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·6 febbraio 2026
ASSE : Cauchemar absolu pour des Verts qui touchent le fond

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Ce n’est pas la première fois que l’AS Saint-Étienne se retrouve dans une situation dramatique. Comme en 1997 ou en 1998, en ce début d’année 2003, l’ASSE navigue en eaux troubles, ballotée par les vents contraires d’une histoire récente faite de désillusions, de crises internes et de promesses non tenues. Mais ce soir du 29 janvier 2003, face à une modeste équipe de Gueugnon, les Verts vont atteindre un point de rupture rarement égalé. Récit d’un des matches les plus tristes, les plus humiliants de l’histoire du club.
Le Corse Frédéric Antonetti a été appelé à la rescousse au chevet de l’ASSE en octobre 2001 pour remplacer Alain Michel, démis de ses fonctions après un début de championnat raté. Le club, tout juste relégué en Division 2 après une saison pourrie par l’affaire des faux passeports, traîne alors comme un boulet le poids d’une institution déchue. L’objectif est clair, affiché, presque martelé : retrouver l’élite le plus rapidement possible.
Mais la réalité est tout autre. Avec seulement 9 points après plusieurs journées, l’ASSE végète à une inquiétante 16e place ex æquo, comptant le même nombre d’unités que le dernier du classement. La défaite humiliante à Beauvais (0-3), face à un concurrent direct, agit comme un électrochoc. Le limogeage d’Alain Michel devient inévitable. Antonetti arrive avec sa réputation d’homme de caractère, travailleur acharné, censé remettre de l’ordre dans une maison verte déjà fissurée de toutes parts.
La fin de saison 2001-2002 ne sera pourtant qu’un long chemin de croix. Les Verts terminent 13e, très loin de l’objectif initial, sans jamais réellement donner l’impression de pouvoir jouer la montée. L’espoir renaît timidement à l’été 2002, mais l’exercice 2002-2003 s’inscrit rapidement dans la continuité des errements précédents. Antonetti cherche encore et toujours la bonne formule, multiplie les essais, change de systèmes, de joueurs, sans parvenir à donner une identité claire à son équipe.
À la mi-janvier 2003, le constat est accablant : Saint-Étienne se traîne en queue de classement. Malgré deux matches en retard, le club flirte dangereusement avec la zone de relégation. Les Verts pointent à une inquiétante 17e place ex æquo, avec seulement cinq victoires au compteur. Le doute s’est installé durablement, aussi bien dans les têtes des joueurs que dans celles des supporters. La réception de Gueugnon, 19e au classement, dans le cadre de la 23e journée, apparaît alors comme une occasion rêvée de se relancer, de prendre de l’air, de s’éloigner de cette maudite zone rouge. Sur le papier, le match coche toutes les cases du rendez-vous à ne pas rater. Sur le terrain, il va virer au cauchemar absolu.
Frédéric Antonetti décide de modifier son onze de départ après la nouvelle désillusion concédée à Reims (0-1), autre candidat déclaré au maintien. David Hellebuyck fait son retour dans l’équipe titulaire, apportant théoriquement sa qualité technique et sa percussion sur le côté gauche. Fabrice Jau, prêté par Bastia, dispute quant à lui son tout premier match sous le maillot vert, dans l’espoir de renforcer un milieu de terrain en grande souffrance.
À l’inverse, Alassane N’Dour quitte le onze de départ, tandis que Lilian Compan, indisponible, est forfait. Patrick Guillou, lui, demeure remplaçant. Il est clairement placardisé, en froid avec son entraîneur, et son avenir au club semble déjà compromis. Le brassard de capitaine revient à Patrice Carteron, chargé de sonner la révolte, épaulé par Julien Sablé, incarnation de la combativité, et par Jérémie Janot, dernier rempart et symbole d’un club à la dérive.
