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·12 mai 2026
EXCLU - Mathys Detourbet : « Je ne suis pas matrixé par les stats »

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·12 mai 2026

Mathys Detourbet est LA sensation de la saison en Ligue 2. Le spectaculaire ailier de l’ESTAC épate chaque week-end par ses dribbles et sa créativité. Pour la première interview de sa jeune (et prometteuse) carrière, le gamin de Saint-Germain a choisi Onze Mondial. En avance sur l’heure de rendez- vous, le natif de Troyes nous attend confortablement dans un canapé avant de décrypter son parcours et sa personnalité. Rencontre avec le futur du football français.
Voici quelques extraits de notre interview de Mathys Detourbet. L’intégralité de cet interview de 6 pages est à retrouver dans le magazine n°380 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 3 avril 2026.
ENFANCE
Comment s’est déroulée ton enfance ?
J'ai grandi à Saint-Germain, une ville située à 10 minutes de Troyes. On vivait dans une maison avec mes parents, ma grande soeur et mon petit frère. On vit d’ailleurs encore dans la même maison, tous ensemble. Ma mère travaille dans une entreprise de clés qui s’appelle « Vachette ». Mon père était responsable logistique dans une entreprise de transport, mais il a arrêté de travailler. J’ai connu une enfance tranquille, dans un très bon village, j’avais mes amis et ma famille autour de moi, je ne manquais de rien.
Tu étais quel type de garçon ?
Quand j'étais petit, j'étais un garçon nerveux et dynamique. Je dirais que j’avais un caractère fort, j’ai toujours ce caractère d’ailleurs. Plus jeune, quand je perdais un jeu ou n’importe quoi, je le vivais très mal. Je pouvais me mettre dans des états pas possible (sourire).
Comment étais-tu à l’école ?
C’est un sujet assez compliqué. Je n’ai jamais vraiment aimé l’école. J’étais au collège Marie Curie, à côté du centre de formation, puis au lycée à l’ESTAC. Je suivais les cours, mais sans vraiment être à fond. J’ai fait toutes mes classes jusqu’en première STMG. Comme je commençais à m’entraîner avec les pros, j’ai eu une discussion avec mon père. Je lui ai demandé si je pouvais arrêter, il a accepté ma demande, mais j’avoue qu’il n’était pas content de mon choix. C’était ma décision, je lui avais dit de me faire confiance, et pour le moment, ça me réussit bien.
As-tu une anecdote marquante au sujet de ton enfance ?
J'en ai plusieurs. Mais ce qui me vient à l’esprit, ce sont les tournois où je remportais plein de trophées individuels. J’aimais trop remporter ces petits trophées qui me mettaient en avant (sourire). Ça me plaisait grave ! Mon père m’imposait des défis, il me disait : « Vas-tu terminer meilleur joueur ? Moi, je parie que tu n’es pas capable », il me challengeait. Moi je lui répondais : « Je vais y arriver, tu vas voir ». Je voulais absolument remporter la distinction personnelle, sinon, je perdais le défi avec mon père. Du coup, je donnais tout pour être le meilleur joueur ou le meilleur buteur de l’équipe.
Ton père voulait absolument que tu termines professionnel ?
Au début, non. Mais quand il a vu que j'avais quelques qualités, que je commençais à gravir des étapes, il s’est mis à fond derrière moi. Il a arrêté même de travailler pour se concentrer sur moi, m’accompagner, m’aider à surmonter les épreuves. Mon agent aussi m’a bien suivi dans mon développement.
As-tu essayé d’autres sports ?
Non, je n'ai jamais essayé aucun autre sport. Mon père m'a mis dans le foot, dès le plus jeune âge. À 5 ans, on jouait ensemble dans le jardin, on tapait le ballon. Sinon, je regardais beaucoup de boxe. Mon père me montrait les combats de Mike Tyson et on regardait aussi tous les films de Rocky (sourire). C’était motivant et inspirant.
Formation
Comment as-tu rejoint l’ESTAC ?
