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·9 juillet 2026
L'instant tactique avec Mohamed Ouahbi : « Je suis tout à fait capable de m’entourer de personnes plus compétentes que moi dans certains domaines »

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·9 juillet 2026

Formateur reconnu en Belgique, Mohamed Ouahbi n’a pas résisté longtemps à l’appel de Fouzi Lekjaa pour prendre en main la sélection U20 du Maroc. Le natif de Schaerbeek réussit l’exploit de remporter la Coupe du Monde de la catégorie avec ses ouailles. Un succès qui lui a ouvert les portes de l’équipe nationale A à la recherche d’un successeur à Walid Regragui. À quelques semaines du Mondial aux États-Unis, l’ancien d’Anderlecht prend le temps de décrypter sa méthode pour Onze Mondial. Instant Tactique.
La venue dans le football
Comment suis-je tombé dans le football ? (Il réfléchit.) Très jeune, comme tout enfant, j’étais passionné de football. Je jouais avec mes amis, que ce soit à l’école ou dans la rue. Cette passion est surtout née en regardant la Coupe du Monde 1986. Je n’ai pas pu suivre tous les matchs à cause des décalages horaires — j’avais 10 ans à cette époque — et c’était difficile de tout regarder, car certains matchs avaient lieu très tard. Et puis, il y a eu l’épopée du Maroc… (il s’interrompt). En fait, ce sont deux épopées. Nous étions très touchés en Belgique, car il y avait d’un côté le parcours du Maroc, qui a passé pour la première fois la phase de poules avant de perdre en huitième de finale contre l’Allemagne en fin de match. Et en même temps, moi qui vivais en Belgique, j’ai vu l’équipe belge atteindre les demi-finales avec sa belle génération. C’est une Coupe du Monde qui nous a vraiment fait vibrer en Belgique, grâce à la Belgique et au Maroc. C’est à partir de là que j’ai commencé à vraiment aimer le football et à suivre de plus en plus de matchs. Ensuite, il y a eu la Coupe des clubs champions, puis la nouvelle Ligue des Champions. Je regardais tout. J’achetais tout ce qui était en rapport avec le football. Je me souviens d’un quotidien belge appelé La DH (La Dernière Heure), qui comportait toujours une rubrique sport. La maman de mon meilleur ami, qui était belge, l’achetait régulièrement et me laissait la partie sport lorsque je venais chercher son fils pour aller à l’école. J’arrivais donc à l’école avec le journal sportif, je lisais tout, j’étais à fond dedans. J’étais très investi, mais davantage comme supporter et passionné que comme joueur. En réalité, j’étais un joueur assez médiocre (sourire). J’aimais jouer, mais… c’est aussi une forme d’intelligence que de comprendre qu’on n’aura pas le niveau pour aller plus loin (rires). Je l’ai compris assez tôt, car on y croit souvent longtemps. Malgré cela, j’ai toujours gardé cette passion.
Devenir coach, une vocation ?
Ce n’était pas vraiment une vocation. J’étais avant tout porté par cette passion. Je vivais ces moments avec énormément de plaisir. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est lorsque j’ai commencé mes études pour devenir professeur d’EPS. J’y ai appris énormément de choses. À ce moment-là, je me suis aussi servi du football pour progresser dans mes études. Je parlais de ça récemment avec mon staff. Beaucoup disent : « Tu as un don ou tu ne l’as pas », ou encore « Tu es fait pour ça ou tu ne l’es pas ». Pourtant, je me souviens très bien de ma première année d’études : un professeur m’avait dit que, selon lui, je n’étais pas fait pour enseigner, pour donner des cours, pour transmettre. Je manquais de dynamisme et de confiance en moi. J’ai donc commencé à entraîner dans un petit club, le Maccabi, à Bruxelles, un club amateur de niveau provincial. Cette expérience m’a permis de prendre confiance et de devenir plus performant lors de mes stages pratiques. J’ai énormément travaillé et le football m’a aidé à obtenir mon diplôme. À la fin de mes études, j’ai terminé premier de ma promotion et j’ai même reçu le prix de didactique, récompensant l’élève le plus performant en stage. Alors que, trois ans auparavant, on m’avait dit que je n’étais pas fait pour ça. J’ai donc réussi, en grande partie grâce au football. Ensuite, lorsque je suis passé de l’autre côté, en devenant entraîneur à Anderlecht, un club plus huppé, tout ce que j’avais appris à l’école m’a énormément servi. C’est un peu un aller-retour… D’abord, le football m’a aidé à avancer, puis ce que j’ai appris dans mes études m’a permis de progresser dans le football. Aujourd’hui, sur un terrain, je suis serein. Quand j’ai quelque chose à transmettre, je sais comment le faire — et c’est ça, le plus important. Bien sûr, il y a la méthodologie, l’organisation, tous ces aspects. Mais en tant que professeur d’éducation physique, on apprend à être très rigoureux : tout préparer, tout anticiper, s’adapter à chaque situation, que ce soit le nombre de joueurs, les absences ou d’autres imprévus. Tout ce que j’ai appris m’a réellement permis d’être performant. D’ailleurs, lorsque j’ai passé mes diplômes d’entraîneur en Belgique, mes interventions sur le terrain ne duraient que cinq minutes : les évaluateurs voyaient immédiatement que je maîtrisais mon sujet… et passaient au candidat suivant (sourire).
