Foot National
·16 juin 2026
La boîte à souvenirs de Claude Chazottes : "Meneur, chambreur, plein d'humour, Michel Platini était exceptionnel"

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·16 juin 2026

Finaliste de la Coupe Gambardella, capitaine mythique du Red Star et quart de finaliste des Jeux Olympiques de Montréal en 1976 aux côtés de Michel Platini, Claude Chazottes (77 ans) est un témoin privilégié d'une époque où le football rimait selon lui avec romantisme. Pour Foot National, l'ancien milieu de terrain livre ses souvenirs gravés à jamais, de la fratrie audonienne aux dérives du football moderne.
Claude, votre trajectoire s’accélère au milieu des années 1960 avec le Stade Français et une finale de Coupe Gambardella. Quels souvenirs gardez-vous de cette éclosion ?
Ma "petite carrière" a débuté par une victoire dans le Concours du jeune footballeur d'Île-de-France. Deux événements m'ont marqué à vie. Tout d'abord, lors de la remise des récompenses, mon père est monté sur l'estrade pour me prendre dans ses bras en pleurant, après avoir bousculé tous les journalistes ! Ensuite, il y a eu la demande du Stade Français de rejoindre leurs rangs. Cela s'est couronné par cette finale de Gambardella. Nous étions portés par l'insouciance de nos 17 ans et par nos premiers déplacements nationaux dans une ambiance de pure "fratrie". Ce furent deux années exceptionnelles sous la houlette d'un entraîneur, M. Léon Rossi, qui me fera d'ailleurs intégrer l'effectif de la D2 à Fontainebleau la saison suivante.
En 1976, vous participez aux Jeux Olympiques de Montréal. Comment un jeune joueur de l'époque vit-il un tel événement ?
Mon aventure des Jeux a véritablement débuté sur le périphérique parisien, un samedi après-midi, lorsqu'à la radio, notre qualification a été confirmée. Un rêve d'enfant se réalisait : participer au plus grand événement sportif au monde, le rendez-vous de l'amitié. Les larmes étaient de mise, j'avais l'impression de ne plus avoir le contrôle de moi-même.
Que de souvenirs ! Nous formions une vraie famille. Je me rappelle la réception du paquetage olympique à l'INS de Vincennes, le stage de Rambouillet, mais aussi la déception de ne pas avoir pris le Concorde : comme nous étions le seul sport collectif, notre groupe aurait été scindé en deux. Pour nous, c'était tous ensemble ou rien. Sur place, tout était fantastique : le village olympique, cette grande et belle ville cosmopolite de Montréal, l'entrée au stade lors de la cérémonie d'ouverture, les couleurs, les clameurs... Et puis ce grand silence à l'arrivée de la flamme, la vasque allumée, la reine Élisabeth II...
Vous étiez au cœur du plus grand rassemblement d'athlètes de la planète...
C'était incroyable de côtoyer une multitude de légendes. Nous étions à 30 mètres de la ligne d'arrivée pour voir la finale du 110m haies de Guy Drut ! Le matin, je prenais mon petit-déjeuner à table, juste en face de Nadia Comăneci. On a aussi passé une heure mémorable avec le journaliste Pierre Salinger. Ce fut une histoire fantastique de trois ans, une équipe de copains et d'amis admirables, qu'ils soient joueurs ou dirigeants.
C'est aussi à ce moment-là que le monde entier découvre un certain Michel Platini...
Les J.O., c'est la confirmation de Michel. Pour moi, c'est le meilleur footballeur français et l'un des 5 ou 6 meilleurs joueurs de tous les temps aux côtés de Pelé, Maradona, Messi, Cruyff et Di Stéfano. Michel était exceptionnel par ses qualités de joueur, mais également comme animateur. Il était meneur, chambreur, plein d'humour, d'une grande simplicité et d'une amitié rare. Sur le terrain comme en dehors, il agissait toujours pour le collectif. Il nous faisait briller par sa vision et la simplicité de son jeu. Malgré la carrière monumentale qu'on lui connaît, il nous a fait vivre une magnifique aventure humaine.
Quelle relation avez-vous conservée avec lui au fil des années ?
Notre relation a toujours été très sincère, chaleureuse et amicale. À l'époque, nous étions assez souvent ensemble en ville ou pour faire des parties de tarot. Aujourd'hui encore, nous échangeons nos vœux tous les ans. C'est une figure emblématique mondiale, c'est "Monsieur Football", celui qui a fait aimer ce sport à la France. Il est d'une intelligence et d'une simplicité remarquables.
