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·22 janvier 2026
Interview - Le "talent pur" Ethan Nwaneri, ses craintes pour Paul Pogba, Endrick... les confessions de Bacary Sagna

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·22 janvier 2026

Retrouvez notre interview exclusive réalisée avec Bacary Sagna, ancien international français (65 sélections) passé par Arsenal ou encore Manchester City.
Depuis sa ville d'adoption, Dubaï, où il s'est installé après avoir mis un terme à sa carrière en 2019, Bacary Sagna est toujours un suiveur attentif du championnat de France. Celui qui a débuté son aventure de joueur professionnel à l'AJ Auxerre, en 2004, avant de devenir une légende d'Arsenal (285 matchs entre 2007 et 2014), garde un oeil avisé sur la Ligue 1, mais aussi sur les phénomènes qui ont rejoint l'Hexagone. Endrick, Ethan Nwaneri... Pour MadeinFoot, grâce aux partenaires talkSPORT BET Online Slots, l'ancien latéral droit s'est exprimé sur ces nouveaux talents en passe de donner un rayonnement nouveau au football français. L'ancien international français a également commenté les dynamiques collectives de l'OM, du RC Lens, de l'OL ou encore du PSG, à l'aube d'une deuxième partie de saison haletante.
MadeinFoot : en ce tout début de deuxième partie de saison, on voit qu’on a une vraie course au titre entre le PSG et le RC Lens. Que pensez-vous des dynamiques de ces deux équipes ? Laquelle vous semble la plus à même de faire la différence en Ligue 1 ?
Bacary Sagna : il y avait une ferveur que j’aimais au RC Lens (Bacary Sagna a joué entre 2004 et 2007 à l’AJ Auxerre). C’est bien de revoir le club au top de l’élite, dans la position dans laquelle il se trouve aujourd’hui. C’est bien d’avoir un vrai duel en Ligue 1, parce que les années passées, Paris écrasait le championnat. Et il n’y avait aucune équipe capable de rivaliser. Je pense que c’est bien pour le championnat, pour l’enjeu, pour les amoureux du football. C’est bien de voir qu’il y a une équipe qui contient le PSG. Maintenant, la saison est longue, on n’est qu’à la moitié du championnat, et Paris a une très belle équipe. Paris a une densité et un pouvoir de faire tourner l’équipe, avoir une rotation qui peut être clé dans les moments majeurs. Maintenant, Lens a pleinement le temps de se focaliser sur le championnat, parce qu’ils ont beaucoup moins de matchs que Paris, et au niveau de la fraîcheur ça peut avoir une importance.
Pierre Sage, c’est assez impressionnant ce qu’il réalise non ?
L’énergie qu’il arrive à transmettre à ses joueurs est impressionnante. Le plus important dans une équipe, c’est d’avoir une cohésion parfaite, il y a en plus une communion avec le public, et les joueurs jouent sans pression. Je pense que tous les joueurs adhèrent à sa philosophie de jeu, ils sont d’abord heureux d’être là où ils sont, heureux d’être dans la position où ils sont. Je pense que c’est un groupe qui vit bien, et cela se ressent sur le terrain aussi. Ce sont des joueurs bons techniquement, qui pourraient tout aussi bien jouer dans des équipes majeures au niveau européen. Ce sont des joueurs qui jouent avec passion et avec le cœur, et c’est difficile de les battre. On parle souvent de la ferveur du sud, mais je pense qu’il y a aussi une ferveur dans le Nord, avec Lille, Lens… Cela fait la différence sur le terrain, il y a une énergie différente dans le Nord. Les joueurs se battent non seulement pour les équipes, mais aussi pour les fans. Et cela se ressent. Même dans le passé, quand je jouais contre eux, c’était une équipe qui inspirait le respect, on sentait l'amour que les supporters portaient à leurs joueurs, c'était rafraîchissant en fait.
Après le PSG, vous le voyez faire une aussi bonne deuxième partie de saison que la saison dernière ? L‘élimination en Coupe de France face au Paris FC est peut-être un mauvais signal envoyé…
Réaliser une saison de haut vol comme ils ont fait, ça va être compliqué, parce qu’ils ont mis la barre tellement haute… Ils ont tout gagné, donc on sait très bien à quel point c’est difficile de reproduire une saison similaire, coup sur coup. Mais bon, le fait d’avoir perdu en Coupe de France, ce n’est pas la fin du monde non plus. Ce sont des êtres humains, des joueurs qui ont peut-être eu des sauts de concentration. Mais c’est peut-être bien que ça se passe maintenant, c’est un petit “warning”. Maintenant, il ne faut pas insister là-dessus, parce que sur les deux dernières années, c’est une équipe qui a été exceptionnelle. Donc lire et voir que Paris, c’est la catastrophe, c’est un peu ingrat par rapport à tout le plaisir et aux prestations de haut vol qu’ils ont délivré ces dernières années. C’est surtout l'équipe qui a le mieux représenté le football français, donc il ne faut pas l’oublier.
