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·9 mars 2026
EXCLU - Alice Sombath - « À l'OL, Je fais attention à tout »

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·9 mars 2026

22 ans et bientôt 100 matchs à l'Olympique Lyonnais, Alice Sombath n'a pas perdu de temps pour s'imposer au plus haut niveau. Arrivée très jeune dans le Rhône en provenance du PSG, elle a su trouver sa place dans un vestiaire de stars pour atteindre rapidement l'équipe de France. Et alors qu'elle a récemment porté le brassard, elle se confie sur cette ascension XXL avec une « sérénité contagieuse ».
Quel est ton premier souvenir avec un ballon rond ?
Mon premier souvenir, ça remonte à loin ! À l’époque, j’étais avec mon père et mon frère. Mon frère faisait du football. Souvent, je l’accompagnais pour ses entraînements, pour ses matchs. De temps en temps, quand il voulait s’entraîner à part, je venais avec lui. Au début, j’étais gardienne pour arrêter ses frappes, mais ça a vite changé (rires).
Tu as grandi dans un univers de football ?
Oui, mon père regardait beaucoup de football, mon frère jouait. Forcément, j’ai été un peu influencée.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de prendre une licence ?
À force d’accompagner mon frère, de traîner autour des terrains, ça m’a donné envie d’en faire plus. J’étais curieuse de savoir pourquoi il était si passionné. À l’école, aussi, je jouais à la récréation. Les surveillants de l’école m’ont proposé de rejoindre un club. C’est comme ça que je me suis retrouvée dans ma première équipe, à Arcueil.
Tu as des souvenirs de ton premier entraînement ?
Au début, on était trois ou quatre filles. On était dans un coin, on avait une toute petite partie et on s’entraînait entre nous. Rapidement, je suis allée avec les garçons. Pour l’histoire, il y avait deux équipes, l’équipe A et l’équipe B. Au début, le coach de la B ne voulait pas me prendre, car j’étais une fille. Mais le coach de la A, qui s’appelait Pascal, m’a directement donné ma chance. Plus l’année avancait, plus l’entraîneur de la B me voulait dans son équipe, c’était trop tard !
Tu t’es tout de suite sentie bien entourée ?
Pour le coup, quand j’étais plus jeune, les garçons ont toujours été très cools avec moi. Je me suis toujours sentie très intégrée.
Tu jouais gardien avec ton frère, mais quel était ton premier poste ?
Comme beaucoup de monde, je pense, j’ai débuté attaquante. Tout doucement, j’ai reculé pour me retrouver en défense.
Est-ce quel la petite Alice faisait un malheur devant les cages ?
(Rires) Oui ! Je marquais pas mal de buts, mais c’était des pointus.
Il y a les débuts à Arcueil, puis le Paris FC et le Paris Saint-Germain. Le football devient plus concret pour toi !
J’ai dû faire environ quatre ou cinq ans au Paris FC. Durant ces années, j’étais avec les garçons, c’est vraiment le début de ma formation. Ensuite, sur ma dernière année au Paris FC, je devais faire le pont entre les garçons et les filles. Mais la section féminine du PFC n’était pas complètement en place. Le coach du Paris FC a fait en sorte que je puisse faire des entraînements au Paris Saint-Germain. Visiblement, j’ai réussi à les convaincre, car ils m’ont proposé de rejoindre l’équipe. Ça a été le début de trois belles années. Une année en U16, et deux années en U19 dans l’internat de la section féminine. C’était vraiment super !
L’internat, c’est toujours une expérience à part, on vit football ?
On vit football, c’est ça ! On se plonge à fond dans notre sport. Le matin, on a les entraînements, l’après-midi l’école. À l’époque, j’ai rencontré Vicki Becho qui m’a ensuite suivie pendant de longues années.
C’est à ce moment que tu commences à te dire que le football peut devenir un métier ?
