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·29 juillet 2026

“Tout était réuni pour jeter l’éponge… Mais pas au HAC !”

Image de l'article :“Tout était réuni pour jeter l’éponge… Mais pas au HAC !”

S’il fut un temps difficile, le HAC Rugby renaît aujourd’hui et la volonté des dirigeants est au rendez-vous. Il est le club majeur de l’agglomération havraise dans le monde de l’ovalie… Un domaine qui peine encore à se développer. Pour autant, le HAC, club doyen du rugby français, se lance dans un projet davantage axé sur la communauté et les jeunes… Tout en souhaitant pérenniser son équipe première en Fédérale 3 (7ᵉ échelon français).

Celle-ci a vécu deux dernières années difficiles. Et ce, alors qu’elle évoluait à un niveau qu’elle n’avait plus connu depuis longtemps. Des difficultés de développement rencontrées par de nombreux clubs situés de la Loire jusqu’au Nord. L’histoire du club, la place des bénévoles, son développement ainsi que son avenir. Doyens a l’honneur de poser quelques questions à Bertrand Lécureur. Bertrand Lécureur est le secrétaire général du HAC Rugby et auteur du livre .


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Peux-tu te présenter et nous expliquer ton rôle au sein du HAC Rugby ?

J’ai commencé à jouer au rugby au HAC à 13 ans, en 1983. Et j’ai poursuivi jusqu’en 1987. J’y suis revenu au milieu des années 1990, une fois mes études terminées. Ensuite, après une parenthèse inoubliable au HAC Triathlon, j’ai retrouvé le monde de l’ovalie. C’était en 2006 au Havre R.C, où mes deux fils avaient choisi de prendre une licence à l’école de rugby. Au HRC, j’ai été joueur, éducateur, dirigeant et coprésident de 2013 à 2017. J’ai joué également en loisir avec le club des Cheminots et avec les anciens du HAC.

En 2022, « retour aux sources » ! J’ai rejoint le HAC, qui me proposait de préparer un livre sur les 150 ans du club… Mais aussi d’assurer le suivi scolaire des jeunes du centre d’entraînement labellisé. Cela collait complètement avec mes compétences de professeur et de chercheur en histoire. Je sentais par ailleurs, que j’avais « fait le tour » du HRC. Et ces nouveaux défis m’ont redonné de la motivation. Aujourd’hui, je suis secrétaire général du HAC et chargé de suivre le développement de la formation des jeunes.

Peux-tu nous présenter le HAC Rugby en quelques mots ?

Comme la section football, le HAC Rugby est le Doyen des clubs français, depuis 1872. On donnera quelques précisions ensuite… Depuis 1882, le HAC Rugby est installé au stade Langstaff près de l’église de Sanvic… Le plus ancien terrain de rugby français encore en activité ! Jusqu’à la Première Guerre mondiale, on y jouait également au football, avant que la section du HAC ne parte s’installer à la Cavée verte. Le HAC a été l’un des clubs majeurs du rugby français jusque dans les années 1920, habitué des phases finales élite jusqu’en 1914. Depuis les années 1930, le club a développé la formation des jeunes. D’abord pour le 15-20 ans (cadets, juniors) puis, à partir de 1960, avec une école de rugby.

Aujourd’hui, le HAC présente des équipes dans toutes les catégories d’âge. Des moins de 6 ans jusqu’aux seniors et même aux vétérans. Le tout encadré par des éducateurs ou entraîneurs bénévoles. Au total, ce sont près de 350 licenciés, dirigeants compris. Son école de rugby, labellisée par la FFR, est l’une des plus importantes de Normandie. Au total, en 2026, le HAC compte près de 350 licenciés, dirigeants compris.

Et les séniors ?

Les seniors évoluent en Championnat de France de Fédérale 3. Ils jouent leurs matches au stade Deschaseaux. Ils s’entraînent aux stades Gagarine et Langstaff. Entre 2023 et 2025, le HAC a connu deux magnifiques saisons en Fédérale 1, le plus haut niveau du rugby amateur français. Malheureusement, cette ascension a été trop rapide, menée sans vraiment d’expérience. Les longs déplacements pour jouer contre des équipes du Sud, le recrutement de joueurs nécessaires pour évoluer à ce niveau ont rapidement plombé les finances du club. Aujourd’hui, le HAC est à la relance deux échelons plus bas, ce qui est plus raisonnable. Fort de l’expérience précédente, le club consolide ses structures pour être mieux armé à l’avenir et retrouver le haut niveau.

De quelle manière le Havre a-t-il rencontré le rugby ?