J’ai commencé le foot à 6 ans, à l’ES Municipaux de Troyes. J’ai passé trois ans dans ce club, et à mes 9 ans, j’ai rejoint l’ESTAC sur un concours de circonstances. Lors d’un match contre le Stade de Reims, quelqu’un m’a vu jouer. Et ensuite, Reims devait jouer contre l’ESTAC. Et comme j’avais fait un bon match, un éducateur du Stade de Reims a prévenu ceux de l’ESTAC en disant : « Vous avez un très bon joueur qui évolue chez les Municipaux ». J’ai ensuite effectué une détection à l’ESTAC, j’ai été directement pris.
Et ensuite ?
De U9 jusqu’à l’équipe première, je n’ai pas bougé, j’ai franchi tous les paliers. J’étais au collège avec la section sportive, j’ai passé les U14, U15, U16… je n’étais pas considéré comme une « pépite », on ne me regardait pas forcément. Et à partir de U17, j’ai commencé à performer et à être surclassé en U19. Je ne vivais pas au centre de formation, je suis resté chez moi, car le club se trouvait à 8 minutes de la maison. J'ai tout le temps dormi chez moi, habité chez moi. C’était mieux comme ça.
Ça ne te dérangeait pas ?
J'étais souvent au centre. Vu que j'avais école, je restais au centre avec les autres. Juste, je ne dormais pas le soir. Parfois, je mangeais au self avec les autres, mais rien de plus. Mes amis comme Marius (Courcoul) m’ont dit que la vie au centre était top. Mais je n’ai jamais été attiré par le fait d’être au centre. Moi, j'étais encore un enfant et c’est mieux d’être avec ses parents pour grandir, les conditions de vie sont meilleures.
As-tu un passage marquant concernant ta formation ?
Le fait de gagner des tournois. Quand j’étais jeune, je kiffais les tournois, c’est vraiment un truc qui m’a marqué depuis tout petit. J’aimais rencontrer d’autres enfants, venant d’horizons différents, découvrir de nouvelles choses. C’était kiffant.
Comment décrirais-tu ta formation à Troyes ?
Ma formation à Troyes s’est passée à merveille, j’ai bien progressé, j’ai connu plusieurs coachs. C'était vraiment très agréable à vivre parce que les coachs m'ont beaucoup aidé. Comme j’avais un caractère prononcé, ils m’ont aidé à me canaliser dès le plus jeune âge. J’ai eu le droit à un accompagnement spécialisé, on va dire. Les coachs prenaient du temps pour moi.
Peux-tu détailler ?
Je pouvais me fâcher à tout moment et dégoupiller. J’étais un compétiteur acharné, si je ne gagnais pas un match ou si je ne marquais pas, c’était la fin du monde. Je boudais, il ne fallait pas me parler pendant deux heures au moins. Les formateurs ont été patients avec moi. Je les remercie pour ça, grâce à eux et à leur travail sur mon comportement, je suis largement mieux aujourd’hui. J’ai pris de l’âge, j’ai pris en maturité, donc tout ça m’a aidé. J’étais un vrai nerveux, mon père m’apprenait à être comme ça, à refuser la défaite et à me battre pour ce que je voulais. Il fallait juste gommer les gestes d’humeur et les petites choses négatives…
Tu as appris à gommer tout ça ?
Exactement, avec mes coachs et mon père. J’ai aussi eu un agent assez tôt, à 12 ans. Il me parlait, il me donnait des conseils. Et surtout, moi, j’écoute tout ce que mon père me dit. Mon père m’a bien drivé, on va dire.
Ton père a un passé de joueur ?
Oui, il a joué au foot. À l’époque, l’ESTAC s’appelait l’ATAC. On a fait pareil, il a joué à l’ATAC, il a joué chez les Municipaux, il a également fait des essais à Nantes et Auxerre. Il n’a pas été pris car il était trop nerveux, les clubs étaient intransigeants à ce niveau, du coup, ça a bloqué. C’était un numéro 9, mais il pouvait aussi jouer à droite. Il avait également du mal à l’école.
L’ESTAC a pour habitude de recruter les meilleurs joueurs de la région mais aussi en Ile de France, comment faire pour sortir du lot ?