Honnêtement, je pensais déjà à cela au collège, dès que j’ai signé au Paris FC. C’était un collège avec pas mal de spécialités sport. Forcément, on baigne dans un milieu où l’on te fait comprendre que c’est possible, que ça n’est pas un rêve inaccessible. Ça m’a poussée à être la plus sérieuse possible et ça m’a suivi au Paris Saint-Germain. Le collège, en lien avec le Paris FC, ça aide. Les surveillants, les coachs… ils nous faisaient comprendre que c’était possible.
Pourtant, c’est à l’Olympique Lyonnais que tu décides de poursuivre ta carrière ! Ça n’était pas trop difficile de quitter sa famille ?
Honnêtement, après trois belles années au Paris Saint-Germain, j’ai ressenti l’envie de découvrir quelque chose de nouveau, de découvrir un nouvel environnement, un nouveau club. Quand l’Olympique Lyonnais est venu frapper à ma porte, c’était un des plus grands clubs d‘Europe. Je suis venue faire une visite des lieux quand ils m’ont approchée. À l’époque, c’est Sonia Bompastor qui m’avait fait visiter. Forcément, après la visite du centre de formation, ça m’a donné envie de venir ici. C’est ce qui m’a convaincu de franchir le cap.
Quelles étaient tes peurs au moment de dire au revoir à Paris et bonjour à Lyon ?
J’avais peur, car je venais du Paris Saint-Germain. Je me demandais comment j’allais être accueillie ici. De plus, il y a l’éloignement avec la famille. Ce n’était pas évident, mais je me disais que le jeu en valant la peine.
On a tendance à dire que le train d’un grand club comme l’Olympique Lyonnais ne passe qu’une seule fois…
Oui ! Quand un grand club vient taper à ta porte, il faut réfléchir, car rater une telle opportunité, ça peut être un véritable tournant dans une carrière.
Comment vis-tu ce changement, on sait que ton amie Vicki Becho a signé en même temps que toi à l’OL !
Honnêtement, je l’ai très bien vécu. Évidemment, le fait que Vicki soit présente avec moi, ça a été une aide en plus. Le vestiaire a aussi été ultra accueillant. Tout le monde a fait en sorte que je me sente bien, elles venaient vers moi, me donnaient des conseils, elles faisaient vraiment tout. Je me disais que ça pouvait être compliqué comme je venais du Paris Saint-Germain, mais c’est uniquement du chambrage. Maintenant encore, quand des joueuses arrivent du PSG, on peut les taquiner, mais rien de méchant.
Vicki Becho, c’est un petit peu ta jumelle dans le football, vos parcours sont quasiment similaires ! C’est beau d’avoir une telle amitié, non ?
Avec Vicki, on est très proches. On se considère comme des soeurs. Quand j’ai décidé de signer à l’Olympique Lyonnais, je ne savais pas qu’elle allait aussi venir. C’était une belle surprise. Depuis le début, on ne s’est jamais lâchées. Je suis très contente de partager le vestiaire à l’OL, mais aussi en équipe de France.
Quelle sensation a-t-on quand on rentre pour la première fois dans un vestiaire rempli de stars ?
Ça n’est pas anodin. Mais j’ai surtout vu cela comme une opportunité. Une opportunité pour apprendre des meilleures, dans leur comportement, leur parcours, leur expérience. Les côtoyer en tant que personnes, c‘est vraiment génial, c'est un plaisir de jouer avec elles.
Tu as vu la différence d’exigence à l’OL ?
Oui, complètement. Je continue à dire que les entraînements sont très durs, très exigeants. Mais c’est comme cela que l’on progresse.
Quelles sont les joueuses qui t'ont marquée à tes débuts ?
Évidemment, et ça n’est pas très original, mais Wendie Renard, qui joue à mon poste et qui est une légende de l’Olympique Lyonnais. Mais ça n’est pas tout. Il y avait aussi Dzsenifer Marozsán. Quand je l’ai vu, avec son toucher de ballon, j’étais choquée (rires). Avec elle, le football, c’est facile. C’est beau à voir et vraiment impressionnant. Je pense aussi à Amel Majri, ultra technique, c’est génial à voir.
Comment fait-on pour se lâcher dans ces moments-là ?
