OnzeMondial
·10 septembre 2026
"Les adversaires étaient impressionnés par Mbappé", les coulisses de la Coupe du Monde avec Victor Pigasse, réalisateur du documentaire de la FIFA

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·10 septembre 2026

Au coeur du réacteur pendant la Coupe du Monde, le réalisateur français Victor Pigasse a vécu ce tournoi de l'intérieur. Engagé par la FIFA pour tourner des images tout au long de la compétition, il a été au plus près de l'équipe de France, filmé une séquence mythique avec le petit frère de Lamine Yamal, puis observé les larmes de Lionel Messi. Une chance unique sur laquelle il revient avec passion.
Tout d'abord, comment se retrouve-t-on à réaliser un documentaire sur la Coupe du Monde pour la FIFA ?
Je travaillais en mai sur le dernier film d’Oliver Stone, le réalisateur américain. On tournait en Europe, et ses producteurs produisaient également le documentaire officiel de la FIFA sur la Coupe du monde. Comme je suis un grand fan de foot et que je n’avais pas encore travaillé dans le sport du point de vue de la réalisation, je leur ai demandé si je pouvais le faire. Ils m’ont dit oui. C’est comme ça que je me suis retrouvé sur ce projet.
Vous êtes combien de réalisateurs à bosser sur ce documentaire ? Vous êtes plusieurs, c'est ça ?
Il y a le réalisateur principal, Juan Pablo Buscarini, qui est Argentin, et ensuite il y a des réalisateurs de seconde équipe, dont moi. Je ne sais pas combien on est exactement au total. J’étais principalement sur la côte Est, je m’occupais de New York, Boston et Philadelphie. .
Comment ça se passe l'avant-Coupe du monde avec la FIFA ? Quelles sont leurs consignes pour vous lancer dans ce projet ?
Le documentaire s’appelle Chasing the Dream. Évidemment, il suit la Coupe du monde et les matchs, mais il est aussi focalisé sur les supporters. En tant que réalisateur et producteur, mon rôle initial était de trouver des fans intéressants, avec des histoires singulières, venus de plusieurs pays. C’était le gros du travail. On a trouvé un Brésilien de Porto Alegre, tout au sud du Brésil, qui est venu jusqu'aux États-Unis au volant de sa Coccinelle Volkswagen. Il a roulé pendant deux ou trois mois, et je l’ai suivi sur place : à chaque fois que le Brésil jouait, il s'y rendait avec sa voiture. L’idée de la FIFA, c’était vraiment de dénicher ce type de profils. Comme on ne sait pas quelle équipe ira loin dans le tournoi, on essaie de suivre des supporters de plusieurs nations afin de pouvoir tourner le plus longtemps possible.
Quelle impression ça t’a fait d’être au cœur d’une telle compétition pendant plus d’un mois, de vivre au jour le jour un événement que tout le monde regarde et attend ?
Je suis fan de foot et j'adore la Coupe du monde, mais la grande différence pour moi, c’était de la vivre en travaillant, en tant que réalisateur. C’est quelque chose que je n’avais jamais fait. J’habite à New York, la ville où se jouait la finale. J’étais vraiment au cœur du réacteur.
On a vu qu'au Mexique, qui est un vrai pays de foot, l'engouement était énorme. Aux États-Unis, depuis la France, on ne savait pas vraiment sur quel pied danser. Quelle était l'atmosphère réelle à New York ?
Comme je filmais et produisais, j’essayais d’aller là où il y avait le plus de supporters, et il y en avait vraiment partout. À chaque fois qu’il y avait un match, il y avait d'énormes rassemblements la veille sur Times Square. Beaucoup d’étrangers ont fait le déplacement. Il y avait des Argentins, des Brésiliens, mais aussi beaucoup de Français. J'ai d'ailleurs été très surpris par le grand nombre d'étrangers qui portaient le maillot de l'équipe de France. Il y avait beaucoup d'Américains avec le maillot de Mbappé, c'était un vrai phénomène. Et puis, la sélection américaine est allée assez loin, donc les locaux suivaient l'équipe de très près.
Tu parlais des Américains avec le maillot de l'équipe de France. Est-ce que tout s'est cristallisé autour de Mbappé ?
Pour les Américains, c'était Mbappé. Ils aiment ce qui est flashy, les grandes stars, et il était la figure centrale. Évidemment, les vrais amateurs de football ont aussi suivi Olise, Dembélé et les autres, mais l'engouement autour de Mbappé était phénoménal.
Les Américains le connaissaient-ils avant, ou sa notoriété s'est-elle développée pendant le tournoi ?
Je pense qu'ils le connaissaient avant. Celui qui s'est vraiment fait un nom pendant le tournoi, c'est peut-être Yamal. Mais Mbappé est déjà une marque : il est sur les panneaux d'affichage, dans les publicités au même titre que Messi ou Ronaldo.
Quels sont les supporters qui t'ont le plus impressionné ou fait la meilleure impression durant ce mois et demi ?
