sait que le parcours en centre de formation est particulièrement difficile et qu'accéder au plus haut niveau est complexe.
Amadou Onana : Il faut certes une certaine force et un seuil minimum de solidité mentale pour y arriver. Cependant, je pense qu'il s'agit surtout de posséder les bons outils au bon moment. C'est son métier, et il a cette capacité à me guider à des instants clés. Avoir quelqu'un comme lui à ses côtés est indispensable si l'on aspire à atteindre le sommet.
Anthony, dirais-tu que le mental est inné chez les sportifs de haut niveau ?
Anthony Mette : Oui, absolument. Pour être plus direct, je considère que les champions ont déjà le mental. Ce dont ils ont besoin, c'est d'un psychologue ou d'un référent plus expérimenté, capable d'apporter du recul, de répondre à des problématiques précises et de trancher certaines questions. Fondamentalement, les champions appliquent déjà de manière intuitive toutes les astuces que nous travaillons : le switch émotionnel, la gestion des routines, etc. Nous sommes simplement là pour peaufiner et régler des détails.
Amadou, y a-t-il des coéquipiers qui t'ont particulièrement impressionné par leur force mentale au cours de ta carrière ? Des joueurs capables de répondre présent dans l'adversité ?
Amadou Onana : Plusieurs coéquipiers m'ont impressionné, mais un nom me vient immédiatement à l'esprit : José Fonte (son partenaire à Lille, Ndlr). À 39 ans, il était toujours le premier à la salle de sport. Peu importe l'issue du match précédent, il basculait instantanément sur le suivant, pleinement focalisé sur sa tâche. En matière de rigueur et de concentration, c'est un véritable exemple.
Et toi Anthony, y a-t-il des sportifs qui t'ont marqué par leur approche ou leur force mentale parmi ceux avec qui tu as collaboré ou que tu as croisés ?
Anthony Mette : Oui, il y en a beaucoup. On apprend toujours au contact des champions. Récemment, j'ai croisé Nikola Karabatic. Il m'a impressionné sur les plans physique et mental. Il possède cette approche de guerrier serbe que l'on retrouve également chez un Novak Djokovic. La construction de sa carrière, sa gestion des émotions, son rapport à la paternité, à la famille et le sens qu'il donne à sa vie aujourd'hui sont tout simplement incroyables.
La Coupe du monde débute bientôt. Amadou, sur quels aspects aimerais-tu travailler ? Y a-t-il des points précis sur lesquels tu souhaites progresser durant ces trois ou semaines avant le tournoi ?
Amadou Onana : Comme Anthony l'a dit, je ne révèle pas mes petits secrets à tout le monde, ce serait me tirer une balle dans le pied. Mais oui, nous sommes occupés sur plusieurs axes de progression. Anthony en est pleinement courante, et nous continuons à tracer notre chemin ensemble.
Aurais-tu des exemples concrets de changements survenus dans ta vie professionnelle ou sportive depuis le début de cette collaboration ?
Amadou Onana : L'exemple concret le plus évident est la naissance de mon fils, il y a cinq mois. Trouver sa place en tant qu'homme au quotidien tout en jonglant entre mon rôle de père et ma carrière de sportif de haut niveau a nécessité des ajustements. C'était un changement majeur, mais Anthony m'a grandement aidé à naviguer dans cette nouvelle situation.
Anthony, comment fais-tu pour concilier l'approche mentale du sportif de haut niveau et celle de l'être humain ou du père de famille ? Comment navigues-tu entre ces différentes facettes ?
Anthony Mette : Il n'y a pas deux facettes, mais plutôt trois ou quatre. Il y a Amadou la personne, Amadou le père, Amadou le joueur, mais aussi l'homme qui parle cinq langues et qui est au confluent de plusieurs cultures. Le défi consiste à trouver le lien et le fil rouge au sein de cette complexité. L'objectif devient alors un projet de vie global, bien plus qu'un simple objectif de Coupe du monde ou de carrière sportive. Les échéances sportives ne sont finalement que des moyens au service de ce développement.
