EXCLU - Coupe du monde 2026 : « J’ai une connexion indescriptible avec la Tunisie », le cri coeur d'Hannibal Mejbri pour son pays | OneFootball

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·18 juin 2026

EXCLU - Coupe du monde 2026 : « J’ai une connexion indescriptible avec la Tunisie », le cri coeur d'Hannibal Mejbri pour son pays

Image de l'article :EXCLU - Coupe du monde 2026 : « J’ai une connexion indescriptible avec la Tunisie », le cri coeur d'Hannibal Mejbri pour son pays

Parmi les premiers binationaux à avoir choisi très tôt le pays de ses parents, le milieu de Burnley, qui a grandi dans le XXe arrondissement parisien, raconte son amour de la Tunisie et les origines de son lien viscéral. Souvent qualifié de "crack" dans sa jeunesse, il revient aussi sur son développement en tant que joueur, son arrivée à Manchester United et parle de sa sélection.

Le rendez-vous est fixé à quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026. À 23 ans, Hannibal Mejbri s'apprête à vivre le deuxième Mondial de sa carrière avec la Tunisie. Malgré une saison compliquée sur le plan collectif avec Burnley, le milieu de terrain affiche une détermination intacte au moment d'aborder l'un des plus grands défis de sa jeune carrière. Entre souvenirs d'enfance, choix de sélection assumé et ambitions pour les Aigles de Carthage, le Franco-Tunisien se livre avec sincérité. Un entretien réalisé avant l'entrée en lice de la Tunisie face à la Suède, finalement battue lourdement (5-1).


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La saison avec Burnley n’a pas forcément été évidente. Est-ce que tu vois cette Coupe du monde et le fait de rejoindre la sélection comme une bouffée d'air frais, quelque chose de très excitant ?

C'est clair que notre objectif avec Burnley était de nous maintenir et nous ne l'avons pas atteint. Forcément, le bilan collectif est négatif. Mais sur le plan personnel, je trouve que j'ai appris, j'ai grandi et j'ai sorti de bonnes prestations. Ce n'est donc pas totalement noir, il y a du positif à retenir. Maintenant, il va être intéressant de s'appuyer sur ce positif pour amener cela à la Coupe du monde.

Qu'est-ce qu'on apprend justement lors d'une saison où l'on joue le maintien et où il faut se bagarrer tous les week-ends 

C'est beaucoup plus difficile mentalement. Dans la vie d'un footballeur, quand tu perds souvent, tu rentres chez toi avec des idées un peu négatives, les choses ne se passent pas très bien. C'est précisément là qu'il faut être fort dans la tête. Sur cette saison, j'ai énormément appris et c’était une expérience très intéressante.

Tu sens que tu arrives en sélection avec de la fraîcheur mentale et l'envie de mettre à profit tout cet apprentissage ?

Oui, c'est sûr. Je suis un peu revanchard. Quand tu sors d'une saison comme celle-ci, tu as envie de prouver. Comme la prochaine échéance est très proche et arrive dès cet été, c'est une bonne chose. Cela me permet de rapidement passer à autre chose et de commencer une nouvelle aventure.

Tu fais partie de ces joueurs binationaux qui ont choisi de privilégier une autre équipe que la France après y avoir fait toutes leurs classes chez les jeunes. On voit aujourd'hui beaucoup de joueurs faire de même (Mamadou Sarr ou Mamadou Diakhon avec le Sénégal, Ayoub Bouaddi avec le Maroc). Toi, tu l'as fait avant les autres. Pourquoi avoir pris cette décision, et pourquoi si tôt ?

J’ai pensé à jouer pour la Tunisie très tôt parce que j'ai un amour profond et une connexion indescriptible avec mon pays. J'ai donc tranché rapidement. Je n'ai pas voulu attendre de voir si j'allais avoir ma chance en équipe de France A. C'est une grande nation, qui vise toujours les demi-finales ou la victoire à l'Euro et à la Coupe du monde, et j'aurais pu patienter. Seulement, je trouve que cela aurait été un peu hypocrite de jouer pour la France si je ne ressentais pas la même connexion au fond de moi. Ma relation avec la Tunisie est différente : c'est le pays de mes parents, c'est mon pays, et j'y ai un attachement particulier. Je voulais vite la représenter et je ne regrette pas du tout ce choix.

"Il faut choisir son camp et assumer"

Pour que les gens comprennent bien, comment se traduit cet amour ou cette connexion que tu as avec la Tunisie ? Y a-t-il une image ou un exemple marquant ?

Je suis originaire d’un quartier populaire du 20e arrondissement de Paris, marqué par une forte immigration. Tous les étés, je partais en Tunisie. À la maison, nous parlons arabe. C'est de là que vient cette connexion. Je ne dis pas que je n'ai pas d'attache ou d'affection pour la France, mais mon amour pour la Tunisie est viscéral. C'est l'amour du pays, l'amour du maillot.

