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·31 mars 2026

Interview : José Miguel Villaroya, journaliste chez AS : "La sacralisation des joueurs est due à des raisons commerciales"

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José Miguel Villarroya est l'une des voix les plus singulières et les plus incisives du paysage intellectuel espagnol. Docteur en histoire contemporaine de l’Université de Barcelone et de la Freie Universität de Berlin, philosophe, théologien et journaliste sportif, il est de ceux qui refusent les cases toutes faites.

Intervenant régulier sur la chaîne YouTube de Siro Lopez, il n’hésite jamais à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Lorsqu'il s'agit de démonter les narratifs dominants concernant le Real Madrid, José Miguel Villarroya ne fait jamais dans la demi-mesure. Ces derniers mois, il n'a pas hésité à critiquer vertement sa communication ainsi que sa structure sportive et ce, en dépit de la relation très cordiale qu'il entretient avec Florentino Pérez depuis de longues années.


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Pourriez-vous brièvement vous présenter à nos lecteurs ?

José Miguel Villaroya : Je suis un journaliste sportif espagnol. Je rédige pour le quotidien AS et collabore avec la Cadena SER et Radio Marca ainsi qu’avec plusieurs chaînes YouTube dont le contenu est dédié au Real Madrid. Je suis spécialisé sur la Bundesliga. Sur AS, je rédige principalement au sujet des championnats allemand et autrichien.

Je suis socio du Real Madrid. De par les relations que j’entretiens avec des personnes au sein du club, je me suis dédié à l’actualité du Real Madrid sur AS pendant un certain temps. Actuellement, je ne le fais que sur les chaînes YouTube sur lesquelles j’interviens.

Depuis la destitution de Jorge Valdano, le Real Madrid ne possède plus de directeur sportif. Du moins, aucun employé du Real Madrid ne possède une fonction avec cette dénomination. Nonobstant, José Ángel Sánchez, le directeur général du club, et Juni Calafat, le responsable du scouting, travaillent main dans la main concernant le recrutement avec la nécessité d’obtenir l’aval de Florentino Pérez sur chaque transfert. Cette méthodologie vous paraît-elle pertinente ou le Real Madrid serait plus avisé de revenir à une approche plus conventionnelle ?

José Miguel Villaroya : Avec toutes les Ligue des champions remportées par le Real Madrid, il faut reconnaître que cette structure sportive n’a pas trop mal fonctionné. 90 % des transferts ont été des succès. Mais à titre personnel, je suis en faveur du retour d’un directeur sportif, car ce dernier ne se consacre pas uniquement à la première équipe mais également à La Fábrica et à l’équipe féminine.

Juni Calafat possède d’excellentes connaissances et dispose d’une équipe très compétente à sa disposition. Toutefois, je pense que la figure du directeur sportif est nécessaire afin de coordonner tous les aspects sportifs du club.

Selon vous, existe-t-il la possibilité de voir un jour un entraîneur avec la longévité de Miguel Muñoz sur le banc du Real Madrid ou est-ce qu’une saison sans titre est irrémédiablement rédhibitoire pour quiconque entraîne le club de Chamartín ?

José Miguel Villaroya : De nos jours, il est très difficile qu’un entraîneur reste de nombreuses années dans un grand club, pas seulement au Real Madrid. Pep Guardiola et Simeone font figure d’exceptions. Manchester City et l’Atlético de Madrid leur ont donné les pleins pouvoirs et ils représentent plus que de simples entraîneurs de football.

Après la saison 2012-13 sans titres, Mourinho s’en est allé de lui-même. Florentino Pérez souhaitait qu’il reste. Donc une saison blanche n’est pas forcément rédhibitoire pour un entraîneur au Real Madrid, même si l’idiosyncrasie des grands clubs est de gagner des titres.

Si l’on s’attarde uniquement sur l’aspect humain, certains affirment que pour qu’un entraîneur perdure au Real Madrid, il est nécessaire qu’il adopte une approche conciliante avec les joueurs, comme Del Bosque, Zidane ou Ancelotti. Quel regard portez-vous sur cette assertion ? Existe-t-il une sacralisation des joueurs au Real Madrid et une sorte de déresponsabilisation de ces derniers lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous ?

José Miguel Villaroya : Il est évident que si l’entraîneur possède une mauvaise relation avec les joueurs, il aura moins de chances de remporter des titres. Il est important que l’entraîneur soit en capacité de convaincre les joueurs de son plan de jeu. Car si ces derniers sentent que les préceptes de leur entraîneur sont efficaces pour remporter des matchs et des titres, ils vont les suivre.

La sacralisation à laquelle vous faites référence existe dans toutes les équipes et a toujours existé. Il s’agit d’une question commerciale. Qui génère l’argent dans le football ? Les joueurs, car les sponsors paient pour eux. Qui est mythifié dans le football ? Les joueurs. Ce n’est pas le cas des entraîneurs même si certains ont une grande aura. Les joueurs ont plus de notoriété que les entraîneurs.