Le poste de sélectionneur du Maroc
Je ne vais pas dire que j’en rêvais ou que j’y pensais constamment. J’ai toujours été quelqu’un de très terre à terre. Je prenais du plaisir à progresser, je m’investissais énormément par passion. J’avais envie d’apprendre, d’évoluer, sans forcément savoir où cela pouvait me mener — et cela ne me perturbait pas. Je me disais simplement : « Tant que je progresse et que j’apprends, je continue », C’est aussi pour cela qu’après 17 ans à Anderlecht, j’ai terminé par une saison avec les U15. Pourtant, j’avais été adjoint avec l’équipe première, j’étais passé par les U21, la Youth League, les U18… Mais cette dernière saison avec les U15 correspondait à une belle génération, je prenais énormément de plaisir avec eux. J’ai donc accepté ce projet sans hésiter. Je n’ai jamais été dans une logique de vouloir toujours monter, sans accepter de redescendre. J’ai toujours eu besoin de sentir que ce que je faisais avait du sens, que je le faisais avec passion et que je continuais à progresser. Ce poste est arrivé naturellement. On travaille dur, on fait les choses bien. Et comme on dit chez nous : « Dieu donne, Dieu reprend ». C’est une forme de récompense pour tout le travail accompli depuis le début. Je l’aborde sans stress. Ce sont des responsabilités qui me donnent beaucoup d’énergie et de confiance. Je n’ai pas forcément confiance en moi, mais j’ai confiance en mon travail : en ce que je fais et en la manière dont je le fais. Je sais aussi que pour être performant, je dois m’entourer des bonnes personnes. Je n’ai pas un ego surdimensionné : je suis tout à fait capable de m’entourer de personnes plus compétentes que moi dans certains domaines, cela ne me pose aucun problème.
La pression du poste
Ce n’est pas de la pression, c’est de la responsabilité. La pression, non. Je ne suis pas du genre à m’attarder sur le passé. Je me concentre sur ce que l’on peut faire aujourd’hui et sur ce que l’on peut mettre en place pour être performant demain. On ne va pas simplement s’arrêter au fait que cette équipe a été demi-finaliste de la dernière Coupe du Monde. Aujourd’hui, le Maroc dispose d’une fédération forte et c’est cela le plus important. Les plus hautes instances, ainsi que les structures mises en place autour de l’équipe, sont performantes. Bien sûr, on juge souvent à travers les résultats, parfois bons, parfois moins bons. Mais les succès des catégories de jeunes, comme le titre des U20, montrent qu’il y a un véritable travail de fond. Tout cela est le fruit d’une fédération solide qui travaille très bien depuis plusieurs années. Moi, je fais partie de ce projet. Sincèrement, je ne me mets pas de pression. Il y a tellement de travail en ce moment que je n’ai pas le temps de penser à autre chose qu’à rendre cette équipe performante : mettre en place nos idées, transmettre nos principes et construire le projet de jeu que nous voulons développer.
