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·3 février 2026
L’instant Tactique avec Eirik Horneland : « Je regarde toujours l'équipe à travers les joueurs »

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·3 février 2026

Méconnu en France avant de débarquer sur le banc de l’ASSE en décembre 2024, Eirik Horneland n’a pas tardé à se faire remarquer. Par son caractère explosif, mais aussi par son approche moderne du métier. Un football agressif tourné vers l’attaque et une identité incarnée pour aider Sainté à retrouver les sommets. Rencontre avec un coach passionné aux idées bien ancrées dans l’ère du temps.
Voici quelques extraits de notre interview de Eirik Horneland. L’intégralité de cet interview de 6 pages est à retrouver dans le magazine n°378 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 2 janvier 2026.
Entretien réalisé avant le licenciement d’ Eirik Horneland.
Comment le football est arrivé dans votre vie ?
Comme beaucoup d’enfants en France et ailleurs, j’ai commencé dans la rue. J’ai toujours été attiré par le ballon depuis tout petit. Avec mes amis, on jouait tout le temps, ça partait dans tous les sens. Maintenant, c’est un football beaucoup plus organisé. Encore plus en Scandinavie. Mais j’ai eu la chance de croiser de très bons entraîneurs. Ils m’ont aidé à bien me développer et m’ont inspiré pour devenir ensuite entraîneur. Durant mes dernières années chez les professionnels, j’ai aussi pu découvrir le métier de coach de manière précoce. J’avais déjà cet attrait pour le métier d’entraîneur. J’étais inspiré par le jeu, la compétition. Je m’intéressais à comment connecter les joueurs ensemble, construire une équipe puissante, solide, gagner en tant que groupe, mais aussi se développer en tant que groupe.
Comment avez-vous découvert ce métier de coach ?
Cela dépend beaucoup de la personnalité de chacun. En tant que joueur, si tu aimes jouer au football, penser au football constamment, cela aide. Ma personnalité, j’aime prendre des responsabilités, j’étais comme ça en tant que joueur. J’aimais organiser l’équipe, cela me permettait de mieux jouer. C’est devenu très naturel d’embrasser cette carrière de coach.
Quelle est votre relation au football ?
Je regarde beaucoup de matchs. Le football, c’est ma passion. J’aime le jeu. J’aime la compétition. La compétition est difficile, car c’est le sport le plus populaire du monde. Tu peux le regarder partout, tu peux être inspiré par des équipes locales, des équipes nationales, etc… J’aime être inspiré de façon large. Tu peux regarder des matchs de Ligue des Champions à la télévision et ensuite regarder une équipe moins huppée à côté de chez toi. C’est inspirant de mixer cela.
La plupart des entraîneurs sont d’anciens joueurs. Trouvez-vous cela logique ?
C’est logique, mais cela ne doit pas forcément être logique. Il y a de magnifiques entraîneurs qui n’étaient pas joueurs auparavant. Pour autant, dans mon cas, ça m’a servi d’être joueur, d’avoir été dans un vestiaire, savoir comment un groupe réagit à différentes situations, comment un état d’esprit se construit et se déconstruit. C’est important de savoir comment un groupe peut aller dans le bon et le mauvais sens. Quand tu as vécu cela, tu sais mieux l’appréhender. Pour moi, c’est une bonne chose d’avoir eu ce passé-là.
Être accompagné par des personnes qui ne sont pas issues du football, ça peut aider ?
Tu peux trouver de l’inspiration partout. Je peux trouver de l’inspiration avec mes parents, mes frères qui travaillent dans divers domaines… tant que les gens sont intelligents, ils peuvent t’aider.
Vous étiez défenseur, mais vous optez pour un football plutôt offensif. Cela peut paraître surprenant, non ?
J’étais défenseur central, mais l’idée de mon équipe était d’être la meilleure équipe sur le terrain. Elle voulait développer un jeu attractif, tourné vers l’attaque. Un style offensif. Il y a la compétition, mais je veux voir la beauté du football. Et la beauté du football, c'est la créativité, les joueurs intelligents connectés entre eux pour faire la différence, l’aspect physique.
C’est votre définition du football ?
J’adore travailler avec des joueurs intelligents. C’est si simple d’avoir des joueurs capables de résoudre des situations sur et en dehors du terrain. Le football, c’est ça. Tu peux donner à tes joueurs un cadre, une idée de jeu, mais les joueurs ont aussi une certaine liberté pour s’épanouir dans ce cadre.
Il y a des joueurs qui vous ont impressionné par leur intelligence ?