Quand tu parles de ces retours tous les étés, la Tunisie représentait quoi pour toi ? Un sentiment d'évasion, des vacances chaleureuses en famille ? C'est ce souvenir d'enfance qui a nourri cette connexion ?

Tout à fait. Dans notre culture tunisienne, on est très ouverts, accueillants et chaleureux. Chaque été, on trépignait d'impatience à l'idée d'y aller. Et quand il fallait rentrer en France, c'était le retour à la réalité, à l'école ou au travail. C’était une véritable évasion. J’ai énormément d'adjectifs positifs pour décrire la Tunisie. Après, j'aime aussi la France, j'y ai grandi, j'y ai mes amis et j'y ai reçu mon éducation. C'est du 50/50, mais quand tu passes tous tes étés là-bas et que tu t'imprègnes de cette culture, ton cœur penche vite d'un côté.

De l'extérieur, on entend beaucoup de spéculations et de commentaires autour des binationaux. Est-ce qu'on se rend compte de la difficulté que représente le choix d'une nationalité sportive ?

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C'est un choix très difficile, car tu as de l'amour pour tes deux pays. Peu importe ce que tu décides, tu reçois énormément d'insultes, que tu choisisses la France ou la Tunisie. C'est pour cela que c'est une décision que l'on doit prendre seul. C'est un choix du cœur, pas un choix sportif. Il faut bien réfléchir et agir à tête reposée. Je trouve cela malsain de vouloir manger à tous les râteliers ou d'hésiter trop longtemps ; cela ne fait qu'envenimer les choses. Il faut choisir son camp et assumer. Si tu as le cul entre deux chaises, tu n'es clair ni avec toi-même, ni avec le peuple.

"Si on me met un tacle appuyé, on se retrouve au prochain duel"

Au-delà des critiques, ton choix a également suscité un immense engouement en Tunisie. Tu t'en souviens ?

Forcément, c'est un moment que je n'oublierai jamais. L’engouement était incroyable parce que c'était une situation rare : faire ce choix aussi jeune, alors que j'étais à Manchester United et installé chez les jeunes en équipe de France. J'ai reçu énormément d'amour. Au moment de prendre ma décision, je n'ai même pas calculé ce que cela allait m'apporter, j'ai simplement suivi mon cœur.

Cet engouement s'explique aussi par le fait qu'on parle de toi depuis très longtemps. Tu as été médiatisé très tôt comme un « prodige », un « crack ». Est-ce que ces qualificatifs ont été difficiles à porter par moments ?

Durant ma jeunesse, ça allait parce que ma famille me protégeait beaucoup. Ils ont toujours été là pour m'entourer. En revanche, mon transfert à Manchester United a tout changé, c'était un énorme palier et j'ai vraiment ressenti la pression. Ce serait mentir de dire que j'étais totalement serein. Mais quand ton entourage est sain, tout devient plus facile. Mes parents et mes amis ont toujours été très francs avec moi. Dès que je dérivais un peu, ils me recadraient immédiatement.

Est-ce que ce poids de l'étiquette s'est fait ressentir sur le terrain lors des tournois de jeunes, à travers le regard de tes coéquipiers ou des adversaires ? Les contacts étaient-ils plus rudes ?

Quand tu arrives dans un groupe, tu as déjà cette étiquette collée sur le dos. Le plus important, c'est de s'en débarrasser rapidement en s'intégrant bien avec tes partenaires. Sur le terrain, oui, le traitement des adversaires est parfois plus dur, il y a des provocations ou des petits mots. Mais dans ma mentalité, je ne me laisse pas faire. Si on me met un tacle appuyé, on se retrouve au prochain duel. J'ai grandi comme ça. J'ai toujours cherché le plaisir de jouer mais aussi la gagne, en mettant mon ego de côté. Je me fichais de marquer ou d'être l'homme du match, je préférais faire des passes décisives tant que l'équipe l'emportait et qu'on pouvait chanter ensemble dans le vestiaire.

Tu as évoqué ton transfert à Manchester United à l'étranger. Comment as-tu vécu tes premiers mois, notamment avec la barrière de la langue ?

C'était difficile au début car je ne parlais pas bien anglais et l'accent mancunien est très particulier. Quand tu débarques, tu ressens des regards braqués sur toi et cela peut être compliqué quand tu ne maîtrises pas la langue pour répondre, te présenter auprès des autres ou t'intégrer au groupe. Heureusement, au bout de deux ou trois mois, la situation s'est débloquée. Je me suis adapté et j'ai appris l'anglais très rapidement.