Et Luis Enrique ne semble pas s’alarmer non plus après les défaites. Il garde confiance en son groupe parce qu’il sait que c’est désormais normal de perdre des matchs après avoir marché sur l’eau…
Vous savez, quand on joue des matchs de prestige comme ceux qu’ils ont joué l’année dernière, parfois ce ne sont pas les meilleures conditions. Là, l’élimination contre le Paris FC, les joueurs n’ont peut-être pas la notion de ce que représente ce match. La plupart d’entre eux ne connaissent peut-être même pas le club adverse. Parfois, une défaite, c’est pour le bien de l’équipe. L’année dernière, avant d’avoir une épopée magique en coupe d’Europe, ils ont eu des problèmes aussi. Mais ça ne les a pas empêchés d’être champions. Le match tournant, c'était contre Liverpool. Avant cela, ils ne faisaient pas de très bonnes prestations, les gens étaient inquiets, Luis Enrique était chahuté. Et, finalement, cela montre que le football n’est pas un script.
Derrière ce tandem, il y a l'OM, qui vient d'attirer deux joueurs de grande qualité, Ethan Nwaneri, qui joue à Arsenal, où vous êtes passé, et Quinten Timber. Que pensez-vous de ces deux renforts ? Et quelle deuxième partie de saison vous voyez pour cette équipe, en Ligue des Champions et en Ligue 1 ?
Il y a des joueurs de qualité qui arrivent, comme Nwaneri oui. C’est un talent pur, il a les qualités nécessaires pour évoluer dans un environnement bouillant, à Marseille. C’est un joueur de ballon. Pour avoir eu Roberto De Zerbi en tant que coach (Bacary Sagna a évolué sous les ordres de l’entraîneur italien à Benevento, lors de la saison 2017-2018), je sais qu’il va répondre parfaitement à la demande de Marseille. Il faut souligner au passage le bon travail de Pablo Longoria et de Medhi Benatia pour attirer des joueurs de ce calibre. Ils sont très critiqués, mais ils ont monté une équipe très très compétitive. Mais bon, Marseille c’est un environnement spécial, donc ils vont toujours être chahutés. Mais pour avoir ramené ce nombre de joueurs, avec cette qualité là, et pour avoir des joueurs de classe mondiale qui portent un intérêt à Marseille, ce n’est pas facile. Certains de ses grands joueurs ont minimisé le championnat de France, mais les dirigeants arrivent quand même à attirer et à faire signer ces joueurs. Donc il faut le souligner quand même et il faut aussi que les joueurs en soient conscients. Mais pour ce qui est du plan de jeu, je pense que c’est un environnement qui va plaire aux joueurs qui arrivent. Nwaneri est habitué à jouer dans des grosses ambiances anglaises, donc je pense qu’il va être aimé, les gens vont pouvoir découvrir pourquoi la presse était si positive à son égard. Je pense qu’il va être très bénéfique à l’OM.
Vous parliez de joueurs de gros calibre qui rejoignent la Ligue 1. Cet hiver, l’OL s’est aussi renforcé avec Endrick, qui a déjà bien pris ses marques (1 but, 1 passe décisive en deux matchs). Vous pensez qu’il peut ramener l’OL en Ligue des Champions ? Et lui faire gagner un titre ?
Ce serait beau. C’est un joueur qui peut dynamiser une équipe entière. Son premier match (face à Lille en Coupe de France) a été représentatif des espoirs placés en lui. Il a bien répondu présent et il a montré pourquoi il était au Real Madrid. C’est un joueur qui a joué avec le cœur, qui était content de jouer, on l’a ressenti. Il était un peu emprisonné, et c’était sa manière de s’exprimer. C’est surtout un joueur qui va peser offensivement pour l’OL, et qui va avoir un impact important. Maintenant, dire que l’OL va revenir en Ligue des Champions, c’est compliqué. Ça prend du temps de se remettre dedans, de continuer à trouver une dynamique de victoires. En si peu de temps, je ne suis pas sûr. Ils vont améliorer leurs performances, mais il y aura aussi des moments compliqués.
Corentin Tolisso à la Coupe du Monde, vous y croyez ? Vous mettez une pièce sur le capitaine lyonnais ?
