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·8 juillet 2026
EXCLU - Yassine Bounou : « J’espère, moi aussi, inspirer d’autres jeunes à l’avenir »

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·8 juillet 2026

Considéré comme l’un des meilleurs gardiens du monde, Yassine Bounou incarne avec brio la réussite de la formation marocaine. Produit du Wydad Casablanca, le portier de 35 ans a débuté dans le Royaume avant de briller en Europe. Témoin de l’évolution du football local, « Bono » décrypte son émancipation.
Yassine, comment l’idée de devenir gardien t’est-elle venue ?
À la base, j’aimais les deux : jouer comme joueur de champ et être gardien de but. Ensuite, en tant que gardien, j’avais la possibilité de m’entraîner davantage, avec les séances spécifiques aux gardiens ainsi que celles avec les joueurs. Petit à petit, mon choix s’est donc orienté vers ce poste.
On dit souvent qu’on devient gardien de but parce qu’on n’est pas très bon sur le terrain. Est-ce que c’était ton cas ?
Non, ça va, j’étais plutôt bon en tant que joueur de champ. Mais pour faire une carrière professionnelle, j’ai estimé que c’était mieux d’être gardien de but. Je n’étais pas très endurant, je n’aimais pas courir, j’étais un peu paresseux (rires). Tu sais, quand tu commences à jouer à onze contre onze, il faut courir et se dépenser. Je me sentais donc mieux en tant que gardien.
Quels sont tes souvenirs footballistiques de ton enfance au Maroc ?
Au début, je jouais chez moi, près de la maison, avec les voisins et les amis du quartier. On tapait dans le ballon ensemble. Petit à petit, j’ai rejoint le Wydad de Casablanca. La première fois que je suis arrivé là-bas, c’était en 1998. Et, au fil du temps, le football est devenu de plus en plus sérieux pour moi.
As-tu une anecdote marquante de ton enfance au Maroc ?
J’en ai beaucoup. Là, comme ça, c’est difficile de t’en donner une en particulier. C’était une autre époque, un autre football. On jouait des matchs qui pouvaient durer trois ou quatre heures (rires). En tout cas, ce ne sont que de bons souvenirs.
Comment cette envie de jouer tout le temps au foot est-elle née ?
J’ai toujours aimé le foot. Je ne sais pas si cela vient du quartier où j’habitais. À l’époque, il n’y avait vraiment pas beaucoup de distractions. C’était soit le football, soit… (il coupe). Il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire.
Dans le monde arabe, et au Maroc, on aime les dribbleurs, on aime le spectacle. De ton côté, tu as réconcilié les supporters et les jeunes avec le poste de gardien de but en devenant l’un des meilleurs au monde à ton poste. En as-tu conscience ?
C’est vrai qu’au Maroc, les choses ont petit à petit changé. On avait cette culture : on aimait les dribbleurs, le beau jeu, le football spectaculaire. Même moi, en tant que gardien, j’ai toujours pris du plaisir à affronter les dribbleurs, même s’ils étaient mes adversaires. Le poste de gardien est un poste assez spécial. Au Maroc, petit à petit, les jeunes vont commencer à apprécier davantage ce poste. On aura par la suite de très grands gardiens.
Ça fait quoi d’être considéré comme l’un des meilleurs du monde à ton poste ?
Ça me fait chaud au cœur de sentir que les Marocains, et les gens qui aiment le football en général dans le monde entier, me considèrent comme un gardien important du football mondial. Petit, ce n’était pas vraiment un objectif pour moi. Je voulais juste devenir professionnel. Petit à petit, j’ai appris à mieux me connaître. J’ai senti que je pouvais aller plus loin que ce que je pensais au départ. Je remercie le destin qui m’a amené progressivement à ce niveau-là.
Tu as été formé au Wydad, mais cela ne t’empêche pas d’être considéré comme un monument à ton poste. Penses-tu que cela donne de l’espoir à la jeunesse locale ?