"Paul Pogba et Eric Bailly m'ont encadré"

Quel conseil partagerais-tu avec un jeune joueur qui s'apprête à vivre la même trajectoire et la même exposition que toi, ainsi qu'à sa famille ?

Je dirais que l'intégration sociale est la clé. Il faut s'ouvrir à une nouvelle culture, aller vers le groupe. Si tu arrives dans un vestiaire étranger en restant dans ta posture de Français ou de Parisien un peu distant, tu te compliques énormément la tâche. Il faut communiquer, rigoler, être avenant. Être ouvert et humble, c'est ce qui pousse les gens à t'aider quand tu traverses des moments difficiles. Si tu es fermé sur toi-même, tu t'isoles.

Durant ton passage à Manchester United, y a-t-il des personnes qui t'ont particulièrement tendu la main pour t'aider à t'adapter ?

J'ai toujours eu cette facilité à aller vers les autres, même si je baragouinais quelques mots au début. Chez les jeunes, les coachs ont joué un rôle essentiel, tout comme la présence d'autres joueurs français comme Noam Emeran ou Aliou Traoré. Ils m'ont ouvert les portes du vestiaire. Une fois que tu as deux ou trois relais, tout s'enchaîne plus facilement. Ensuite, chez les professionnels, des grands frères comme Paul Pogba ou Éric Bailly m'ont énormément encadré et facilité les choses. Je suis quelqu'un de bon vivant, je ne me mets pas de barrières et cela m'a beaucoup aidé.

Pour revenir à la Tunisie, tes débuts sur le terrain ont semblé un peu plus laborieux après l'engouement de ton arrivée. Comment s'est passée ton adaptation au football de sélection ?

C’est tout à fait normal. Je suis arrivé dans un collectif déjà très bien huilé, expérimenté, composé de grands noms, alors que je n'avais pratiquement aucun vécu. Tu ne peux pas débarquer et exiger de jouer à telle ou telle place. Tu te fais petit, tu observes, tu apprends. Il a fallu que je m'adapte aux spécificités du football africain, qui est radicalement différent de ce que j'ai connu en Europe. On apprend à travers les échecs et les difficultés, et c'est ce parcours qui m'a permis de progresser.

"La Coupe du monde 2022 était une immense déception"

Quelle a été ta principale difficulté lors de tes premiers pas sur le continent africain ?

Lors de mon premier match à la CAN, j'ai pris un immense choc thermique avec le taux d'humidité et la chaleur. C'était un calvaire physique. Je voyais les autres joueurs courir à haute intensité comme si de rien n'était, alors que moi j'étais complètement asphyxié. J'ai compris qu'en ayant été formé en Europe, j'avais des lacunes sur la gestion de ces contextes climatiques et l'approche des matchs en Afrique. C'est aussi cela la beauté de ce football, il faut apprendre à s'adapter pour s'en sortir. Mes coéquipiers m'ont beaucoup épaulé et le public tunisien est toujours resté derrière moi, j'en suis très heureux.

Tu t'apprêtes à disputer ta deuxième Coupe du monde à seulement 23 ans, ce qui est extrêmement rare. Quel souvenir majeur gardes-tu de l'édition 2022 au Qatar ?

Notre défaite lors du deuxième match de poule reste mon plus grand regret. Si on ne perd pas ce match, on se qualifie pour les phases finales. Pour replacer le contexte, nous avions fait un excellent premier match contre le Danemark (0-0) où nous aurions même pu l'emporter. Ensuite, nous jouons l'Australie, qui était l'adversaire direct que nous devions impérativement battre pour sortir du groupe. Malheureusement, on s'incline (1-0). Si on prenait les trois points, les huitièmes de finale nous tendaient les bras. C'était d'autant plus frustrant pour moi que j'ai vécu ce match depuis le banc de touche sans pouvoir aider mes partenaires. Cette deuxième mi-temps a été un moment terrible. C'est une immense déception, car même si nous battons la France lors du dernier match (1-0) – ce qui reste un exploit incroyable – la victoire de l'Australie contre le Danemark nous élimine. Sortir d'une Coupe du monde avec 4 points, c'est rageant.

Cette année, le tirage au sort ne vous a pas gâtés puisque vous héritez d'un groupe très relevé avec les Pays-Bas, le Japon et la Suède. Comment appréhendes-tu cette poule ?

C'est clair qu'on ne peut pas dire que c'est un tirage facile ! (Rires) Quand tu découvres les équipes, tu te dis que ça va être un énorme défi. Mais les Tunisiens possèdent un trait de caractère qui fait notre force, et parfois notre faiblesse : on ne craint absolument personne. C'est ancré dans notre mentalité. Nous irons là-bas avec nos valeurs, nous allons tout donner sur le terrain pour rendre notre peuple fier et nous avons la ferme intention de bousculer la hiérarchie pour nous qualifier et créer l'exploit.

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