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·9 juillet 2026
EXCLU - Achraf Hakimi : « Pourquoi ne pas faire encore mieux qu’au Qatar ? »

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·9 juillet 2026

Alors joueur de la réserve du Real Madrid et grand espoir du football mondial, Achraf Hakimi prend à contre pied l’opinion publique et opte pour l’équipe nationale du Maroc. À seulement 17 ans, le latéral supersonique recale donc l’Espagne pour le pays de ses parents. Une décision mûrement réfléchie et assumée par le défenseur du Paris Saint- Germain. Dans l’immense salon du Complexe Mohamed VI, le capitaine des Lions de l’Atlas nous reçoit pour évoquer ses grandes ambitions et celles de « El Mountakhab ».
Achraf, tu as vécu ta première véritable blessure depuis le début de ta carrière. Tu es désormais de retour. Comment te sens-tu ?
C’est vrai, j’ai subi une blessure importante à un moment clé de ma vie et de ma carrière. Aujourd’hui, je me sens bien et j’ai récupéré à 100 %. J’ai retrouvé ma confiance, la même qu’avant ma blessure. Je me sens prêt pour toutes les échéances à venir.
Tu es né en Espagne, tu y as grandi, mais tu as choisi de défendre les couleurs du Maroc. Comment s’est opéré ce choix ?
Pour moi, c’est un choix du cœur, un choix d’amour. Sans oublier l’importance de mes parents : je connaissais leur regard sur le sujet. Et surtout, c’est un feeling. J’ai toujours eu cet amour pour mon pays. J’ai grandi avec cette culture ; à la maison, on m’a inculqué la culture arabe, la culture musulmane et la culture marocaine. Pour moi, c’était une évidence. Mon éducation a guidé mon choix. Je savais qui je voulais représenter, le Maroc et personne d’autre. Depuis mes premiers pas avec le Maroc, tout se passe très bien. La vérité, c’est que c’est une immense fierté de défendre les couleurs de ce pays.
Depuis ton choix, de nombreux binationaux marocains t’ont suivi. As-tu conscience d’avoir ouvert la voie à beaucoup de joueurs en leur donnant envie de représenter le Maroc ?
C’est vrai que, d’une certaine manière, mon choix a pu influencer d’autres joueurs. Je me souviens qu’après moi, Hakim Ziyech a opté pour le Maroc plutôt que les Pays-Bas. Quand des joueurs comme nous choisissent le pays de leurs parents plutôt que leur pays de naissance, et que tout se passe bien pour nous tout en continuant à évoluer en Europe, cela facilite les choses pour les nouvelles générations. Elles se rendent compte qu’il est possible de faire ce choix tout en restant performant au plus haut niveau. Avec d’autres joueurs, on a ouvert la voie aux jeunes talents. Je suis très heureux de voir cette nouvelle génération choisir le Maroc. C’est très positif pour l’évolution de l’équipe nationale et du pays. Cela montre que nous faisons les choses dans le bon sens et que nous avançons dans la bonne direction.
Tu as aussi montré qu’il n’était pas impossible d’être l’un des meilleurs joueurs du monde à ton poste tout en évoluant pour une sélection africaine…
Ce n’est pas grâce à moi. Je me souviens de grands joueurs comme Samuel Eto'o, Didier Drogba ou encore Emmanuel Adebayor. Ils ont tous évolué dans de grands clubs tout en représentant une sélection africaine. Pour nous, ces joueurs sont des exemples. Voir des Africains accomplir de grandes choses dans de grands clubs, ça donne envie. Notre génération a simplement pris le relais pour poursuivre cet héritage. C’est important pour nous de performer en club afin de continuer à montrer qu’en Afrique, il y a de très grands joueurs, et que beaucoup d’entre eux font partie des meilleurs au monde. Je suis fier d’être Marocain et aussi fier d’être Africain.
Aujourd’hui, le Maroc figure dans le top 10 mondial. Quelles sont vos limites ?
Notre seule limite dépend de nous. C’est nous qui fixons nos propres limites. Grâce à nos performances sur le terrain et à ce que nous proposons lors des grands tournois, le Maroc grandit et rivalise avec les grandes nations. Aujourd’hui, je ne sais pas où se situe notre limite, et c’est justement ce qui est intéressant. La nouvelle génération arrive en sélection avec la faim de réaliser de grandes choses, et grâce à elle, on repousse encore nos limites. C’est une sélection remplie d’ambition. On veut accomplir de grandes choses chaque année pour rester au plus haut niveau. Notre objectif est clair : marquer l’histoire du football.
