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·1 juillet 2026
France-Paraguay 1998 : et la lumière fut

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Tout comme en 1998, l'équipe de France va croiser la route du Paraguay au stade des huitièmes de finale de la Coupe du monde. Vingt-huit ans plus tôt, la sélection alors dirigée par Aimé Jacquet s'était longtemps heurtée à l'Albirroja d'un certain Luis Chilavert dans la touffeur du stade Bollaert de Lens ... avant d'être libérée d'un poids par Laurent Blanc.
Comme lors de l'édition 1998, l'équipe de France va croiser le Paraguay au stade des huitièmes de finale durant la Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord (samedi, 23h). Certains y verront un signe du destin, puisqu'il y a vingt-huit ans, la sélection alors dirigée par Aimé Jacquet s'était ouverte la voie du sacre après son combat de tous les instants avec le poil à gratter paraguayen. Poil à gratter qui n'était pas franchement attendu à ce stade de la compétition pour défier le pays-hôte. Pendant que les Bleus faisaient fait le plein de points contre l'Afrique du Sud (3-0), l'Arabie Saoudite (4-0) et le Danemark (2-1), la nation sud-américaine suprenaient son monde en terminant deuxième de sa poule derrière le Nigéria mais surtout devant l'Espagne et la Bulgarie.
Quart de finaliste des trois dernières Copa America, l'Albirroja n'a pourtant rien d'un épouvantail au moment de se présenter face au capitaine Didier Deschamps et sa bande. Sa meilleure performance en Coupe du monde ? Un huitième de finale atteint en 1986 pour trois éliminations au premier tour. Mais pour en arriver là où elle en est ce 28 juin 1998, elle s'appuie sur quelques leaders, que ce soit les défenseurs Celso Ayala et Carlos Gamarra, le milieu de terrain Roberto Acuña et le gardien de but José Luis Chilavert, encore méconnu en France. Le futur gardien du RC Strasbourg (2000-2002) s'apprête toutefois à s'y faire un nom. Dans la fournaise du stade Bollaert de Lens, où le Racing a été sacré champion de France pour la première fois de son histoire quelques mois plus tôt, le portier dirige un bloc bas renforcé (5-3-2) et prêt à laisser sa peau face au pays-hôte.
Très vite, le public lensois et les téléspectateurs présents devant leur écran en cette fin d'après-midi (le coup d'envoi a été donné à 16h30) comprennent très vite que la physionomie de la rencontre n'aura rien d'une partie de plaisir pour une équipe de France privée de son maître à jouer Zinédine Zidane, suspendu depuis le deuxième match et son carton rouge reçu contre l'Arabie Saoudite. Pour autant, avec Youri Djorkaeff aux manettes, les Bleus attaquent haut, tentent d'emballer la partie, mais tombent sur un os. Bernard Diomède, d'un tir du pied gauche excentré, est une première fois dégoûté par José Luis Chilavert attentif pour se détendre de tout son long. Juste avant la pause, l'emblématique gardien de but paraguayen s'en remet ensuite à son poteau droit pour barrer la route à Thierry Henry, lancé depuis le rond central et bien aidé par une déviation malheureuse d'un défenseur adverse.
Dos à dos avec les Sud-Américains à la pause, les partenaires de Fabien Barthez repartent de plus belle à l'assaut du but. S'ils sont rarement mis en danger, ces derniers s'exposent toutefois aux contres paraguayens, prêts à exploiter la moindre espace laissé par l'arrière-garde française. De l'autre côté du terrain, l'ombre de la tribune de Bollaert recouvre une partie de la pelouse où José Luis Chilavert continue de garder sa cage inviolée. Le chrono tourne, Marcel Desailly s'élève le plus haut dans les airs mais ne parvient pas à catapulter le ballon dans les filets, David Trezeguet à régler la mire sur un délicieux plat du pied passé proche du montant de Chilavert, tandis que dans le temps additionnel, Djorkaeff voit son tir à l'extérieur de la surface être repoussé par un défenseur devant le dernier rempart de l'Albirroja. Les situations se sont enchaînées pendant 90 minutes et quelques, mais rien n'y fait : les Bleus butent inlassablement sur un pied, un tacle ou une intervention d'un guerrier paraguayen.