Les principes de jeu
Les principes de coach Ouahbi, c’est de partir des meilleurs joueurs : ceux qui sont performants et capables de rendre l’équipe plus forte grâce à leurs qualités. À partir de là, j’essaie toujours de trouver l’animation qui correspond le mieux à ces profils. Je pars du principe qu’avec de bons joueurs, performants, il faut trouver une solution pour les mettre ensemble et les faire fonctionner collectivement. Je ne dirai jamais : « Je joue de cette manière, je veux gagner de cette manière, c’est ma vision du football ». Pour moi, le football est dynamique à tous les niveaux. Il évolue constamment. Si on reste figé sur des principes, un système ou une animation, on fait fausse route. Le football a beaucoup changé : on ne voit plus vraiment d’équipes totalement dominantes. Tout dépend du contexte du match. Parfois, une équipe est dominante parce qu’elle court après le score. Parfois, elle l’est moins parce qu’elle choisit de fermer les espaces et de limiter l’adversaire. C’est un football basé sur les transitions et l’intensité. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est d’avoir des joueurs performants qui se mettent au service du collectif. Je ne parle pas seulement de patriotisme, car c’est valable aussi en club. Pour moi, quand l’entité passe avant tout et que chacun se met au service du collectif, il y a de la place pour beaucoup de joueurs, même s’ils ont des profils similaires. J’ai vécu trois compétitions avec les jeunes cette dernière année et elles étaient complètement différentes, alors que j’avais les mêmes joueurs. Nous avons disputé une compétition où nous avons été très dominants, une autre où nous l’avons aussi été mais avec des transitions différentes — car une CAN est un contexte particulier — et une autre où nous avons évolué plus bas avec énormément de transitions. Il faut donc un système hybride, des principes non figés. Le joueur doit être la norme. Bien sûr, on cherche le résultat et la performance, mais ce sont les joueurs qui font la différence.
Les joueurs ou le système, qui passe en premier ?
Il faut établir la meilleure animation possible avec les joueurs dont on dispose. À partir de là, on construit un plan de jeu, qui permet ensuite de s’adapter en fonction du contexte, de l’adversaire, ou encore des remplacements et des profils des joueurs qui entrent en cours de match. Il faut vraiment être capable de s’adapter, j’insiste sur ce terme. Ce que j’aime, c’est mettre du chaos chez l’adversaire lorsque nous avons le ballon, mais toujours de manière structurée. Je veux créer du désordre dans l’organisation adverse, tout en conservant des structures bien en place. Si vous prenez une image figée du jeu, vous verrez toujours la même structure. En revanche, si vous observez le déroulement, vous verrez du mouvement, des déplacements constants, parfois difficiles à lire. Mais à chaque arrêt sur image, on retrouve les mêmes structures de base. C’est à partir de là que l’on construit une identité de jeu adaptée aux joueurs. Par exemple, si vous avez deux joueurs pour un même poste, l’un qui aime la profondeur et l’autre qui préfère jouer entre les lignes, il faut créer des dynamiques et des animations différentes autour d’eux, en fonction de celui qui joue, afin de rendre l’équipe la plus performante possible.
La définition du bon entraîneur
À un certain niveau, il ne faut plus seulement parler d’« entraîneur ». Même dans de nombreuses structures de jeunes, où il existe déjà de véritables staffs, il est plus juste d’utiliser le terme de « bon manager ». Dans la vie de tous les jours, et pas uniquement dans le football, il faut être capable de convaincre les personnes avec qui l’on travaille. Lorsqu’on a une idée claire, qu’on va à l’essentiel et qu’on manage efficacement les personnes autour de soi — qu’il s’agisse des joueurs ou du staff — en les responsabilisant, alors on peut construire un environnement performant. Voilà comment je vois les choses. Il faut travailler avec les gens, car chaque personne est importante, quel que soit son rôle. Chacun peut apporter quelque chose, que ce soit pour le bien-être du groupe, pour les joueurs ou pour la performance collective. Cette capacité de management est, selon moi, la qualité la plus importante. Je ne parle donc pas seulement d’entraîneur, mais d’un staff. J’essaie toujours d’inclure tout le monde dans le projet. Je ne m’exprime jamais à la première personne : j’utilise toujours « on » ou « nous ». Lorsque je parle à la première personne, j’ai l’impression de m’éloigner de cette logique collective. Un staff avant tout. Celui qui pense réussir seul ne réussira pas… en tout cas pas durablement ni correctement.
Le bon manager
Certains diront que le bon manager se juge uniquement aux résultats. Pour ma part, je pense que c’est quelqu’un qui est à la fois très exigeant, mais aussi respecté et apprécié par ses joueurs. Je pense que c’est la clé. Si l’on parvient à être très exigeant sur la discipline et sur tout ce qui l’accompagne, tout en conservant le respect de ses joueurs, alors on a réussi. Le reste ne nous appartient pas. Comme on dit, « Dieu donne, Dieu enlève ». Le résultat, le poteau rentrant ou le poteau sortant… tout cela n’est plus entre nos mains.
