AS Saint-Étienne
·11 mai 2026
Sur la route de Glasgow : Le rêve évanoui !

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·11 mai 2026

Un manque patent de réussite conjugué à un réalisme froid de Bavarois expérimentés auront eu raison de Stéphanois valeureux et dignes dans la défaite (1-0). À Glasgow, ce 12 mai 1976, La France, verte et fière, s'est découvert des héros qui lui ressemblent, ayant marqué l'histoire du football tricolore et laissé une trace indélébile. De Copenhague à la Crimée en passant par les Pays-Bas, Jean-Michel Larqué et ses coéquipiers auront écrit l'histoire de l'ASSE. En lettres d'or.
Fébrilement attendu depuis le mercredi 14 avril 1976 et la qualification obtenue de haute lutte aux Pays-Bas face au PSV Eindhoven de Kees Rijvers (1-0, 0-0), le grand jour était enfin arrivé. La pression n'avait cessé d'enfler depuis la masterclass d'Ivan Curkovic en terres néerlandaises. La France, à l'unisson, chantait les louanges de cette équipe admirable qui lui ressemblait et à laquelle il lui plaisait de s'identifier.
Saint-Étienne et ses footballeurs étaient l'objet de toutes les attentions. Le moindre fait et geste était disséqué, l'état de forme des troupes analysé et scruté. Le Nîmes Olympique, à l'occasion d'un match disputé une semaine avant la finale, avait en effet été fidèle à sa réputation, celle d'une équipe agressive, "jouant" la carte de l'intimidation et n'hésitant pas à user d'expédients afin de parvenir à ses fins. Envoyé au tapis, Gérard Farison, victime d'une faute grossière, ne connaîtrait pas "la consécration de (ma) carrière. Je n'ai jamais été blessé tout au long de ma carrière. Pourquoi tant d'agressivité ?…", s'interrogeait "Tachan", rude au mal, humble parmi les humbles, avant de s'effondrer en larmes, la mort dans l'âme, le rêve brisé. Il ne fut pas le seul à assister des tribunes "au match d'une vie."

Christian Synaeghel dut également renoncer : son métatarse portant les stigmates d'une semelle gardoise particulièrement appuyée. Le Chti, en dépit des soins prodigués par le Docteur Poty et Pierre Fillol, le kiné, acta son forfait, le 11 mai. Une semelle spéciale a été confectionnée afin de faciliter les mouvements. L'enflure a diminué mais la contusion est importante et se situe à un endroit osseux très complexe. "C'est terminé pour moi !", lancera-t-il à la presse venue en nombre. Les reporters, dépêchés en nombre, ne manquèrent pas de dénoncer "la violence inouïe des hommes de Kader Firoud, privant les Verts de deux titulaires". Une mauvaise nouvelle pouvant en cacher un autre : c'était au tour de Dominique Rocheteau, incertain depuis une quinzaine de jours, de jeter l'éponge. "Dès que j'allonge la foulée, la douleur se fait vive, presque insupportable. Alors, je renonce, oui je renonce." Buteur face aux Rangers et au Dynamo Kiev, il prendra cependant place sur le banc des remplaçants.
Robert Herbin affiche pour autant une sérénité bluffante. "Dans mon effectif, tout le monde, à mes yeux, a ma totale confiance. Les habituels titulaires comme ceux qui seront appelés à les remplacer. Il n'y pas de statut. Juste des joueurs de qualité, animés par un état d'esprit irréprochable formant un groupe armé pour s'imposer et capable de rivaliser avec les meilleurs". Kiev, le grandissime favori, et le tsar Oleg Blokhine, la fatuité et la suffisance chevillées aux crampons, l'avaient appris à leurs dépens dans un Chaudron incandescent (2-0, 3-0 ap). Le PSV, bien que prévenu et n'ayant pas ménagé ses efforts, s'était échiné en vain à tirer le fil d'une qualification lui échappant inexorablement (1-0, 0-0). C'était donc au tour du Bayern Munich, monument incontesté du ballon rond, de se dresser sur le chemin de petits hommes verts aux grandes et légitimes ambitions. Bien que double tenant du titre et formant l'ossature de la RFA, sacrée championne du monde à domicile en 1974, les Bavarois redoutaient cependant cette phalange talentueuse, opiniâtre, remarquablement préparée et organisée dont ils s'étaient défaits, un an auparavant, pour le compte des demi-finales (0-0, 2-0).

