BeFootball
·20 mai 2026
Unai Emery : L’éternel sous coté ?

In partnership with
Yahoo sportsBeFootball
·20 mai 2026

Pour comprendre Unai Emery, il faut remonter à Séville. Pas un club qui fait la couverture de magazines chaque semaine, un club solide, mais pas censé dominer l’Europe. Entre 2013 et 2016, il réalise pourtant quelque chose d’inédit : trois Ligue Europa consécutives avec le même club. Trois. De suite. Une performance que personne n’avait accomplie, que personne n’a reproduite depuis. En 2015, son Séville remonte un déficit en finale contre le Dnipro. En 2016, face à Liverpool, même scénario : menés à la pause, ils renversent la situation. Une remontée en finale, deux fois de suite. Ce n’est pas du hasard, c’est une signature.
Le monde du football salue, et passe à autre chose. Puis en 2020, après deux passages difficiles au PSG et à Arsenal, Emery repart de zéro à Villarreal. Un club de province, sans stars, sans budget impressionnant. Dès sa première saison, il remporte une quatrième Ligue Europa, devenant le seul entraîneur de l’histoire à accomplir cet exploit. La saison suivante, en Ligue des Champions, son Villarreal élimine la Juventus, puis le Bayern Munich. La presse en parle une journée, et passe à autre chose.
Le problème avec Emery, c’est que ses défaites ont eu infiniment plus de retentissement que ses victoires. Deux d’entre elles ont durablement abîmé sa réputation.
La première, c’est la Remontada. Au PSG, son équipe réalise pourtant un 4-0 historique contre le Barça au Parc des Princes, que la presse qualifie alors de « match référence ». Puis vient le Camp Nou : 6-1, sans Neymar blessé, dans un match arbitré de façon très contestée. Peu importe les circonstances, la Remontada s’accroche à son image parisienne et efface tout le reste. Les six titres remportés avec le club, le travail tactique, la reconstruction de l’équipe, rien ne subsiste dans la mémoire collective.
La deuxième, c’est Arsenal. Mission ingrate entre toutes : succéder à Arsène Wenger après vingt-deux ans de règne. Emery hérite d’un vestiaire fragilisé et d’attentes démesurées. Il mène pourtant le club en finale de Ligue Europa, premier retour en finale européenne depuis douze ans, mais s’incline 4-1 contre Chelsea. La saison suivante démarre mal, il est licencié en novembre. Deux échecs dans deux grands clubs, et le verdict tombe vite : Emery n’est pas à la hauteur des grandes scènes. On oublie les dix-huit matchs de qualification à Séville, les trois titres consécutifs, les remontées en finale. On retient la Remontada et Chelsea.
Novembre 2022. Aston Villa est 17e de Premier League, au bord de la relégation. Emery arrive, et transforme le club méthodiquement. 7e à la fin de sa première saison complète, puis 4e et qualifié pour la Ligue des Champions. Cette saison, pour la première fois depuis 1982, Villa dispute une finale européenne. En cours de route, il enchaîne onze victoires consécutives toutes compétitions confondues, égalant un record vieux de 111 ans pour le club.
Aston Villa, c’est peut-être le club qui lui ressemble le plus. Un grand nom historique, une identité forte, mais pas un empire moderne. Un club qui ne fait pas la une des journaux, qui ne recrute pas les Ballon d’Or, et qui doit construire autrement. C’est exactement dans cet environnement qu’Emery excelle depuis le début de sa carrière. Pas parce qu’il n’aurait pas sa place ailleurs, mais parce que c’est là que son travail de fond, sa rigueur tactique et sa capacité à tirer le maximum d’un groupe prennent tout leur sens.
Ce soir à Istanbul, il peut décrocher un cinquième titre en Ligue Europa. Aucun entraîneur n’en a quatre. Le football a une mémoire sélective et retient surtout les noms qui brillent sous les projecteurs de la Ligue des Champions. Emery, lui, a juste continué à gagner.







