J'ai eu de la chance, car j’étais assez talentueux. Je sortais un peu du lot, en parallèle, je travaillais énormément avec mon père. Tous les jours, on allait sur le terrain à Saint-Germain, on répétait les gammes. Petit à petit, j'ai su développer un jeu que les autres n'avaient pas, même s'ils venaient de Paris ou ailleurs. Par exemple, il me faisait bosser devant le but, je devais faire un contrôle orienté puis enchaîner avec une frappe, je devais reprendre ses centres de la tête ou du pied… même si j’avoue, que mon jeu de tête est encore à revoir (rires).
Troyes
Te souviens-tu de ton premier entraînement avec les pros ?
J'étais en réserve. Les pros m'ont appelé parce qu'ils travaillaient tactiquement. Ils avaient appelé neuf joueurs de la réserve. On travaillait tactiquement, on faisait un peu les plots pour eux. Et même là, j’essayais de montrer de petites choses, je cherchais à me différencier des autres. Par la suite, le coach m'appelait de temps en temps. C’était vraiment épisodique. Le jour où tout a basculé, c’était lors d’un petit jeu, et là, je leur ai montré mes qualités. À partir de ce jour, je suis resté avec le groupe.
Tu n’avais pas la pression lorsque tu étais appelé avec les pros ?
Non, franchement, je n'ai jamais eu de pression. C’est ce qui fait ma force, je ne ressens pas la pression, je suis libéré. Quand je suis sur un terrain, peu importe avec qui je suis, je me sens comme au city stade. Je n'ai jamais eu de pression. Après, j’ai aussi eu l’aide de nombreux joueurs : Youssouf M’Changama, Rafiki Saïd, Mehdi Tahrat et d’autres.
Tu as obtenu du temps de jeu avec les pros sans avoir de contrat professionnel…
C'est ça. Je jouais, je faisais des groupes. Mon premier groupe, si je ne dis pas de bêtises, c'était en Coupe de France contre Rennes. Ce sont mes premières minutes où j'entre sur un terrain avec les pros. Le stade était plein, jouer contre une Ligue 1, à 17 ans, c'était incroyable. Après, j'ai enchaîné contre Annecy. Je suis entré 20 minutes. J'avais fait une très bonne entrée. Et tout s’est enchaîné.
Avant de jouer avec les pros, comment imaginais-tu ton premier match avec les pros ?
J'imaginais que j’entrerais en jeu et que j’enverrais une frappe enroulée pour mon premier but, que je célébrerais en enlevant mon maillot face aux supporters (sourire). C'est un rêve d'enfant. C'est pour ça que lorsque je suis entré, j'étais insouciant. C’est ma force, je cherche juste à montrer mes qualités sans me poser de questions.
Comment as-tu vécu tes débuts avec les pros, sachant que l’ESTAC était en difficulté la saison dernière…
Je l'ai bien vécu quand même, pour moi, c'était un rêve d'enfant de jouer avec les pros. Déjà, marcher sur le terrain pour la reconnaissance, voir les caméras, les supporters, descendre du bus, c'était juste incroyable. Je regardais tout le temps autour de moi, je disais : « Là, j'y suis, c’est bon ». Il y avait les photographes. J'étais dans un autre monde. Quand tu es avec les pros, c’est un autre délire. Et quand j’ai commencé à goûter à ça, je suis devenu un chien, un mort de faim, je n’avais qu’une envie : bosser deux fois plus que les autres pour devenir un titulaire et vivre ça chaque week-end. Petit à petit, je me suis fait une place et j’ai signé mon premier contrat professionnel.
Tu étais dans une situation inédite…
Oui, j’avais déjà joué sans posséder de contrat professionnel. Mais la vérité, je ne pensais même pas au contrat, je voulais juste jouer. Le contrat est venu naturellement. Je faisais mes entrées, tout se passait bien, et lors du dernier match contre Amiens, j’ai été titularisé. J'avais fait un bon match. J’ai même failli marquer !
Lors de la signature de ton premier contrat professionnel, vous avez axé la communication sur le fait que tu étais un enfant de Troyes. Pourquoi ?
