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·30 juin 2026
Pionnière à l'Euro, deux sacres à la maison et la désillusion de 2016 : les grandes compétitions organisées par la France

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·30 juin 2026

Alors qu'un rapport de l'association Territoires d'événements sportifs (TES) recommande actuellement à la France de candidater pour organiser l'Euro féminin 2033, l'Euro masculin 2036 et la Coupe du monde 2038, retour sur les grandes compétitions internationales organisées dans l'Hexagone.
Et si la France organisait prochainement un nouvel événement sportif majeur ? C'est en tout cas une idée qui a été susurrée aux oreilles du gouvernement, à travers un rapport commandé en décembre 2024 par le ministre des Sports de l'époque Gil Avérous. Son auteur ? L'association Territoires d'événements sportifs (TES), née en 2016 dans la foulée de l'Euro organisé à la maison. L'organisation, composée de trente collectivités ayant accueilli des grands événements sportifs, a rédigé un compte-rendu de 118 pages que le quotidien L'Équipe a pu consulter en attendant qu'il soit remis en main propre à Marina Ferrari, l'actuelle ministre des Sports, lors de la finale de Top 14 au Stade de France le samedi 27 juin.
D'après le quotidien, l'une des principales recommandations de ce dossier est la candidature de la France à une, voire plusieurs grandes compétitions de football. Sont proposés l'Euro 2033 féminin - tournoi dont le pays n'a jamais été hôte - mais également l'Euro masculin 2036. Et, surtout, la Coupe du monde 2038 masculine. L'organisation aurait de quoi être symbolique pour la France, cent ans après avoir accueilli le monde pour la troisième édition de l'histoire. Huit ans après l'Uruguay et quatre autres après l'Italie, c'est donc à Antibes, Bordeaux, Colombes, Le Havre, Lille, Marseille, Paris, Reims, Strasbourg et Toulouse que la compétition pose ses valises. Le tout, dans un contexte nauséabond. La montée incessante du nazisme et du fascime place la planète entière sur une poudrière. Et le terrain de football devient ceux, avant tout, de la politique et de la propagande des régimes totalitaires.
Exemple concret : lors du quart de finale entre la France et l'Italie, les champions du monde en titre italiens entrent dans le stade de Colombes avec un maillot noir - couleur traditionnelle du fascisme - sur le dos, tout en adressant des saluts fascistes en direction du public. Acquis à la cause des locaux, ce dernier ne se démonte pas et répond par une Marseillaise reprise en choeur avant de siffler l'hymne transalpin. Le ton est donné. Favorite, la Squadra Azzura assume toutefois son statut et refroidit le stade Yves-du-Manoir en écartant les Bleus (3-1). L'espoir de Jules Rimet, président français de la FIFA et de la Fédération française de football amateur (FFFA), de voir la France grimper sur le toit du monde s'évapore.