J'ai adoré filmer les Norvégiens. C'était la surprise de ce mondial. J'étais au match Brésil-Norvège, où ils ont battu le Brésil. Dans le stade, l'ambiance était incroyable. Les supporters brésiliens étaient largement majoritaires, il n'y avait qu'une petite section de Norvégiens, mais ils étaient formidables. Ils faisaient leur fameux clapping, le « Row, Row ». J'ai même pu interviewer en plein match celui qui lance le mouvement. Si je me souviens bien, c'est un professeur à la base. Il a créé ce mouvement quelques mois auparavant et c'est devenu très viral. C'est lui qui orchestrait ça dans les tribunes à chaque match de la Norvège, il agissait presque comme un chauffeur de salle.
As-tu senti une évolution dans la manière dont les Américains ont perçu le football tout au long de ce mois de compétition ?
Les Américains adorent le sport et les grands événements. Ils aiment les défis, le spectacle, les stars, et là, il y avait tous les ingrédients réunis. J'ai vraiment ressenti une effervescence partout. Est-ce que cet engouement durera après la Coupe du monde ? Je n'en suis pas certain, mais pendant l'événement, la ferveur était indéniable.
Tu nous as parlé des supporters, mais tu as aussi pu filmer les coulisses. Il y a eu cette fameuse séquence avec le petit frère de Lamine Yamal qui a beaucoup fait parler.
Exactement. Je filmais les supporters, mais j'avais aussi une accréditation exceptionnelle qui me permettait d'aller absolument partout dans les stades. c'est un sacré sésame ! J'étais sur la pelouse pendant les matchs. Je voyais les joueurs de très près, chose que je n'avais jamais vécue. Je pouvais les filmer dans les couloirs. Pour la scène avec le petit frère de Lamine Yamal, c'était à New York lors de la finale. Au coup de sifflet final, lorsque l'Espagne a gagné, j'ai pu descendre sur le terrain. En filmant au plus près des joueurs, j'ai vu le petit frère de Yamal tenir la Coupe du monde. J'ai trouvé ça adorable, alors je l'ai filmé. Je l'ai posté en me disant que c'était un beau moment, et en deux jours, la vidéo a fait 30 millions de vues. C'est devenu viral et ça a été repris par la presse du monde entier.
Quand tu as capté cette scène, as-tu senti immédiatement que ce serait LA vidéo marquante de l'après-Coupe du monde ?
Pas forcément. Je l'ai envoyée à un ami qui m'a dit qu'elle était extraordinaire. Quand on est dans l'action, on filme énormément de choses sans toujours s'en rendre compte. Je la trouvais marrante, alors il m'a encouragé à la poster. Et elle a été reprise par plein d'autres médias.
Que dégage un joueur si jeune comme Lamine Yamal .
On se rend compte en direct qu'il n'a que 19 ans, que c’est encore un gamin. C'est dingue de se dire qu'il est à la fois si talentueux et déjà champion du monde à son âge. Quand je me rapprochais de lui et qu'il était avec sa mère, son frère ou sa famille, on voyait sa jeunesse. J'ai 31 ans et mon frère en a 17, je me disais qu'il ressemblait à mon frère. À la télévision, il y a un côté mystique autour de lui parce qu'il réalise des prouesses, mais sur le terrain, de près, c'est vraiment un enfant.
Quel matériel utilises-tu lorsque tu es sur le terrain ?
Ce qui est surprenant, c'est que pour le documentaire de la Coupe du monde, nous filmions avec nos iPhones. À l'exception de quelques interviews officielles, tout le reste a été tourné au téléphone. Nous avions le dernier modèle avec une application permettant de filmer en 4K. J'avais bien sûr un équipement pour la prise de son, mais l'image était captée à l'iPhone, ce qui offre une immense mobilité.
Comment fait-on pour se positionner dans ces moments d'intimité, afin d'obtenir des images précises sans déranger les personnes filmées ?
Il faut savoir s'effacer et repérer les bons moments. Il y a énormément de tension avant les matchs. J'essayais de capter des images dans les couloirs, mais en gardant une certaine distance pour ne pas perturber les joueurs. Il faut aussi faire attention à la réalisation télévisée pour ne pas entrer dans le champ des caméras. Après la victoire de l'Espagne, l'ambiance était plus légère, ils étaient heureux, mais ils partageaient ça avec leurs familles, il fallait donc rester respectueux. C'est une question d'observation. Quand le petit frère de Yamal a eu le trophée entre les mains, je savais que ça ne durerait que quelques secondes. Je m'en suis approché et j'ai eu la chance de capter ce moment très drôle où il fait semblant de lécher la Coupe. J'étais au bon endroit au bon moment.
Quel joueur t'a le plus impressionné par son aura ou son charisme dans ces moments de proximité ?
Mbappé, c'est un classique, mais on ressentait vraiment une aura autour de lui. Même les joueurs adverses semblaient impressionnés en le croisant dans les couloirs. C'était la même chose pour les enfants qui accompagnent les joueurs, pour le staff, pour le public.