C’est sûr. Moi, quand j’étais jeune au Wydad, j’entendais les gens parler de Badou Zaki, qui était un très grand gardien, formé au Wydad et qui y a joué. Il a eu une belle carrière professionnelle et il m’a inspiré. J’espère, moi aussi, pouvoir inspirer d’autres jeunes à l’avenir.
À quel point un joueur a-t-il du mérite en réussissant en Europe sans y avoir grandi ?
Il a énormément de mérite, non seulement au niveau des entraînements et du challenge sportif, mais aussi et surtout au niveau de la mentalité. Pour nous, quand on ne grandit pas en Europe, il est vraiment difficile de s’adapter à la vie européenne et à ses exigences. Pour moi, cela a été une étape très difficile, qui a pris du temps. Petit à petit, j’ai pu m’adapter à cette mentalité et faire en sorte que mon cerveau fonctionne comme celui des joueurs de très haut niveau. C’était le plus grand défi.
Tu es aussi connu pour être l’un des meilleurs au monde sur les penalties. Quel est ton secret ?
Le secret, c’est que j’ai connu plusieurs moments où j’ai traversé de longues séries sans arrêter de penalty. À ce moment-là, beaucoup de gens se posaient des questions sur moi dans cet exercice. Cela m’a poussé à accorder encore plus d’importance à ce domaine du jeu. J’ai beaucoup travaillé dessus avec mes coéquipiers et je me suis davantage intéressé à cet aspect, qui est très important. Et puis voilà…
Sens-tu que, désormais, tu as un ascendant psychologique sur le tireur adverse ?
Je ne sais pas. De toute façon, les penalties, c’est 100 % de concentration. Surtout pour le joueur qui tire. S’il est concentré à 100 % et qu’il a la qualité, il est vraiment difficile de le faire échouer. Pour nous gardiens, il y a un petit pourcentage de situations où l’on peut gratter quelque chose, et on essaie de travailler dessus. Je dis toujours qu’il y a une grande part d’intuition, mais aussi une part de chance.
Pour toi, la chance existe-t-elle au poste de gardien ?
C’est clair que la chance fait partie du jeu. Après, il ne faut pas se baser uniquement sur ça. Il faut être prêt, se préparer et faire le travail. Ensuite, il faut aussi avoir un petit coup de pouce de la chance (sourire). C’est quelque chose de difficile à expliquer.
Tu dégages beaucoup de relâchement et de tranquillité. Est-ce naturel chez toi ou est-ce quelque chose que tu travailles ?
C’est quelque chose que j’ai toujours eu, depuis ma jeunesse. Ça a toujours été l’une de mes qualités. Bien sûr, j’ai essayé de la développer avec le temps. Tout ce qui est concentration, focus et coaching mental m’a aidé.
Qu’est-ce que ça te fait de voir de plus en plus de jeunes formés au Maroc réussir en Europe ?
Ça me fait super plaisir. Ce sont des joueurs de haut niveau qui ont toujours eu les capacités pour jouer en Europe. Mais il y avait souvent un blocage psychologique qui freinait certains. Aujourd’hui, on a de nombreux joueurs, notamment ceux issus de l’Académie, qui viennent en Europe et qui réussissent très bien. Cela encourage les nouvelles générations. Ils se disent « Si eux ont pu le faire, pourquoi pas nous ? ». C’est grâce à tous ces joueurs qui ont réussi que les jeunes pourront aussi s’imposer à l’étranger.
Si tu devais présenter le joueur marocain type ?
Déjà, au niveau de la morphologie, on ne peut pas parler du joueur africain de manière générale. Pour moi, le joueur marocain est bon techniquement, bon tactiquement et stable émotionnellement. Sur certains postes, on aura toujours des difficultés, car il n’est pas facile de trouver des joueurs très explosifs. En défense et au milieu, les joueurs marocains ont toujours eu les qualités nécessaires pour évoluer à ces postes. Par la suite, le joueur marocain va continuer à se développer pour acquérir les qualités nécessaires afin d’être performant dans les postes offensifs, qui demandent davantage d’explosivité.
Propos recueillis par Rafik Youcef à Rabat
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