Le Ballon d’Or de Kylian Mbappé passe par la fin de la Mbappé-dépendance | OneFootball

Le Ballon d’Or de Kylian Mbappé passe par la fin de la Mbappé-dépendance | OneFootball

In partnership with

Yahoo sports
Icon: Le Journal du Real

Le Journal du Real

·2 septembre 2026

Le Ballon d’Or de Kylian Mbappé passe par la fin de la Mbappé-dépendance

Image de l'article :Le Ballon d’Or de Kylian Mbappé passe par la fin de la Mbappé-dépendance

Le débat ouvert par José Mourinho après Real Madrid - Real Sociedad dépasse la question du Ballon d’Or 2026. En plaçant Kylian Mbappé parmi les joueurs qui définissent une génération et dont le nom doit rester dans l’éternité, l’entraîneur du Real Madrid défend une conception de la grandeur que je partage. Certaines individualités finissent par modifier l’échelle de leur époque en imposant des standards que les générations suivantes utilisent pour se mesurer. Mbappé est déjà de celles-là.


Vidéos OneFootball


👑 Mourinho : “Le Ballon d’Or n’est pas forcément un joueur du PSG ou de l’Espagne”

113ReplyCopy link

Mais Mourinho parle de l’éternité d’une carrière quand les jurés du Ballon d’Or doivent trancher la vérité d’une saison. Le collège de journalistes ne vote pas sur la nature générationnelle d’un joueur. Il apprécie ses performances individuelles, son caractère décisif, les résultats de son équipe et les trophées auxquels il a contribué. Une stature exceptionnelle peut peser sur le jugement ; elle ne remplace pas les accomplissements qui donnent un sens collectif à cette exception.

Mbappé peut gagner le Ballon d’Or sans avoir remporté la Ligue des champions ou la Liga. Cristiano Ronaldo l’a fait en 2013. Il faut seulement mesurer la rareté d’une telle jurisprudence : aucun joueur sans trophée collectif n’a été récompensé depuis. Demander aux votants de couronner Mbappé au seul nom de sa dimension générationnelle reviendrait donc à réclamer pour lui l’exception que sa saison doit encore rendre incontestable.

  1. À lire aussi : Kylian Mbappé affiche déjà une faim nouvelle sous Mourinho

Les chiffres prouvent son niveau, pas encore son accomplissement

Le paradoxe de ses deux premières saisons espagnoles tient dans une opposition devenue impossible à esquiver. Mbappé a remporté deux Pichichis consécutifs, avec 31 puis 25 buts en Liga, sans gagner le championnat. Il a terminé meilleur buteur de la dernière Ligue des champions avec 15 réalisations en 11 matches, soit près de la moitié des 33 buts européens du Real Madrid, sans dépasser les quarts de finale. Il a inscrit 42 buts toutes compétitions confondues en 2025-2026. Il a donc accumulé toutes les preuves nécessaires de sa supériorité de buteur, mais aucune de ces additions n’a produit le grand titre qui transforme une performance en règne.

Cette réalité ne retire rien à son mérite, mais elle en définit la limite actuelle. Un Pichichi établit une domination sur la durée ; il ne dit pas à quel instant une saison s’est décidée. Un classement des buteurs mesure une somme ; il ne hiérarchise ni le contexte, ni le danger, ni la portée historique de chaque réalisation. Quinze buts avant une élimination pèsent lourd dans un bilan. Deux ou trois buts qui font gagner un championnat ou franchir les trois derniers tours de la Ligue des champions pèsent davantage dans une mémoire.

Il y a plus de dix ans, j’avais consacré deux textes à cette valeur particulière du but. Le premier portait sur Thierry Henry, joueur immense, détenteur de records, champion du monde, champion d’Europe et vainqueur de la Ligue des champions. Il avait presque tout gagné et beaucoup marqué, mais il lui manquait ce but qui ferme une grande finale et qui rend son auteur inséparable du trophée. Parmi les grandes finales que j’avais recensées, celle de la Coupe des confédérations 2003 constituait l’exception. Henry avait inscrit des buts importants, notamment contre le Brésil en quart de finale du Mondial 2006. Il n’avait pas mis celui qui donne à toute une carrière son image définitive.

