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·25 juin 2026
EXCLU - Algérie : "Les Autrichiens brûlaient leurs drapeaux", 44 ans après, Kourichi revient sur le match de la honte

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·25 juin 2026

44 ans jour pour jour après le match de la honte entre la RFA et l'Autriche qui a précipité l'élimination de l'Algérie à la Coupe du Monde 1982, Noureddine Kourichi, joueur des Fennecs à ce Mondial, revient sur cet évènement. Présent dans les tribunes de Gijon, il revient avec émotion sur ce moment tout en se projetant sur le choc à venir dimanche contre... l'Autriche, clin d'oeil du destin.
Il y a 44. ans, l’Autriche avait joué un sale coup à l’Algérie lors d'un match entré dans l'histoire pas forcément pour les bonnes raisons...
Noureddine Kourichi : Cette équipe, je l'ai vue jouer. Ce jour-là, tous les joueurs en 1982 sont partis faire les courses parce qu'on repartait le lendemain sur Alger, mais Mustapha Dahleb, Daniel Hechter et moi, on a été au match Allemagne - Autriche. On était dans les tribunes et on a vu qu'au bout de 10 minutes de jeu, Hrubesch a marqué un but. À ce moment-là, tout le match a été complètement faussé, dans la mesure où les Allemands ne voulaient pas en marquer un deuxième, ils étaient qualifiés, et les Autrichiens, en perdant 1-0, étaient aussi qualifiés. Donc ils se sont fait des passes entre eux, presque. Il n'y avait qu'un seul joueur autrichien qui n'a pas voulu rentrer dans ce système-là, c'est Schachner, l'attaquant côté gauche. Lui, il était à 100 %. On l'a vu dans les appels, on l'a vu dans les prises de risques, on l'a vu dans les tirs. C'était un joueur qui ne voulait pas rentrer dans ce jeu-là.
Est-ce une revanche ce dimanche ?
Je dis non, ça ne peut pas être une revanche. Pourquoi ? Parce qu'on a été éliminés anormalement. On a été éliminés par une combinaison entre l'Allemagne et l'Autriche. Ça a été un match ils ont combiné pour nous éliminer. Ça ne peut pas être une revanche pour moi. Je veux simplement que cette équipe d'Algérie puisse battre cette équipe. Déjà, je serais l'homme le plus heureux, et deuxièmement, si on gagne, on aura la possibilité de passer le deuxième tour comme on l'a fait en 2014 avec Vahid et moi (Nordine Kourichi était adjoint de Vahid Halilhodžić à la Coupe du Monde 2014).
RFA - Autriche 1982 - Icon Sport
Quelle était votre réaction dans les tribunes ?
J’étais avec Mustapha et Daniel Hechter, on n'en croyait pas nos yeux tous les trois. Mais à un moment donné, on s'est aperçu qu'il y avait des supporters autrichiens qui brûlaient leur propre drapeau. Oui oui, des supporters autrichiens qui brûlaient leur drapeau. Et des supporters algériens qui brûlaient aussi des billets. Des billets de banque et les Allemands qui insultaient leurs propres joueurs. Tout le monde était à l’unisson. C'est pour ça qu'on l'a appelé le match de la honte.
Quel sentiment avez-vous ressenti à la fin de la rencontre ?
On est restés tous les trois dans les tribunes et on n'en croyait pas nos yeux, parce que ce qui nous a étonnés, c'est la réaction des supporters allemands et autrichiens. C'est ça qui n'a pas de prix. Ce sont leurs propres supporters qui les ont insultés, qui les ont traités de tous les noms. Ce n'étaient pas les supporters algériens qui, eux, étaient quand même stupéfaits de voir ce système.
Nourredine Kourichi à la Coupe du Monde 2014 - Icon Sport
Est-ce que vous avez pu en parler avec des joueurs autrichiens ou allemands concernés dans votre vie après ?
Non, pas du tout. Moi, j'ai tiré un trait sur les Autrichiens et les Allemands. Les Allemands sont venus 5 ou 6 ans après en Algérie pour s'expliquer, pour présenter leurs excuses. Il me semble que c'est Schumacher qui est à venu à Alger, et l'organisateur c'était le journal Le Buteur. On m'a invité à venir sur le plateau. J'ai refusé. Par contre, dimanche soir, s'ils battent l'Autriche, eh bien je serai l'homme le plus heureux. (Rires)
Justement, on parle beaucoup de cette opposition en faisant ce lien avec le passé. Est-ce que vous pensez que ça peut être parfois négatif de toujours parler du passé pour cette nouvelle génération qui essaie d'écrire sa propre histoire aussi ?
Le problème, c'est que c'est vous, c'est la presse qui en parlez. Ce ne sont pas les joueurs qui ont participé à 1982. Ce sont les commentaires, la télévision algérienne, la presse algérienne qui revient à chaque fois dessus. Pourquoi ? Parce qu'il y a des choses qui ne s'oublient pas, et il y a des cicatrices qui ont du mal à se refermer, parce que ça a été, comme on dit, vraiment le match de la honte. Et il y a eu quelque chose de la part de la FIFA : c'est qu'à partir de ce moment-là, tous les derniers matchs du premier tour se jouent en même temps, tu connais la suite. Dimanche à la même heure, on aura une pensée sur le match Argentine-Jordanie.
Vous trouvez que la presse en fait un peu trop avec cela ?
