OnzeMondial
·11 Maret 2026
EXCLU - Mamadou Sarr : "Je pense qu’on a fait une erreur"

In partnership with
Yahoo sportsOnzeMondial
·11 Maret 2026

La belle histoire de cette CAN 2025. À seulement 20 ans, Mamadou Sarr a profité de la suspension du capitaine Kalidou Koulibaly pour intégrer le onze titulaire en finale face au Maroc. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le fils de Pape Sarr, légende du football sénégalais, a assumé ses responsabilités. Plongée dans la tête du Strasbourgeois pour revivre chaque instant de cette joute qui figure déjà au panthéon du football international.
Voici quelques extraits de notre interview de Mamadou Sarr. L’intégralité de cet interview de 6 pages est à retrouver dans le magazine n°379 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 6 février 2026.
« Est-ce que je m’attendais à jouer cette finale ? Pas vraiment. Certes, j’entre en jeu en demi-finale à la place de Kalidou Koulibaly, mais pendant les matchs de poule, c’est Abdoulaye Seck qui a joué et je ne connaissais pas la hiérarchie. En demi, le coach me choisit, j’entre en jeu, je réussis une bonne entrée et on se qualifie pour la finale. Et si le coach m’a mis, c’est qu’il a ses raisons.
« Tu penses beaucoup à la finale, tu ne penses qu’à ça même
À partir du mercredi soir, après l’Egypte, je prépare ma finale sereinement, comme un match classique, même si c’est une finale. Il y avait un peu de stress forcément, car « j’entre » dans le tournoi assez tard. Comme j’étais sur le banc, c’est vrai que ce n’est pas le même niveau de concentration qu’un titulaire mais je me suis toujours dit : « On ne sait jamais ». J’étais attentif à chaque match en me disant que si je devais entrer, il fallait que je sois prêt. C’est ce qu’il s’est passé, Dieu merci. Du mercredi soir au samedi matin, j’étais toujours pareil. Je n’ai pas changé mon alimentation, ni mon sommeil. J’avais un bon rythme durant toute la compétition et j’ai maintenu ce rythme. Évidemment, ce n’était pas le même stress, car tu penses beaucoup à la finale, tu ne penses qu’à ça même. Mais je t’assure, je n’avais aucun mal à m’endormir. J’ai facilement géré mes nuits.
« Comme si c’était un match de Ligue 1, de Coupe de France »
Je m’étais promis une chose : ne pas trop regarder les réseaux sociaux. Je ne faisais pas attention à ce qui se disait. Je recevais des messages d’amis, mais le reste, je ne regardais pas tellement. Je ne voulais rien changer à mon quotidien de la compétition. Je n’ai eu personne au téléphone, je n’ai demandé des conseils à personne. Pour moi, c’était juste un match et il fallait que je sois bon. Comme si c’était un match de Ligue 1, de Coupe de France. Je me disais : « Si je suis là, c’est que je le mérite et si le coach fait appel à moi, c’est qu’il a raison ». Mon père est aussi passé par là, il a déjà joué une finale de CAN, en 2002. J’ai échangé avec lui par sms, mais on n’a pas parlé de la finale, seulement sur des affaires personnelles. Il savait que si on commençait à trop parler du match, le stress allait s’accumuler. Mon coiffeur qui est mon ami et mon frère étaient avec moi, à l’hôtel. On parlait, on jouait à la play, comme avant un match normal.
« J’ai changé cette habitude car j’avais vraiment faim »
Quand j’étais seul, je pensais énormément au match. Oui, je me faisais les scénarios dans ma tête, je me disais : « Imagine on prend une rouste, imagine on gagne 5-0… ». Tous les scénarios possibles. Mais je ne me suis pas dit : « Imagine on perd à cause de moi ». Si tu commences à penser comme ça, tu pars défaitiste, et ça, je ne peux pas. Le matin du match, je suis venu prendre le petit déjeuner, chose que je fais très rarement quand le match est en soirée. Quand je suis descendu, il y avait Sadio (Mané) et Gana (Gueye) qui étaient tranquilles. Sadio m’a regardé et m'a dit : « No stress frérot ». J’ai changé cette habitude car j’avais vraiment faim, j’avais peut être dormi trop tôt la veille ou mangé trop tôt la veille, je ne sais pas, mais j’avais très faim. Donc je suis allé au petit déjeuner. Sadio m’a chambré en me disant : « Ah Mamad, tu descends maintenant ! ».