C'est d'ailleurs le dirigeant disparu en 1956 qui a pesé de tout son poids pour que la France obtienne, malgré un faible soutien de l'État, l'organisation du tournoi. S'en serait-il, finalement, peut-être bien passé en raison de l'issue. Le 19 juin 1938, toujours dans les Hauts-de-Seine, l'Italie conserve son titre en dominant la Hongrie (4-2). Des mains du président de la République d'alors Albert Lebrun, la légende du football italien Giuseppe Meazza reçoit le trophée puis rend au chef de l'État un salut fasciste sans vergogne. Tout un symbole de l'horreur que le monde s'apprête à traverser : des démocraties européennes sous l'oppression de dictatures. En raison du contexte pesant et des terribles événements qui suivront, le journaliste Victor Sinet, ancienne plume du quotidien L'Équipe et de France Football, qualifiera de "Coupe du monde oubliée" l'édition de 1938 en France.
Il faut attendre 1960 pour que l'Hexagone renfile son costume de pays-hôte. Vingt-deux ans après le Mondial, en plein coeur d'un monde qui redistribue ses cartes sur le plan géopolitique, le football innove à nouveau avec la création de la Coupe d'Europe des Nations. À l'instar de la Coupe du monde, dont Jules Rimet est à l'origine, c'est un Français qui initie le projet d'un tournoi continental : Henri Delaunay. Décédé en 1955, le secrétaire général de la Fédération française manque malheureusement à l'appel du Congrès de l'UEFA de 1957 qui, malgré les abstentions de l'Allemagne de l'Ouest, de l'Italie ou encore des fédérations britanniques, acte le lancement de la compétition. Initialement attribuée à l'Espagne, la première édition glisse finalement de l'autre côté des Pyrénées en raison du forfait de la Roja en quarts de finale face à l'Union soviétique. Pour raisons politiques, évidemment.
À l'époque, les quarts comme les huitièmes se disputent sur des matchs aller-retour. Le dernier carré, à savoir les demi-finales, la petite finale et la finale, fait office de phase finale. Le Parc des Princes à Paris et le stade Vélodrome à Marseille sont désignés pour accueillir ces quatre rencontres historiques et inaugurales. Le 6 juillet 1960, l'Union soviétique écarte de son côté la Tchécoslovaquie (3-0), tandis que l'organisateur français est renversé dans la capitale par la Yougoslavie (4-5). Nouvelle déception pour le football tricolore qui laisse, comme en 1938, une autre nation triompher chez elle. En l'occurence, l'Union soviétique, vainqueur de la finale le 10 juillet (2-1, a.p.). La veille, les Bleus n'ont même pas eu l'occasion de célébrer ce premier Euro par une breloque. Si ce n'est celle en chocolat. Battus par Tchécoslovaquie (0-2) dans la Cité phocéenne, les joueurs d'Albert Batteux terminent quatrièmes.
Vingt-quatre ans plus tard, revoilà l'Euro en France. Mais rien n'a changé au palmarès : l'armoire à trophées de la sélection sonne creux. Tout comme celui des clubs hexagonaux sur la scène continentale, d'ailleurs. Il y a bien eu les épopées de Bastia en Coupe de l'UEFA en 1978 et surtout celle de Saint-Étienne deux ans plus tôt en Coupe des Champions, auxquelles le public français s'est assimilé pour vivre quelques sensations fortes. Mais c'est trop peu. Et ces glorieux parcours dont on parle encore aujourd'hui n'ont pas abouti sur un sacre. Pas plus de réussite non plus pour l'équipe de France, qui traverse une longue traversée du désert. Au moment d'accueillir l'Europe en 1984, les souvenirs de la demi-finale de Coupe du monde cruellement perdue contre la RFA deux ans plus tôt à Séville (3-3, 4 tab à 5) sont encore vivaces, tandis que la dernière participation à une phase finale de l'Euro remonte à ... 1960.
Bref, il est temps pour Michel Hidalgo et sa bande de corriger cette anomalie. Après un premier tour rondement mené (3 victoires) dans ce format à huit nations (deux groupes de quatre), les Bleus écartent le Portugal en demi-finale (3-2, a.p.) à Marseille puis viennent à bout de l'Espagne lors de la finale au Parc des Princes (2-0). Ça y est, la France n'est plus fanny ! Au sommet de son art, Michel Platini, auteur de 9 buts durant la compétition, est le grand artisan de ce sacre historique. "C’est vrai que l’Euro 1984, c’est la première victoire d’une équipe française dans une compétition majeure de sport collectif, relatait le principal concerné auprès de News Tank. Ça a permis quand même d’y croire. Après, il y a eu l’arrivée de pas mal de personnes comme Bernard Tapie (à l’Olympique de Marseille), Claude Bez (Girondins de Bordeaux), qui ont commencé à s’intéresser au football de plus près. On est donc passé d’un football artisanal, associatif, à un football commercial, de marques… 1984 a donc été aussi un tournant", jugeait le mythique numéro 10.les