Oui, c'était important de montrer aux gens que j'étais vraiment une personne du cru, que je voulais rester ici et que les plus jeunes prennent exemple sur moi. Ça donne encore plus envie aux petits de faire comme moi. Je voulais poursuivre mon aventure ici, de grands clubs m’ont approché, mais j’étais fermé. Dans ma tête, c’était clair : je suis Troyen et je veux m’imposer à Troyes, je veux montrer de quoi je suis capable ici. En plus, je suis bien ici, j’ai ma famille, je suis dans un bon environnement, je suis épanoui, je n’ai aucune raison de bruler les étapes.
Comment s’est opérée l’adaptation avec le groupe professionnel ? Ce n’est pas comme au centre de formation…
Ce n'est pas du tout la même chose. Justement, je suis quelqu'un de sociable, j’aime parler avec les gens. Quand je suis arrivé dans le vestiaire, on m'a directement mis à l’aise. Youssouf M’Changama, c'était vraiment mon grand frère. Il m'a mis dedans direct. J’ai su rigoler avec eux, c'est pour ça qu'ils m'ont apprécié. Finalement, je passais plus de temps avec les anciens qu’avec les jeunes…
Tu traines souvent avec les anciens donc ?
Oui, je suis tout le temps avec les anciens. Comme il y a beaucoup de jeunes, je passe aussi du temps avec eux. Mais je suis plus souvent avec Mounaïm El Idrissy, Ismaël Boura, Renaud Ripart… J’aime bien avoir leur ressenti, leur expertise, échanger avec eux, apprendre des choses, je m’intéresse, je pose des questions. C’est enrichissant. Je cherche à savoir comment réussir et tenir dans le temps, je suis demandeur et à l’écoute.
Comment est ta relation avec le coach ?
Lui et moi, on a une très bonne relation. Il me fait énormément confiance. La saison dernière, déjà, il me prenait. Cette année, il me fait jouer. On parle beaucoup, on échange souvent sur des vidéos. Je sens qu’il veut m'apporter quelque chose en plus sur l'aspect défensif. Il me rabâche les choses à ce niveau. Si je dois signer dans un meilleur club, il veut que je sois déjà au point. Il veut me rendre complet, ça lui tient vraiment à coeur. Et je suis reconnaissant de son travail avec moi, du temps qu’il me consacre. Le staff aussi est derrière moi. Ils sont persuadés que je peux aller loin, je sens qu’ils ont envie de me faire avancer.
Quels sont les différences entre les matchs de jeunes et les matchs en pro ?
Ça n'a rien à voir. Déjà, j'ai l’impression que le terrain est beaucoup plus grand, qu’il y a plus de distance à faire. C’est incroyable. Quand j’échange avec les jeunes du centre, je leur dis : « Les matchs en pro, ça n’a rien à voir, l’intensité est folle ». Par exemple, si tu parles à quelqu’un qui se trouve à côté de toi, tu ne vas pas l’entendre ou il ne va pas t’entendre. Ce n'est pas pareil. Franchement, je souhaite à tous les jeunes de vivre ça.
On sent une volonté de transmettre dans ton discours…
C'est important, les plus petits me regardent et disent : « Je veux faire comme Mathys Detourbet », moi, j'essaie de leur donner le meilleur exemple. Plus jeune, j’aurais aimé avoir un jeune joueur local avec les pros pour prendre des conseils et faire comme lui. Je te dis tout ça même si je suis encore jeune (sourire).
Tu es titulaire, tu enchaînes les matchs, tu es un joueur important de l’équipe, comment gères-tu ce nouveau statut ?
J'essaie d'apporter toutes mes qualités au sein du collectif. Tout le monde sait que j'ai des grosses qualités et que je peux faire basculer un match. J'essaie de tout mettre en oeuvre pour que le club soit content de moi et que le staff soit satisfait. J’ai gagné ma place de titulaire, maintenant, il faut que je garde cette place.
Tu es aussi attendu par les supporters…
Maintenant, ça va un peu mieux. Lors de mes premiers matchs en tant que titulaire, les supporters attendaient beaucoup de moi (il coupe). Ils attendent encore beaucoup de moi, mais c'est différent. Leur regard est différent puisque j’ai déjà montré des petites choses. Attention, je sais que ce n'est pas fini. Les regards sont assez particuliers, car je suis un garçon de Troyes, ils s’identifient à moi, ils me donnent beaucoup d’amour, je dois leur rendre sur le terrain, c’est normal. Si j’avais été un supporter, j’aurais été exactement pareil avec Mathys Detourbet, j’aurais eu le même point de vue.