Le second texte parlait d’Andrés Iniesta. Son but contre les Pays-Bas n’est ni le plus spectaculaire de sa carrière ni même le plus complexe techniquement. Sa valeur vient d’ailleurs : il est le but de la finale de la Coupe du monde 2010, celui qui a fait de l’Espagne une championne du monde et d’Iniesta, pour toujours, l’homme de Johannesburg. Des milliers de réalisations ont raconté son talent. Une seule a installé sa silhouette dans l’Histoire.

Aimé Jacquet avait résumé cette hiérarchie avec une précision définitive : « Le plus fort, c’est celui qui ponctue, qui met le point final. » L’addition des buts construit le bilan. Le but qui met le point final construit la postérité. Voilà l’étape qui attend désormais Mbappé. Il n’a pas nécessairement besoin de marquer dix ou quinze fois de plus. Il peut même marquer dix fois de moins si, parmi les buts conservés, figurent ceux qui décident d’une Liga, renversent un quart de finale, libèrent une demi-finale ou font gagner la Ligue des champions.

Cette évolution ne dépend toutefois pas du seul Mbappé. Pour inscrire le but d’une demi-finale ou d’une finale, encore faut-il que le Real Madrid atteigne ces rendez-vous sans lui demander de résoudre toutes les étapes précédentes. C’est ici que la question du Ballon d’Or rejoint celle de la dépendance collective : mieux Madrid répartira les responsabilités, plus Mbappé pourra concentrer son influence sur les moments qui donnent un titre et transforment un grand buteur en figure historique.

Cristiano Ronaldo, l’exemple que le Real Madrid connaît déjà

La référence à Cristiano Ronaldo est souvent utilisée pour justifier la centralité absolue de Mbappé. Elle prouve en réalité le contraire. Le Portugais a été le principal buteur du Real Madrid, sa figure dominante et l’homme de ses grands rendez-vous européens. Il n’a jamais été, à lui seul, le projet sportif du club.

Lors de la Liga 2011-2012 remportée sous Mourinho, Cristiano a marqué 46 des 121 buts madrilènes, soit 38 % du total. C’est considérable. Mais Gonzalo Higuaín et Karim Benzema en ont ajouté 43 à eux deux, pendant que Mesut Özil et Ángel Di María organisaient une part essentielle de la création. Le Real n’avait pas réduit son football à la recherche permanente d’un homme. Il avait bâti une force offensive dont Cristiano constituait l’aboutissement le plus puissant.

La comparaison entre les campagnes européennes 2015-2016 et 2016-2017 révèle encore mieux la différence entre concentration statistique et dépendance structurelle. En 2015-2016, Cristiano inscrit 16 des 28 buts du Real en Ligue des champions, soit plus de 57 % du total. Pourtant, il ne marque ni pendant la demi-finale ni au cours des 120 minutes de la finale, avant de transformer le tir au but du sacre. L’équipe trouve ailleurs les réponses nécessaires pour gagner.

La saison suivante, il termine la compétition avec 12 buts sur les 36 du Real. Le volume est inférieur, mais le poids historique est supérieur : après seulement deux buts lors de ses huit premières apparitions, il en marque dix à partir des quarts de finale, dont cinq contre le Bayern, trois contre l’Atlético et deux en finale face à la Juventus. Il n’a pas eu besoin de battre son record pour agrandir sa légende. Il a mis les buts qui ont ponctué la conquête.

Le Real a donc parfois été statistiquement dépendant de Cristiano. Il n’a jamais été footballistiquement réduit à Cristiano. Sergio Ramos pouvait sauver une finale, Luka Modrić et Toni Kroos commander le temps du match, Casemiro protéger l’équilibre, Marcelo ouvrir un côté, Benzema résoudre une situation et Gareth Bale ou Isco modifier la structure de l’équipe. Cristiano recevait la lumière sans confisquer toutes les fonctions qui permettaient de la produire.

Une hiérarchie offensive n’oblige pas à construire une monarchie sportive. Le meilleur buteur peut être la première destination du jeu sans que l’ensemble du jeu dépende de lui.

