Le Journal du Real
·19 Januari 2026
Eduardo Camavinga en pleine zone de turbulence

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·19 Januari 2026

Il semble loin, très loin, ce mois de mai 2024 où le madridisme nageait dans l'euphorie. À l'époque, lors des célébrations du 36ème titre de Liga, Carlo Ancelotti s'emparait du micro pour lancer son fameux : "J'ai un rêve : je veux danser avec Eduardo Camavinga". Sur l'air de El fin del mundo, le technicien italien et son jeune prodige formaient une conga joyeuse autour de la déesse Cibeles. Tout n'était que sourire et promesses d'avenir.
Ce samedi, l'ambiance était radicalement différente au Santiago Bernabéu. Sous le regard attentif de ce même Ancelotti, présent en tribunes, Eduardo Camavinga a vécu un véritable cauchemar. Titularisé dans l'entrejeu aux côtés de son compatriote Aurélien Tchouaméni, l'ancien Rennais a sombré. Sa première période contre Levante a pris des allures de chemin de croix, au point qu'Álvaro Arbeloa a pris une décision drastique : le sortir dès la mi-temps.
Une sanction tactique qui sonne comme un désaveu cinglant pour celui qui devait incarner le futur du milieu de terrain merengue.
La prestation du numéro 6 madrilène a été marquée par une fébrilité inhabituelle. Comme le souligne le quotidien espagnol AS dans son analyse d'après-match, le Français est apparu totalement dépassé par les événements. Était-ce la pression de l'ambiance délétère du Bernabéu ? Toujours est-il que Camavinga a multiplié les pertes de balle "absurdes" pour un joueur de son calibre, mettant parfois sa propre défense en danger immédiat sur des fautes évitables à l'entrée de la surface.
Si ses statistiques brutes peuvent sembler correctes en surface (42 passes réussies sur 49, soit 86%), elles masquent une réalité beaucoup plus sombre : l'impuissance créative. Le milieu de terrain s'est contenté de faire tourner le ballon horizontalement, sans jamais prendre le risque nécessaire pour casser les lignes adverses.
La verticalité, qui était pourtant sa marque de fabrique à son arrivée, a totalement disparu de son jeu samedi. Face à un bloc de Levante bien organisé mais pas insurmontable, il n'a jamais trouvé la clé, donnant l'impression d'être perdu dans le système en 4-4-2 mis en place par Arbeloa.
Le contraste avec son remplaçant a été cruel, presque humiliant. À la pause, Arbeloa a lancé Arda Güler dans la bataille, et la physionomie du match a changé du tout au tout. Là où Camavinga apportait de la lourdeur et de l'hésitation, le Turc a injecté de la vitesse, de la profondeur et de la folie.
En seulement sept minutes, Güler a plié la rencontre : une passe lumineuse pour Kylian Mbappé amenant le penalty du 1-0, puis un corner décisif pour la tête de Raúl Asensio. Cette différence d'impact met en lumière un problème structurel soulevé par la presse espagnole : Camavinga et Güler semblent être des "vases communicants" plutôt que des partenaires complémentaires.
Quand l'un brille, l'autre s'éteint. Samedi, la démonstration du jeune Turc a involontairement souligné la vacuité de la performance du Français. L'équipe réclamait du rythme à grands cris ; Camavinga l'a ralentie, Güler l'a libérée.
L'inquiétude grandit car il ne s'agit pas d'un accident isolé, mais d'une tendance lourde. Cela fait maintenant quatre saisons qu'Eduardo Camavinga est au club, et l'on attend toujours qu'il franchisse ce fameux palier pour devenir un titulaire indiscutable. Pire, on assiste à une forme d'involution. Cette "anarchie contrôlée" qui faisait son charme – cette capacité à prendre le ballon et à transpercer le milieu adverse par des courses folles – s'est transformée en une forme de négligence tactique.
Il ne filtre plus de passes verticales, préférant une possession stérile. Il récupère moins de ballons, son domaine de prédilection. Son année 2025, hachée par quatre blessures sérieuses (ischios, adducteurs, et deux entorses aux chevilles), a certainement laissé des traces physiques et mentales. Mais en ce début 2026, alors qu'il a enchaîné cinq matchs et que le corps semble tenir, c'est le football qui ne suit plus.
Avec des prestations comme celle de samedi, Camavinga ne fait pas que stagner ; il recule dans la hiérarchie. Il touche le fond au pire moment possible, alors que le Real Madrid, en pleine crise, a désespérément besoin de certitudes, et non d'énigmes.









