Penses-tu que les sportifs avec qui tu d'entretiens sont heureux ? On sait qu'un sportif de haut niveau gagne bien sa vie et bénéficie d'une forte exposition, mais on entend aussi beaucoup parler de dépression.
Anthony Mette : Heureusement qu'ils le sont ! En France, on a tendance à trop résumer le bonheur à l'argent en pensant que la richesse matérielle garantit le bien-être, ce qui est faux. D'autres facteurs entrent en compte. À un certain niveau, l'argent peut même devenir une source de complexité, car il bouleverse les repères traditionnels et apporte d'importantes contraintes. Le sport de haut niveau est intense, extrême et hors normes : il vous amène très haut, mais peut aussi vous faire redescendre très bas. Les phases de baisse de régime ou de dépression me semblent presque indissociables du haut niveau, au même titre qu'un artiste qui rentre chez lui après une tournée de six mois et se retrouve soudainement seul dans sa cuisine. Un sportif qui gagne une Coupe du monde connaît un immense moment de ferveur, puis tout s'arrête lorsqu'il rentre chez lui. Cette phase de contrecoup est inévitable. Il faut simplement savoir l'anticiper, ne pas en faire un drame, et surtout s'entourer des bonnes personnes pour rebondir rapidement. C'est là tout l'intérêt d'un entourage solide.
De ton côté, Amadou, tu as connu des moments plus difficiles dans ta carrière. Comment as-tu géré ces périodes de moins bien, que ce soit à cause de méformes ou de blessures, et quelles clés as-tu découvertes ?
Amadou Onana : J'ai connu pas mal de bas au cours de mon parcours, et je suis ravi de les avoir traversés si tôt dans ma carrière. Cela forge le caractère et construit un état d'esprit de champion. L'année dernière, j'ai enchaîné plusieurs petites blessures à répétition. Dans ces moments-là, il est difficile de rester positif, mais grâce au travail avec Anthony, nous avons réussi à voir le verre à moitié plein.
Quelle serait votre plus grande réussite après ces cinq ou six années de collaboration ? Un changement concret que tu constates au quotidien ?
Amadou Onana avec la Belgique - Icon Sport
Amadou Onana : Sans hésiter, la gestion des émotions. Je suis quelqu'un de nature très vive, avec des émotions intenses. Cela a pu me porter préjudice par le passé, sur le terrain comme en dehors. Anthony m'a aidé à acquérir une meilleure compréhension de moi-même, de ma personnalité et de mon fonctionnement, ce qui me permet aujourd'hui d'utiliser cette énergie à bon escient.
Tu es encore très jeune, tu as seulement 24 ans. Certes, tu es déjà père de famille et tu évolues en Premier League, mais as-tu l'impression d'être quelqu'un de mûr aujourd'hui ?
Amadou Onana : J'ai assurément franchi un cap et j'ai beaucoup mûri depuis le début de notre collaboration, ce qu'Anthony pourra confirmer. Cependant, je continue d'apprendre au quotidien et je pense que l'on n'arrête jamais d'apprendre. Je suis simplement heureux d'être accompagné par quelqu'un comme lui pour m'aider à m'y retrouver dans ce cheminement.
Quel âge penses-tu avoir sur le plan émotionnel, d'un point de vue global ?
Amadou Onana : Sincèrement, peut-être 35 ans. Si l'on met bout à bout toutes les expériences que j'ai vécues et les étapes par lesquelles je suis passé, c'est un bagage qu'un jeune homme ordinaire de 24 ans n'a pas l'occasion d'accumuler.
C'est le propre des carrières de footballeur : tout va extrêmement vite, dans le bon comme dans le mauvais sens, et il faut réussir à garder le cap.
Amadou Onana : C'est précisément cela le plus difficile.
Pourriez-vous vous décrire mutuellement en trois mots, en expliquant brièvement vos choix ?
Anthony Mette : Pour Amadou, je choisirais : "totem", "complexe" et "chef de clan ». "Totem" parce qu'il possède un visage, des expressions et une présence d'une force symbolique rare, qui résonne avec son identité culturelle et ses racines sénégalaises. "Complexe" car il présente un métissage culturel et psychologique extrêmement subtil. Il conjugue une partie de la culture africaine, axée sur le plaisir, le partage, les émotions et la vie de famille, avec une culture belge flamande très structurée. Ce sont deux opposés apparents qui s'unissent harmonieusement chez lui. Enfin, "chef de clan" parce qu'il l'est déjà au quotidien et qu'il est appelé à le devenir à une échelle encore plus grande dans le football.
