Les tribunes suédoises, espace de lutte pour un football alternatif ? 3/3 | OneFootball

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La Grinta

·3 aprile 2026

Les tribunes suédoises, espace de lutte pour un football alternatif ? 3/3

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Comme de nombreuses tribunes européennes, les tribunes de Suède sont remplies de symboles et de slogans : Liberté pour les ultras, contre le football moderne. Si la Suède possède bien des aspects que les supporters français pourraient envier comme l’inexistence ou presque des huis-clos, des déplacements qui ne sont pas interdits et des fermetures de tribunes rarissimes, la situation ne demeure pas au beau fixe pour autant. De ce fait, les revendications derrière les slogans trouvent des canaux de légitimité, attestent parfois d’une situation qui se dégrade et qui réclame une protection forte. Alors que ce week-end marque enfin la reprise du championnat, voici un tour d’horizon des principales luttes en cours des groupes de supporters suédois pour un football résistant à sa propre aseptisation. 

Des rapports électriques avec les autorités


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Après quatre mois de sevrage, le championnat finissant mi-novembre, les supporters regagnaient le chemin du stade avec enthousiasme pour soutenir leur équipe en février et mars lors de la Coupe de Suède. Cependant, la fête a vite été gâchée par la nouvelle stratégie policière mise en place par les forces de l’ordre suédoise et notamment celles de la région du Västra Götaland County, où se situe Göteborg. En effet, précision importante, bien que la police suédoise applique des lois nationales et que les pouvoirs soient identiques partout dans le pays, leurs mises en œuvre dans les stades peuvent varier selon les régions. C’est d’ailleurs le chef de l’unité de la police de la région ouest, celle où se situe Göteborg, qui a annoncé ce changement de méthode. En l’espèce, les tensions se sont ravivées par le recalcul à la hausse du niveau de risque par la police, que formeraient les groupes ultras dans la région de Göteborg.

Cette décision s’est traduite lors des différentes rencontre de Coupe de Orgryte, GAIS et l’IFK Göteborg, où la police a montré sa présence dans les secteurs « debout » des trois clubs, fait presque inédit. Qualifiée d’action provocatrice, la présence de la police a été critiquée par la grande majorité des groupes ultras du pays, dont les premiers concernés. Les supporters de GAIS ont décidé de boycotter le match par une grève de chants. Les Infernos Orgryte ont décidé de bâcher à l’envers et d’afficher une banderole « tribune sans police, pour une culture tribune vivante » (polisfri läktare, för en levande läktarkultur). Quant aux Ultras Göteborg et toute la tifoseria bleue et blanche réunie sous l’association Kommandobryggan, les actions ont été nombreuses ce dimanche face à Degerfors lors de la victoire de l’IFK 3 buts à 1. Entre chants hostiles et craquage d’une torche accompagnée du message « malgré la répression, nos torches continueront de brûler », les ultras de Göteborg ont réussi, pacifiquement, à faire partir la police de la tribune, victoire symbolique.

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« Malgré la répression, nos torches continueront de brûler »

Finalement, c’est quelques jours plus tard que la stupéfaction gagne les rangs avec l’annonce le mardi 10 mars de la classification des groupes ultras de Göteborg, les Ultras Göteborg et les Supras Göteborg comme « réseaux criminels organisés ». La surprise est totale et la colère est grande. Elle nous fait dire aussi combien la remise en cause de la culture tribune n’est pas seulement une affaire franco-française avec l’épisode des dissolutions en 2025 et de nouveau d’actualitémais bel et bien un phénomène qui touche plusieurs pays d’Europe. Cette vive tension n’est pas forcément un événement avenu sans un terreau qu’on pourrait qualifier de fertile. Elle repose également sur des espoirs déchus.

Des espoirs de dialogue déchus

La fragilité du dialogue supporters-autorités ne date pas seulement de 2026 mais est la résultante d’une relation qui s’est détériorée au fil des années. Pourtant, la Suède avait fait rapidement figure d’exemple pour une gestion saine et décente des supporters tant du point de vue de leur droit que d’une sécurité garantie à tous. Le premier jalon avait été posé avec la mise en place de deux dispositifs essentiels.