Mais très vite, les espoirs s’envolent. Devant à peine 10 000 spectateurs courageux ayant bravé le froid glacial, dans un stade Geoffroy-Guichard qui sonne creux, l’ASSE est prise à revers dès l’entame. À la 10e minute, le Gueugnonnais Lempereur, parfaitement lancé dans la profondeur, s’engouffre dans une défense stéphanoise aux abois. Trop lente, trop naïve, elle se fait transpercer comme du beurre. Face à Janot, l’attaquant ne tremble pas et ouvre le score. 0-1. Déjà.
Comme pour accentuer le caractère dramatique de la soirée, des bourrasques de neige s’abattent soudain sur la pelouse de Geoffroy-Guichard. Le terrain devient glissant, les conditions de jeu dantesques. Le match prend des allures de scène apocalyptique, reflet parfait de la situation sportive du club. Mais paradoxalement, ce sont les Bourguignons qui semblent le mieux s’adapter à ces conditions extrêmes. Saint-Étienne, déjà en panne de confiance, perd totalement pied. Peu avant la demi-heure de jeu, Téophile profite d’un marquage laxiste, d’une défense aux abonnés absents et d’un manque criant d’agressivité pour inscrire le deuxième but de Gueugnon, presque sans opposition. 0-2. Le public siffle, la colère gronde, mais plus que de la rage, c’est une immense lassitude qui se dégage des tribunes. Les Verts sont dépassés dans tous les compartiments du jeu. Incapables d’aligner trois passes, sans révolte, sans âme, ils donnent l’impression d’une équipe au bord de la rupture mentale. Pourtant, juste avant la pause, un incroyable coup du sort semble leur tendre la main. Sur une action confuse, David Hellebuyck est fauché dans la surface. L’arbitre désigne le point de penalty. Une occasion inespérée de se relancer.
Patrice Carteron s’élance. Le capitaine frappe… et voit sa tentative repoussée par le gardien de Gueugnon sur la barre transversale. Le ballon lui revient miraculeusement dessus, et le portier le capte dans un silence de cathédrale. Le symbole est terrible. Rien ne sourit aux Verts. Absolument rien.
La pause ne change rien. Antonetti tente le tout pour le tout en lançant successivement Frédéric Mendy, Alassane N’Dour puis Patrick Guillou, dont on se demande ce qu’il vient faire dans cette galère tant le fossé avec son entraîneur semble profond. Mais dans des conditions climatiques toujours aussi pénibles, ces changements n’apportent aucune amélioration notable. Pire encore, Saint-Étienne va encaisser un troisième but, conséquence logique d’une équipe coupée en deux, sans repères, sans solidarité. Le score est désormais sans appel : 0-3. Le match est plié, le Chaudron est muet, figé dans une sorte de stupeur collective.
Pour achever cette soirée cauchemardesque, l’arbitre siffle un deuxième penalty en faveur de l’ASSE. Comme un cruel rappel. Comme une dernière humiliation. Et, comme le premier, il sera manqué. La symbolique est écrasante. Même les coups de pouce du destin sont rejetés par une équipe incapable de saisir sa chance.
Au coup de sifflet final, les visages sont fermés, les regards vides. Frédéric Antonetti, fidèle à lui-même, parle de courage, de combat, mais le constat est implacable. L’ASSE touche le fond. L’entraîneur corse, qui était venu à Saint-Étienne selon ses propres mots pour « réparer une anomalie », celle d’un club mythique évoluant en deuxième division, n’a désormais plus qu’un objectif : sauver le club, coûte que coûte… avant de partir.
Ce 29 janvier 2003 restera comme l’un des points noirs de l’histoire moderne de l’AS Saint-Étienne. Un match où tout a semblé aller de travers. Un match où la neige, les penalties manqués, le stade vide et la défaite face à un relégable ont illustré à la perfection la chute d’un géant. Un rappel brutal que, même pour un club au palmarès immense, rien n’est jamais acquis.








