L'ambiance se crispe soudainement dans le nord de la France comme dans l'ensemble du pays. Poussés en prolongation par Paulo César Carpeggiani et sa troupe, les joueurs d'Aimé Jacquet s'exposent en plus de ça à la terrible règle du but en or : la première équipe qui marque se qualifiera pour les quarts de finale. Sans Thierry Henry, sorti sur blessure après l'heure de jeu, mais avec Djorkaeff, Trezeguet, Pirès ou encore Guivarc'h, les Bleus reprennent leur travail de sape dès l'entame. Sous le cagnard, le mur paraguayen s'éffrite mais ne rompt toujours pas. Intraitable dans les bois, Chilavert dévie un coup-franc direct de Djorkaeff qui prenait la direction de son petit filet. Le natif de Luque est exaspérant au possible. En plus d'être infranchissable, le gaillard profite de chaque arrêt de jeu pour gagner du temps, remotiver ses troupes et rentrer doucement mais sûrement dans les têtes françaises.
Les nerfs à vif, les Bleus sont partagés en deux blocs et se retrouvent sur un fil, à l'image d'un contre emmené par Miguel Ángel Benítez stoppé in-extremis par Marcel Desailly et Bixente Lizararu au retour de la mi-temps de la prolongation. Avec Lilian Thuram, le trio tient la baraque derrière. Car plus le temps passe, plus Laurent Blanc, bien décidé à en finir, déserte la charnière centrale. Mais si ses velléités offensives donnent des sueurs froides à ses homologues défensifs, celui qu'on surnomme le Président s'apprête à libérer tout un peuple. Après s'être exporté sur le côté droit, Pirès adresse un centre au point de penalty, où se trouve Trezeguet. D'une lucidité exceptionnelle, le jeune renard des surfaces remise de la tête devant lui pour mettre Blanc sur orbite. Le défenseur central ne se fait pas prier et fusille enfin la cage gardée par l'imposant Chilavert (114e, 1-0).
"Et la lumière est venue de Laurent Blanc", s'exclame le regretté Thierry Gilardi aux commentaires. Au bout d'un tunnel qui l'emmenait tout droit vers une périlleuse séance de tirs au but, l'équipe de France s'en sort sur le gong grâce à la cruelle - ou libératrice, c'est selon - règle de la mort subite. Prostré au sol pendant quelques instants, le gardien de but paraguayen, KO debout, se relève soudainement pour consoler ses coéquipiers et les relever. Les Bleus, eux, fêtent une qualification qui sera tout autant longue à se dessiner contre l'Italie en quarts de finale (0-0, 4 tab à 3). La Croatie (2-1) et le Brésil (3-0) seront ensuite vaincus par des Tricolores sacrés champions du monde pour la première fois de leur histoire le 12 juillet 1998. Un destin qu'on souhaite évidemment à Didier Deschamps et sa bande vingt-huit ans plus tard, que le combat face au Paraguay soit harassant ou non !
Dans tous les cas, le sélectionneur ne compte pas s'appuyer sur l'expérience éreintante de 1998 pour préparer la rencontre auprès de ses joueurs. "S'il y a bien une chose dont je ne parle pas à mes joueurs, c'est ce que j'ai pu faire, a-t-il balayé en conférence de presse, après la qualification obtenue contre la Suède dans la nuit du mardi 30 juin au mercredi 1er juillet. Ils n'étaient pas nés en 1998 ou avaient un âge où ça n'avait aucune signification. Faire le parallèle... Je connais la qualité de cette équipe. Ils ont dans l'ADN cette capacité à bien défendre, l'agressivité. Ils vont jouer leur chance à fond. Petit à petit, on donnera toutes les informations", a conclu le double champion du monde.
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