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·23 Juni 2026
Interview - Rencontre avec Laurent Batlles ancien coach de l'ASSE

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·23 Juni 2026

Rencontré la semaine dernière à Saint-Étienne, Laurent Batlles est venu échanger avec nous pendant près de deux heures. Au programme de cette première partie : son actualité et le rôle d’entraîneur.
Comment observes-tu cette valse des entraineurs en Ligue 1 et en Ligue 2, as-tu trouvé un projet ?Je regarde avec beaucoup d’attention. Après la Ligue 1, non, car je ne pourrai pas la toucher personnellement. La Ligue 2 oui. La Ligue 3, des clubs étaient intéressés, mais ce n’était pas des challenges qui m’intéressaient. J’ai eu aussi pas mal de sollicitations à l’étranger mais aujourd’hui pour pouvoir partir à l’étranger, il faut déjà être légitime dans ton pays. Il y a eu pas mal de contacts mais pas de finalité. Aujourd’hui, c’est difficile de venir avec ses adjoints, avec un staff. De plus en plus de présidents demandent de venir seul, avec des moyens réduits. Après ce qu’il s’est passé à Clermont pour moi, je ne voulais pas me tromper. Si je repars sur un challenge, il faut qu’il y ait une certaine forme de réussite. Je ne peux pas me tromper, je prends le temps, j’analyse. Avec mon expérience de Troyes, Saint-Étienne et Clermont, je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas.
Tu parlais de légitimité en France avant de pouvoir coacher à l’étranger…Je me focalise un peu sur l’exemple de Christophe Galtier. Il a fait des résultats à Saint-Étienne en arrivant dans une période compliquée, après il a été à Lille, Nice, Paris… Il y a des paliers pour pouvoir prétendre arriver dans un club fort, il faut être fort chez toi. Si j’avais pu partir après Troyes par exemple, je serais parti parce que je venais de monter en Ligue 1, il y avait une hype… Après Saint-Étienne si ça avait marché ça aurait pu être le cas également, car c’est un gros club. Le cadre Clermont a été totalement différent. Désormais je me dis que j’aimerais reconstruire quelque chose un peu comme à Troyes. C’est un projet que j’aimerais mûrir. Et si un jour je me dis que j’ai fait le tour, un peu comme Christophe après avoir été champion à Lille et avoir signé au PSG, pourquoi pas partir à l’étranger. J’ai envie de mener un projet à bien comme je le souhaite et si ça fonctionne pourquoi pas voyager ailleurs. J’en ai eu des opportunités à l’étranger : la Chine, la Thaïlande. On ne va pas se mentir, c’était de l’argent mais quel est l’intérêt pour moi d’accepter de tels challenges alors que ma passion c’est le foot et de faire progresser mes joueurs ?Le marché des entraineurs est-il plus compliqué aujourd’hui ?Il n’est pas plus compliqué mais il est différent dans l’approche. Avant, tu arrivais avec un analyste vidéo, un préparateur athlétique et un adjoint. Maintenant, les clubs ils se disent que quitte à virer un entraineur, ils préfèrent le virer tout seul que de virer quatre ou cinq mecs… L’argent ne coule plus à flot, les droits TV ne sont plus les mêmes. C’est différent dans chaque club : Saint-Étienne, l’entraineur risque d’arriver avec du monde mais à Reims et Grenoble, les nouveaux entraineurs sont arrivés tout seuls (ndlr, Usaï et Frapolli). Ce sont des choses qui n’arrivaient pas avant. Il y a aussi la valse des directeurs sportifs aujourd’hui qui fait que tant qu’ils ne sont pas en place, ils ne mettent pas leurs entraineurs en place. Les directeurs sportifs sont beaucoup demandés aujourd’hui parce que quand l’un d’eux travaille bien, il y a des offres.Après il faut savoir ce qu’on accepte ou pas : est-ce que tu acceptes de mettre des plots ou tu ne l’acceptes pas ? Moi ce n’est pas mon tempérament. Je veux entrainer comme je veux, dans le système que je veux et c’est ce que je n’ai pas pu mettre en place à Clermont car je n’avais pas les joueurs pour. On était parti sur un projet de trois ans mais ça n’a pas marché.On ne laisse pas assez de temps aux entraineurs selon toi ?Aujourd’hui il faut arriver à avoir une homogénéité entre ce que toi tu veux faire et ce que le club veut faire. Si tu tombes sur la même chose ça va bien se passer mais sinon, obligatoirement tu vas avoir des tensions, parce que le recrutement ne te va pas, qu’ils ont une autre vision… Ils te l’expliquent, à Troyes par exemple on me l’a expliqué, je le comprenais, mais il y a un curseur à avoir. Prendre des jeunes joueurs, ce n’est pas dérangeant, on voit aujourd’hui que ça réussit à Strasbourg. Quand tu achètes des joueurs à 10M€ c’est plus facile de gagner qu’avec des joueurs à 1M€. Ce que n’avait pas compris City avec Troyes, c’est qu’ils achetaient beaucoup de joueurs à 1M€ mais qui n’étaient pas des tops joueurs, c’étaient des joueurs en devenir. Quand on était allé chercher Kaboré qui est un top joueur, le mec était performant. Quand le curseur est à ce niveau-là, tu n’as pas de problème. Il faut trouver un juste milieu entre ce que tu veux faire et ce qu’on te propose. Selon les moyens que tu as, tu ne peux pas avoir les mêmes demandes.