D’abord, la Suède a été pionnière dans l’adoption du Supporters Liaison Officer (SLO) ou référent supporter. Personne travaillant pour le club et responsable du lien entre le club, les associations de supporters mais aussi les autorités, le SLO a été adopté au début des années 2010. Son déploiement a été un franc succès et a été érigé en exemple dans les autres pays d’Europe comme la France. En 2016, suite à la Loi Larrivé, les référents-supporters se sont intronisés petit à petit dans chaque club de Ligue 1 mais aussi de Ligue 2. Concernant l’ironie du sort en Suède, suite aux tensions mentionnées, la police de Göteborg a demandé vivement la reprise du dialogue et la nécessité de discuter pour sortir de l’impasse alors que le dialogue existe déjà par la fonction du SLO.

Cette ironie est également renforcée par le fait que ce fameux dialogue avait été construit depuis plusieurs années et ce, avec réussite, formant un deuxième pilier significatif. Cependant, ce rapport précieux entre clubs, groupes et autorités a été abandonné avec l’adoption d’une nouvelle stratégie. En effet, la police avait décidé de se retirer des enceintes de football en 2019 au profit des sécurités privées. Ce choix était justifié par leur volonté de « responsabiliser » les clubs dans la gestion de leurs supporters.

Dans ce contexte déjà fragilisé, les rapports n’ont cessé de se dégrader entre 2019 et aujourd’hui. Des actions communes entre groupes de différents clubs se sont multipliées avec un slogan souvent présent et échangé entre les tribunes locales et visiteurs : Polisen ! Fotbollsmördare ! (Police, tueurs du football).

Une lutte ouverte pour garantir l’entrée des cagoules

La mobilisation atteint son zénith en septembre 2025 lorsque Per Engström, représentant national des opérations de police en Suède a annoncé vouloir durcir les mesures concernant le port de « masques » dans les stades suédois. Ce port de la balaclava comme le disent les Suédois pouvait engendrer, avec cette récente décision, l’arrêt temporaire du match. La question de l’interdiction des cagoules et des masques dans les stades a donc ouvert une nouvelle crise majeure qui s’est exprimée autant côté clubs que supporters, les premiers redoutant des matchs interminables et des montées en tension systématiques. Très rapidement les groupes s’organisent derrière une double action : la réunification derrière le slogan « Maskerad för svensk fotboll » agrémentée de la distribution de masques avec la tête de Per Engström.

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Refusé au stade, le Kommandobryggan mène son action sur la Götaplatsen, place principale de Göteborg.

Cette opposition s’est soldée par le départ de Per Engström de ses fonctions à la fin du mois de septembre. Si les groupes y voient évidemment une victoire, le principal intéressé justifie son départ par son âge proche de la retraite et estimant qu’il avait fait sa part. Libre à chacun de se faire une opinion !

En somme, que l’étau policier se resserre en tribunes ou par la volonté d’encadrement du port de la cagoule, tous ces événements recentrent le débat avant tout sur la pyrotechnie. Fortement développée, elle constitue la première source d’achoppement et le premier sujet sur lequel la police se concentre à présent, bien avant tous les autres dont l’hooliganisme.

Dans une autre mesure, bien que les déplacements ne rencontrent pas forcément d’interdictions, qu’un accueil en centre-ville est aussi organisé et ce, de manière remarquable, la situation suédoise reste toujours améliorable notamment du point de vue des matchs en semaine. En effet, la programmation des journées suédoises propose un voire deux matchs le lundi soir à 19 heures. Ce fameux match du lundi soir, rappelle l’idée de génie de faire déplacer des fans à l’autre bout du pays comme notre bien-aimée Ligue 2 nous en a donné l’habitude. Face à la difficulté que symbolise cette programmation, un nouveau mouvement émerge dans les tribunes. Pointant cette contrainte du déplacement, une revendication se structure autour de l’idée de les limiter à une distance de 300 kilomètres. On pourrait penser que cette proposition manque d’ambition. Néanmoins, dans le contexte suédois où les journées de travail commencent plus tôt et se terminent donc en début ou milieu d’après-midi, la revendication s’avère être logique.