Tout commence en septembre 1872… Si l’on en croit les témoignages des pionniers, recueillis en 1922 à l’occasion des 50 ans du HAC. Et on peut les croire puisqu’aucun autre club historique comme le Racing ou le Stade Français, créés en 1882 et 1883, n’a jamais contesté le titre de Doyen au HAC. Ces clubs sont même venus célébrer ses grands anniversaires en 1922 et 1932 !

Des Anglais, installés au Havre pour leur activité de commerce et de négoce, ont apporté des ballons ronds et ovales. Ils jouaient le midi du côté de la Porte-Océane, à l’angle de l’avenue Foch et du boulevard François Ier. En Angleterre, où le football et le rugby sont nés, on commençait alors à clairement les séparer. On peut imaginer qu’au Havre, les Britanniques présents étaient trop peu nombreux pour former un club de chaque discipline.

Comment s’est-il développé au Havre ?

Sous la direction de leur premier président, Frédéric Field Langstaff, ils jouèrent donc aux deux, selon l’envie du moment, en les mélangeant même pour pratiquer la fameuse « combination » ! Il ne faut donc pas affirmer qu’un de ces deux sports est apparu en France avant l’autre. Football et rugby se sont développés ensemble et en même temps ! Un bel article de la presse britannique et quelques entrefilets dans nos journaux locaux nous apprennent qu’un match opposant le Havre Football Club (ou F.C Havrais) à l’équipe de Portswood Park Club s’est déroulé le 19 février 1873 à Southampton.

Le récit de cette confrontation est beaucoup plus proche du rugby que du football avec des placages, des mêlées, des arrêts de volée ou des essais transformés… Nous n’avons ensuite aucune trace d’autre match avant les années 1890. On sait simplement que les mêmes joueurs et dirigeants font évoluer le nom de leur club en 1884, qui devient le HAC, que la pratique de la « combination » reste prédominante et que les couleurs Ciel et Marine sont choisies en 1891, en hommage à celles des universités d’Oxford et de Cambridge. Ce n’est qu’en 1894 que football et rugby vont être vraiment dissociés au Havre… Même si de nombreux joueurs restent membres des équipes de football et de rugby du HAC jusque vers 1905.

L’histoire et la mémoire occupent une place importante au sein du HAC Rugby, qui souhaite les mettre à l’honneur et les partager. Il semble toujours essentiel de se souvenir d’où l’on vient et de rappeler la belle histoire du club, faite de moments aussi magiques que tragiques. C’est ainsi que nous avons souhaité revenir sur certains moments marquants de son histoire.

Comment le club a-t-il vécu pendant les deux guerres mondiales et comment a-t-il réussi à se reconstruire ?

Au printemps 1914 tout d’abord, il faut savoir que le HAC Rugby dispute les phases finales du Championnat de France contre le Stade Toulousain, l’Aviron Bayonnais ou Perpignan. Des affiches improbables aujourd’hui ! La guerre va stopper brutalement cette euphorie. Dans cette période, la vie du club s’éteint pratiquement. La liste des joueurs « morts au champ d’honneur » ne cessant de prendre de l’ampleur… Gorce, Ducasse, Albert Favrel… Au début des années 1920, un monument aux Hacmen disparus, rugbymen et footballeurs, est érigé dans l’angle Sud-Ouest du stade Langstaff avec près de 50 noms. Le 11 novembre 2025, le HAC Rugby a fait renaître la cérémonie commémorative devant ce monument, une tradition qui s’était perdue depuis les années 1960.

Le HAC traverse la Seconde Guerre mondiale différemment. L’activité sportive reste importante, notamment avec les jeunes du club. Initiés par des soldats britanniques en garnison au Havre en 1939-1940, ils développent une version nouvelle du rugby : le « Seven », l’actuel format du rugby aux Jeux Olympiques. Les matches à XV continuent également contre des adversaires normands et parisiens, quand l’occupant allemand veut bien autoriser le déplacement des équipes… Il faut rappeler aussi le drame du 29 novembre 1942.

Ce jour-là, l’équipe du HAC se rend à Fécamp pour un match amical mais est mitraillée par l’aviation britannique à Saint-Léonard, juste avant d’arriver. Le secrétaire du club, Lucien Terny, meurt, Léo Blancan, joueur est grièvement blessé… Même si l’équipe parvient à rejouer quelques semaines plus tard, le traumatisme reste très fort. Des anciens nous en parlaient encore à la fin du 20e siècle ! Début septembre 1944, des bombes tombent sur le stade Langstaff, sérieusement endommagé. Les joueurs et dirigeants le reconstruiront après-guerre…

Quels sont les moments les plus marquants de l’histoire du HAC Rugby ?