Désormais, tu as ton numéro et ton nom sur le maillot, est-ce important pour toi ?
Oui, c'est important. C'est encore plus particulier pour ma famille. Quand ils ont vu ça, ils ont dû se dire : « C'est quelque chose de fou ». Moi, franchement, tout ça, le numéro de maillot et tout ce qui va avec, je ne fais pas attention. Je veux juste jouer au foot, avoir le ballon dans les pieds pour faire crier le stade et lever les foules.
Ton numéro a une signification ?
Oui, c'est la date de naissance de ma mère et de mon petit frère. J’ai dit à mon père : « Tu veux que je porte quel numéro ? », il m’a répondu : « Le 11, c'est important ». Je lui ai dit : « Si ça te fait plaisir, je prends le 11 ». En plus, le numéro 11, c'est toujours un numéro que les ailiers aiment bien.
Personnalité
Et si tu devais parler de toi, qui est Mathys ?
Dans la vie de tous les jours, je suis sociable. Je suis assez calme, gentil, mais il ne faut pas m’énerver (sourire). Sinon, je suis quelqu’un de posé. Au foot, je suis ouvert, j’apprends beaucoup et je veux toujours apprendre.
Ça fait quoi d’être considéré comme un joueur très prometteur ?
C'est un statut qu'il faut assumer, qu'il va falloir garder parce que la saison n'est pas finie (il coupe). Et même, pour moi, c'est important d'avoir ce statut-là. Je suis quelqu'un qui a de la présence, qui aime montrer les choses, que ce soit aux anciens ou aux supporters. J’aime bien montrer ma personnalité, montrer que j'ai du caractère. J’aime montrer que ce n’est pas facile de me diriger non plus, je ne me laisse pas faire. Si on me pique, je montre immédiatement que je suis là et que j’ai du répondant. J’aime me sentir attendu.
Tu ne crains pas l’échec ?
Non, franchement, je n'ai pas de crainte, j'ai confiance en mes qualités. Je sais d'où je viens, je sais ce que je dois faire. Franchement, je n'ai aucune crainte à ce niveau, j'ai confiance en moi.
Qu’aimes-tu faire en dehors du foot ?
Je n'ai pas d'occupation particulière. J'aime bien rester à la maison, je ne sors pas, je suis un mec posé. J'aime regarder des séries, des films, des reportages. J’ai récemment visionné les documentaires Canal sur Samir Nasri ou encore Junior Kroupi. Sinon, je peux jouer à la play de temps en temps, mais c’est rare.
Comment gères-tu les sollicitations et la médiatisation ?
Je ne regarde pas trop ce qui se dit sur les réseaux. Je sais qu’il peut se dire tout et n’importe quoi, donc je garde la tête sur les épaules, c’est important. Quand je sors dans la rue, on commence à me reconnaître. En venant ici, une personne m’a interpellé pour me dire : « Il faut gagner ce samedi ». Ça fait plaisir. Les gens sont contents de me voir, je suis content aussi. Ce n'est que du plaisir. Je fais les photos, je signe les autographes, c’est gratifiant, un footballeur est obligé de faire ça. Franchement, moi, ça me fait plaisir. Si je peux faire plaisir aux gens, je le fais aussi avec plaisir.
Tu as aussi animé les rubriques mercato, tu aurais fait l’objet de plusieurs offres, comment as-tu géré les agitations autour de toi ?
Encore une fois, je suis focus sur le ballon, sur ce que je dois faire en club. Je suis à fond avec mon club. Le reste, mon agent s’en occupe, mon père aussi. Ce sont eux qui font le taf, je leur fais confiance. Je suis imperméable à tout ça, ça ne m’a jamais touché.