La promotion d’un modèle alternatif  

Au-delà des enjeux sécuritaires qui relevaient déjà une volonté de rejet d’un football aseptisé, la promotion d’un modèle alternatif ou du moins, à l’écart de la globalisation footballistique actuelle est soutenue. En effet, comme d’autres pays, les tribunes suédoises font face à plusieurs éléments du football moderne à commencer par les stades flambants neufs. Les récents stades de Stockholm, la Friends Arena et la Tele 3 Arena sont des stades multimodaux qui n’accueillent pas uniquement du football. Surtout, dans le cas de la Friends Arena, la présence accolée d’un centre commercial conséquent illustre l’intégration du football et du match comme un produit de consommation qui s’inscrit en amont ou en aval d’autres produits. L’aspect commercial est aussi visible à la présence accrue voire débordante d’Unibet, sponsor officiel du championnat. L’application de paris sportifs s’inscrit en lettre capitale dans les enceintes d’Allsvenskan et rappelle sa présence à maintes reprises sur les écrans géants. Plusieurs fois dans le match, les cotes de paris sont diffusées, suscitant la colère des supporters qui perçoivent le pari sportif comme intrusif par rapport au jeu, le vrai, sur le pré. Face à ces transformations, les supporters suédois mettent en avant un modèle alternatif fondé sur la règle du 51/49.

Ce système limite la part qu’un investisseur privé peut détenir dans un club, garantissant ainsi le maintien d’un contrôle majoritaire par les membres. Déjà effectif en Allemagne, le même système s’applique en Suède et fait la fierté des clubs et des groupes de supporters. Les clubs restent des associations, et les supporters participent aux assemblées générales organisées en début ou en fin de saison. Cette spécificité est revendiquée dans les tribunes et a permis d’ailleurs quelques moqueries. Lors de la réception de Chelsea le 1er mai 2025 en demi-finale de la Conference League, les supporters de Djurgården ont déployé une banderole « owned by the members, you’ll never sing that » (détenus par les membres, jamais vous ne le chanterez), soulignant la différence entre le club londonien et le club de Stockholm. Une différence encore plus marquante dans le système des Blues marqué par l’accointance forte avec Strasbourg.

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Ultras Caos Stockholm – DIF-Chelsea – Conference League

La VAR, jamais !

Enfin, cette opposition au football business trouve une dernière manifestation par le refus total de l’introduction de la VAR. Aussi vue comme une expression du football moderne et contraire à l’esprit du jeu, les supporters suédois sont dans leur ensemble très majoritairement contre une potentielle utilisation de l’arbitrage vidéo. La Suède fait figure de dernier récalcitrant alors que ses voisins danois et norvégiens l’utilisent. Cependant, l’opposition est farouche d’autant plus que la VAR est très contestée en Norvège. Malgré un vote ayant eu lieu en 2025 pour la supprimer à la demande des clubs professionnels, les clubs amateurs, non concernés, ont voté pour son maintien. En Suède, le Nej till var (non à la VAR) est une banderole visible dans de nombreux stades de Suède dont Malmö et Djurgården. Le dernier nommé avait d’ailleurs une nouvelle fois profité de la Conference League pour exprimer sa position avec la VAR sous un panneau sens interdit entourée de la mention MDMF : Mot den moderna fotbollen (contre le football moderne).

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Tifo anti-VAR à l’occasion de DIF – Panathinaïkos – Conference League

La saison s’annonce donc riche d’animations, de déclarations de loyauté et fidélité envers les clubs mais aussi de déclarations moins amicales envers les instances et un système qui ne cesse de s’uniformiser.

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