L’arrivée de Mbappé a-t-elle bousculé l’équilibre du vestiaire ?

José Miguel Villaroya : Oui, car le Français a immédiatement été présenté comme le « franchise player » par le club alors qu’il n’y avait encore rien accompli. Mbappé est arrivé dans un vestiaire au sein duquel il est le seul à n’avoir pas remporté la Ligue des champions. Ceux qui étaient les têtes d’affiche de l’équipe la saison avant son arrivée ont perdu leur statut et cela a été mal pris au sein de l’équipe. Mais ceci est de la faute du club, pas du propre Mbappé. Ce dernier fait preuve d'un comportement exemplaire dans le vestiaire.

Vous avez transmis le nom de l’Allemand Kennet Eichorn aux recruteurs du Real Madrid. Pourriez-vous nous décrire le profil du joueur ?

José Miguel Villaroya : C'est un jeune milieu de terrain de 16 ans du Herta Berlin. Il évolue donc en deuxième division allemande. En Allemagne, on parle de lui comme du « nouveau Toni Kroos ». Toutefois, d’après mes informations, il serait à un pas de s’engager avec l’Eintracht Francfort.

Vous répétez régulièrement que la trésorerie du club est tendue et que cela affecte la capacité à effectuer des transferts. À quoi cela est-il dû ?

José Miguel Villaroya : La rénovation du stade a coûté bien plus que ce qui était prévu initialement, notamment en raison de l'inflation liée à la guerre en Ukraine. L’arrêt des concerts, entre autres, implique que les revenus que génère le stade ne sont pas suffisants pour rembourser le prêt qui a été contracté pour ladite rénovation. Et ceci, alors que l’idée de base était que le stade n’affecterait pas l’économie du club. Ce dernier doit donc couvrir les charges du stade avec ses revenus ordinaires.

La section féminine et celle de basket-ball sont déficitaires. En conséquence, même si le Real Madrid est le club avec les revenus les plus élevés au monde, il doit également faire face à des dépenses élevées.

Suite à l’affaire Negreira et aux agissements de Luis Rubiales, l’image du football espagnol est fortement écornée. Que doit-il faire pour récupérer en crédibilité ?

José Miguel Villaroya : Il faut changer l’écrasante majorité des personnes en place dans les institutions car l’image du football espagnol se dégrade de jour en jour et cela dessert la Liga lorsqu’elle doit vendre les droits télévisés du championnat à l’étranger, par exemple. Quelques personnes liées à ces scandales s’en sont allées mais la majorité d’entre elles sont encore en place.

Après la plainte du Real Madrid à la Fédération espagnole en février 2025, quelle doit être la ligne de conduite du club afin que l’arbitrage espagnol soit réformé de manière effective et que les promesses de Louzan ne restent pas vaines ?

José Miguel Villaroya : Le problème de l’arbitrage doit être résolu par tous les clubs espagnols. Si le Real Madrid est seul à exprimer son mécontentement et que les autres clubs sont en accord avec le statu quo, il n’y a pas grand chose à faire de plus. Idéalement, il faudrait que tous les clubs parlent d’une seule voix sur ce sujet afin que des réformes concrètes et effectives soient entreprises.

Comment la Liga évoluera-t-elle dans les prochaines années selon vous ?

José Miguel Villaroya : Je prédis un futur désastreux à la Liga car les jeunes joueurs de qualité s’en vont de la Liga et sont mal vendus par les clubs. La majorité des équipes du championnat possèdent des effectifs limités qualitativement. En conséquence, si le Real Madrid et le Barça sont les seules équipes avec des joueurs attractifs, les opérateurs télévisés étrangers ne vont pas débourser des sommes conséquentes pour les droits télévisés de la Liga. Si la Liga continue sur ce chemin, elle risque un déclassement par rapport aux autres championnats européens.

Dans une interview dans AS, John Textor, l’ancien président de l’Olympique lyonnais, avait évoqué la possibilité de dénoncer le PSG à la Commission européenne, considérant que son modèle de financement est illégal. À mon sens, les aides étatiques qui favorisent un acteur privé au détriment d’un autre sont contraires au libéralisme économique. Devant la passivité de l’UEFA face au phénomène des clubs-États, serait-il opportun que des clubs déposent une plainte collective contre le PSG, Manchester City et Newcastle ?

José Miguel Villaroya : Une telle plainte aurait très peu de chance d’arriver à son but à mon sens. Tout au plus pourrait-elle aboutir à une amende, mais les modèles économiques des clubs cités resteraient intacts. Le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont tant d’intérêts économiques dans l’Union européenne qu’il me paraît peu probable que cette dernière se hasarde à se mettre à dos les 3 États en question.

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