« Moussa Niakhaté vient me voir et m’annonce que Krépin va mal »
Le jour du match, le stress commence à monter de plus en plus. Franchement, ça ronge ! Et quand je sors à l’échauffement, le stress redescend. Non, l’avant-match n’a eu aucun impact sur ma préparation, tout ce qui a pu se dire, je n’ai pas fait attention. Ce sont des choses qui arrivent. Avec le groupe, on s’est dit qu’on ne se chercherait pas d’excuse. On était focus sur le trophée. Ce n’est pas à cause de la sécurité qu’on va perdre la finale quand même. Dans le bus et au stade, j’écoutais toujours les mêmes sons : Gunna, Ninho, Tiakola, je n’ai pas changé mes habitudes. Et non, je n’avais pas vu le malaise de Krépin (Diatta). Je ne savais même pas qu’il avait fait un malaise. Une fois dans le vestiaire, Moussa Niakhaté vient me voir et m’annonce que Krépin va mal. Il me dit : « Antoine (Mendy) va sûrement jouer à sa place ». Même là, je suis resté calme, j’ai dit : « Ce sont des choses qui arrivent, il ne faut pas qu’on se laisse distraire ».
« Si je suis là, c’est que j’ai le niveau pour performer et c’est tout »
Au moment de la reconnaissance terrain, on voit la pelouse et le stade acquis à la cause du Maroc, avec les sifflets. Et à partir de là, le stress commence à descendre. Dès que je vois la pelouse, je me rappelle que c’est juste un match de foot. Je me dis que ça va se passer comme un match normal, une passe, c’est une passe, un tir, c’est un tir, un centre, c’est un centre. Juste, la finalité au bout ne sera pas la même, mais c’est tout. C’est vrai, je m’apprêtais à jouer le match le plus important de ma jeune carrière, je remplaçais le capitaine qui est un joueur emblématique de la sélection. Mais je n’ai pas fait attention à ça. Si je suis là, c’est que j’ai le niveau pour performer et c’est tout. Dans le vestiaire, je suis à côté de Moussa Niakhaté et de El Hadji Malick Diouf. Moussa me prend et me dit : « Tranquille, aujourd’hui ! Si c’est chaud, tu fais péter le ballon, et sinon, tu fais comme tu sais faire ». Puis Kouli (Kalidou Koulibaly) vient me voir et me dit : « Tout le monde va venir te parler parce que c’est un match important, mais joue ton football, tu as les qualités. Si tu es là, c’est parce que tu as le niveau ». Le coach ? Il ne me dit rien du tout.
« Quand l’arbitre va voir la VAR, on est tous choqués »
Quand le match commence, je me sens complètement détendu, même si je sais qu’il y a un enjeu. Plus les minutes passent, plus j’entre dans le match. Dès les premiers ballons, il faut se mettre dedans, comme chaque match, j’ai envie de dire. Je suis monté en puissance petit à petit. Oui, l’arbitre ne sifflait pas en notre faveur, mais je suis resté calme, l’équipe aussi, il n’y a pas eu d’énervement. Pendant le match, on se procure de belles occasions, à chaque raté, je me dis « Aaaaaah mince ». Mais on se remet vite dedans en se disant : si ça ne rentre pas maintenant, ça rentrera plus tard. Quand on marque, je pense que c’est bon, il y a vraiment but. Ensuite, je vois que non. Après, je me dis qu’il va voir la VAR, mais pas du tout. Comme il avait sifflé avant, on ne pouvait rien faire. Derrière, penalty pour le Maroc. Moment dingue ! Pour être honnête, je ne savais même pas qu’il y avait penalty, je n’ai rien vu, car l’action se passe derrière moi. Je dis à Malick Diouf : « Il y a quoi là ? », il répond : « Je ne sais pas, je l’ai touché un peu mais il s’est laissé tomber ». Je lui dis : « Mais non, jure ?! ». Quand l’arbitre va voir la VAR, on est tous choqués. Derrière, une bagarre éclate sur le côté, le match est arrêté entre guillemets. Le coach nous dit de rentrer au vestiaire, du coup, on rentre au vestiaire. Et ensuite, Sadio et le coach nous disent de ressortir. Du coup, on ressort.
