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·28 septembre 2026
"Je n'arrive toujours pas à réaliser" : l'exploit contre Saint-Priest en Coupe de France raconté par les héros de l'AS Cuines La Chambre

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·28 septembre 2026

L'AS Cuines-La Chambre (D2) a réalisé un exploit retentissant dimanche 27 septembre en éliminant Saint-Priest (N1) au 4e tour de la Coupe de France (1-0). Au lendemain de cette qualification historique, l'entraîneur Stephen Thomasset, le vice-capitaine Baptiste Extrassiaz et Remy Suppo, auteur du but victorieux, racontent à Foot National un exploit qu'ils ne sont pas près d'oublier.
Le lendemain d'un exploit, il y a souvent un drôle de silence. Celui des jambes lourdes, du réveil difficile, et de cette question qui tourne en boucle : est-ce vraiment arrivé ? Dimanche 27 septembre, au stade Aimé-Chianale de Saint-Étienne-de-Cuines, un petit club savoyard de Départemental 2, le 10e échelon du football français, a éliminé Saint-Priest, pensionnaire de National 1, six divisions plus haut (1-0). L'unique but a été inscrit en seconde période par un remplaçant, Rémy Suppo, d'un lob du milieu de terrain. Un scénario que même le plus rêveur des supporters n'aurait pas osé imaginer.
Vingt-quatre heures plus tard, à Cuines, personne n'est encore vraiment redescendu. "On est sur un autre monde, un monde qu'on ne connaît pas. Il y a quand même de belles retombées, il y a une belle image qui a été véhiculée. Beaucoup de fierté pour le club, pour les joueurs, et beaucoup de plaisir. Ce sont des moments qui sont uniques, on les apprécie au maximum", savoure Stephen Thomasset, l'entraîneur de l'AS Cuines, auprès de notre média.
Il n'était même pas sur la pelouse au coup d'envoi. Dimanche après-midi, Rémy Suppo a commencé le match comme beaucoup de remplaçants : assis sur le banc, à observer, à attendre son heure. Mais pendant que ses coéquipiers résistaient face à une équipe de National 1, lui avait déjà repéré un détail. Un détail que personne d'autre ne semblait avoir vu. "Je sens les choses. Depuis le banc, je voyais le gardien avancer, et je me suis dit que si j'avais l'occasion, il ne fallait pas hésiter. Je savais que pour gagner ce match, il faudrait faire la différence comme ça", nous raconte le héros du jour.
Entré en jeu en seconde période, il n'a pas oublié ce qu'il avait vu depuis le bord du terrain. Quand l'occasion s'est présentée, il a tenté sa chance de loin, très loin, depuis le milieu de terrain. Le ballon est passé au-dessus du gardien de Saint-Priest, et a terminé sa course au fond des filets. Un geste d'instinct et d'audace, de ceux qu'on tente une fois dans une carrière, et qui ne réussissent presque jamais. Sauf, parfois, un dimanche de Coupe de France. Pour Rémy Suppo, ce moment avait des airs de rêve d'enfant devenu réalité. Ce but, il l'avait imaginé bien avant de le marquer : "Cette situation, j'en ai rêvé. À 0-0, donner la victoire à l'équipe… C'est incroyable." Un lob, un seul but, et tout un club propulsé dans une autre dimension. Il le résume d'ailleurs en une phrase, qui vaut pour tous ses coéquipiers : "On est dans un rêve".
Pourtant, personne à Cuines ne s'était raconté d'histoires. Le jour du tirage au sort, les joueurs étaient réunis à l'entraînement, et leur coach avait tout de suite posé les bases. "On sait que c'est la Coupe de France, que tous les exploits sont permis. Au moment du tirage, on était ensemble à l'entraînement, et on s'est tout de suite dit qu'il y avait 1 % de chance. C'est ce que j'ai estimé devant les gars", raconte le technicien. Pas question pour autant de tout bouleverser dans la préparation : "On ne s'est pas forcément organisés différemment d'un autre match. Le jour J, oui, mais la semaine, non. Ce sont des matchs qui ne se préparent pas, qui doivent se vivre. On n'a pas changé grand-chose, mais j'ai eu un groupe très sérieux, très discipliné. On a mangé ensemble, on a fait une séance vidéo. On a essayé de se mettre au niveau de l'événement".