Votre carrière est aussi intimement liée au Red Star. Qu'est-ce que ce club représente pour vous ?
J'ai signé au Red Star (AS Red Star à l'époque, ndlr) qui désirait m'enrôler depuis plusieurs saisons parce que ce club représente toute mon enfance. Mes grands-parents demeuraient à 500 mètres du stade, je venais très souvent chez eux et nous allions voir les matchs. Mon père y a joué également. Le club et le stade Bauer sont mythiques. Il y a aussi une histoire familiale très forte : le stade de Gennevilliers, qui a été le centre d'entraînement du Red Star, porte le nom de mon grand-père, Frédéric Chazottes. Il était lieutenant FFI et a été abattu par les Allemands le jour de la Libération de Paris en libérant l'usine à gaz.
Vous avez ensuite fondé l’Amicale Red Star 2000. Quel était son but ?
L'idée première était de permettre aux anciens du club de se retrouver une ou deux fois par an pour disputer des matchs entre "potes" qui partagent la même mentalité. L'association a compté jusqu'à 250 adhérents et a organisé une douzaine de rencontres, notamment des jubilés. Mais les événements se sont précipités. Le club évoluait depuis trois ans à La Courneuve et nous avons organisé une grande manifestation pour que le Red Star retrouve "son" stade Bauer. Pour ce faire, j'ai rencontré un élu de la mairie de l'époque : un supporter ouvert, responsable et très sympathique qui nous a énormément aidés. C'était un certain Karim Bouamrane (aujourd'hui maire de Saint-Ouen). Quelques mois plus tard, le retour à Bauer était effectif.
À votre époque, comment gérait-on la double casquette entre le football professionnel et la préparation de l'après-carrière ?
En ce qui me concerne, il n'y a pas eu de transition car j'ai toujours exercé mes deux vies en même temps. Le football de l'époque ne suffisait pas pour subvenir aux besoins d'une famille. J'ai notamment joué à Sedan, qui était le club "footballeur-ouvrier" par excellence. J'aménageais mes horaires en fonction : j'étais à la fois footballeur et agent général d'assurances.
Quel regard portez-vous sur le football d'aujourd'hui ?
Ayant connu tous les milieux (professionnel, semi-pro, amateur), il est vrai que les années 70 et la vie avec nos supporters me manquent beaucoup. Un match terminé, à Saint-Ouen ou à l'extérieur, nous nous retrouvions tous ensemble pour boire un verre et casser la croûte à la buvette ou sur une aire d'autoroute. Au niveau professionnel, c'est devenu totalement impossible aujourd'hui. Tout a changé, surtout l'état d'esprit. Nostalgie, quand tu nous tiens... Pour moi, il n'y a plus de football romantique. Le dernier s'est éteint avec l'ère Platini/Hidalgo.
Justement, la Coupe du Monde 2026 bat son plein en Amérique du Nord. La magie opère-t-elle toujours sur vous ?
Pour ma part, il n'y a plus de magie de la Coupe du Monde depuis les années 2000, indépendamment des problèmes économiques ou des déplacements. Je n'aime pas cette formule à 48 pays : c'est devenu une recherche de croissance économique sans aucune limite. La qualité du jeu est manifestement sur le déclin depuis plusieurs éditions. Et puis il y a la FIFA et son président, prêts à tout pour rester en place. Comment peut-on laisser un arbitre (l'arbitre somalien Omar Artan, ndlr) se faire refuser le visa d'entrée dans le pays ? Cela fait écho à ce que j'ai vécu à Montréal en 1976. J'ai vu la peine et le spectacle révoltant des athlètes africains brisés par le boycott politique de leurs gouvernements, qui leur ont arraché une partie immense de leur vie...
Pour conclure, quel message ou conseil aimeriez-vous transmettre à la nouvelle génération de footballeurs ?
Je leur suggérerais de vivre pleinement leur passion en gardant en tête que ce n'est qu'un jeu. Un jeu qui doit permettre le rassemblement de toute la jeunesse, de toutes les races et de toutes les nationalités, avec pour seul objectif le sport. Prenez du plaisir, respectez les règles ainsi que vos adversaires, et vivez le "collectif". C'est ainsi que l'on vit des aventures humaines exceptionnelles.
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