La première place du classement FIFA et remporter une Coupe du Monde : est-ce un objectif possible à moyen terme ?
Je ne sais pas. Déjà, une Coupe du Monde arrive cet été, et on va la jouer à fond. Le groupe est en confiance, on se prépare pour faire un grand tournoi, comme on a pu le faire en 2022 au Qatar. Pourquoi ne pas faire encore mieux qu’au Qatar et aller le plus loin possible ? C’est notre objectif. On verra comment les choses évolueront, mais je peux te dire qu’on est prêts à réaliser de grandes choses lors de cette Coupe du Monde.
Tu es là depuis de nombreuses années. Comment vois-tu l’évolution du football marocain ?
(Sourire) C’est vrai que je suis là depuis un moment. Aujourd’hui, on fait l’interview dans notre centre d’entraînement, et quand je suis arrivé, il n’était pas du tout le même. Beaucoup de choses ont changé, les infrastructures se sont grandement améliorées. C’est une fierté de voir cette évolution constante. C’est grâce à Sa Majesté (Mohamed VI) et à notre président de fédération (Fouzi Lekjaa), qui font un travail remarquable pour le développement du football marocain. Quand je vois comment les gens parlent de notre équipe nationale, ça me rend fier. L’équipe continue de grandir et j’espère qu’on va poursuivre sur cette dynamique pour que le Maroc reste parmi les grandes nations du football mondial.
Qu’est-ce que tes coéquipiers en club te disent au sujet de l’équipe nationale du Maroc ?
Ils voient ce qu’on fait et ils respectent énormément les joueurs marocains. Ils savent qu’on a une équipe avec de grandes qualités et qu’on peut réaliser de grandes choses. Ils savent aussi que ce n’est plus le même Maroc qu’avant. Aujourd’hui, ils ont conscience qu’on est l’une des meilleures sélections au monde et qu’il n’est jamais facile de jouer contre nous. Je suis content de l’image qu’on renvoie et de voir le respect que notre pays inspire.
À titre personnel, tu viens de remporter le Ballon d’Or africain et la Ligue des Champions. Tu es considéré comme un porte-drapeau du Maroc sur la scène internationale…
C’est un honneur et une fierté, mais aussi une responsabilité. Être une personne que tout le monde regarde implique de grandes responsabilités. Cela dit, cela ne me dérange pas. Je reste très naturel et l’amour que je porte pour mon pays se ressent dans mon comportement. Je fais les choses comme je les ressens. Je suis fier d’être Marocain, donc je le montre naturellement. J’espère que les gens apprécient ce que je fais sur le terrain, mais aussi en dehors. Je sais que je suis un exemple pour beaucoup d’enfants, je veux donc leur montrer une bonne image ainsi qu’une bonne image de mon pays.
Parlons du jeu désormais. Tout le monde dit qu’Achraf Hakimi a révolutionné le poste de latéral. En as-tu conscience ?
Je ne pense pas au fait de révolutionner ou de changer un poste. Je pense surtout à jouer mon football et à donner du plaisir à ceux qui aiment le jeu. Après, c’est vrai que si l’on compare le poste de latéral d’il y a dix ans à celui d’aujourd’hui, ce n’est plus le même rôle. Dans le football moderne, on demande au latéral d’avoir des responsabilités différentes : parfois rentrer à l’intérieur, parfois occuper tout le couloir. Moi, je suis prêt à faire tout ça et je me sens très bien dans ce rôle. Mes caractéristiques me permettent de performer à ce poste. Je suis heureux quand les gens disent que j’ai pu contribuer à faire évoluer ce poste. Mais je n’oublie pas non plus des joueurs comme Dani Alves, qui a réalisé des saisons et des matchs incroyables à ce poste. Pour moi, c’est un exemple : il montrait comment un latéral devait jouer, et j’ai beaucoup appris de lui. J’espère que la nouvelle génération me regarde de la même manière et que je peux être un exemple pour eux.
Tu as énormément progressé sur le plan défensif. Comment fais-tu pour exceller défensivement tout en restant aussi fort en contre-attaque ?
