Peuple-Vert.fr
·4 Juni 2026
ASSE : Autopsie d'un échec et les chantiers prioritaires de l'été

In partnership with
Yahoo sportsPeuple-Vert.fr
·4 Juni 2026

Deux entraîneurs, deux philosophies, un même résultat : l'échec. La saison 2025-2026 de l'ASSE se lit comme une expérience de laboratoire. Horneland d'abord, avec sa possession à outrance et son pressing haut. Montanier ensuite, avec son bloc compact et sa solidité défensive retrouvée. Les données Data'Scout dressent le portrait d'une équipe déséquilibrée, brillante dans certains domaines, défaillante dans d'autres. Et elles indiquent précisément ce qu'il faudra corriger pour enfin monter.
La fiche Data'Scout de l'ASSE 2025-2026 ressemble à un électrocardiogramme irrégulier. Des pics verts au sommet, des creux rouges inquiétants, peu de zones d'équilibre. C'est le portrait d'une équipe qui a voulu trop bien faire offensivement sous Horneland, avant de se replier sous Montanier dans une prudence qui a asphyxié ses propres atouts. La vérité se trouve sans doute entre les deux.
Le premier chiffre qui frappe, c'est la possession au centile 100. L'ASSE a dominé le ballon mieux que n'importe quelle autre équipe de Ligue 2 cette saison. La résistance au pressing atteint 96 : les Verts ne lâchent pas facilement le ballon quand ils sont pressés. Ce sont des chiffres de très grande équipe dans ce registre.
Mais le jeu long est à 11. Les centres à 26. La menace aérienne à 14. Autrement dit : l'ASSE garde le ballon, progresse proprement, mais ne sait pas exploiter les situations dangereuses dans les zones de finition via les circuits directs. Elle tourne, elle conserve, elle s'exprime dans le propre. Quand il faut accélérer, déborder, centrer, elle disparaît. Le volume de tirs à 86 et la finition à 77 montrent que les occasions existent. Le CPA à 51 révèle que la qualité de ces occasions est trop moyenne. On tire beaucoup, mais pas assez bien placé.
Côté défensif, la lecture est tout aussi contrastée. Le pressing atteint 81, l'agressivité 83, l'anticipation 71. L'ASSE cherche le ballon haut, met plutôt de l'intensité dans la récupération, perturbe la relance adverse. C'est l'héritage Horneland, gravé dans les chiffres malgré son départ en février.
Mais le bloc bas est à 10. Quasiment inexistant. L'équipe ne sait pas se défendre basse quand le pressing est contourné. L'imperméabilité plafonne à 50 sur l'ensemble de la saison : une équipe sur deux en Ligue 2 concède moins proportionnellement. C'est là que le bât blesse. Presser haut sans jouer bloc bas parfois pour compenser les espaces laissés derrière, c'est le défaut structurel qui a coûté des points à Horneland. Montanier a tenté de colmater ces brèches, avec succès relatif, mais au prix d'une attaque anesthésiée.
Le Norvégien avait une vision claire. Possession, pressing, bloc haut, verticalité quand l'occasion se présente. Des principes cohérents, modernes, qui font tourner les meilleures équipes d'Europe. Le problème, c'est que ce système demande des joueurs techniquement irréprochables, mentalement solides et physiquement constants sur 34 journées. L'ASSE n'avait pas ce groupe. Trop de blessures. Trop de rotation. Trop de carences tactiques. Trop de principes et trop peu de pragmatisme.
La perte du ballon à mi-hauteur, conséquence directe d'un bloc haut qui rate son pressing, laissait les défenseurs stéphanois exposés dans un no man's land inconfortable. Nadé, Bernauer et Ferreira, etc ont subi cette réalité tout au long de la première partie de saison. La défaite 4-0 à Annecy symbolisait parfaitement ce déséquilibre : une équipe prise à contre-pied dans ses propres principes de jeu. Sans solution de repli.
Avec Montanier, les Verts ont retrouvé une forme de stabilité défensive. Le bloc s'est resserré, les lignes se sont rapprochées, l'équipe a arrêté de concéder des buts sur des transitions rapides après perte de balle. 2 points par match en moyenne, contre 1,6 sous Horneland. La progression est réelle. Les arrivées de Julien Le Cardinal et d'Abdoulaye Kanté ont forcément pesé dans la balance.
Mais le revers de la médaille est sévère. L'attaque a perdu en spontanéité, en prise de risque, en fantaisie. Davitashvili, isolé dans son couloir sans les circuits de jeu rapide qui l'alimentaient, a parfois disparu des matchs. Boakye a trop souvent reculé pour aider défensivement. Stassin a manqué de ballons dans les bonnes zones. L'ASSE de Montanier gagnait mais s'est eteinte sur la durée. Une courte durée où l'attaque n'a pas su exister.
La verticalité à 59 confirme cette tendance : l'équipe progresse, mais prudemment. Trop prudemment pour une équipe censée dominer une Ligue 2.
Les données dessinent précisément la feuille de route. Trois chantiers prioritaires se dégagent.
Le premier est l'imperméabilité défensive. 50, c'est insuffisant pour gagner un championnat de Ligue 2. Troyes et Le Mans, promus cette saison, étaient parmi les meilleures défenses. La prochaine équipe stéphanoise doit concéder moins, en installant un bloc bas crédible capable de compléter le pressing haut. Perde 10 matchs sur 34 n'est pas concevable avec ces ambitions. Et ça passe par des clean sheets.
Le deuxième est la créativité dans les derniers mètres. Le jeu long à 11 et les centres à 26 sont des trous béants dans le profil collectif. L'ASSE a besoin de joueurs capables d'apporter des solutions directes, de centrer, d'aller au duel aérien. La menace aérienne à 14 est un vrai point faible pour une équipe qui prétend monter. Recruter un attaquant de surface capable de peser physiquement sur les défenses de Ligue 2 est une nécessité, pas une option. Mais cette limite s'applique à l'ensemble d'une équipe trop peu dominatrice dans les aires.
Le troisième est l'équilibre entre les deux blocs. Ni le pressing à outrance d'Horneland sans filet de sécurité, ni le bloc fermé de Montanier sans expression offensive de la fin de saison. Il faut un entraîneur capable d'articuler les deux : presser haut quand on a le ballon, défendre bas et compact quand on l'a perdu. Un jeu de position intelligent, pas dogmatique.
Le style de jeu Data'Scout positionne l'ASSE comme similaire à Paris Saint-Germain à 72%, Strasbourg à 70%, Manchester City à 67%. Le projet est là sur le papier. Les Data de Jaeson Rosenfeld ont bien fait le boulot. Mais il manque juste l'essentiel : l'exécution collective. Et peut-être l'entraîneur qui saura l'incarner. Montanier ou un autre ? C'est tout l'enjeu de cette intersaison. Plus de pragmatisme. Plus d'humilité. Sans pour autant se renier.








