Depuis l'arrière des buts, on ressent forcément la tension !
Le match le plus intense à ce niveau, c'était France-Paraguay. Il y avait beaucoup de tension et d’anti-jeu de la part des Paraguayens, mais les Français sont restés très calmes. J'étais très proche lors du penalty sifflé pour Mbappé. Les Paraguayens ont commencé à abîmer le point de penalty, on sentait le besoin de protéger le tireur, mais la force de frappe des Français était telle que ça ne les a pas perturbés.
L’après-match était aussi chaud ?
Non, les Français sont rentrés aux vestiaires, tandis que les Paraguayens sont restés avec leurs familles. Ils avaient joué de manière rugueuse, mais l'émotion était palpable. Ils étaient tristes de l'élimination mais fiers de leur parcours. Près de 200 supporters paraguayens étaient encore là, et les joueurs grimpaient un à un dans les tribunes pour les enlacer. C'était un superbe moment de communion. Ils n'avaient perdu que 1-0 contre la France, ils avaient donné le maximum. En amont, j'avais d'ailleurs suivi des supporters paraguayens. L'un d'eux vivait aux États-Unis, tandis que son père résidait au Paraguay. Ils ne s'étaient pas vus depuis des années. Le père a fait le voyage jusqu'à Philadelphie spécialement pour assister au match avec son fils. Ce genre de retrouvailles familiales autour du football, c’est très beau à filmer. Sinon, France-Maroc a été un moment extraordinaire. Le nombre de supporters marocains dans le stade était impressionnant, l'ambiance était fantastique.
Avec le recul, dirais-tu que la Norvège a été l'équipe « coqueluche » de cette Coupe du monde ?
Les Américains adorent les grandes stars comme Mbappé, mais ils se passionnent aussi pour les underdogs, les équipes inattendues. Le Cap-Vert a suscité une forte sympathie, notamment lors de son match contre l'Argentine. L'équipe d'Argentine était beaucoup moins soutenue que lors du précédent Mondial. L'opinion publique a un peu basculé.
En France, on avait l'impression que tout le monde détestait viscéralement les Argentins. Ce sentiment était-il partagé par les autres nations, ou était-ce une réaction très française ?
Je pense que c'était le cas d'un peu tout le monde, pour des raisons différentes. Les Français en raison de la finale, les Anglais par rapport à leur histoire commune, et les Américains parce qu'ils étaient vraiment pour la France et pour Mbappé. À chaque fois, ils me disaient que la France allait gagner. Il y avait vraiment cette volonté. Et puis, comme Messi avait déjà gagné la précédente Coupe du monde, il n'y avait pas cette pression. Les Argentins étaient clairement moins populaires, même s'ils s'en fichaient complètement.
En filmant sur place, en parlant aux supporters ou aux journalistes, j'avais l'impression que la France était devenue le Brésil. Quand on est petit, le Brésil est la nation du football qu'on adore, dont on porte le maillot. Là-bas, c'était la même chose avec le maillot de la France. C'était assez dingue. Je me disais que je ne savais pas combien de temps cela allait durer, mais qu'il fallait en profiter..
Quelles questions se posaient-ils sur l'équipe de France ?
Ils étaient impressionnés et voulaient que la France gagne. Il y avait un réel enthousiasme, plus fort que pour les autres équipes. Certes, certains préféraient les underdogs comme le Cap-Vert, mais lorsque les grosses nations sont arrivées à la fin, c'était vraiment la France. Je pense aussi que les gens aiment le pays, aiment Paris. Tout cela a joué : Mbappé, l'équipe, le pays et le rayonnement culturel de la France.
Quel place Lionel Messi avait-il dans ce Mondial ?
Pendant la finale, le réalisateur Juan Pablo Buscarini m'a demandé d'interviewer des supporters argentins, mais aussi des fans non-argentins. Comme pour Mbappé, j'ai interrogé des supporters portant le maillot de l'Argentine qui n'étaient pas Argentins. Quand je leur demandais s'ils continueraient à supporter l'Argentine après la retraite de Messi, ils hésitaient et me disaient qu'ils verraient bien. Il y avait une véritable « Messi-mania ».
Sur le terrain, son leadership était flagrant. Ce qui m'a marqué, c'est lorsqu'il a perdu : il y a eu ces images de lui très triste, en larmes, diffusées sur le grand écran. Les supporters ont commencé à scander son nom. Les fans argentins ont mis la meilleure ambiance du tournoi. Malgré la défaite et le sacre de l'Espagne, ils ont chanté à la gloire de Messi pendant la remise des médailles.
C'était peut-être le dernier moment de la carrière de Messi sous les couleurs de l'Argentine, un moment historique à vivre.
J'ai essayé de le filmer de loin, sans trop m'approcher car il venait de perdre et la situation était délicate, mais le voir ainsi, c'était marquant. C'est Messi, et il a déjà gagné une Coupe du monde, donc tout va bien pour lui ! Mais au-delà de ça, l'engouement autour de l'Argentine à New York était fou.
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