Et ils avaient diablement raison tant les coéquipiers de Jean-Michel Larqué jouèrent leur partition avec application et sans jamais faire montre de complexe, nullement inhibés par la flatteuse réputation de leur prestigieux rival. En dépit du contexte, de la pression inhérente à un tel événement et dont ils s'attachèrent à faire abstraction, les Stéphanois, portés par un Peuple Vert évoluant at home, jouèrent crânement leurs chances. Poussèrent les Allemands dans leurs ultimes retranchements et frappèrent à deux reprises ces maudits poteaux carrés, devenus légendaires. Un direct du gauche de Dominique Bathenay, un coup de tête de Jacques Santini vinrent ainsi percuter la barre transversale d'un Sepp Maier impuissant, semblant également battu sur une tête au premier poteau de Christian Sarramagna tutoyant son montant gauche.
Le Kaiser Franz Beckenbauer et ses troupes sont dans les cordes, ballotés mais sauvés par le gong. Vacillants mais toujours debout et riches d'une expérience de ces matches si particuliers qui fait partie de leur arsenal, de leur ADN. Les Verts, qui menaient largement aux points, n'étaient pas parvenus à envoyer à terre un adversaire escorté d'une réussite insolente. Celle qui leur vaudra de relever le gant et de porter un terrible uppercut au menton de Verts, comptés 9.
Un coup-franc plein axe, sanctionnant une faute légère d'Osvaldo Piazza sur Der Bomber, Gerd Müller, une équipe stéphanoise qui tarde à se mettre en place, un mur qui s'effrite et Franz Roth, soignant encore la veille une allergie aux jambes, qui allume un pétard sur lequel Ivan Curkovic se détend en vain. On joue alors la 57ᵉ minute d'une finale qui vient de basculer. Les Allemands ont saisi l'une des rares opportunités qui se présentaient à eux. Le but semble discutable sur le fond comme dans la forme, mais il est hélas validé.
Les Verts jetteront toutes leurs forces dans la bataille. "Le Sphinx" abattra son joker en faisant appel à "l'Ange Vert". Dominique Rocheteau apportera son insouciance, sa folie, ses dribbles et insinuera le doute dans l'esprit de Bavarois, sonnés, bousculés mais sachant gérer ses temps faibles. Le rêve était passé. La déception était immense.

Dans la défaite, Robert Herbin analysa avec une incroyable froideur et une lucidité remarquable ce scénario terrible, ces vents contraires, ce que d'aucuns qualifiaient déjà de scoumoune. "L'efficacité, quand elle ne se sert pas de moyens illicites, n'est pas immorale. Je ne vois pas ce qu'il y a d'anormal à casser le jeu. J'y vois au contraire, dans le cas du Bayern, la conscience très claire qu'il a de ses faiblesses. C'est à son crédit. C'est même l'expression de l'intelligence."
C'était aussi ça l'ASSE dans les années 70, remarquable dans l'échec comme dans la victoire. Le fruit d'une entreprise patiemment bâtie par des hommes remarquables à tous les étages. Du sol au plafond. Avec professionnalisme, altruisme, talent, classe et humilité. Cinquante ans plus tard, cette équipe, ce club nous font encore rêver. Merci et chapeau bas messieurs pour tout ce que vous avez fait pour la ville et l'ASSE.
Mercredi 12 mai 1976
À Glasgow (Hampden Park), Bayern Munich bat AS Saint-Étienne : 1-0 (0-0).
Arbitre: Karoly Palotai (Hongrie); 63 269 spectateurs.
But pour le Bayern Munich : Roth (57e).
BAYERN MUNICH. Maier - Hansen, Schwarzenbeck, Beckenbauer (cap.), Horsmann - Dürnberger, Roth, Kapellmann - Hoeness, Müller, Rummenigge. Entraîneur : Dettmar Cramer.
AS SAINT-ÉTIENNE. Curkovic - Janvion, Piazza, Lopez, Repellini - Larqué (cap.), Bathenay, Santini - P. Revelli, H. Revelli, Sarramagna (Rocheteau, 82e). Entraîneur : Robert Herbin.

L'ASSE connaît l'ivresse d'une première soirée européenne en 1957, le 4 septembre plus précisément dans un Ibrox Park chaud bouillant. Rachid Mekloufi, stratège d'exception, entrera à jamais dans l'histoire des Verts en ouvrant le score avant que les Écossais ne renversent la table (3-1). Jean Oleksiak, pour sa part, deviendra le premier buteur stéphanois en Coupe d'Europe des Clubs Champions, à domicile, le 25 septembre pour un succès acquis sur le score de deux buts à un. Un Opus I frustrant eu égard à l'élimination dès les seizièmes de finale face aux Rangers.
L'acte II vit les Verts affronter le Celtic, le 18 septembre 1968. À la maison, les hommes d'Albert Batteux font le job et s'imposent grâce à deux buts signés Salif Keita et Hervé Revelli. Las, l'enfer de Celtic Park, un environnement hostile et un arbitrage permissif emporteront Robert Herbin et les siens tel un fétu de paille (4-0). Le plus large revers essuyé par les Verts en 145 matches continentaux.
L'acte III verra les Verts inverser la tendance et bouter les Rangers de la Coupe aux grandes oreilles, durant un automne 1975 où les succès se ramassent à la pelle (2-0, 1-2). Sept mois plus tard, le 12 mai 1976, le peuple vert et ses héros prendront à nouveau la route de Glasgow pour une finale épique, à jamais gravée dans les mémoires. Entre fierté et désillusion. Une équipe de légende s'en venant buter sur de maudits poteaux carrés et un Bayern Munich d'un pragmatisme absolu, porté par un réalisme froid et un vécu XXL de ces grands rendez-vous (1-0).







