Il y en a beaucoup. À Saint-Étienne, je pense à des joueurs comme Boakye, Stassin, Miladinovic, Tardieu… Ils ont une idée très claire de comment résoudre des situations de jeu. Ce sont des joueurs qui améliorent les joueurs autour d’eux. Ils ont une certaine présence.
Vous avez dit dans une interview : « On est toujours challengé sur nos visions du football ». Quels ont été vos challenges en arrivant en France par rapport à la Norvège ?
La compétition, tout d’abord, qui était super difficile. On a affronté le Paris Saint-Germain. On peut avoir une très bonne vision du football, mais tu es testé quand tu affrontes ce genre d’équipes. On essaie de s’adapter, changer de manière de jouer ou alors poursuivre dans le processus mis en place et essayer d’être meilleur dans ton propre style. J’ai toujours préféré la deuxième option. Si tu affrontes le Paris Saint-Germain, deux fois, trois fois, quatre, cinq ou six fois, et que tu essaies de développer ta manière de jouer durant ces matchs, tu vas forcément progresser.
Justement, n’était-ce pas risqué de jouer un football offensif avec une équipe qui se bat pour le maintien ?
Oui, c’était risqué. Mais c’est le style que j’aime, celui pour lequel je me bats. C’est un style qu’une équipe comme Saint-Étienne doit avoir. Je ne voulais pas descendre en Ligue 2. Mais quand vous démarrez un processus, vous devez le poursuivre. Il faut des compromis, certes, car cela va mettre du temps à se mettre en place collectivement et individuellement, mais on a cette idée. On a eu des moments où l’on se rapprochait de cela, d’autres où on était loin de cela. Mais rester dans cette idée vous aide à long terme.
Quand on est coach, on vit avec la pression du résultat. Le fait d’avoir une grande confiance de la part de votre direction vous permet de vous sentir plus libre de prôner ce football ?
Si vous avez une idée claire de la manière dont vous voulez jouer et que vous mettez cela en place au quotidien, les joueurs ressentent de la confiance. Ils peuvent ressentir qu’ils sont meilleurs jour après jour. C'est la façon dont nous travaillons. Parfois, il peut y avoir des résultats négatifs. Pour autant, si les joueurs continuent de croire en cela, ils vont comprendre où nous voulons aller. Ils en sortiront plus forts. J’ai de la chance, j’entraîne depuis des années. Et je sais qu’au long terme, si tu crois en ce processus, que tu mets tout en place pour que cela fonctionne, le succès va venir.
Avez-vous un système favori ?
Je regarde toujours l'équipe à travers les joueurs et non les joueurs à travers l’équipe. Je vois les joueurs à disposition, j’essaie ensuite de créer un bon mix entre football offensif et football défensif, cela doit aider à tirer le maximum des joueurs. Après, je veux toujours jouer avec une équipe agressive, du jeu court entre les joueurs, une équipe qui peut combiner rapidement, une équipe intelligente. Même si parfois, il y a des choses à ajuster. L’an dernier, quand on jouait avec un joueur comme Ibrahim Sissoko en attaque, on ne pouvait pas jouer de la même manière qu’avec Lucas Stassin devant. Il faut apporter quelques modifications pour tirer le meilleur de leurs capacités dans le système mis en place. Je n’ai pas un système rigide. Si Stassin quitte le club, on devra jouer sans lui. On aura alors un nouvel attaquant que l’on voudra développer. Nous avons Duffus en ce moment, il n’a pas le même jeu, mais il peut également nous faire du bien. C'est pareil pour Boakye, Davitashvili, Old ou Cardona. Ils sont tous différents, mais ils peuvent tous adapter leurs caractéristiques à notre idée de jouer au football.
Combien d’années cela peut-il prendre pour tirer le maximum d’une équipe ?
Il n’y a pas de loi établie. Cela va dépendre des joueurs, évidemment. Cela dépend de la compétition aussi. Mais si on regarde d’ici six mois, je pense que l'équipe jouera avec une idée plus claire. Le temps va nous rendre meilleurs. Si tu ne lâches pas les joueurs, tu verras les progrès de l’équipe et des joueurs, qui auront plus confiance en ce que nous voulons développer. Après, il faut aussi pouvoir garder la même équipe. Car plus il y a de changements, plus cela retarde les progrès. Heureusement, nous avons des joueurs comme Nadé, Tardieu, Moueffek, Stassin qui étaient déjà là l’an dernier. Maintenant, les nouveaux doivent s’adapter.
Quelle est la différence entre une bonne et une mauvaise tactique ?