La part de psychologie
Ce qui est important, c’est de connaître les profils, notamment les profils psychologiques de chaque joueur. Chacun a ses propres caractéristiques : certains sont extravertis, d’autres introvertis, certains ont besoin de davantage de proximité, d’autres nécessitent plus de fermeté. La base, c’est de les connaître individuellement. On ne peut pas dire : « Tout le monde est pareil, on va fonctionner de la même manière avec chacun ». Ce n’est pas vrai, on ne peut pas fonctionner ainsi. Le fond reste le même, le message est identique, mais la forme peut être différente. La psychologie est donc essentielle. À partir du moment où le joueur comprend que tout ce qui est mis en place l’est pour le faire progresser et performer, et qu’il sait qu’il est concerné et important, quel que soit son rôle et même s’il est remplaçant, alors tout devient plus simple. Bien sûr, c’est difficile à mettre en place, car il y a aussi l’ego. Et je ne parle pas uniquement des joueurs, mais aussi de l’ego du staff et des êtres humains en général. J’ai toujours considéré mes joueurs, quel que soit leur âge, comme des êtres humains avec des qualités et des défauts. Il faut en tenir compte tout en prenant parfois des décisions difficiles qui peuvent faire mal au cœur. Mais il faut essayer de mettre les émotions de côté. Lorsque le langage est clair, que l’on est authentique et que l’on ne trahit personne, même si certaines décisions sont mal perçues, cela signifie que le travail est bien fait. Et moi, je dis toujours : « Un jour, ça se saura ». Peut-être pas maintenant, mais dans cinq ans, certains diront : « J’étais en désaccord avec le coach à ce moment-là, mais il avait raison sur ce point ». Ils ne doivent pas forcément être satisfaits sur le moment, mais nous devons, nous, garder la conscience tranquille dans les décisions que nous prenons.
Les critères de sélection d’un joueur
C’est avant tout un travail de suivi. Il faut bien suivre les joueurs et bien les connaître. C’est ce que nous faisons avec quatre analystes. Ces dernières semaines, nous avons travaillé uniquement sur des compilations individuelles, en suivant l’ensemble des joueurs, environ une soixantaine, qui évoluent déjà à un certain niveau. Nous analysons les profils, nous identifions ceux qui sont régulièrement performants afin de construire ensuite le projet de jeu en fonction de l’identité de l’équipe, du pays que nous représentons, et en tenant compte de ce qui a déjà fonctionné par le passé. Beaucoup de gens veulent révolutionner le football ou une équipe, alors qu’il est essentiel de savoir conserver ce qui fonctionne déjà. Une fois que nous avons une vision claire de notre évolution et de nos objectifs, nous analysons les profils, en particulier ceux qui évoluent au même niveau. Certains joueurs sont d’un niveau tel qu’ils se démarquent naturellement. Je ne dirais pas qu’ils sont indispensables, mais ce sont des joueurs importants dans le projet de jeu et dans l’identité que nous voulons construire. Ensuite, d’autres joueurs entrent en ligne de compte, mais leur sélection devient plus simple lorsque l’on sait déjà comment on veut jouer. Lorsque l’on participe à une compétition comme la Coupe du Monde, on sait également que c’est un contexte différent de celui de la Coupe d’Afrique des Nations. Les dynamiques ne sont pas les mêmes, que ce soit avec ou sans ballon. Il faut donc aussi adapter les profils en fonction de cela. Enfin, il y a l’engagement et l’envie du joueur de rendre le groupe plus fort. Je dis toujours aux joueurs : « À partir du moment où vous êtes sélectionnés, vous n’avez pas besoin de nous prouver que vous êtes de bons joueurs, sinon vous n’auriez pas été appelés. Votre rôle est simplement de montrer que vous rendez l’équipe plus forte ». C’est tout.