J’aime bien jouer sans pression, c’est quelque chose qui me caractérise. Selma Bacha dit toujours que je suis « chill ». Je prenais surtout ça comme du positif. Tout ce que je voyais autour de moi, je voulais tenter de le reproduire.
Selma Bacha dit que tu es « chill », dis-nous-en un peu plus sur ton caractère…
Je suis un peu au milieu. Je suis plutôt discrète, mais quand il faut chambrer, je n’hésite pas à me mêler à la partie. Dans l’équipe, avec les joueuses qu’on a, on est obligées de se chambrer !
Qui sont les patronnes du chambrage à l’Olympique Lyonnais ?
Franchement, Selma Bacha et Vicki Becho, elles sont indétronnables ! (Rires)
L’exigence du quotidien, c’est aussi une vraie difficulté au quotidien ?
En côtoyant de grandes joueuses, on voit que ce sont des tueuses, elles sont très exigeantes. J’essaie de garder cela au quotidien, de ne jamais lâcher. J’ai l’impression de faire encore plus attention aux petits détails au quotidien, même si j’étais très pointilleuse avant d’arriver. Je ne me pardonne rien. À l’OL, chaque détail compte, je fais attention à tout.
Tout va très vite pour toi à l’OL. Tu gagnes la Ligue des Champions à seulement 19 ans. Ça n’est pas trop vertigineux ?
Je le vis plutôt bien. Cela fait cinq ans que je suis à l’Olympique Lyonnais désormais. J’ai passé les étapes, j’ai remporté des titres, j’ai su prendre mes responsabilités.
Gagner des titres jeune, il n’y a pas un risque de se sentir « arrivée » trop tôt ?
Ça n’est pas un grand risque ici, car avec le contexte, le palmarès des joueuses, personne ne se croit arrivé. Si elles sont restées au plus haut niveau pendant tant d’années, c’est qu’elles n’ont jamais arrêté de travailler, qu’elles ont toujours eu cette même faim, cette envie de progresser qui caractérise l’équipe. Ici, c’est la meilleure place pour travailler, progresser et remporter des titres.
Malgré ton jeune âge (22 ans), tu possèdes déjà une grosse expérience. Tu sens que ton statut a changé ?
Oui, je fais partie des meubles maintenant. J’essaie donc d’accueillir du mieux que possible les nouvelles qui arrivent. Je fais en sorte qu’elles se sentent bien.
En parallèle de tes clubs, tu as toujours porté le maillot de l’équipe de France, notamment en jeunes. Quel souvenir en gardes-tu ?
Les sélections jeunes ont été géniales dès les U16. Quand j’y repense, c’était des souvenirs magnifiques. Faire des compétitions à l’international, comme la Coupe du Monde U20 il y a trois ans, c’est vraiment marquant dans une carrière. C’est sûrement une des plus belles expériences dans ma carrière de footballeuse. C’était ma première compétition de ce genre. En U17, on devait faire l’Euro, mais avec le Covid, ça a été annulé. On restait un peu sur notre faim. Avec le groupe qu’on avait créé pendant deux ans, on a vécu un parcours magnifique. C’est une sacrée émotion de porter le maillot de ton pays.
Les jeunes, c’est bien, mais en novembre 2024, c’est l’équipe de France A qui arrive. As-tu été surprise ?
Franchement, oui, je ne m’attendais pas à être appelée juste avant l’Euro. Après, j’avais fait le boulot pour, j’avais beaucoup travaillé, mais ça reste une surprise. Surtout la manière dont je l’ai apprise. Pour l’Euro, j’étais au supermarché avec Amel Majri. On se baladait et d’un coup, elle me dit : « Alice, tu es dans la liste ! ». J’étais au milieu du magasin, je voulais sauter de joie, mais je devais me retenir un peu (rires).
Certaines de tes coéquipières disent que tu es d’une sérénité contagieuse. Tu as ce même ressentiment ?