Messi, ou la grandeur servie par la répartition

Lionel Messi offre la même démonstration. Sa saison statistique la plus extravagante, en 2011-2012, s’est achevée avec 73 buts personnels et 190 réalisations pour le FC Barcelone, mais sans Liga ni Ligue des champions. Trois ans plus tard, il marque 58 fois et réalise encore une saison immense, sauf que la puissance offensive est désormais distribuée au sein d’un trio qui totalise 122 buts. En Ligue des champions, Messi et Neymar terminent avec dix réalisations chacun. En finale, Ivan Rakitić, Luis Suárez et Neymar marquent, tandis qu’Iniesta est désigné homme du match. Barcelone réalise le triplé.

Messi n’avait pas diminué. Le Barça avait cessé d’exiger que sa supériorité résolve seule toutes les étapes d’une campagne. Xavi et Iniesta l’avaient accompagné dans les conquêtes précédentes ; Neymar et Suárez ont ensuite partagé la responsabilité de la dernière passe, de la rupture et de la finition. La grandeur de Messi a été servie par cette répartition, pas menacée par elle.

Mbappé a déjà été champion parmi les champions

L’équipe de France fournit peut-être la comparaison la plus éclairante, parce qu’elle accompagne toutes les étapes de la transformation de Mbappé. En 2018, il marque quatre des quatorze buts français, autant qu’Antoine Griezmann. Benjamin Pavard, Raphaël Varane, Samuel Umtiti, Paul Pogba, ainsi qu’Aziz Behich et Mario Mandžukić contre leur camp, participent eux aussi à la production offensive. Mbappé est déjà extraordinaire, mais il est encore un champion parmi les champions. La France gagne.

En 2022, il inscrit huit des seize buts français. Sa part double et atteint 50 %. Son triplé en finale interdit toute lecture paresseuse : Mbappé répond personnellement à l’exigence du plus grand rendez-vous et réalise précisément ce que l’on réclame aux joueurs historiques. La France ne gagne pourtant pas. Ce match rappelle qu’un exploit individuel, même immense, ne suffit pas à garantir la conclusion collective.

En 2026, il marque dix des vingt buts de la France, remporte encore le Soulier d’or, puis reste muet lors de la demi-finale perdue 2-0 contre l’Espagne. Là encore, le chiffre ne constitue pas une accusation. Il décrit une concentration. Plus la responsabilité du but s’est resserrée autour de Mbappé, plus l’équipe a dépendu de sa capacité à résoudre chaque moment. Elle a atteint une finale puis un dernier carré ; elle n’a plus gagné.

Le Paris Saint-Germain oblige à la même prudence. Le club n’a pas remporté deux Ligues des champions parce que Mbappé est parti. Une telle causalité serait aussi commode que fausse. Son départ a cependant permis une reconfiguration que Paris n’avait jamais menée jusqu’au bout lorsqu’il était le centre sportif, médiatique et institutionnel du projet. En 2024-2025, le PSG marque 38 buts européens et son meilleur buteur, Ousmane Dembélé, n’en inscrit que huit. Lors de la finale gagnée 5-0, quatre joueurs différents marquent. La saison suivante, Paris conserve son titre avec 45 buts et Khvicha Kvaratskhelia comme meilleur réalisateur européen du club avec dix unités.

Luis Enrique n’a pas supprimé le talent individuel. Il a refusé qu’un talent détermine seul la forme de toute l’équipe. Les responsabilités ont circulé entre les attaquants, les milieux et les latéraux ; l’identité collective a survécu aux absences et aux baisses de forme. Le problème n’était donc pas le talent de Mbappé, mais une architecture qui avait fini par confondre sa centralité avec le projet collectif.

Le Real Madrid doit être le seul centre du projet

Le Real Madrid commettrait donc une erreur en croyant aider Mbappé par une Mbappé-dépendance. Il commettrait la même erreur en remplaçant cette centralité par celle de Jude Bellingham, de Vinícius Júnior ou de n’importe quelle autre star. Bellingham doit exercer toute son influence, Vinicius Jr. retrouver toute sa force de déséquilibre et Mbappé recevoir les conditions nécessaires pour attaquer la profondeur et finir les actions. Aucun d’eux ne doit devenir plus important que la cohérence qui les réunit.