C'est une belle description. Amadou, la barre est haute !
Amadou Onana : C'est une question difficile ! Pour Anthony, je dirais "zen", "haut potentiel" et "cerveau" (brain). "Haut potentiel" et "cerveau" parce que son fonctionnement intellectuel est impressionnant. Il parvient à me comprendre instantanément, là où des personnes qui partagent mon quotidien n'y arrivent pas toujours. Quant à "zen", il dégage un calme et une sérénité constants. Il sait toujours trouver les mots justes parce qu'il me connaît par cœur. Parfois, cela en devient presque déstabilisant de voir à quel point il me cerne, mais c'est précisément le but de notre collaboration.
Amadou, est-ce que tu gardes son contact précieusement ou acceptes-tu de donner son numéro à des coéquipiers en quête d'un préparateur mental ?
Amadou Onana : Je le garde ! (Rires) Plus sérieusement, au vu de l'excellent travail qu'il fournit, je n'ai absolument aucun problème à le recommander.
Au cours des différents vestiaires que tu as côtoyés, as-tu rencontré des joueurs qui exprimaient un besoin d'accompagnement sur ce plan ?
Amadou Onana : Oui, j'ai rencontré plusieurs joueurs qui cherchaient ce profil d'intervenant. La principale difficulté réside dans le fait de briser la glace et de dépasser le tabou qui entoure la démarche. Beaucoup se demandent encore si, en tant que footballeur, ils ont le droit de consulter un psychologue ou un préparateur mental. C'est regrettable, car une telle démarche ne peut être que bénéfique. C'est en tout cas mon expérience personnelle. À tous ceux qui nous lisent ou nous écoutent : franchissez le pas, vous ne vous en porterez que mieux.
Le sujet semble moins tabou en Angleterre qu'en France ou en Belgique, non ?
Amadou Onana : Oui, la culture anglophone se montre nettement plus ouverte sur ces questions. C'est un thème dont on parle très librement là-bas.
Anthony, constates-tu cette évolution chez les athlètes, qui osent davantage se confier et solliciter des professionnels ?
Anthony Mette : Oui, l'évolution est réelle. Cependant, une barrière persiste au sein des clubs : les joueurs craignent souvent que l'intervenant ne répète le contenu des échanges au staff technique — ce qui arrive parfois, y compris avec le personnel médical. La frontière de la confidentialité au sein d'une structure professionnelle est complexe à garantir. Comme j'exerce en dehors des clubs et que je ne collabore que très rarement avec les staffs ou les entraîneurs, je n'ai pas ce problème. Les joueurs se confient donc plus librement. Par ailleurs, en France, les Jeux Olympiques ont contribué à faire bouger les lignes. On a beaucoup pointé du doigt le mental des athlètes français par le passé, et la réussite de ceux qui ont effectué un travail de fond a créé une dynamique positive qui commence à gagner le football.
À quoi ressemble concrètement une séance type entre vous deux, sans trahir vos secrets ? S'agit-il d'appels, de visioconférences, de discussions en marchant, sur un canapé ?
Amadou Onana : La console de jeux est exclue, car son niveau est trop faible ! Plus sérieusement, nous échangeons soit en visioconférence, soit directement chez moi. Nous discutons de tout et de rien. Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas du cliché du patient allongé sur un canapé, les yeux fermés, racontant ses problèmes. C'est avant tout une discussion fluide entre deux partenaires, dont l'un possède une solide expertise et des outils méthodologiques précis.
Anthony, ton rôle consiste-t-il à structurer la séance avec des exercices précis en arrière-pensée, tout en veillant à ce qu'Amadou vive l'échange de la manière la plus naturelle possible ?