C’est naturel chez moi, parfois, je ne m’en rends pas compte et c’est mes coéquipières qui viennent me le dire. Je suis contente de pouvoir transmettre cela, car c’est important. Je suis plutôt pareil dans la vie de tous les jours.
Outre la sérénité, quelles sont tes qualités sur le terrain ?
J’ai l’impression d’avoir une bonne vision de jeu. C’est ce qui fait que je peux bien anticiper les attaques adverses.
Et tes petits défauts ?
Je travaille beaucoup mon jeu de tête. Je sais que ma taille (1m65) peut faire que je me retrouve en difficulté donc j’essaie d’améliorer cet aspect-là. J’essaie aussi de travailler techniquement, il y a toujours de quoi progresser. Enfin, je continue de bosser sur ma communication.
Tu as beaucoup de réussite dans ta carrière, mais à l’été 2025, il y a un premier hic avec un penalty raté face à l’Allemagne en quart de finale de l’Euro. Comment tu as vécu cela ?
À ce moment-là, c’était très compliqué pour moi. C’était ma première compétition avec les A et je rate un penalty qui nous conduit à l’élimination. C’était difficile à digérer. En revenant, j’ai voulu prendre du temps pour moi, passer du temps avec mon entourage.
Malgré ce penalty, tu réalises un bon tournoi. Arrives-tu à en tirer du positif avec le recul ?
Avec le recul, c’était vraiment une très bonne expérience pour moi. J’ai pu passer un cap footbalistiquement. Cette expérience m’a fait avancer, c’est clair. Je ne referai plus les mêmes erreurs.
Chaque joueuse a un rapport à l’échec bien à soi. Comment as-tu fait pour passer à autre chose ?
Vu que c’était ma première fois, j’ai mis du temps à tourner la page. Ça n’était pas évident. J’ai pris du temps, car j’y pensais beaucoup. En revenant à Lyon, j’ai eu cette bascule, j’ai changé de mentalité et j’ai retrouvé l’aspect compétiteur.
Le rôle des proches est capital dans ces cas-là…
Oui, mon entourage a été très présent, ma famille, mes amis, ils ont tous été là pour moi. J’ai aussi un petit peu stoppé les réseaux. À l’époque, ma famille me disait que les avis étaient plus positifs que négatifs. Mais quand je suis repartie de l’avant, tout cela était oublié.
Tu as quel rapport avec les réseaux sociaux ?
Je les gère plutôt seule, de temps en temps avec mes agents. Mais je suis assez OK avec ça. Je ne me prends pas trop la tête.
En regardant vers le futur, tu viens de prolonger avec l’OL. C’est quoi les objectifs pour l’avenir ?
Je viens tout juste de prolonger jusqu’en 2028. Forcément, je suis super heureuse de pouvoir continuer cette aventure. J’ai de grands objectifs ici. J’ai toujours voulu performer, m’imposer comme une titulaire indiscutable. C’est pour ça que j’ai prolongé.
Tu as aussi été capitaine de l’Olympique Lyonnais, la 4ème plus jeune de l’histoire, c’est anecdotique pour toi ?
Je n’étais pas forcément au courant. Je suis arrivée pour le match et en fait, au moment où je descends les escaliers, on me dit que je suis capitaine et que je dois aller voir les arbitres pour gérer la feuille de match. C’est là que j’ai réalisé, car je n’étais même pas au courant. J’étais surprise, mais j’ai pris ça comme une responsabilité supplémentaire.
Tu te sens l’âme d’une capitaine ?
On va dire que j’essaie le plus possible. J’ai déjà été capitaine chez les jeunes en équipe de France. C’est un petit peu la continuité. J’espère avoir toutes les qualités pour, mais c’est autres joueuses de réellement évaluer cela.
Tu arrives bientôt au cap des 100 matchs avec l’OL (92 au moment de l’interview), tu as prévu une célébration pour le 100ème ?
Pourquoi pas un petit but, mais j’espère aussi marquer avant le 100ème match. Déjà, je suis contente d’atteindre cette barre, pourquoi ne pas célébrer avec un but… de la tête ? (Rires)
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