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·1 octobre 2026
Juventus : Ginevra Elkann, Del Piero, Agnelli… ce qui se joue vraiment derrière la présidence

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La rumeur Ginevra Elkann, le rêve Del Piero et l’ombre persistante d’Andrea Agnelli agitent déjà Turin. Mais à un mois de l’assemblée du 3 novembre, la vraie question dépasse largement le nom du futur président.
Un simple nom a suffi pour réveiller toutes les discussions autour du pouvoir à la Juventus. Le 29 septembre, Matteo Moretto a annoncé Ginevra Elkann « vers la présidence » du club. L’information a immédiatement relancé les débats autour de Gianluca Ferrero, mais aussi les rêves d’une partie des supporters qui imaginent Alessandro Del Piero dans un rôle institutionnel et ceux qui espèrent toujours, à terme, un retour d’Andrea Agnelli. Pourtant, un détail change complètement la lecture de cette agitation : la présidence de la Juventus n’est officiellement pas à renouveler.
L’assemblée des actionnaires du 3 novembre s’annonce pourtant comme l’une des plus importantes depuis le départ d’Andrea Agnelli. Elle devra notamment approuver les comptes arrêtés au 30 juin 2026 et donner au conseil d’administration la possibilité de lancer une augmentation de capital pouvant atteindre 250 millions d’euros. Exor a déjà annoncé un premier versement immédiat de 60 millions et son soutien à l’opération. Mais le conseil d’administration actuel n’arrive pas au terme de son mandat.
En novembre 2025, les actionnaires ont élu le CdA pour le cycle 2025-2026 à 2027-2028, en reconduisant Gianluca Ferrero à la présidence. Son mandat court donc théoriquement jusqu’à l’assemblée appelée à approuver les comptes de l’exercice 2027-2028. Autrement dit, il n’existe aujourd’hui aucune élection automatique d’un nouveau président prévue pour le 3 novembre. Un changement reste naturellement possible si la gouvernance évolue ou si Ferrero quitte ses fonctions, mais ce scénario nécessiterait une décision supplémentaire qui n’a pas été officiellement annoncée.
C’est aussi ce qui explique le décalage autour de Ginevra Elkann. Moretto a bien lancé l’indiscrétion, mais Tuttosport a ensuite expliqué avoir interrogé directement le club sans obtenir de confirmation et a fortement refroidi l’idée d’un changement déjà décidé. La rumeur n’est donc pas suffisamment solide pour écrire que Ginevra Elkann sera la prochaine présidente. Elle est en revanche suffisamment révélatrice pour poser une autre question : quel type de président Exor voudrait-il demain pour la Juventus ?
La première critique adressée à Ginevra Elkann est évidente : elle n’a pratiquement aucune expérience opérationnelle dans le football. Mais la réduire à la « sœur de John Elkann » serait également trompeur. Née en 1979, diplômée en communication visuelle à l’American University of Paris puis titulaire d’un master en cinéma à la London Film School, elle préside Asmara Films et la Pinacoteca Giovanni e Marella Agnelli. Elle siège également aux conseils de Christie’s, de la Fondation Cartier et de Christian Louboutin, et fait elle-même partie du conseil d’administration d’Exor. Son profil est donc surtout institutionnel, culturel et actionnarial. Et c’est précisément ce qui pourrait le rendre compatible avec la Juventus actuelle.
La propriété reste fermement contrôlée par la galaxie Agnelli-Elkann. Giovanni Agnelli B.V., la société regroupant les descendants du fondateur de Fiat, détient aujourd’hui 54,94 % des droits économiques et 83,97 % des droits de vote d’Exor. Exor possède elle-même environ 65 % de la Juventus. Une présidence Ginevra Elkann ne signifierait donc pas l’arrivée d’une dirigeante sportive destinée à négocier des transferts. Elle symboliserait surtout un retour direct du nom familial sur le fauteuil le plus visible du club, quatre ans après la fin de l’ère Andrea Agnelli.

Et si Alessandro Del Piero effectuait son retour à la Juventus ? (Getty)
Cette perspective nourrit inévitablement une autre question : pourquoi pas Alessandro Del Piero ? Angelo Di Livio l’a exprimé publiquement après l’apparition de la rumeur Ginevra Elkann. L’ancien milieu juventino a demandé pourquoi la Juventus ne faisait pas revenir son ancien capitaine, estimant qu’il apporterait enthousiasme, compétence et classe. L’idée possède une puissance symbolique évidente : Del Piero incarne la Juventus auprès de plusieurs générations de supporters, et possède une légitimité populaire qu’aucune nomination financière ou institutionnelle ne peut fabriquer. Après plusieurs années marquées par les crises judiciaires, les pertes économiques et la distance croissante entre une partie des tifosi et la direction, sa nomination provoquerait immédiatement un choc émotionnel.