Oui ! C’est pour ça que j'ai refusé pas mal d'invitations pour en parler. Non, il faut tourner la page. Maintenant, on est 44 ans après, tout ça, c'est du passé, il faut tourner la page. Si la page veut bien être tournée, ça serait très bien que l'Algérie batte l'Autriche, comme ça on ne pourra plus en parler. Il y a beaucoup de gens qui me disent que ce sera une revanche. Non, ce ne sera pas une revanche pour moi. Ce n'est pas une revanche parce qu'on n'a pas été battus à armes égales.
L'équipe d'Algérie à la Coupe du Monde 1982 - Icon Sport
Qu’avez-vous pensé du début de tournoi de l’Algérie ?
J'ai regardé le match contre l'Argentine, le 3-0, et contre la Jordanie. Ça a été deux matchs totalement différents. Contre l'Argentine, on a laissé le meilleur joueur du monde faire ce qu'il voulait. Et ça, la responsabilité en revient surtout aux deux milieux de terrain qui étaient prévus pour s'occuper de Messi. Ça n'a pas été fait parce qu'il a fait ce qu'il a voulu faire. Il aurait même pu marquer un quatrième but. Sur ce match-là, on est passés totalement à côté. Je pense que Petkovic en a pris les conséquences.
Et face à la Jordanie ?
Contre la Jordanie, j'attendais à ce qu'il fasse pas mal de changements, et les changements ont été faits dans le bon sens. Au départ de ce match-là, l'équipe était encore dans un état d'esprit qui n'était pas correct : elle doutait, elle n'avait pas cette maîtrise collective. Collectivement, on a de très bons joueurs individuellement dans l'équipe d'Algérie, mais on n'a pas encore une grande équipe. Une grande équipe, c'est une équipe qui joue avec des automatismes, qui joue avec une façon prônée par l'entraîneur. Par contre, dans ce premier match-là, on est passés totalement à côté. Pour autant, Petkovic a eu la possibilité à la mi-temps contre la Jordanie de changer pas mal de choses, et c'est ce qui lui a permis de gagner ce match qui était très important. Avant cette Coupe du Monde, j'avais dit que tout va se jouer contre l'Autriche, et je ne me suis pas trompé. Dimanche, ce sera le match où l'Algérie devra mettre une équipe qui soit déjà très complémentaire.
Quels sont les points faibles de cette équipe ?
Le problème, c'est qu'on n'a pas encore un grand gardien, ni un grand attaquant axial. Quelqu'un qui, comme en 2014 quand on avait Slimani, soit un avant-centre de soutien sur lequel on pouvait s'appuyer pour repartir. Là, Gouiri est plutôt un milieu offensif ou un attaquant côté gauche, mais dans l'axe, quand il tombe contre une défense à trois ou une défense à deux, il aura toujours du mal parce qu'il a un manque de corpulence pour jouer avant-centre avec un gabarit correct. Mais il arrive quand même à marquer des buts, et ça, c'est l’essentiel.
Quelles sont les similitudes et les différences entre l'équipe d'Algérie de 2014 et aujourd'hui selon vous ?
Entre l'équipe de 2014 et celle-ci, il y a une grande différence sur le plan athlétique et physique. En 2014, on avait des défenseurs qui étaient très bons dans les duels. À quoi reconnaît-on un très bon défenseur ? C'est celui qui aime les duels. Maintenant, avec les schémas tactiques actuels, on s'aperçoit que même sur les latéraux, il y a beaucoup de défenseurs qui font du recul-frein, qui ne vont pas vers le porteur du ballon. Et ça, ça m'énerve. Pourquoi ? Parce qu'un bon défenseur, c'est celui qui fait une défense en avançant et qui adore les duels. Là, je pense qu'il y a une très grande différence entre l'état d'esprit et l'agressivité entre 2014 et 2026.
Quels sont les joueurs qui vous ont agréablement surpris ou qui vous ont convaincu dans cette équipe de 2026 ?
Je n'aime pas trop parler individuellement des joueurs, mais je pourrais féliciter Mandi, qu'on avait avec nous en 2014. Je voulais féliciter aussi Mahrez, qu'on avait aussi en 2014. Dix ans après, ils sont encore là, ils ont fait une grande carrière et je les félicite. L'équipe de 2026 est une génération qui est très bonne sur le plan technique. Mais l’équipe de 2014 avait ce bagage en plus, l'agressivité, l'intensité, choses qu'il n'y a plus vraiment maintenant.
Elle avait presque une grinta sud-américaine !
Exactement, chose que les Argentins ont fait contre nous, justement. C'est parce qu'ils savaient très bien qu'on avait de bons joueurs, mais de jeunes joueurs. Le problème, c'est qu'on n'a pas une équipe type à l'heure actuelle, et ça, c'est mon grand regret. Avoir une équipe type, c'est jouer avec des automatismes. Et ça me désole, parce que je pensais qu'avec la CAN, on allait pouvoir se roder pour la Coupe du Monde, mais ça n'a pas été le cas puisqu'il y a eu énormément de joueurs différents, au détriment d'un collectif bien travaillé. Je prends un exemple : le gardien, Zidane. Il doit faire avec quatre défenseurs. Est-ce que Zidane connaît très bien les défauts et les qualités de ses défenseurs ? Je ne pense pas, puisqu'il en est à sa troisième ou quatrième sélection. C'est peu, donc ça, c'est un handicap pour moi.
Pour terminer, quel serait votre pronostic ?
Le pronostic du cœur, c'est gagner pour donner du bonheur à 48 millions d'Algériens, et à moi, si les joueurs le veulent ! On s'en fout du score, le principal c'est de gagner. Ça permettrait de rendre heureux les supporters algériens qui ont un comportement extraordinaire aux États-Unis. Quand on les voit, ils sont partout, dans toutes les villes. Vraiment, chapeau à nos supporters.
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