Tu as quand même fait l’objet d’une offre XXL émanant d’Al-Hilal en Arabie saoudite…
Vu que tu me poses la question, je vais te répondre pour te montrer ma réflexion. Depuis le début de l’interview, je te dis que je veux juste jouer au football, que j’aime le ballon. Cette histoire va te le montrer. Mon père et mon agent sont contactés et reçoivent cette offre. Ils se sentent obligés de m’en parler car financièrement, l’offre était très intéressante. Quand ils m’ont parlé de ça, j’ai sorti mon téléphone, j’ai mis la musique de la Ligue des Champions et j’ai dit à mon père : « Papa, je veux qu’on kiffe cette musique ensemble ». Là, ils ont compris ma réponse (sourire).
Des jeunes de ton âge ont accepté d’y aller…
C'est leur choix. Je ne suis pas à leur place, ce sont des choix de famille ou des envies. Me concernant, je ne suis pas intéressé par ce type de projet à l’heure actuelle. Je veux kiffer au plus haut niveau, entendre les supporters, les chants, la musique de la Ligue des Champions, remporter les plus grands trophées… je veux rêver !
Comment résistes-tu aux tentations ?
La clé, c’est l’entourage. C’est ton entourage qui fait de toi l’homme que tu es. Si tu as un entourage qui te dit : « Viens, on va aller là ou là ou là » ou « Viens essayer ça ou ça », tu vas effectivement avoir des tentations à gérer. Mais quand tu as un bon entourage et que tu es focus, tu sais ce que tu dois faire pour remplir tes objectifs. Me concernant, je vis encore chez mes parents, j’ai la même chambre depuis que je suis tout petit. J’ai des maillots encadrés dans ma chambre, ceux de mes potes comme Khalis Merah, je vais bientôt demander à Enzo Molebe. Mon quotidien est comme ça depuis petit, je ne veux pas le changer.
Tu ne te vois pas habiter seul ?
Si demain, je pars, je prends ma famille avec moi pour garder mon cadre de vie. Ma famille est trop importante pour moi, je suis encore jeune. Ma mère me fait tout, elle me prépare tout, j’ai ma routine, mon père me soutient aussi. Mon frère et ma soeur sont aussi là pour moi, comme je suis là pour eux. Je ne veux rien changer, je sais que je vais performer comme ça.
Tu as connu toutes les étapes en équipe de France, quel est l’objectif ?
L’objectif est de retourner en équipe de France espoirs. Je fais tout pour y aller. La liste approche. J’espère que je serai pris. Et si je ne suis pas pris, ce n'est pas grave, je vais recommencer à travailler. Mais quoi qu’il arrive, mon travail sera récompensé et je serai appelé à un moment donné, j’ai confiance.
En équipe de France espoirs, il y a des joueurs qui évoluent dans de très grands clubs…
Ouais, c'est ça. Il y a de très grands joueurs. Après, c'est à moi de montrer mes qualités. Ils sont tous comme moi, la différence, c’est juste qu’ils jouent dans de meilleurs clubs, mais ça ne veut rien dire. On a tous du talent et c'est celui qui aura le plus faim qui va réussir.
Style de jeu
Parlons de ton jeu, comment définis-tu ton jeu ?
Je suis quelqu'un d'intelligent, j’essaye de jouer juste, j’aime bien les dribbles, j’ai une bonne vista, je suis un joueur technique. J’aime faire lever le stade, être spectaculaire, c'est mon plaisir à moi. Si je fais un bon geste et que le stade crie, ça va me faire plaisir. Mais je ne suis pas obnubilé par ça non plus. Je varie mon jeu. C'est important de varier son je, tout en cherchant l’efficacité. Je reste bien concentré pour ne pas faire n’importe quoi.
Qu’aimerais-tu améliorer dans ton jeu ?
L'efficacité. Je travaille beaucoup à ce niveau lors des séances. Je sais qu’il me manque des stats, mais je ne suis pas focus sur ça. Ce n'est pas quelque chose qui me touche. Dans ma tête, je ne me dis pas : « Il faut des stats absolument ». Moi, je joue au foot pour le plaisir. C'est une passion, mon kiff, c’est de faire vivre des trucs de fou aux supporters, des choses qu'ils n'ont jamais vues de leur vie.
Tu veux progresser sur d’autres points ?
