Le Journal du Real
·22 septembre 2026
Le Real Madrid peut-il gagner en courant moins que tout le monde ?

In partnership with
Yahoo sportsLe Journal du Real
·22 septembre 2026

Le Real Madrid traverse la trêve internationale avec six points de retard sur le FC Barcelone, mais un autre chiffre, beaucoup moins visible au classement, vient mettre en lumière une faiblesse plus profonde. Après les sept premières journées de Liga, le Real est tout simplement l'équipe qui parcourt le moins de kilomètres du championnat, avec seulement 83,46 km par match. À l'autre extrémité, Elche en parcourt 105,61 et le Barça 104,64. L'écart avec le grand rival catalan dépasse donc 21 kilomètres par rencontre.
Le constat devient encore plus frappant lorsqu'on élargit la comparaison aux cinq grands championnats européens : les Merengues figurent tout en bas du classement des 96 équipes présentes dans le top 5 européen. Sur les premières semaines de la saison, aucune équipe des cinq grands championnats ne présente un volume de course inférieur à celui des Madrilènes selon El Desmarque.
Il faut évidemment se garder de transformer une distance parcourue en jugement automatique sur l'investissement des joueurs. Une équipe qui monopolise le ballon peut réduire ses déplacements, tandis que le scénario d'une rencontre influence fortement les kilomètres enregistrés. Courir davantage ne signifie pas nécessairement mieux jouer. D'ailleurs, le Real n'est pas dernier dans toutes les statistiques d'intensité.
Mais un élément rend cette donnée particulièrement difficile à balayer d'un revers de main : la Maison Blanche n'a devancé son adversaire en distance parcourue lors d'aucun de ses huit premiers matches de la saison. Ni contre l'Espanyol, ni contre la Real Sociedad, ni contre Malaga, ni contre le Betis, ni même lors de ses victoires contre l'Inter, le Rayo ou Elche. Face à l'Atlético, l'écart a été particulièrement net : 100,37 kilomètres pour Madrid contre 107,56 pour les Colchoneros.
Le plus inquiétant, c'est que cette faiblesse physique s'inscrit dans une tendance déjà visible lors des grands rendez-vous des dernières saisons. En avril 2025, lors du quart de finale de Ligue des champions contre Arsenal, les Madrilènes avaient parcouru 101,2 kilomètres à l'aller, contre 113,9 pour les Londoniens. Au retour, l'écart était encore de 8,5 kilomètres, avec 107,5 km pour le Real contre 116 pour Arsenal. Sur l'ensemble de la confrontation, Arsenal avait ainsi parcouru 21,2 kilomètres de plus.
Un an plus tard, le scénario s'est répété face au Bayern Munich. À l'aller au Bernabéu, Madrid avait couvert 101,91 kilomètres contre 110,85 pour les Bavarois. Au retour, les deux équipes avaient encore affiché un écart considérable : 99,8 kilomètres pour le Real contre 109,7 pour le Bayern. Sur les deux matches, le Bayern a donc couru près de 19 kilomètres de plus que le Real Madrid.
Ces chiffres prennent une autre dimension lorsqu'on les replace dans la durée. En 2025, El País avait calculé que le Real avait couru moins que son adversaire dans presque toutes ses rencontres de Ligue des champions depuis le retour d'Ancelotti en 2021, avec seulement cinq exceptions sur les matches recensés. L'écart contre Arsenal constituait alors le plus important de cette période.
Le problème est donc antérieur à Mourinho. La Casa Blanca a longtemps pu survivre avec moins de courses grâce à son talent, sa maîtrise technique et sa capacité à faire basculer les grands matches sur quelques actions. Mais lorsque le niveau d'intensité monte en face, le déficit devient beaucoup plus difficile à masquer. Arsenal l'a montré. Le Bayern également. Et aujourd'hui, Mourinho récupère un effectif qui traîne déjà cette habitude derrière lui.
Le problème du Real Madrid ne peut évidemment pas être imputé à Kylian Mbappé. Les difficultés physiques de l'équipe existaient avant son arrivée, et les données des dernières saisons le montrent. Mais le Français représente aujourd'hui l'un des exemples les plus frappants de cette faible activité sans ballon.
La statistique est particulièrement brutale : en Liga 2025-2026, Mbappé a terminé dernier des 344 joueurs recensés pour les contributions défensives, avec seulement 0,2 action par 90 minutes, selon Foot Mercato. Cette donnée ne suffit évidemment pas à mesurer son activité sans ballon dans son ensemble, mais elle illustre une tendance : le Français participe peu au travail défensif de son équipe. Vinícius présente, d'ailleurs, lui aussi un volume défensif limité. En Ligue des champions 2025-2026, il affichait environ 0,5 action défensive par 90 minutes, contre 0,4 pour Mbappé.
Le problème n'est donc pas de désigner deux coupables. C'est de constater que Mourinho arrive avec un effectif dont certaines stars offensives ont été habituées à contribuer relativement peu sans ballon. Or son football repose précisément sur l'idée inverse : le premier défenseur doit être l'attaquant. Le Portugais peut demander à son équipe de presser davantage. Mais pour que ce pressing devienne une véritable identité, il faudra que ses joueurs acceptent aussi d'en payer le prix.
C’est là que le retour de José Mourinho devient particulièrement intéressant. Le Portugais ne demande pas à son équipe de courir pour courir : il veut que les efforts soient coordonnés, notamment à la perte du ballon et dans les phases de pressing. Dès le début de saison, il a insisté sur une idée simple : il n’existe pas, dans son équipe, de joueurs qui défendent et d’autres qui attendent la récupération du ballon. « Il faut défendre à onze », expliquait-il en août.
Mais Mourinho sait aussi que cette transformation ne se fera pas en quelques semaines. Après la victoire contre Malaga, il reconnaissait que son équipe n’avait pas encore l’énergie ni les automatismes pour maintenir cette intensité pendant 90 minutes. Quelques jours plus tard, après le match contre le Rayo, il pointait encore les difficultés à presser et la baisse d’énergie en seconde période.
Le chantier est donc moins physique que culturel. Le Real Madrid doit apprendre à faire des efforts ensemble, à répéter les mêmes courses et à accepter que les stars offensives participent elles aussi au travail sans ballon. Mourinho veut avant tout une équipe capable de choisir quand accélérer, quand fermer les espaces et quand défendre plus bas.
C’est probablement là que se jouera une partie de sa saison. Le Real Madrid possède suffisamment de talent pour gagner beaucoup de matchs en courant moins que ses adversaires, là n'est pas la question. Mais pour redevenir une équipe capable de dominer les très grands rendez-vous, la Maison Blanche devra s'adapter au football moderne et multiplier les courses.