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·19 mai 2026
EXCLU - Yassine Belattar : « Entre Pierre Sage et Guardiola, je choisis Pierre Sage »

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·19 mai 2026

Humoriste très engagé en politique, Yassine Belattar n’en demeure pas moins un vrai amoureux de foot. Ancien meneur de jeu, le natif des Yvelines conserve des liens forts avec le sport roi et dans lequel il espère bientôt exercer des fonctions officielles.
Voici quelques extraits de notre interview de Yassine Belattar. L’intégralité de cet interview de 2 pages est à retrouver dans le magazine n°380 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 3 avril 2026.
Yassine, est-ce que tu peux me parler de ton rapport au foot ?
J’ai pratiqué le foot entre mes 7 ans jusqu'à 20 ans. J'ai joué jusqu'à un niveau DH, en Île-de-France, à Marly-le-Roi. Et après, ce n’était pas une histoire de sérieux ou non, mais moi, je suis né en 1982, donc dans les années 1998-2000, Zidane avait fait quelques dégâts dans la tête des rebeus qui font des passements de jambes. C’est une grosse région, l'Île-de-France. Et puis surtout à l'époque, ce n'était pas le même niveau qu'aujourd'hui. Maintenant, ils sont très jeunes, ils sont très bons, mais nous, à l'époque, il y avait un ancrage local très puissant. Je fais partie d'une génération où Stéphane Pédron, il est devenu professionnel à 27 ans.
Ça n'existe plus aujourd'hui ?
Là, maintenant, à 14, 15 ans, les mecs, ils sont quasiment aux portes de l'équipe première, donc ça n'a plus le même charme. Ensuite, j'ai commencé ma carrière artistique à Paris et je me suis retrouvé à vouloir investir dans le foot. La première étape, c'était de prendre le Paris FC. J'avais fait pas mal de choses avec l'ancien président, Ferracci, en essayant même à un moment de faire une proposition d'achat, mais qui était tombée à l'eau. Ensuite, j'ai travaillé avec un consortium qui a racheté l'AJ Auxerre en 2010, avant d'être vendu aux Chinois.
Et ton amour du foot, il vient d'où ? Tu es issu d'une famille de footballeurs ?
Oui, comme tous nos darons qui jouent au foot, qui aiment le foot, au bled. Mais surtout, à l'époque, Aziz Bouderbala et Krimo, ils jouaient au Matra Racing. Bouderbala habitait à côté de là où j'ai grandi, dans le 78, et il n'avait pas de famille marocaine pour l'aider à faire le ramadan. Vu que mon père était taxi, il a fini par le faire venir plusieurs fois à la maison pour le repas de rupture. Moi, à l'époque, je faisais du judo parce que j'étais un garçon un peu grassouillet, et il m'a dit : « C'est mieux que tu te mettes au foot ». Donc celui qui m'a vraiment mis au foot, c'est Bouderbala.
Est-ce que tu te souviens de ton premier entraînement ?
Écoute, moi, je fais partie de la France de la méritocratie. Je n'étais pas en équipe A. Je ne vais pas te mentir, je n'avais pas un talent hors pair. Ma seule force, c'est que je suis gaucher. J'étais en équipe B. J'ai eu une poussée de croissance en troisième où j'ai dû prendre 10 centimètres et perdre 20 kilos. Vu que j'ai toujours été un garçon technique, du coup, j’ai franchi un cap. Sinon, je comprends tout à fait les déceptions de ne pas être convoqué en A chez les petits. Je préfère ça que l'inverse. Je préfère commencer en B petit et finir en A plus grand que l'inverse. On a tous connu ça, ça forge un état d'esprit. D’ailleurs, quand tu creuses, beaucoup de pros n'étaient pas en A.
Ça t’apprend l’humilité et le travail, non ?
Comme je dis souvent, le foot, c'était vraiment le troisième parent. Le côté confrérie, vestiaire, ça m'a beaucoup apporté dans ma vie personnelle. Ça t'apprend le collectif, ça t'apprend plein de choses. C'est pour ça d'ailleurs que dans ma vie, je suis plus entouré par des gens qui jouent au foot que des gens qui faisaient un sport perso. Parce que c'est des codes.
En tant que gaucher, j’imagine que tu étais meneur de jeu…
Absolument. Gaucher élégant, bon tireur de coups de pied arrêtés. La question centrale, c'est : est-ce que tu préfères faire une passe ou marquer un but ? Ce n'est pas les mêmes émotions. Une fois que tu as vaincu ce truc de marquer plein de buts, tu as envie de... De faire kiffer les autres. C'est plus stratégique de faire des passes que de marquer des buts. C'est une époque du foot où il n'y avait pas encore toute cette « NBAsation » avec les statistiques, etc. Tu jouais, tu gagnais. Il y avait une compétition parce que quand même, en DH, c'était costaud et tout. Mais on prenait du plaisir.