Je me suis corrigé avec le temps et c’est aussi un travail collectif. Par moments, je joue plus haut sur le terrain, et grâce à la compensation de mes partenaires, je suis plus libre. Par exemple, quand je monte, un coéquipier couvre mon couloir, ce qui permet de maintenir l’équilibre de l’équipe. Je suis latéral, donc avant tout défenseur. Pour moi, le plus important reste de bien défendre, puis d’apporter offensivement. C’est ce que me demande mon équipe. Grâce à mes coéquipiers, je peux m’exprimer pleinement et librement dans mon jeu.
Tu as évolué en Espagne, en Allemagne, en Italie et maintenant en France. Est-ce un avantage pour ton jeu et ton développement ?
J’ai joué dans plusieurs des plus grands championnats européens, et c’est avant tout un plaisir. J’ai affronté différentes équipes, connu différents entraîneurs et appris de nombreuses approches du football, ce qui m’a permis de progresser. En Italie, avec Antonio Conte, j’ai beaucoup progressé sur le plan défensif. En sélection, avec Walid Regragui, j’ai appris à redoubler d’efforts pour protéger l’équipe. Et aujourd’hui, avec Luis Enrique, je découvre une nouvelle manière de voir le football. Chaque entraîneur est différent, on apprend à chaque étape. Grâce à eux, je continue de progresser et d’évoluer dans mon jeu.
Évoluer dans une défense à cinq ou à quatre, est-ce la même chose pour toi ?
À cinq, je suis un peu plus libre pour attaquer. Mais avec notre système à quatre actuellement au PSG, j’ai aussi beaucoup de liberté. Je peux me projeter, me retrouver en position d’ailier, de milieu de terrain, voire parfois très haut sur le terrain en numéro 9, selon les consignes du coach. Pour moi, cela ne change pas fondamentalement mon jeu : je reste un latéral porté vers l’offensive. Je respecte les consignes et j’essaie de m’adapter à ce que demande l’équipe. Nous avons un style offensif et libre, donc j’en profite (sourire).
Changer de poste et devenir ailier, ça te plairait ?
(Il sourit) Moi, j’aime surtout jouer au football. Si je peux jouer plus haut, c’est bien pour attaquer. Mais comme je joue latéral actuellement, je prends énormément de plaisir. Je suis libre, je peux rentrer dans l’axe ou rester dans le couloir, les positions changent souvent, donc c’est très plaisant. Pour les adversaires, c’est difficile de défendre contre une équipe comme la nôtre parce qu’on varie beaucoup les positions pendant le match. On n’est pas figés. Et pour moi, c’est une force d’être capable d’évoluer à différents postes au cours d’un match.
Tu as l’image d’un garçon timide et réservé. Quel est ton rôle dans le vestiaire, que ce soit en club ou en sélection ?
C’est vrai qu’en dehors du football, avec des personnes qui ne me connaissent pas, je suis plutôt timide et je reste dans mon coin. Mais avec mes coéquipiers, que ce soit en club ou en sélection, j’essaie d’avoir un autre rôle. Je fais partie des joueurs les plus expérimentés, donc j’essaie de donner l’exemple sur le terrain. Je sais que les autres me regardent, alors je donne tout pour tirer le groupe vers le haut. J’essaie aussi d’aider mes coéquipiers, de donner des conseils, de trouver des solutions avec eux et de rester naturel dans mes échanges. Quand tu as de l’expérience, le plus important est de montrer l’exemple.
Ton image dépasse le simple cadre du football pour beaucoup. Mesures-tu le fait d’être un modèle pour les enfants ?
Quand tu arrives à ce niveau, que tu es une personne connue et reconnue, les gens te regardent avec attention. Ils analysent ce que tu fais sur le terrain, mais aussi en dehors. Pour moi, c’est une responsabilité énorme. Je l’assume de la meilleure des manières, mais sans forcer les choses. J’essaie de rester naturel. Je veux que les gens connaissent ma vraie personnalité, donc j’essaie d’être moi-même en public, comme je le suis avec ma famille et mes amis en privé. C’est un plaisir d’être un exemple pour de nombreux enfants. Cela veut dire que je fais de bonnes choses et que je suis sur le bon chemin. J’espère continuer ainsi jusqu’à la fin de ma carrière.
Sur le terrain, tu es un joueur engagé et déterminé, mais tu prends très peu de cartons. Fais-tu un travail spécifique ou est-ce naturel ?