Alors pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Et, pourquoi pas, regoûter à la liesse à domicile mais cette fois-ci à travers une Coupe du monde ? Au début des années 80, avant même la consécration de la génération Platini et le dépucelage du football tricolore à l'international, la France envisage de se porter candidate à l'organisation d'un Mondial. Après avoir envisagé accueillir la planète pour l'édition 1990 (finalement attribuée à l'Italie), l'Hexagone se positionne pour 1998. Le 2 juillet 1992, le pays est désigné comme organisateur par la FIFA par 12 voies contre 7 pour le Maroc, son principal concurrent. Et qui de mieux que Michel Platini pour co-diriger, en compagnie de l'ancien président de la FFF et initiateur de la candidature française Fernand Sastre, le Comité français d'organisation (CFO).
Absente des éditions 1990 et 1994, l'équipe de France, en pleine reconstruction sous la houlette d'Aimé Jacquet, répond rapidement à l'attente populaire en remportant ses trois matchs du premier tour à Marseille, Saint-Denis et Lyon. C'est ensuite à Lens que le pays-hôte assomme le Paraguay (1-0, a.p.) en huitièmes de finale avant de tracer sa route jusqu'au sacre au Stade de France, que ce soit face à l'Italie (0-0, 4 tab à 3), la Croatie (2-1) et le Brésil (3-0). "Et un, et deux, et trois-zéro" devient le tube d'un été mémorable pour l'éternité, tandis que Zinédine Zidane et consorts sont érigés au rang de demi-dieux. Bref, la fête et la réussite sont totales et pareil destin est espéré lorsqu'en 2010, le pays hérite de son troisième Euro pour l'édition de 2016. Plus convaincante que la Turquie (pour une voie supplémentaire) auprès de l'UEFA, la France va, en plus de ça, organiser un tournoi inédit.
Car pour la première fois de l'histoire, ce sont désormais 24 (et non plus 16) nations qui sont invitées à prendre part au rendez-vous continental. Tous les gros sont là, d'ailleurs : l'Espagne double tenante du titre, l'Italie, l'Allemagne championne du monde, le Portugal de Cristiano Ronaldo, ... Garant de l'héritage de 1998, le sélectionneur Didier Deschamps guide laborieusement sa troupe durant le premier tour. Une victoire à l'arrachée contre la Roumanie (2-0), une seconde similaire contre l'Albanie (2-0) puis un nul face à la Suisse (0-0) permettent toutefois à l'ancien capitaine et son groupe de se hisser jusqu'en huitièmes de finale. Là même où l'Irlande rend les armes (1-2), au même titre que l'Islande en quarts de finale (2-5) et l'Allemagne dans le dernier carré (0-2), dans une ambiance incandescente au Vélodrome de Marseille. Ne manque plus qu'à faire le boulot contre le Portugal pour remporter le troisième Euro (après 1984 et 2000). Mais au Stade de France, Eder gâche la fête de tout un peuple (0-1, a.p.).

Coup de massue pour Antoine Griezmann, Olivier Giroud, Blaise Matuidi et compagnie, qui rêvaient d'imiter les glorieux aînés de 1998 à travers un sacre à la maison. La génération se rattrapera deux ans plus tard, en ramenant la deuxième étoile du football français grâce à une campagne victorieuse en Russie. De quoi inspirer la sélection féminine dirigée par Corinne Diacre ? Pas vraiment.
En mars 2015, la France se voit attribuer à l'unanimité et pour la première fois la responsabilité de l'organisation de la Coupe du monde 2019 féminine. La huitième du nom représente de nombreux enjeux, tant pour la Fédération française de football (FFF) que la FIFA. Pour la FFF, la compétition est l'occasion rêvée de donner "un coup de fouet" - dixit le président d'alors Noël Le Graët - au développement du football féminin dans l'Hexagone, tandis que l'instance internationale entrevoit un "tournant décisif" pour l'engouement autour de la discipline. Les petits plats sont donc mis dans les grands pour les 24 nations qualifiées, accueillies dans quasiment toutes les meilleures enceintes du pays : le Parc des Princes, le Groupama Stadium, l'Allianz Riviera ou encore le Roazhon Park complètent le parc des stades retenus en compagnie d'Auguste-Delaune à Reims, du stade des Alpes à Grenoble, du stade Océane au Havre, du stade du Hainaut à Valenciennes et de la Mosson à Montpellier.
Et les Bleues dans tout ça ? Jamais parvenues à inscrire leurs noms au palmarès - que ce soit d'un Mondial, d'un Euro ou aux Jeux Olympiques -, les Tricolores ambitionnent d'y remédier en profitant de l'élan populaire, tout en surfant sur la montée en puissance de la sélection durant la dernière décennie. Mais malgré un premier tour rondement mené (3 victoires) puis un huitième de finale remporté au couteau contre le Brésil (2-1, a.p.), Amandine Henry et ses partenaires sont stoppées par les États-Unis, l'ogre du football international féminin, dès les quarts de finale (1-2). Le rêve passe, la désillusion est immense. Tout comme le sera les issues des Jeux Olympiques de 2024 en France. Sous la houlette d'Hervé Renard, les Bleues conclueront leur campagne à nouveau au stade des quarts de finale, éliminées par le Brésil, tandis que leurs homologues masculins emmenés par Thierry Henry échoueront en finale contre l'Espagne. Il s'agit, à ce jour, de la dernière grande échéance organisée par la France sur son sol. Et pour que le "Football's coming home" ("football revient à la maison"), il faudra donc sûrement attendre la décennie 2030 !
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