La formation locale
Il faut être patient et travailler avec une idée claire, une ligne directrice. Aujourd’hui, tout est structuré, cela se ressent déjà depuis plusieurs années, avant même mon arrivée. Il y a quatre ans, je me suis rendu compte qu’il existait déjà une véritable direction, avec pour objectif d’aller encore plus loin, de rendre la performance encore plus élevée, notamment dans la formation locale au Maroc. Nous avons la chance d’avoir de nombreux joueurs nés à l’étranger et formés dans de grands clubs européens. L’objectif était donc de développer davantage la formation sur le territoire marocain. On constate aujourd’hui une progression : l’écart se réduit entre les joueurs formés au Maroc et ceux formés en Europe. Cela ne signifie pas que l’objectif est atteint, mais que l’on avance dans la bonne direction. En ce qui me concerne, j’ai pu m’appuyer sur l’exemple des U20. J’ai effectué de nombreux stages et passé beaucoup de temps avec eux, parfois deux à trois semaines par mois, ici, au sein du complexe, avec des joueurs issus du championnat local. J’ai également travaillé avec des jeunes de 17, 18 et 19 ans, dans le cadre d’un projet sur trois ans avec les U20. À force de travailler avec eux, on a pu constater que l’écart avec les joueurs évoluant en Europe se réduisait progressivement. Et surtout, nous avons vu plusieurs joueurs partir en Europe et s’y imposer. Cela s’est également vérifié lors de la Coupe du Monde U20, où de nombreux joueurs formés au Maroc figuraient dans le groupe. Bien entendu, il y a aussi le travail réalisé par l’Académie Mohammed VI, et l’ensemble des clubs qui deviennent de plus en plus structurés. Je suis persuadé que cela continuera à progresser dans le futur. Nous avons déjà bien avancé, mais j’ai le sentiment qu’il reste encore une marge importante de progression. Dans les prochaines années, de plus en plus de joueurs quitteront le Maroc pour évoluer en Europe, et pas uniquement issus de l’Académie Mohammed VI, mais également de différents clubs du pays.
Le passage à la formation
J’ai tout appris en Belgique. L’école belge est une école qui accorde une grande importance à l’être humain. Quand je dis que « le joueur est la norme », c’est là-bas que j’ai appris cela. Le joueur est le plus important : ce sont eux qui font le football. Nous sommes à leur service. Notre rôle est de les comprendre, de les connaître et d’être très exigeants avec eux. J’ai passé 17 ans au Sporting Club d’Anderlecht, où j’ai eu la chance de travailler avec des joueurs qui évoluent aujourd’hui dans les plus grands championnats. J’y ai beaucoup appris, notamment en matière d’exigence, d’organisation et de discipline. Cette rigueur, cette structure et cette capacité à ne pas céder aux émotions m’ont énormément aidé. Prendre des décisions sans état d’âme fait aussi partie de cet apprentissage. Car nous, les Marocains, sommes très portés sur l’émotion et très affectifs (sourire). Quand les choses ne vont pas bien, il arrive que nous perdions un peu nos moyens. À ce niveau, l’école belge m’a énormément apporté. Anderlecht, c’est aussi l’exigence permanente. Quel que soit l’adversaire, l’objectif était toujours d’être le plus performant possible. Nous cherchions à avoir les meilleurs joueurs et à les rendre encore meilleurs, même lors de grandes compétitions internationales. Très souvent, le meilleur joueur du tournoi venait d’Anderlecht, malgré la présence de grandes équipes. Ne craindre personne, ne pas se fixer de limites… tout cela ne fait pas forcément partie de mon caractère naturel. C’est vraiment à Anderlecht que j’ai été formé à cette mentalité. Et cela m’a énormément aidé.
Le joueur marocain type
Lorsque je suis arrivé ici, on m’a souvent dit : « C’est un joueur technique ». Et moi, j’avais tendance à nuancer : « Pas forcément » (sourire). Il existe en réalité plusieurs aspects de la technique. Dans un match, on distingue d’abord la technique d’acquisition : la prise de balle, le premier contrôle, le ballon au sol ou aérien, l’amorti, etc. Ensuite, il y a la technique de conduite et de dribble, la technique de transmission — les passes, le jeu court, le jeu long, intérieur du pied, coup de pied — et enfin la technique de finition. Selon moi, dans la conduite de balle et le dribble, le joueur marocain est de très haut niveau. C’est quelque chose qu’il a presque naturellement. Le Marocain aime le ballon. Il suffit d’aller à la plage pour voir des enfants jouer : on se dit souvent « waouh, quel talent », alors même qu’ils ne sont pas forcément en club. Cela fait partie de nos forces. En revanche, sur d’autres aspects, nous devons encore progresser. Et c’est là que la structure et le travail en académie feront la différence. Sur le plan de la passe, nous sommes déjà très bons dans le jeu court, mais nous devons encore nous développer dans le jeu long. En ce qui concerne le contrôle, le niveau est correct, mais dans la finition, nous devons encore franchir un cap. Le joueur marocain est l’ami du ballon, c’est évident. Pour lui, le ballon est naturel, presque instinctif. Mais je trouve important d’être précis, car dire simplement « le joueur marocain est technique » est réducteur. La vraie question est : qu’est-ce que la technique ?
Propos recueillis par Rafik Youcef à Rabat
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