Tu as une anecdote marquante sur ta jeunesse ?
Je me souviens avoir joué un match face à Selim Benachour, qui jouait à Clairefontaine.
Je suis plus jeune que lui et quelqu'un m'avait dit : « Tu le prends en marquage ». Je pensais que ça allait être une formalité. Il n'y avait pas encore cette médiatisation des jeunes talents comme aujourd'hui. De toi à moi, j’ai passé 15 minutes qui ont chamboulé ma carrière parce que c'était tellement incroyable. Tu vois ce que je veux dire ? Je me suis dit que jamais je ne pourrais atteindre un tel niveau. Ça nécessitait beaucoup, beaucoup de sacrifices. C’est ce jour-là que j'ai compris qu'il fallait prendre le foot autrement.
Avec une réflexion plus profonde ?
Beaucoup de gens pensent que la pratique du foot, ça élimine le reste, alors que le foot manque cruellement de cerveaux C'est ce que m'avait dit Pape Diouf : « Jouer au foot, c'est bien, le penser, c'est mieux ». Aujourd'hui, il y a beaucoup de postes encore où les mecs de banlieue ne sont pas acceptés. Ça commence à marcher, mais les directeurs sportifs, tout ça, c'est des postes clés dans des clubs.
Dans ta voix, on sent quand même de la nostalgie ?
Je vais te parler de banalités, mais les tournois étaient vraiment, pour moi, le régal du merguez-frites. J’étais un grand consommateur de merguez-frites vu que je faisais foot et foot en salle. À un moment, je jouais sept jours sur sept. Évidemment, le niveau que j'avais était exceptionnel parce que je jouais tous les jours. Je me souviens qu'à un moment, des recruteurs étaient venus me voir. Je ne me réjouissais pas parce que moi, je n'avais pas du tout envie de me retrouver en centre de formation loin de mes parents. C’était une époque assez déstructurée du foot... Ce n'était pas comme aujourd'hui. Récemment, j'ai vu un mec d'un club de foot amateur dans le 93. Pour ne pas citer Drancy, malgré les faibles moyens du club, les mecs, ils sont organisés.
Les clubs travaillent avec les recruteurs, les parents et les enfants connaissent les scouts ou les agents. Tout le monde se connait…
Moi, quand j'étais petit, je croyais que les recruteurs venaient pour me kidnapper. Je me souviens d'une autre anecdote. Quand je jouais en DH, les entraînements reprenaient le 10 août. Ça tombait en plein coeur des vacances. Nous, on était au bled. Et j'ai dit à mon père : « Si je veux jouer cette saison, il faut que je sois le 15 août max à Paris ». Et mon père m'a répondu : « Mais t'es fou. Laisse-nous profiter des vacances ». Intérieurement, il se disait sûrement : « Il est devenu fou, mon fils ». Et donc, j'ai pris le car seul et je suis rentré à Paris. En fait, c'est pour te montrer à quel point le foot, c'était dans les familles, quelque chose de normal qui passait au troisième plan.
Moi, mon père ne m’aurait même pas laissé rentrer…
Je suis rentré, j'avais 17 ans. J'ai vécu seul pendant 15 jours à aller au foot et tout. C'est pour ça que je ne crache jamais sur les mecs qui se battent parce qu'il y a tellement de sacrifices. Même l'arrière droit de Metz, quand il va louper un contrôle, tu dois te rappeler qu’il en a quand même chié pour en arriver là. Des anecdotes comme ça, j'en ai un million, c'est pour ça que je m'investis encore dans le foot parce que je pense que le foot de demain, ça va être des gens qui ont vécu le foot amateur. Moi, je suis plus impressionné par le foot amateur que par le foot professionnel.
Tu supportais quelle équipe et qui était ton joueur préféré ?
Je suis né en 1982, donc l'OM. Et le joueur par excellence, qui m'a toujours fasciné, c'est Zidane. Après, il y a des joueurs réservés aux connaisseurs qui sont de vrais joueurs.
Qui par exemple ?
Steed Malbranque... Il n'était pas inintéressant à regarder jouer. Aujourd’hui, ça aurait été compliqué parce que la Ligue 1 est devenue… formatée. C'est ça qui crée le désintérêt du foot. Il n'y a pas de place pour la créativité. En plus, tu peux lier ça à la société française. Il y a peu de place pour les créatifs. Tout le monde est dans une case. Je fais partie d'une génération où c'était du foot de papa. Ce qui est assez marrant d'ailleurs, tu vois la photo de Zidane à 26 ans et tu mets Mbappé à 26 ans, on dirait toujours que Zidane, c'est le père de Mbappé, alors qu'ils ont le même âge. Moi, je ne suis pas une génération qui peut parler de foot sans avoir un engagement politique. En fait, nous, le foot, c'était un thermomètre sociétal.