Dans le vestiaire, Baptiste Extrassiaz a senti, lui aussi, que quelque chose se passait. Le vice-capitaine raconte comment, petit à petit, tout un club s'est mis à y croire : "Deux semaines avant, on s'est retrouvés entre joueurs pour manger ensemble, ce qu'on n'avait jamais fait. Et le jour du match, on s'est réunis deux ou trois heures avant. On y croyait tous, on en parlait, on se disait : imagine, imagine, imagine… Et plus les minutes avançaient, plus c'était beau", confie-t-il, avant d'ajouter : "On l'a préparé quasiment comme d'habitude, mais dans l'état d'esprit, on sentait le lien entre le club, l'événement, les joueurs et les dirigeants. Chaque petit morceau s'est ajouté : la causerie, l'entrée sur le terrain, les supporters… Tout s'est relié tellement naturellement. C'était incroyable".
Au bout du fil, la voix de Baptiste Extrassiaz tremble encore un peu : "Très sincèrement, on s'est tous appelés entre joueurs, on échange sur nos groupes, et je n'arrive toujours pas à réaliser l'exploit qu'on vient de faire. Je m'en rends compte avec les supporters, quand on se balade dans le village, c'est incroyable. Mais personnellement, je n'arrive toujours pas à réaliser".
Lui qui regarde chaque année les exploits des petits poucets à la télévision a soudain changé de côté de l'écran : "Je suis un fada de foot depuis tout petit, je regarde Téléfoot, on voit ces exploits passer tous les ans. Et là, c'est notre tour. Franchement, c'est très dur à réaliser. Émotionnellement, je n'ai jamais vécu ça de ma vie, même personnelle. Les enfants, tout ce qu'on veut… Ce ne sont même pas les mêmes sensations." Depuis dimanche, le club est identifié partout sur les réseaux sociaux, au point que le vice-capitaine n'ose presque plus les ouvrir : "Quand on voit tout ça, on se dit que ce n'est pas possible".
Reste désormais à savoir jusqu'où cette belle histoire peut aller. Mercredi, tout Cuines aura sans doute les yeux rivés sur le tirage au sort du 5e tour en Auvergne-Rhône-Alpes, avec l'entrée en lice des clubs de Ligue 3. Mais pas question de se mettre la pression pour autant. Au club, on a déjà décroché la lune, alors tout le reste sera du bonus. "C'est un rêve qui va se prolonger, affirme le coach. On s'imagine difficilement faire mieux, parce qu'on a réalisé quelque chose d'historique. Il faut simplement profiter et prendre les matchs les uns après les autres. On va d'abord se concentrer sur notre match de championnat en D2, puis on regardera tranquillement le tirage mercredi. On prendra l'adversaire qui nous sera proposé, et on le jouera avec tout le sérieux et toute l'envie, comme d'habitude".
Et quand on a goûté à ce genre de journée, forcément, on en redemande. Dans le vestiaire, l'appétit est bien là. "Ça va être très dur de refaire pareil, mais il va falloir y retourner. On attend déjà le tirage de mercredi. Très sincèrement, je n'ai qu'une envie : aller chercher plus haut et y croire. Je ne veux pas un petit, je veux un gros", sourit Baptiste Extrassiaz. En attendant, il faudra d'abord soigner les courbatures. Car à Cuines, le football reste une passion, pas un métier, et le lundi matin, le réveil sonne comme pour tout le monde. "C'est là qu'on se rend compte à quel point c'est dur, au haut niveau, de remettre autant d'énergie chaque week-end. Tous les joueurs ont mal partout, ils sont fatigués", reconnaît le vice-capitaine. Le week-end prochain, l'AS Cuines-La Chambre retrouvera la réalité de la D2 face à Montmélian. Avant, peut-être, de s'offrir un nouveau rendez-vous avec l'histoire.
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