Amadou Onana avec la Belgique - Icon Sport
Anthony Mette : Tout à fait. Une séance comporte généralement deux dimensions. Dans un premier temps, Amadou m'expose une problématique. Mon rôle est d'identifier l'origine profonde du problème, qui n'est pas toujours évidente de prime abord. Il s'agit de libérer la parole et les émotions pour favoriser un effet de catharsis classique. Dans un second temps, j'apporte des outils concrets et des solutions : nous travaillons alors de manière plus pratique à l'aide de supports graphiques, de jeux ou de cartes pour faire évoluer la situation.
Amadou, aurais-tu un exemple concret d'exercice ou de jeu qui t'a particulièrement marqué au cours de cette collaboration ?
Amadou Onana : Il y a environ un mois, Anthony est venu chez moi et nous avons travaillé avec un jeu de cartes axé sur les priorités personnelles : la famille, la religion, etc. Cet exercice m'a permis de prendre conscience que l'ordre d'importance que j'avais établi initialement était erroné par rapport à mes aspirations profondes.
Ce genre d'exercice permet donc de recentrer tes questionnements du moment ?
Amadou Onana : Absolument. C'est un excellent moyen d'apprendre à mieux se connaître. Mieux on se connaît, mieux on est armé pour affronter le quotidien.
On sent une grande complicité entre vous. Est-il difficile de maintenir la bonne distance professionnelle et d'éviter que la relation ne bascule dans une simple amitié ?
Anthony Mette : Je veille rigoureusement à maintenir une juste distance. Nous sommes proches, mais nous ne sommes pas des amis au sens classique. Amadou a son cercle d'amis, et j'ai mon rôle de psychologue. De plus, notre différence d'âge (42 ans contre 24 ans) crée naturellement un décalage culturel et générationnel. Le principal défi avec des champions de sa stature réside plutôt dans la capacité à s'imposer face à leur aura, leur notoriété et leur influence. Il faut savoir se positionner fermement, poser les bonnes questions et se montrer exigeant quand le travail l'exige.
Amadou, penses-tu être un client difficile lors des séances ?
Amadou Onana : Non, je ne pense pas. Nos échanges s'inscrivent toujours dans un profond respect mutuel, tant dans les propos que dans la démarche. C'est l'essentiel pour que le travail reste constructif et de qualité.
Pour conclure, quel message principal souhaiteriez-vous faire passer concernant la préparation mentale ?
Amadou Onana : À mes yeux, la préparation mentale est indispensable pour atteindre le très haut niveau de performance. Au-delà du sport, elle s'avère extrêmement précieuse au quotidien pour prendre du recul et aborder les événements de manière positive. C'est pourquoi je la recommande sans réserve à tout le monde.
Anthony, qu'en penses-tu ? Ton téléphone risque d'être pris d'assaut après cette interview.
Anthony Mette : Je sélectionne rigoureusement mes collaborations ! Plus globalement, j'exerce dans le sport mais également dans le monde de l'entreprise et de la politique. Les ministres, députés ou grands dirigeants d'entreprises avec qui je travaille sont systématiquement entourés de plusieurs coachs et conseillers. Quand on mesure l'impact économique, médiatique et social d'un footballeur international aujourd'hui, il me paraît indispensable qu'il bénéficie d'un tel accompagnement. La charge mentale et les sollicitations quotidiennes sont immenses : on demande à des jeunes de 20 ans d'avoir la maturité d'hommes de 40 ans. Être encadré et conseillé est une nécessité absolue.
Tu mentionnais ta sélectivité. Qu'est-ce qui t'a convaincu de travailler avec Amadou ? Est-ce lui qui a dû te séduire, ou la démarche a-t-elle été réciproque ?
Anthony Mette : Tout s'est joué en deux minutes, comme pour lui. J'analyse très vite le fonctionnement, la clarté du raisonnement, l'intelligence et la complexité de la personne en face de moi. La connexion a été immédiate. C'est une dynamique réciproque. Ce qui me motive avant tout, c'est l'ambition et la détermination des personnes qui poursuivent un rêve de haut niveau. C'est ce cheminement que j'aime accompagner.
*Anthony Mette est l'auteur du livre "La Psychologie des champions", aux éditions De Boeck Supérieur.
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