Si, je te paraphrase un peu, on a l'impression que les jeunes de banlieue ne peuvent s'émanciper qu'à travers le foot ou la musique. C’est exact ?
C'est eux qui ont accepté ça. D'ailleurs, pour répondre à ta question, je ne sais pas si je jouais au foot parce que j'aimais ça ou parce que j'avais compris que ça permettait de s'émanciper. Après, je suis devenu humoriste, ça fait partie aussi des cases pour s'émanciper. Le problème, c'est qu’il y a trois voies dans laquelle la société française, nous reconnaît. Ce n'est pas des voix dans lesquelles, aujourd'hui, « les rebeus et les renois », veulent percer. Il y en a beaucoup dorénavant qui ont décidé d'être des anonymes, d'avoir un job normal. Apres, dans un sens, le foot, la musique ou l’humour, ce sont des voix méritocratiques. Pourquoi je garde moi une forme d'estime pour le foot ? Parce que si tu n'es pas bon, tu ne joues pas. C'est l'un des derniers bastions où on reconnaît le fait que si tu n'es pas performant, on n'a rien à te dire. Les autres, tu peux tricher. Tu peux avoir une attachée de presse, tu peux avoir un management qui te place.
Qui te fait kiffer chez les footeux ?
Vinicius. Lui, il est pas dans les codes. Mais pour revenir à la question précédente, c'est la société française qui nous a imposé de réussir dans ces voies-là. Moi, j'ai toujours dit : « J'en ai marre de voir des arabes et des noirs qui nous représentent et qui sont en sueur ». Mourad, s'il ne faisait pas le 100 mètres, ça ne m'enlèverait pas l'idée que c'est un mec bien. C'est pour ça qu'aujourd'hui, je le vois à travers nos enfants, c’est marrant, ils n'ont pas de talent. C'est drôle de se dire qu'on a étouffé les talents de nos enfants pour leur dire d'aller à l'école.
Il aurait pu devenir footballeur ?
Mon fils, je lui ai fait arrêter le foot tellement il me dégoûtait. Je plaisante, mais il a un mode de vie qui lui a enlevé un truc. C'est antinomique. Il lui a enlevé la grinta. Tu as vu l'interview de Robin Van Persie sur son fils qui perd un tournoi ?
Oui…
C'est exactement ce que je dirais à mon fils. C'est : « Tu veux jouer au foot, tu veux t'amuser ? Tu es mon fils. Par contre, tu veux gagner ? C'est un autre mantra, mon fils ».
C'est l'angle de la caméra qui a changé avec des attentes différentes ?
Oui. Nous, on part deux jours dans nos pays d’origine et on revient. Avant, ça n’existait pas. Nos parents, ils attendaient un an pour partir en vacances. Moi, je n'ai jamais connu la situation financière de mes parents. C'est pour ça que je te dis, aujourd'hui, le foot français est en pleine mutation. Le meilleur cas, c'est l'agent de Dembélé. Quand tu as une écurie où tu as signé les plus gros talents du foot français et que tu te manges des articles qui disent que tu es un mec chelou, ça prouve qu'il y a encore une espèce de réticence à reconnaître le talent là où il est.
Je pense que ce clivage est dépassé. Il faut aspirer à autre chose, non ?
Maintenant, ce qui nous manque, c'est la case présidence et direction dans le foot.
Tu as Medhi Benatia à l'OM…
J’aime beaucoup Mehdi Benatia pour 1 000 raisons. Il est dans un club où il est très exposé, pour ne pas dire le plus exposé. Moi, je pense que l'allié de Mehdi Benatia, c'est le temps. La question, c'est : est-ce qu'il va l'avoir ? La vérité, c'est que c'est la première fois que tu as ça dans le foot français : président rebeu, entraîneur renoi avec Habib Beye. C'est historique. Là, c'est la première fois que tu as une vraie notion de banlieusards. J'ai envie de dire : les gars, vous portez une responsabilité très importante, parce que si ça se passe bien, ça va créer des ambitions. Si ça se passe mal, le foot français, qui est quand même extrêmement monocolore, dira : « En fait, on ne peut pas leur faire confiance ». C'est pour ça que Medhi, il a une mission qui le dépasse à l'OM. Il y a tellement de pression autour de lui qu'on ne peut que le soutenir.
Le combat des banlieues, c’est ton combat ?