(Rires) Prendre plus de cartons ne veut pas forcément dire que tu es plus agressif ou que tu défends mieux. Comme j’évolue parfois plus haut sur le terrain, il y a aussi un travail collectif, avec des coéquipiers qui compensent et prennent ma place défensivement. J’ai beaucoup progressé sur l’aspect défensif de mon jeu. C’est vrai que je prends peu de cartons, mais cela ne veut pas dire que je ne défends pas. Le plus important, c’est de gagner ses duels et de récupérer le ballon sans faire faute. Il ne sert à rien de faire des fautes inutiles ou de prendre des cartons. Un carton peut parfois être la conséquence d’une mauvaise intervention ou d’un excès d’agressivité. L’essentiel, c’est de participer aux efforts défensifs de l’équipe et d’être actif dans le pressing.
À 27 ans, tu as remporté 15 trophées dont 2 Ligues des Champions. Tu vises combien de trophées ?
Le plus important pour moi, c’est de gagner tous les trophées possibles. C’est mon objectif et ma mentalité : je veux tout remporter. Chaque compétition que je joue, j’y vais pour aller au bout. Je veux tout gagner. Après, dans le football, il peut se passer beaucoup de choses au fil des saisons, mais mon état d’esprit reste le même : l’équipe et les trophées passent avant tout (sourire).
Tu te vois jouer jusqu’à 40 ans ou arrêter assez tôt comme Toni Kroos ?
La vérité, j’essaie de prendre soin de moi, de bien m’entraîner, de bien récupérer et d’être professionnel sur et en dehors du terrain pour durer le plus longtemps possible, et surtout dans les meilleures conditions. Je dis souvent à ma famille et à mes amis : « Le jour où je ne suis plus à 100 %, où je ne suis plus au niveau de mes coéquipiers, je ne voudrai plus continuer ». Moi, si je suis dans une équipe, c’est pour l’aider et la tirer vers le haut. Je ne veux pas jouer pour jouer, ni rester sur le terrain sans être performant et faire n’importe quoi (sourire). À ce moment-là, je préférerai me retirer pour profiter de ma famille et de mes amis. Si je suis sur le terrain, c’est pour être un exemple et pour performer.
Peux-tu parler du travail accompli par le président de la fédération, Monsieur Fouzi Lekjaa ?
Je suis là depuis presque dix ans et j’ai pu voir l’évolution non seulement du football marocain, mais aussi du pays. Grâce à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc s’est développé de manière incroyable, et je tiens à le remercier pour son investissement, notamment dans le sport. Avec l’aide du président de la fédération, Fouzi Lekjaa, c’est un travail remarquable qui a été accompli, même si cela ne se voit pas toujours de l’extérieur. Les résultats viennent naturellement : ils sont la récompense de tous ces investissements. Ils ont mis en place tout ce qu’il fallait pour permettre au football marocain de se développer et de progresser. Aujourd’hui, nous sommes dans les meilleures conditions pour réussir. C’est un vrai plaisir d’avoir une structure et un président qui donnent tout pour nous permettre d’être performants.
Quel est ton plus beau souvenir avec le maillot du Maroc ?
La Coupe du Monde 2022 au Qatar. Quand tu arrives en demi-finale d’un Mondial et que tu deviens le premier pays africain à réaliser une telle performance, c’est exceptionnel. J’ai ressenti des sensations indescriptibles. Voir ma famille, les proches et tout le peuple marocain heureux, c’est quelque chose de très fort. Ce qu’on a vécu était unique. Tout le pays était dehors pour fêter, il y avait une vraie unité, c’était magnifique. C’était un moment spécial et j’espère en revivre d’autres. On va continuer à travailler pour ramener des trophées au pays.
As-tu un mot pour les supporters du Maroc ?
J’espère qu’ils sont contents du travail que nous réalisons et qu’ils voient l’évolution du football marocain. J’espère aussi qu’ils sont fiers de tout ce qu’on a construit ces dernières années. Les résultats vont venir, c’est sûr. Qu’ils continuent à nous soutenir, on va tout donner pour ce maillot. On veut les garder près de nous, c’est très important. Évidemment, il y aura aussi des moments difficiles, mais on se battra toujours pour les rendre fiers. En tout cas, nous, on est très fiers du peuple marocain. Merci pour tout l’amour que vous donnez à l’équipe nationale.
Dernière question : c’est quoi, pour toi, le joueur marocain type ?
Il est rapide, technique et se bat sur chaque ballon, parce qu’on a tous faim de réaliser de grandes choses.
Propos recueillis par Rafik Youcef à Rabat
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