Mais elle poserait également une question très différente : la Juventus cherche-t-elle vraiment ce type de président ? Présider aujourd’hui Juventus Football Club S.p.A., ce n’est plus seulement représenter une équipe de football. Le club vient de publier une perte annuelle de 66 millions d’euros, prévoit encore un exercice déficitaire en 2026-2027 et demande l’autorisation de lancer une recapitalisation pouvant atteindre 250 millions. Cela ne permet évidemment pas de conclure que Del Piero serait incapable d’exercer la fonction. Son absence d’expérience à la tête d’une société cotée ne suffit pas à disqualifier sa candidature, pas plus qu’une carrière dans le cinéma ne suffirait à disqualifier Ginevra Elkann. Mais les deux profils répondraient à des logiques très différentes : Del Piero serait avant tout un président d’incarnation, Ginevra Elkann plutôt un président de représentation actionnariale. Et rien n’indique pour l’instant qu’Exor souhaite remettre le centre du pouvoir sportif dans les mains du président.
Reste le nom qui continue de planer au-dessus de toutes les discussions : Andrea Agnelli. Son départ en novembre 2022 a mis fin à douze années de présidence et ouvert la période Ferrero. Les procédures sportives qui ont suivi ont longtemps rendu toute discussion sur un éventuel retour prématurée. Dans le dossier de la « manœuvre salaires », sa suspension avait notamment été réduite en appel de 16 à 10 mois.
En 2026, le principal obstacle n’est toutefois plus ce calendrier disciplinaire. Aucune source fiable ne permet d’affirmer aujourd’hui qu’Andrea Agnelli serait juridiquement empêché de revenir un jour dans le football italien. Mais reprendre la présidence de la Juventus supposerait avant tout une volonté de l’actionnaire de contrôle. Et tout part d’Exor. En décembre 2025, la holding a rejeté à l’unanimité une offre de Tether visant à racheter sa participation de contrôle et a réaffirmé publiquement qu’elle n’avait aucune intention de vendre ses actions Juventus à un tiers. Dix mois plus tard, elle remet encore de l’argent sur la table et se dit prête à soutenir intégralement la nouvelle augmentation de capital. Le signal est difficile à interpréter autrement : John Elkann et Exor ne préparent pas leur sortie. Andrea Agnelli n’est donc pas aujourd’hui tenu à distance par une interdiction encore active. Il l’est surtout par la structure actuelle du pouvoir et les choix de l’actionnaire majoritaire.
C’est probablement là que se trouve le véritable changement. À l’époque d’Andrea Agnelli, la présidence incarnait directement la stratégie sportive, politique et institutionnelle de la Juventus : le président était l’homme fort du club. Le modèle actuel est beaucoup plus compartimenté. Gianluca Ferrero occupe la présidence, mais Giovanni Carnevali est devenu en juin CEO et directeur général, avec la responsabilité de la gestion globale de la société. Frederic Massara pilote la branche sportive comme Chief Football Officer, Marco Ottolini est directeur sportif et Giorgio Chiellini occupe désormais le poste de Chief Club Affairs Officer. Le pouvoir exécutif est donc réparti entre plusieurs spécialistes.
Dans cette organisation, le prochain président n’a peut-être plus besoin d’être un nouvel Andrea Agnelli. Il peut être une figure institutionnelle, garante de la relation avec Exor, les investisseurs et les institutions, pendant que le football et la gestion quotidienne sont confiés à Carnevali, Massara et Ottolini. C’est ce qui rend finalement les trois noms si intéressants : Ginevra Elkann représenterait la continuité familiale sans retour au modèle Andrea, Del Piero incarnerait le rapprochement émotionnel avec les tifosi, et Andrea Agnelli symboliserait le retour à un pouvoir présidentiel beaucoup plus personnel. Mais pour l’instant, aucun de ces scénarios n’est officiellement ouvert.
L’assemblée du 3 novembre peut modifier profondément la trajectoire économique de la Juventus. Elle doit sécuriser une nouvelle recapitalisation, confirmer l’engagement d’Exor et poser les fondations financières des prochaines années. La grande question n’est donc peut-être pas encore : qui remplacera Gianluca Ferrero ? Elle est plutôt de savoir si, lorsque ce remplacement arrivera, la Juventus voudra encore d’un président qui dirige réellement le club, ou simplement d’un président qui le représente pendant que le vrai pouvoir s’exerce ailleurs.







