« Avant le penalty, je fais de très grosses prières pour qu’il rate »
À ce moment-là, c’est la folie dans ma tête, comme dans celle de tous les spectateurs. Tu te dis : finale de CAN, on sort du terrain. Cet épisode n’avait pas lieu d’être. Mais bon, je pense qu’on a fait une erreur, chaque être humain fait des erreurs dans la vie. Ça nous servira de leçon. En parallèle, il y a une bagarre entre nos supporters et les stadiers, je vois ça de loin, car je suis myope, donc je ne comprends pas trop ce qu’il se passe. Je n’y prête pas trop attention. Je suis focus sur le penalty et le fait qu’on va potentiellement perdre le trophée contre le Maroc. Quand je vois qu’il tente une panenka et qu’il loupe, c’est juste DINGUE ! Avant le penalty, je fais de très grosses prières pour qu’il rate. Après le loupé, on ne réagit même pas parce qu’on est sous le choc. On passe de devoir rentrer dans son club sans médaille, ni célébration, ni trophée, à rester en vie. Le match continue avec encore la possibilité de gagner la CAN. C’est ouf. Si on n’a pas réagi après le loupé, c’est vraiment à cause du choc. Le choc émotionnel était tellement puissant. J’ai rarement ressenti ça dans ma vie, c’est indescriptible. On est passé du tout au tout comme ça, et l’arbitre siffle la fin du match. Juste dingue.
« Dans me tête, je suis un soldat, je vais à la guerre, dans les tranchées, comme à l’époque »
Pour la prolongation, tout s’inverse psychologiquement, on revient en mode guerrier. Les Marocains passent de : « On gagne la CAN qu’on attend depuis 50 ans dans notre pays à il faut refaire 30 minutes et charbonner ». Ils n’avaient pas le mental pour refaire 30 minutes, je pense. Surtout que c’est dur de se procurer des occasions durant une CAN. Dès le début de la prolongation, on ouvre le score grâce à Pape Gueye.
Ce but est venu de Dieu. Au départ de l’action, je ne vois même pas ce qu’il se passe, je n’entends rien, je ne vois rien venir et là… but ! Je dis : « Mais non, c’est fou, on a marqué ? ». Ce moment était magnifique, impossible à décrire carrément. Quand Igamane se blesse, on ne comprend pas que le Maroc va finir à 10. On ne fait pas attention, on le comprend à la mi-temps de la prolongation lorsque le coach nous le dit. Dans l’euphorie, on n’a rien capté. On mène au score, moi derrière, j’étais encore plus déterminé. En mode : ils n’ont même pas le droit d’avoir une occasion. Ils n’ont pas le droit d’approcher notre surface. Je défends mon pays. Dans ma tête, je suis un soldat, je vais à la guerre, dans les tranchées, comme à l’époque. En fin de match, Chérif Ndiaye manque une très grosse occasion. Dans ma tête, je me dis : « Ouuuuh, faudra pas regretter ça ». Mais comme je te disais, on est un groupe, je disais : « Tant pis, on fera les comptes à la fin ». Le Maroc aussi a eu une grosse occasion, Nayef Aguerd touche la barre sur corner. On défendait en zone, je ne sais pas si je suis responsable sur ce duel (rires). Cette barre nous a donné de sacrés frissons. Le ballon est revenu en plus, avec un petit cafouillage. Et on arrive à se dégager.
« Toute cette histoire de serviette, je n’ai rien vu, c’était dans mon dos »
Quand le match se termine, je remporte donc le deuxième trophée de ma jeune carrière, après la Coupe du Monde des Clubs avec Chelsea l’été dernier. Mais il est vrai que là, la saveur était différente, c’était avec mon pays, une CAN, j’étais titulaire lors de la finale. Pendant la cérémonie, le stade se vide, mais on ne réalise pas qu’il y a personne dans les tribunes. J’étais au téléphone avec mes proches, on était heureux. En tout cas, ce que je peux te dire, c’est qu’il faisait bien froid avec la pluie (rires). On réalise vraiment les choses lorsqu’on retourne au pays, avec cette parade magnifique dans les rues de Dakar. C’était fort. Dans l’ensemble, tout le match s’est bien déroulé. La seule échauffourée, c’est l’histoire de la serviette. Mais je ne pense pas que Hakimi ait fait exprès. En tout cas, toute cette histoire de serviette, je n’ai rien vu, c’était dans mon dos. J’étais trop focus sur mon match. J’ai vu les vidéos sur les réseaux, j’étais choqué (rires). Oui, j’ai conscience que ce match restera dans les annales, on a arrêté le match, c’est inédit.
Retrouvez l'actualité du monde du football en France et dans le monde sur notre site avec nos reporters au coeur des clubs.









