Les trois premiers matches de Liga ont d’ailleurs offert un début de réponse : dix buts, dont quatre pour Mbappé, deux pour Bellingham, puis des réalisations de Vinícius, Arda Güler et Daniel Espí, auxquelles s’ajoute un but contre son camp. Bellingham a également délivré deux passes décisives. Loin de diminuer Mbappé, cette distribution rend ses buts moins prévisibles pour l’adversaire et plus soutenables pour le Real.

La question relève autant de la gouvernance que de la tactique. Une direction peut choisir sa tête d’affiche, organiser sa communication et valoriser commercialement un joueur. L’entraîneur, lui, doit distribuer les pouvoirs nécessaires à la victoire. Si la hiérarchie voulue par le club détermine les positions, le volume de ballons, la liberté défensive et le droit de décider de tous les autres, le marketing finit par écrire la feuille de match.

Le premier âge des Galactiques avait compris l’égalité symbolique entre ses stars, jusque dans la grille salariale : Luís Figo, Zinédine Zidane, Ronaldo, David Beckham et Raúl évoluaient dans une même sphère de reconnaissance et percevaient une rémunération fixe équivalente. Il avait moins bien compris que l’équilibre d’une équipe exige aussi de valoriser les fonctions sans prestige, comme l’a montré le départ de Claude Makélélé. Une constellation n’est pas une simple collection d’astres célèbres. Elle n’existe que par les relations qui permettent de les lire ensemble.

Voilà le Real Madrid que Mourinho doit construire : une équipe dans laquelle Mbappé, Vinicius Jr. et Bellingham puissent être des champions parmi les champions, et où Federico Valverde, Bernardo Silva, Marc Cucurella, Aurélien Tchouaméni, Dean Huijsen, Denzel Dumfries ou Thibaut Courtois soient responsables, chacun dans son registre, de la même ambition. Le centre DOIT ETRE le Real Madrid.

Perdre dix buts, gagner l’éternité

Le Ballon d’Or de Mbappé naîtra plus sûrement de cette organisation que d’une équipe entièrement soumise à ses statistiques. Je préfère un Real Madrid capable de placer trois joueurs parmi les principaux candidats parce qu’il a tout gagné, plutôt qu’un club éliminé dont l’unique représentant espère terminer deuxième ou troisième grâce à l’accumulation de ses buts (ce qui se passera probablement cette année 2026)

La distinction individuelle viendra alors départager des champions. Elle récompensera celui qui, au milieu de la réussite commune, aura pris la responsabilité du moment que l’on attend toute une vie. Peut-être Mbappé, grâce au but d’une finale. Peut-être Bellingham, par une séquence qui renverse une saison. Peut-être Vinícius, parce qu’il aura de nouveau décidé des nuits européennes. Cette incertitude n’affaiblirait personne. Elle signifierait que le Real est redevenu assez fort pour produire plusieurs destins historiques.

Kylian Mbappé n’a plus besoin de prouver qu’il peut marquer quarante buts. Il l’a déjà fait. S’il en inscrit trente-deux, mais que deux ou trois d’entre eux donnent au Real la Liga et la Ligue des champions, sa saison sera plus petite dans les tableaux et infiniment plus grande dans la mémoire. Le Pichichi dit combien de fois un joueur a marqué. L’Histoire retient pourquoi, quand et pour quoi il l’a fait.

Mourinho a raison sur l’essentiel : Mbappé appartient aux joueurs dont le football devra conserver le nom. Mais l’éternité ne se distribue pas par décret et le Ballon d’Or n’est pas un hommage anticipé. Pour devenir ce joueur que l’on n’oublie plus, Mbappé - ou plûtot la direction du Real Madrid - doit accepter que le Real cesse d’organiser son projet autour de la seule centralité de Kylian. Il doit redevenir ce qu’il était en 2018 avec les Bleus et ce que Cristiano, Messi ou Iniesta ont été au moment de leurs plus grandes conquêtes : un champion parmi les champions, capable de mettre le point final sur les trophées remportés.

À propos de Publisher