Tout le début de son histoire, de sa fondation aux années 1920 ! Plusieurs milliers de Havraises et Havrais montaient à Sanvic pour voir les Ciel et Marine affronter le Racing, le Stade Français, l’Aviron Bayonnais ou la Section Paloise. Cela paraît incroyable aujourd’hui. Les 50 premières années d’existence du HAC Rugby en font vraiment un club historique du rugby français !

Plus près de nous, la progression de 2015 à 2025, même si elle s’est trouvée interrompue de façon douloureuse, a procuré de grands moments de bonheur. Les accessions, du niveau régional à la Fédérale 3 puis la Fédérale 2 et jusqu’en Fédérale 1 resteront inoubliables pour celles et ceux qui les ont vécues. Les deux saisons en Fédérale 1, avec certaines affiches improbables, certaines victoires contre Genève ou contre Limoges, Cognac, Sarlat, Tulle, des bastions du rugby français resteront gravées dans les mémoires…

L’heure actuelle n’est peut-être pas la plus éblouissante pour le HAC Rugby, mais elle est peut-être celle d’un virage, d’un nouveau départ, avec un tout nouveau projet axé sur le développement, non pas exclusivement de l’équipe première, mais de l’ensemble du club, des jeunes ainsi que de la ville du Havre.

Nous savons que la saison dernière a été difficile pour l’équipe première du HAC Rugby en raison de nombreux bouleversements. Quel bilan en tires-tu ?

Les deux saisons en Fédérale 1 ont été une riche expérience à méditer pour le club mais aussi pour la FFR… Elles illustrent parfaitement la difficulté pour un club « du Nord de la Loire » (région parisienne mise à part) de s’installer au haut niveau. On le sait, la grande majorité des équipes se trouvent dans le Sud du pays et pour un club comme le HAC, la plupart des déplacements se traduisent par des centaines de kilomètres sur la route.

L’obligation de financer des nuits d’hôtel la veille des matchs pour deux équipes, la A et la B (50 personnes au total !), qui se déplacent ensemble… Un gouffre financier ! Tout reste encore à faire pour développer le rugby au Nord de la Loire. Les exemples comme celui de Vannes en Top 14, de nos amis du Rouen Normandie Rugby, de Marcq-en-Barœul ou de Rennes en Nationale restent trop rares…

C’était donc compliqué pour le HAC ?

Le HAC aurait dû être plus patient avant de prétendre à la Fédérale 1. Prendre le temps de mieux se structurer et surtout de développer beaucoup plus sa formation des jeunes. Et ce, afin de pouvoir disposer de joueurs havrais plus nombreux à pouvoir évoluer au plus haut niveau du rugby amateur français. C’est ce qui est entrepris aujourd’hui !

À bout de souffle financièrement au printemps 2025, le HAC, bien que maintenu sportivement en Fédérale 1, a demandé à être rétrogradé en Fédérale 2. Le club s’est séparé de quelques joueurs sous contrat. Ces décisions ont provoqué une véritable hémorragie avec le départ de près de 35 joueurs et de près de la moitié des membres du comité directeur du club…

Si l’on ajoute un budget diminué de plus de la moitié en quelques semaines, tout était réuni pour jeter l’éponge… Mais pas au HAC où l’héritage historique donne probablement un supplément d’âme et une détermination à ne jamais abandonner la partie ! En quelques mois, avec de nouveaux dirigeants et d’autres qui sont revenus, le HAC a réussi à recréer un groupe senior, une ambiance dans le club, à fédérer de nouveau toutes les composantes, de l’école de rugby aux Doyens (les plus de 35 ans). Le passif financier a été épongé aux deux-tiers. Tout cela a permis de conserver la confiance de nombreux partenaires, publics et privés.

Alors bien sûr, la saison sportive des seniors a été difficile, surtout lors de la phase aller mais beaucoup moins lors des matchs retours. Nous n’avons pas pu éviter la descente sportive en Fédérale 3 mais un groupe et une ambiance ont été recréés !

Quels sont les objectifs de l’équipe première pour la saison prochaine ? Et sur les prochaines années ?

D’abord de retrouver très vite le goût de la victoire et de vivre une saison confortable et « sympa ». Les objectifs de remontée en Fédérale 2 seront pour un peu plus tard… Le HAC va d’abord développer la formation de ses jeunes pour créer un vrai vivier pour le groupe senior. Il va falloir également consolider les finances. Et retrouver une réelle sérénité dans ce domaine et étoffer un peu plus l’équipe des éducateurs et des dirigeants.

Le nouveau projet du HAC Rugby, nommé « Horizon 160e anniversaire-2032 », est constitué de quatre points :

  • Une formation complète des jeunes, à la fois sportive, scolaire et citoyenne.
  • L’accès à l’emploi, l’implantation au Havre des joueurs seniors pour les fidéliser durablement au club et dans notre ville.
  • Un engagement dans la vie locale, au service de toutes et tous par différentes actions rejoignant les axes de la RSE des entreprises (participation à l’insertion professionnelle, sport santé, etc.).
  • La valorisation de l’histoire et du patrimoine du HAC que l’on a déjà présentés.