Il est sur le terrain, il est éligible. On sait qu’il est important dans un groupe. Il a été important pour Lyon, pour l’équipe de France dans le passé. Il a fait une bonne impression au Bayern, il a voulu revenir à la maison pour se sentir bien et ça se ressent dans ses performances. Maintenant, à partir du moment où il est éligible, je pense qu’il aura sa chance et son mot à dire. Maintenant, il a une deuxième partie de saison qui est très importante, il faudra qu’il garde sa régularité de la première partie d’exercice. C’est un joueur de qualité, mais Didier Deschamps va devoir faire ses choix. Les places sont limitées, et c’est à lui de continuer à avoir autant d’impact.
En revanche, dans les équipes en difficulté, il y a l’AS Monaco, qui est en perdition et déjà très loin des places européennes. D’où viennent ces difficultés selon vous ?
Monaco, c’est toujours une équipe difficile à manier. Il y a un manque d’engouement, jouer dans un stade vide ce n’est pas facile, il faut trouver la motivation en tant que joueur. Généralement, s'entraîner dans un cadre aussi beau tous les jours, avec le soleil, ce n'est pas forcément une bonne chose. C’est exceptionnel pour sa vie personnelle, mais trouver une motivation et avoir les conditions du championnat, c’est compliqué. Avec le soleil, les palmiers, tu as l’impression d’être en vacances. Donc c’est un combat de tous les jours que les autres n’ont pas. Le fait de jouer sans supporters… On connaît l'impact d’un public sur les performances, la pression positive sur l’équipe. Tous les matchs qu’ils jouent ressemblent à des matchs d’entraînement. Les conditions et les approches de matchs sont totalement différentes pour eux. Maintenant, il faut laisser du temps au coach, ce serait injuste de prendre des mesures dès maintenant. Ses idées ne peuvent pas toujours rentrer dans les têtes des joueurs en si peu de temps. Je pense qu’il mérite du temps pour mettre des choses en place.
Et vous croyez en un retour au plus haut niveau de Paul Pogba, votre ancien coéquipier en Bleu ? En sachant qu’il n’enchaîne toujours pas, et que la direction monégasque commence à s’inquiéter.
On est fin janvier… Je pense que revenir en pleine forme sans blessure, après avoir été out si longtemps, il est dans une position délicate. Maintenant, je connais sa force de caractère, ses qualités. Il n’y a que Dieu qui sait s’il est capable d’enchaîner, s’il est capable de prouver. On le saura dans les prochains mois. Maintenant, il est très probable qu’il revienne et que les qualités techniques fassent la différence. Il n’aura peut-être pas l’impact physique, mais c’est un joueur intelligent, qui est techniquement très à l’aise. En ayant l’assise défensive et un peu moins d'activité, il peut avoir un impact sur le jeu. C’est un joueur spécial. Si j’y crois ? Oui, parce qu’il est spécial, il a beaucoup de personnalité, de confiance en lui. Ma seule inquiétude, c’est au niveau des blessures, parce que quand tu es out aussi longtemps, le corps réagit différemment et les pépins physiques sont ma seule crainte. Maintenant, un joueur de foot avec ses qualités ne perd jamais réellement ses qualités. Il a une qualité intrinsèque au-delà de la norme. Même s’il était amené à perdre un peu plus, ce serait toujours un très bon joueur. C’est un joueur qui pourrait faire la différence. Il n'aurait pas forcément besoin d’être très actif. Quand tu regardes Busquets, il ne courait pas. Paul est capable de changer son registre de jeu et d’être la plaque tournante de l’équipe. Avec Kanté c’est un milieu de terrain qui pourrait être encore pas mal. Je ne tirerais pas une croix sur lui.
Pour finir sur les Bleus et la Coupe du Monde qui approche, on a un Français qui s’est véritablement bien adapté à Manchester City, l’un des vos anciens clubs, Rayan Cherki. Vous partagez ? Jusqu'où le voyez-vous aller ?
Rayan, c’est un joueur exceptionnel, spécial. On a la chance d’avoir des talents comme lui en France. Des talents qui peuvent d’eux-mêmes, par leurs qualités, changer la physionomie d’un match. Ce n’est pas courant d’avoir un joueur qui soit aussi à l’aise, pied droit pied gauche, et techniquement avec une telle confiance. Je sais qu’à City, en Angleterre, il a un impact fou. Sa première rentrée en équipe de France (face à l’Espagne en juin dernier, un but et une passe décisive), il a répondu à la demande, et depuis il a trouvé une stabilité. Il a gagné en maturité. Le fait d’être avec Pep (Guardiola), d’avoir une ligne directrice assez stricte, c’est bien pour lui aussi. Maintenant, il reste une deuxième partie de saison, il faut être bon et répondre aux demandes du club. Mais au niveau de l’équipe de France, je ne me fais pas de soucis. Il sera en équipe de France, parce que c’est un joueur qui mérite. C’est un joueur très bon, mais qui mérite aussi par ses performances.







