Je ne suis pas trop du genre à parler précisément de tactique. Je préfère parler de la manière dont nous faisons les choses, la manière dont nous abordons les matchs. C’est une question d’attitude. L’attitude des joueurs. On veut toujours jouer un match rapide, récupérer rapidement le ballon quand nous le perdons, on veut que les joueurs soient connectés. On veut mettre la pression sur les défenseurs adverses. C’est plus un style de jeu qu’une tactique. Si on joue Reims, le PSG ou Montpellier, ce que je veux voir, c’est de la continuité dans notre idée de jeu, dans notre attitude.
Et pour vos adversaires ?
On regarde forcément les forces et les faiblesses des adversaires. Mais d’abord, je veux parler de Saint-Étienne. De notre match, de comment on va développer les joueurs, les lignes, l’équipe et la culture. C’est le processus qui nous donne les meilleurs résultats à long terme.
Avez-vous une définition d’un bon entraîneur ?
Ça n’est pas facile. Car vous pouvez être un bon entraîneur de plusieurs manières. Si tu regardes les meilleurs entraîneurs. Pep Guardiola est complètement différent de Carlo Ancelotti, qui est complètement différent d’Alex Ferguson, puis de José Mourinho, d’Arsène Wenger… Mais ils ont tous été au top. Ils avaient une idée claire de ce qu’ils développaient sur le terrain. Ils avaient aussi une bonne manière d’aborder des vestiaires avec des egos. Car il faut savoir être ferme et aimer travailler avec des humains. Il faut savoir développer son staff, les gens qui t’entourent. Mais il n’y a pas une recette magique.
Comment lier la difficulté d’obtenir des résultats sous pression et développer un joli football ?
C’est sûrement le plus difficile. L’an dernier, nous avons dû gagner quatre matchs, faire cinq matchs nuls et perdre 10 fois en Ligue 1. Saint-Étienne est un grand club avec beaucoup de pression. J’aurais voulu qu’on puisse accélérer notre processus, mais tu dois accepter que cela mette du temps, parfois plus que prévu. C’était très difficile pour moi. En venant de Norvège, où je gagnais plus de matchs, c’était compliqué. Il faut savoir accepter la pression sur soi. Les jeunes joueurs ont aussi une énorme pression, mais il faut les aider à gérer cette pression. Avec le travail du quotidien, les résultats viendront.
Quelle est votre relation avec les joueurs ? Vous êtes explosif sur le banc de touche, mais plutôt calme en interview !
Je suis très intense à l’entraînement et en match. Je veux que l’équipe soit concernée par son développement, le fait de gagner des matchs, pratiquer un joli football. Pour cela, il faut donner beaucoup, être présent tout le temps. Cela aide les joueurs à rester au maximum. Et cela doit être le cas sur le terrain, aux entraînements. Après, en dehors, j’essaie d’être plus tranquille, relax, pour qu’ils soient aussi plus détente. Car derrière, je veux qu’ils puissent se préparer à être de nouveau à fond sur le terrain. Pour moi, être intense, ça aide à rester focalisé. Et à côté, il faut savoir être relax. Si j'étais le même gars sur mon banc de touche et en privé, ça serait trop pour les joueurs. Il faut savoir faire « in - out ».
Vous étiez pareil en tant que joueur ?
Je parlais tout le temps avec mes coéquipiers. J’essayais d’organiser l’équipe au mieux. Ça m’aidait aussi en tant que joueur. Les joueurs ont beaucoup à apprendre en communiquant ensemble. Ça les tire vers le haut. En étant derrière, on a le terrain devant soi. Ça a toujours été mon idée.
Vous dites que vous êtes très intense. À Saint-Étienne, le stade peut aussi être très intense. Cela ne peut-il pas se transformer en piège ?
C’est difficile à gérer. Je souhaite un match intense, agressif, mais il faut aussi apporter de la qualité technique. Il faut trouver le bon équilibre en intensité, en agressivité avec et sans le ballon. Lors du match face à Montpellier, on a su créer des attaques que peu d’équipes sont capables de créer en Ligue 2. Mais on n'a pas réussi à le faire assez souvent. On a aussi eu des trous, car on a parfois du mal à gérer nos temps forts et faibles. Il faut apprendre à jouer pour une grande équipe. L’ASSE est un grand club, ça n’est pas fait pour tout le monde. Savoir jouer dans un grand club avec une grosse ambiance, ça n’est pas évident.
Quelle liberté laissez-vous à vos joueurs ?
