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·17 avril 2026

Roger Rocher, les vingt glorieuses

Image de l'article :Roger Rocher, les vingt glorieuses

Neuf championnats de France de première division, sur les dix gagnés par les Verts, six Coupes de France, les six remportées par l’ASSE dans son histoire, et 64 matches de Coupe d’Europe disputés, dont les neufs de l’exceptionnelle Épopée de 1976. Le palmarès acquis sous la présidence de Roger Rocher pourrait suffire à décrire l’impact du dirigeant et son impact dans l’écriture des plus pages de l’histoire du club Ce serait toutefois minimiser sa vision, sa capacité à moderniser l’entité et à la faire devenir une référence. Avant lui l’ASSE existait, après lui l’ASSE régnait.

Sur le chantier du Chaudron

C’est un cas unique : un futur président du club qui participe à l’aménagement du stade où évolue le club qu’il dirigera bientôt. Le stade, c’est Geoffroy-Guichard, et le club, c’est bien l’ASSE. Nous sommes alors en 1957 et le Chaudron s’agrandit. Avant cela, dans la décennie suivant la fin de la guerre, c’est tout Saint-Étienne qui doit panser ses plaies. En mai 1944, la cité ligérienne a en effet essuyé les bombes de l’armée américaine qui, dans son Transportation Plan, vise les voies de communication utilisées par les Allemands. La ville compte ses morts, presque un millier, et subit des dommages collatéraux. Les 450 tonnes de bombes lâchées lacèrent le paysage.Symbole du destin, le quartier stéphanois du Soleil est particulièrement touché. C’est dans ce coin populaire de la cité ligérienne que Roger Rocher fondera en 1945 l’Association Sportive des Petites Mines. Il fusionne ensuite avec le Football Club Franco Espagnol, créé par des immigrés hispaniques venus exploiter l’or noir qui se terre sous les pieds des Stéphanois. L’Olympique de Saint-Étienne est né. C’est à l’OSE que le futur président de l’ASSE fera son apprentissage, là qu’il découvrira et embrassera le métier de dirigeant. Lui qui se rêvait joueur finirait par briller ailleurs que sur le gazon. Jamais bien loin, en bon gestionnaire, mais plutôt en hauteur, dans les bureaux ou les tribunes d’un Chaudron qu’il avait participé à faire grandir.


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Le patriarche

Chez les Rocher, il y a des traditions auxquelles on ne déroge pas. Comme celle de se déplacer le plus souvent à vélo, entre le Crêt-de-Roch et la rue Passerat, dont les Stéphanois connaissent la raideur, afin de rejoindre le Vel d’Hiv ou le Boxing Club. Dès 1928, Gaston Romulus Rocher, le paternel, crée in situ une carrière dans le quartier minier de L’Éparre. Le jeune Roger, certificat d’études en poche, se verra toutefois opposé une fin de non-recevoir à son envie d’y démarrer sa vie professionnelle. Pas de passe-droit pour le fils du patron.Avant les lumières du football, il y aura donc la noirceur « du fond », cet endroit où même les plus menus ont du mal à se faufiler, tout au bout de la terre puisque Roger Rocher œuvrera 10 ans dans les mines. Sur le chemin du travail, il croise régulièrement Germaine qui, elle, va encore à l’école. Il lui sourit, lui glisse un mot ou un sourire. Les flèches de Cupidon feront le reste. Le 31 mai 1941, à l’église de Saint-Jean-Bonnefonds, il lui passe la bague au doigt. Six ans plus tard, il quittera les mines pour fonder le Société forézienne de travaux publics, la SFTP. « Dans une bonne équipe du football, il y a des ouvriers, des cadres et des cadres supérieurs. Un club doit être dirigé comme une entreprise », disait-il.

Réformateur et visionnaire

Le 17 avril 1961, Roger Rocher prend officiellement ses fonctions en tant que président de l’AS Saint-Étienne, choisi par Pierre Guichard pour lui succéder. Rapidement, il instaure de nouvelles strates et révolutionne la gestion du club, qui s’apprête à vivre deux décennies de succès. Dès la saison suivante, les Verts remportent leur première Coupe de France. Bien que promus dans l’élite pour la saison 1963-1964, ils réussissent l’exploit d’être champions de France. Avant d’enchaîner un quadruplé (de 1967 à 1970) puis un triplé (de 1974 à 1976) de titre nationaux, agrémentés de quatre doublés coupe-championnat (1968, 1970, 1974 et 1975). Pratiquement exsangue en 1950, l’ASSE est, à peine vingt-cinq ans plus tard, la meilleure équipe de l’Hexagone.

Il faut donc désormais passer à la vitesse supérieure et imposer sa marque hors des frontières du pays. L’Europe sera un nouveau terrain de jeu pour affirmer une domination qui ne se dément plus. L’ASSE a pris de l’avance sur tous ses concurrents et peut compter sur son président pour y veiller. En 1968, il inaugure le centre de formation, dont les premiers fruits permettront à la génération 1970, vainqueure de la Coupe Gambardella, de s’imposer parmi le groupe qui ralliera Glasgow six ans plus tard. Suivi médical, séances vidéo, voyages en avion et préparation athlétique poussée : les méthodes, nouvelles et novatrices, expliquent les succès qui s’enchaînent. En interne, il installe le siège social au sein du stade Geoffroy-Guichard, contribuer à commercialiser des loges, entreprend la gestion de produits dérivés et fonde la toute première boutique officielle du club. C’est toute une entité qui s’éveille.

Un triumvirat qui pèse

Bien que proche de ses joueurs, Roger Rocher est bien différent de son père Gaston Romulus, sportif accompli. Alors il laisse le terrain à ceux qui le connaissent le mieux. Après Albert Batteux, il confie l’équipe première à un Robert Herbin qui, malgré ses 32 ans, vient tout juste de raccrocher les crampons. Dans les bureaux, la gestion sportive sera confiée à Pierre Garronaire. Cet ancien commerçant stéphanois a un œil comme nul autre. Il l’a prouvé en repérant les plus grands talents du pays. Bien que différents, du fait de leur caractère et leur parcours, c’est ce trio qui amènera les Verts en haut, tout en haut de l’Europe, qui se refusera éternellement à lui.

Demi-finaliste en 1975, finaliste en 1976, quart de finaliste en 1977, les Verts avaient atteint leur plafond de… verre. Les joueurs le savaient, Roger Rocher le sentait, mais il n’était pas du genre à abandonner. Pour lui, la Grande Dame allait finir par succomber au charme stéphanois. La politique des « stars » allait succéder à celle des joueurs formés au club. Les arrivées de Johnny Rep et de Michel Platini, duo majeur du dixième titre de champion de France en 1981, ne serviront qu’à convoiter encore davantage un titre tant désiré.Vantant son pouvoir à qui voulait bien l’entendre, Roger Rocher ne sent pas la sentence de la fameuse caisse noire fondre sur lui. Deux jours après une finale de coupe de France perdue aux tirs au but face au PSG, l’affaire éclate. Dans l’œil du cyclone, il sera emporté par la vague. Il ne comprendra jamais les accusations dont il était l’objet, et justifiait chaque fait par la raison qui l’avait animé depuis 1961 : l’ASSE se devait de dominer. Ainsi pensait le petit gars de Champlost. Du fond de la mine jusqu’aux cimes du football, Roger Rocher n’avait emprunté qu’une seule route : la sienne.

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