Comment on reste dans le coup quand on n’exerce pas ?Je fais des émissions à Canal, avec Jour de Foot, le Late Football Club, l’Europa League… Ça permet de regarder pas mal de matchs, je vais de temps en temps voir mon ami Roland Vieira à Andrézieux, à Villefranche également. Je vois des rencontres, j’en regarde pas mal à la télé, notamment la Ligue 2 parce que je dois être au courant de ce qu’il se passe si jamais ça doit retomber. C’est un quotidien qui me manque, d’entrainer des joueurs. Ça fait partie du milieu, certains retrouvent des clubs rapidement comme ça avait été le cas pour moi dans le passé et parfois c’est un peu plus long. Ça fait partie du foot. Je m’entretiens, je m’informe pour rebondir au plus vite, j’ai souvent des copains entraineurs au téléphone.
Une sélection pourrait t’intéresser ?On me l’a proposé en tant qu’adjoint dans une sélection africaine. J’ai décliné parce que ce n’était pas mon but. Une sélection, c’est différent, ce n’est pas le quotidien, tu vois les joueurs que trois ou quatre jours avant les matchs. Il faut aller les voir régulièrement, il y a tout un contexte qui fait qu’aujourd’hui ça ne m’intéresse pas vraiment. Autant une sélection nationale de jeunes en Équipe de France je me dirais pourquoi pas pour tenter le truc, mais pour l’instant je préfère garder un quotidien avec les joueurs. J’aimerais vraiment revivre ce que j’ai vécu à Troyes, et ici, même si je n’ai pas pu aller au bout pour plusieurs raisons notamment financières. Parce que la deuxième année, si tu gardes tout le monde et que tu renforces un petit peu l’équipe, je suis sûr que tu montes.Quel est le timing pour toi ?Là il n’y a plus beaucoup de places je ne suis pas fou mais le milieu du football ça va vite. Au mois d’août, certains peuvent perdre deux trois matchs et être sur la sellette. Tu peux ne pas être dans les plans au mois de mars et l’être au mois d’août. Je ne m’inquiète pas, je parle avec pas mal de collègues. Pour la petite anecdote, j’ai fait un match avec les anciens de l’OM, notamment avec Sabri Lamouchi qui s’est fait virer après le premier match de Coupe du monde (ndlr, avec la Tunisie). Il m’en avait parlé dans le vestiaire. Il m’avait dit de ne pas s’inquiéter. Tu sais que tu vas rebondir mais tu ne sais pas quand, tu espères le plus rapidement possible bien évidemment.On ne parle pas souvent des familles, ça implique des bouleversements dans vos vies ?Bien-sûr. Moins maintenant me concernant car mes enfants ont grandi, il y a seulement mon fils qui est ici mais il est en internat. Mes filles sont grandes, elles font leur vie. Le problème, c’est quand tu as des enfants en bas âge. Et puis le problème c’est que tu ne peux pas partir avec tout le monde parce que si tu pars et que tu te fais virer au bout de quatre mois… Il y a un moment donné où il faut faire des choix, des fois c’est un peu égoïste mais tu ne peux pas déboulonner tout le monde non plus parce que ma compagne a un travail, sa vie ici. Tu ne peux pas faire tout et n’importe quoi non plus.C’est pour ça qu’on se pose plus de questions quant à l’étranger ?Oui et non. L’étranger c’est différent car tout est fait pour que tu puisses amener tout le monde et financièrement il n’y a pas de problème non plus généralement. Mais aujourd’hui, je ne me verrai pas amener toute ma famille en Chine par exemple. Je ne suis pas là-dedans pour l’instant, je veux juste entrainer, revivre ce que j’ai pu vivre en tant qu’éducateur à la formation, à Troyes avec ce titre de Ligue 2, c’est de l’adrénaline, des choses gratifiantes. Même ici à Sainté, je me suis régalé et j’ai été vraiment déçu de ne pas aller au bout, sans avoir les joueurs que je voulais. Ce sont des choses que tout entraineur vit, j’écoutais Christophe Pélissier qui disait qu’il voulait un effectif plus important à Auxerre pour ne pas toujours jouer le maintien. Je pensais d’ailleurs que c’était quelqu’un qui pouvait venir à l’ASSE car il connait la Ligue 2, il sait monter. Je pensais que c’était quelqu’un qui pouvait prétendre faire remonter le club, comme Olivier (Dall’Oglio) l’avait fait après mon passage.
La deuxième partie de l’interview sera a retrouver dès demain sur le site. On y évoque longuement l’AS Saint-Étienne et son passage à la tête de l’équipe entre 2022 et 2023.







