On a un style de jeu. Et dans ce style de jeu, j’aime voir de la créativité. J’aime les joueurs qui prennent des décisions. J’essaie d’apprendre aux joueurs à prendre des responsabilités. Pour moi, ça n’est jamais une erreur de perdre le ballon. L’erreur est de ne pas essayer de le récupérer. Car on fonctionne comme un groupe. Tu dois avoir cette idée de tenter, car si les joueurs offensifs ne prennent pas de risques et ne sont pas créatifs, tu n’avanceras pas. Les joueurs doivent sentir qu’ils ont le droit de faire des erreurs, tant qu’ils réagissent aux erreurs.
À quoi ressemble une de vos causeries ?
Pour moi, ça n’est pas forcément le plus important. On communique beaucoup tout au long de la semaine. On prépare l’équipe pendant des semaines. Pour moi, c’est plus pour voir l’état mental des joueurs. Sont-ils nerveux, focalisés, concentrés, manquent-ils d’appétit ? J’essaie de trouver ensuite les bons mots, pour les réveiller, les encourager, les motiver. Ensuite, quelques mots sur ce que l’on veut mettre en place.
Quelle relation entretenez-vous avec vos joueurs au quotidien ?
C’est mieux si vous demandez à mes joueurs (rires). J’essaie d’être quelqu’un en qui ils peuvent avoir confiance. J’ai des enfants à la maison, je veux être un bon père pour eux. Je veux les inspirer. Je veux leur donner des responsabilités. J’ai été élevé comme cela. Prendre des responsabilités sur comment je me développe en tant qu’humain. Je veux que les joueurs se développent en tant qu’individus dans un groupe, qu’ils s’influencent de la bonne manière, qu’ils se soutiennent.
La différence de langue n’est pas trop un obstacle ?
Le langage du corps est très important dans le football. Comme entraîneur, mais aussi pour les joueurs qui doivent s’en inspirer. C’est une manière de faire passer ses idées. Petit à petit, je comprends mieux le français, j’apprends des mots pratiques. On a aussi des joueurs et des membres du staff qui parlent les deux langues. Cet aspect va de mieux en mieux. Les joueurs me comprennent, ils savent comment je réagis. Ils comprennent mieux mon anglais et moi leur français. C’est plus difficile à parler qu’à comprendre. Je travaille dessus tous les jours. Je m’intéresse beaucoup au vocabulaire du football, mais aussi au vocabulaire des émotions.
Comment fait-on pour conserver une bonne relation dans le groupe quand les résultats ne sont pas là ?
C’est très difficile. On est dans le football, car on aime la compétition. Mais quand on perd, on est touché, cela met de la pression, on se sent mal pour les supporters. Tu veux montrer que tu peux gagner. Il faut savoir être prêt à encaisser cette pression, prendre ses responsabilités. Il faut savoir rester concentré sur le développement, sur les petites choses qui vont t’aider à faire basculer les choses dans ton sens.
Quelles sont vos inspirations dans le football ?
J’essaie déjà d’être moi-même. Je tente de refléter ma propre personnalité dans mon football. Je veux absolument gagner. Je veux absolument que les gens autour de moi aillent de l'avant, qu’ils comprennent ce dont ils sont capables en travaillant dur tous les jours. Cela demande aussi beaucoup d’empathie. Il faut savoir écouter les sentiments des gens qui vous entourent. Pour les coachs, je suis vraiment impressionné par Luis Enrique et l’intensité que son équipe met dans les matchs, l’investissement du groupe, la manière dont il crée une équipe capable de remporter la Ligue des Champions. Beaucoup de jeunes joueurs avec un énorme appétit.
Avant vous, il n’y a eu que deux entraîneurs norvégiens dans les cinq grands championnats : Ståle Solbakken et Ole Gunnar Solkjaer. Pensez-vous que cela va changer dans les années à venir ?
J’ai une très bonne relation avec les deux. Je partage le même agent que Ole Gunnar Solkjaer, on se connaît bien. C’est un super mec, humble, super joueur et entraîneur. Et Ståle Solbakken aussi. Il est le coach de la sélection nationale. Il a fait un super boulot avec Copenhague en jouant la Ligue des Champions. C'est un top coach. Je trouve de l'inspiration dans ces deux coachs. Et je pense qu’ils font pareil avec moi. On se supporte entre coachs norvégiens. On peut aussi regarder le coach de Bodø/Glimt, il fait des progrès énormes avec son équipe, demi-finaliste de Ligue Europa l’an dernier. On est sur le bon chemin, comme le football norvégien. Erling Haaland, Martin Odegaard, le pays s’est qualifié pour la Coupe du Monde, Brann joue la C3, Bodø/Glimt la C1.
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