C’est simple, ça va d'un Walid Regragui à un Djamel Belmadi, à un Aliou Cissé. Tout ça, c'est des mecs de banlieue. Et je sais ce que ça leur a coûté d'en arriver là. Ça a été dur. Et aujourd'hui, la vérité, c'est qu'il faut reconnaître le talent là où il est. Je n'ai pas le temps de détester l'un de mes semblables. Je te le dis parce que je m'engagerai dans le foot français prochainement. Je pense que le foot français va totalement changer et que les instances, quand elles vont accueillir des minorités, vont être plus compétitives comme la NBA. Avant, c’était quoi la NBA ? Des blancs qui regardaient des noirs jouer. Et le jour où ils ont décidé, pour des raisons politiques comme les quotas, de faire entrer des noirs dans des instances de la NBA, la NBA est devenue inégalable, inégalée.
Pour revenir un peu au terrain, que penses-tu de ce nouveau PSG version Luis Enrique avec moins de stars, sans Neymar ou Mbappé ?
Moi, je pense que dans le cas des Qataris, c'est celui qui paye qui a raison. Je sais que les supporters français ont une autre culture. C'est-à-dire que le club t'appartient et tu te fais insulter tous les week-ends ? L'évolution du PSG, la vérité, c'est que c'est la Ligue des Champions la plus coûteuse de l’histoire. Tu mets un milliard et demi d'euros dans les transferts pour gagner la Ligue des Champions au bout de 10 ans, il y en a beaucoup qui auraient arrêté en cours de route.
Sauf que tu as valorisé un club acheté 70 millions d’euros et qui en vaut 4 milliards aujourd'hui.
Absolument. À la base, ils achètent le PSG pour justifier la Coupe du Monde. Moi, je pensais comme beaucoup qu'en 2022, la messe était dite, mais mine de rien, c'est devenu un acteur économique déterminant pour le foot français. Si tu enlèves le PSG, économiquement, on est mort. Ensuite, le deuxième point, c'est que Nasser, c'est l'homme le plus important du pouvoir français. Mais pour revenir à Luis Enrique, il a amené cette notion de collectif. Mbappé, c'était une startup à part entière. Il y a un raté entre Mbappé et le PSG, parce que j'aurais vraiment cru qu'il allait faire une carrière à la Steven Gerrard. Même s'il gagne une Ligue des Champions avec le Real Madrid, je ne suis pas sûr que ça aura la même saveur. C'est pour ça que moi, je regarde Bodo avec beaucoup d'amour.
Bodo Glimt ?
Oui, ça va être la grande mode des prochaines années. Le foot moderne, ça sera des collectifs et plus seulement des individualités. En plus, on va perdre Ronaldo et Messi dans les deux, trois ans qui viennent. Personne n'arrivera à… les remplacer. C'est comme nous dans l'humour, personne n'arrivera au niveau de notoriété d'un Jamel Debbouze. C'est inconcevable. Il y aura des grands joueurs, il y aura des très beaux joueurs, évidemment. Les championnats ne vont pas s'arrêter. Mais de telles incarnations, c'est le propre de tous les sports. La NBA, ils sont en train de se demander qui après LeBron James.
Tu es un romantique du foot ?
Je n'aime pas le terme footix, mais moi, si tu me donnes une équipe, tu me dis Pierre Sage ou Guardiola, je prends Pierre Sage. Je m'en fous de Guardiola. Guardiola, quand il arrive à Manchester City, on lui dit : « Tu peux acheter qui tu veux ». La méritocratie, ce n'est pas la même. Pierre Sage, il était assistant d’Habib Beye au Red Star. Tu vois ? Et il finit à Lens, il est deuxième. Pour moi, c'est l'un des meilleurs entraîneurs français parce qu'il a fait avec ce qu'il avait.
Un poste dans le football un jour, ça te brancherait ?
Au-delà de me brancher, c'est vraiment se donner les moyens d'avoir... Mais pas un poste exécutif. Je n'ai pas vocation à parler de foot. Je n'ai pas vocation à dire : On va en jouer en 4-3-3. J'ai eu le privilège et l'honneur de travailler quelque temps avec Pape Diouf. Les six mois que j'ai passés avec lui, ça m'a vraiment chamboulé. Il m'avait dit une anecdote assez jolie. Un jour, il parlait de foot avec Eric Gerets. Et Eric Gerets, lui dit : « Je vous autorise à parler de foot parce que vous vous y connaissez ». Déjà, ils se vouvoyaient. Ça montre le rapport. Pour ma part, je pense à un rôle non-exécutif dans le foot, mais à travers ce qui suit mes valeurs : faire rayonner le sujet du banlieusard qui est légitime sur son territoire. J’espère pouvoir avancer dans ce rêve-là et à ce moment-là, on fera une interview beaucoup plus longue.
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