Oui, sur l'aspect défensif. Je dois être encore meilleur. Le coach m’en parle à longueur de journée. Les adjoint me surveillent aussi à ce niveau. Avec le temps, je vais être au point.
Quels sont les joueurs que tu aimes regarder ?
Avant, je regardais beaucoup Messi. En ce moment, je regarde Cherki. Il fait une top saison. Il est un peu comme moi, on est un peu pareils, on joue au foot pour le plaisir, pour la passion. Les stats viendront plus tard. J’aime la mentalité de Mbappé aussi, celle de Ronaldo également. Quand ces joueurs parlent, j’écoute et j’apprends. Ça me donne envie de faire comme eux. Ça se voit qu’ils ont une bonne hygiène de vie. Ronaldo est encore exceptionnel malgré son âge, je le prends comme exemple, je connais la marche à suivre.
Peux-tu décrie l’ailier parfait ?
Je ne dirais pas parfait, parce qu'il lui manquait la partie défensive, mais je dirais Neymar. C'était vraiment un joueur complet. Il finissait, il pouvait te faire crier le stade. Quand il jouait avec ses partenaires, c'était un régal de le regarder surtout quand il jouait au PSG. Moi qui regardais beaucoup le PSG, c'était incroyable.
Aujourd’hui, tu n’as pas la volonté d’être décisif à chaque match ?
Je l'ai dans un coin de ma tête parce que c'est important, je le sais, mais si je ne marque pas dans un match, je ne serai pas frustré ou mal. Je ne vais jamais déjouer pour marquer un but. Je veux toujours respecter le football, les actions et mes partenaires. Je ne suis pas prêt à tout pour être décisif. Si je fais un bon match et que j’aide mes coéquipiers, ça me va. Marquer ou faire des passes décisives, c’est toujours exceptionnel, ça me donne envie. Mais je ne suis pas matrixé par les stats.
Conclusion
Quels sont tes rêves ?
Je rêve de remporter tous les trophées possibles et imaginables. Je veux soulever le Ballon d’Or, j’ai de grands objectifs, je sais que ça va être dur, mais je peux y arriver. Je rêve aussi d’évoluer avec mon pays, la France, remporter la Coupe du Monde, l’Euro et vivre de grandes émotions. En dehors du foot, je n'ai pas de rêve particulier. Je veux vivre une belle vie avec ma famille, rendre fière ma famille. C'est le plus important.
Si tu n'avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
J’aurais été coach parce que j'aime bien manager. J’aime bien dire : « Lui, ok, il joue, lui, non, il ne joue pas » ou « Lui a plus de qualités donc je vais le mettre ici ». J’aurais aimé faire ça. Avant je passais du temps sur Football Manager, mais c’était trop long (sourire).
Si tu pouvais bénéficier d'un super-pouvoir, tu choisirais lequel ?
La téléportation, pour aller où je veux, quand je veux. Il m’arrive d’être en retard parfois. Bon, aujourd’hui, j’étais en avance à l’interview (rires). Mais ça peut servir la téléportation, surtout de dernière minute.
Si tu étais journaliste, tu poserais quelles question à Mathys Detourbet ?
Bonne question. Je lui demanderais : « Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? ». Et je répondrais : « Je veux vivre les plus belles choses qui peuvent exister, soulever des trophées, gagner des Coupes du Monde, c'est important ».
Si tu devais terminer l’interview par une phrase qui te représente, que dirais-tu ?
Je vais te dire ce que mon père me répète souvent : « Être confiant, être sûr de ses qualités, rester toujours insouciant et rester comme je suis ». Voilà la phrase que je garde toujours en tête. Je ne veux pas être téléguidé. J’aime qu’on me donne de la liberté, car c’est là que je vais faire les plus belles choses…
Un de tes joueurs préférés, Cherki semble téléguidé à Manchester City…
Cherki et Pep s’embrouillent souvent pour ça. Cherki a envie d'être libre. Et Pep a des demandes bien précises… On verra quel type de coach j’aurai plus tard, mais je parlerai avec lui, pas de souci là-dessus.
Si tu devais te noter pour cet entretien, tu te mettrais combien ?
Je me mets un bon 8 sur 10, pour ma première véritable interview en dehors du club, je me suis bien débrouillé.
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