Le HAC rugby est bien plus qu’un simple club, c’est une communauté. Les jeunes et les bénévoles font partie intégrante de son identité, il est alors important de mettre en lumière ces personnalités de l’ombre.

Quelle place occupent les bénévoles dans la vie du club ?

Les bénévoles sont l’élément vital du HAC Rugby. Sans eux, rien ne serait possible, qu’ils soient éducateurs auprès des jeunes de l’école de rugby, entraîneurs, volontaires pour accomplir différentes missions ou dirigeants. Il faut faire partie du club pour s’en rendre compte… Les éducateurs et entraîneurs sont sur le terrain deux à trois fois chaque semaine. Ils consacrent des samedis ou des dimanches entiers aux déplacements pour les tournois et matchs.

Le dimanche, lorsque le HAC joue à domicile, l’équipe B à 13 h 30, la A à 15 h. Les volontaires sont sur le pont dès 9h pour acheminer à Deschaseaux tout ce qu’il faut. Mais aussi préparer les repas, servir à la buvette, ranger… L’engagement bénévole de certains dirigeants s’apparente dans certains cas à un « deuxième emploi » en marge de la vie professionnelle. Les sollicitations arrivent en permanence sur le portable ou la boîte mail. Il faut prendre les meilleures décisions sur des sujets parfois complexes, assumer de nombreuses responsabilités et pressions, maîtriser les dépenses, assurer les recettes… Et subir parfois l’ingratitude de certaines critiques de gens qui ne font rien ! Mais ce sont des tranches de vie riches, passionnantes et indispensables pour cimenter notre société.

La pratique du rugby est-elle aujourd’hui bien présente au Havre, notamment auprès des jeunes ? Quelles sont alors les valeurs que le club souhaite transmettre ?

La pratique du rugby par les jeunes Havraises et Havrais est clairement insuffisante. Elle demeure trop limitée aux enfants d’anciens joueurs et à une population habitant non loin du stade Langstaff ou de Gagarine. Il faut impérativement s’ouvrir à la jeunesse de tous les quartiers et de toute l’agglomération, parvenir à la séduire puis la fidéliser.

C’est le projet du HAC Rugby avec notamment les cycles « Écol’Ovale » d’initiation/découverte du rugby dans les écoles primaires. Notre rêve serait d’avoir assez d’éducateurs pour créer une ou deux antennes de l’école de rugby vers l’Est de l’agglomération. Aller vers les jeunes près de chez eux, proposer du rugby « au pied des immeubles ». Il faut également développer le rugby féminin, ce que font nos amis du HRC et que le HAC est prêt à relayer dans la mesure de ses possibilités. L’un des objectifs du Club doyen est également de féminiser l’encadrement de ses jeunes. Quelques éducatrices apporteraient beaucoup, c’est une évidence !

Côté valeurs, le rugby entretient le sens du collectif, base de la vie en société, aujourd’hui menacé par l’individualisme, la peur de l’autre, le repli sur soi et sur les écrans. L’amitié et la solidarité qui peuvent se créer au fil du temps reste un élément important de la vie rugbystique.

L’habitude de l’effort est au cœur de la pratique. L’effort sportif évidemment mais aussi l’effort de venir jouer en toute saison. Même quand la météo incite plutôt à rester chez soi… On retrouve évidemment le respect, des bénévoles du club, des éducateurs, des décisions de l’arbitre. Être présent, ponctuel, maîtriser son comportement en toutes circonstances. C’est valable pour les joueurs mais aussi pour celles et ceux qui les accompagnent. Le HAC est très vigilant au comportement du public, des parents des jeunes autour du terrain.

Quel message souhaites-tu adresser aux supporters et à ceux qui souhaitent découvrir le HAC Rugby ?

Aux supporters, venez nombreux le samedi pour assister aux tournois des jeunes et le dimanche pour les matchs des seniors ! Vous ne serez pas déçus ! Respectez toujours l’adversaire et les décisions de l’arbitre, même s’il peut lui arriver de se tromper…

Pour celles et ceux qui voudraient jouer, ce sera la garantie de vivre des moments inoubliables, de rencontrer beaucoup de monde, d’améliorer votre condition physique, de prendre confiance en vous et d’augmenter l’estime de vous-mêmes. De vrais atouts dans la vie quotidienne, notamment dans les études ou la vie professionnelle !

À toutes et tous, le HAC Rugby sera toujours très heureux de vous accueillir !

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